La situation belge est caractérisée par une reprise incontestable de l'activité économique el par une crise politique d'une extrême gravité.
La reprise économique apparait surtout dans les indices de la production charbonnière. Celle-ci atteint 70.000 tonnes par jour, soit environ 65 % de la production normale. Quant à la production textile, elle oscille entre 50 et 60 % de la normale. tres loin de ca on metalla dique, quoique 35% La production métallurgique, quoique encore environ) est cependant en progrès. Les exportations restent insignifiantes si on les compare à celles d'avant-guerre, mais là aussi on enregistre un progrès.
Paur les masses, cette reprise se traduit par une amélioration indiscutable du ravitaillement: 200 kg. de charbon par mois pour chaque ménage (du moins pour octobre et novembre), des articles textiles au prix légal, du pain blanc presque à volonté.
Cependant cette *prospérité → est rendue extrémement précaire par les deux facteurs suivants: l'écart entre le coût de la vie et les salaires d'une part, le déséquilibre entre les importations et les exportations d'autre part.
Officiellement, les salaires sont fixés à l'index 220 par rapport au niveau de 1939, et l'index des prix de détail atteint 260. Si l'index des prix reflétait la réalité. l'écart ne serait pas inquiétanl. Mais nous sommes loin de compte. Même la moyenne des prix -légaux s'établit en réalité bien au-dessus de 260. Et si l'on tient compte des prix du marché noir, dont la population tout entière reste tributaire pour un grand nombre de produits indispensables, on peut dire que les salaires restent très loin en dessous du coût de la vie.
Cet écart est la cause de l'instabilité sociale. Les grèves, un instant apaisées par la dernière augmentation générale des salaires (20 %), éclatent à nouveau sporadiquement dans les charbonnages, dans les transports, dans la métallurgie. Les pensionnés s'agitent, surtout les pensionnés mineurs dont la situation est lamentable, et leur agitation risque de provoquer à bref délai une grève générale dans les mines.
D'autre part, si la bourgeoisie belge a pu, depuis la « libération ». importer de grandes quantités de vivres et de matières premières sans se soucier de contre-balancer ces importations par un équivalent d'exportations, il est évident qu'elle ne peut laisser se prolonger cette anomalie qui n'a été rendue possible que par sa situation de créditrice envers les Etats-Unis et par la spoliation des classes moyennes réalisée par le blocage des avoirs. Grâce à cette opération qui avait ramené à un niveau très bas le volume de la circulation monétaire, la bourgeoisie a pu, sans compromettre la valeur internationale de la monnaie, émettre des dizaines de milliards de papier-monnaie et combler ainsi le déficit budgétaire. Aujourd'hui encore, l'Etat belge continue à s'endetter de 100 à 150 millions de francs par jour.
Si elle veut éviter la banqueroute, la bourgeoisie belge se trouve devant la nécessité absolue de rétablir sa balance commerciale, c'est-àdire d'affronter la concurrence anglo-américaine sur le marché mondial. Et elle ne peut le faire avec quelque chance de succès qu'en empêchant toute nouvelle hausse des salaires.
La crise royale doit être examinée à la lumière de ces faits. La bourgeoisie belge se sent incapable de reprendre sa place sur le marché mondial si elle ne parvient pas à mater définitivement la classe ouvrière et à lui imposer des conditions de travail bien au-dessous de celles d avant-guerre.
Pour cela elle a besoin d'un pouvoir fort. Et Léopold III. dont les velléités dictatoriales se sont affirmées dès avant la guerre, lui apparait pour l'instant comme le sauveur. Indépendamment de la personne de Léopold III et de ses visées autoritaires, la question royale constituait pour la bourgeoisie une diversion providentielle, une occasion de rallier autour d'elle les masses catholiques de Flandre et de Wallonie. En Flandre, la manœuvre a d'ailleurs réussi. La paysannerie et les collaborateurs de tout poil - très nombreux en Flandre — se sont regroupés dans le mouvement léopoldiste et passent dès maintenant à l'offensive. Chaque semaine, des attentats à la bombe ou à la grenade sont commis contre les résistants, les communistes ou les militants syndicaux.
Il faut dire que l'agitation des léopoldistes a été largement facilitée par l'attitude faible et hésitante du gouvernement et des partis ouvriers. Un fait suffit à illustrer cette altitude. Au début de la crise, alors que le Pari Socialiste et le Parti Communiste s'étaient déjà prononcés pour l'abdication, Van Acker se rendit à Salzbourg avec l'intention, quil a avouée plus tard, de ramener le Roi. Seule l'intransigeance de celuici l'a fait renoncer à ce procet. l faut noter que Van Acker connaissait deja à ce moment tout le decrier du Roi, toutes ses compromissions avec Hitler.
Pendant plusieurs mois, le gouvernement Van Acker s'est refusé à publier les documents qu'il détenait contre Léopold III. Ce n'est que tout récemment, devant "atlitude agressive des léopoldistes, que l'on s'est décidé à publier le document-massue, c'est-à-dire le procês-verbal de l'entretien que Léopold III cut avec Hitler, à Berchtesgaden, en 1943. Au cours de cet entretien, qu'il avait lui-même sollicité, Léopold III demanda à Hitler de garantir l'indépendance de la Belgique dans le cadre de l'Europe d'aprèsguerre et le maintien de la dynastie (I).
Ce document constituait la preuve irréfutable qué le Roi, en 1943, jouait encore la carte allemande et encourageait la collaboration économique et culturelle. Logiquement, après la publication du document Schmidt la déchéance et le procès du Roi devaient être mis à l'ordre du jour.
Utilisant la faiblesse gouvernementale, les léopoldistes se sont rapidement ressaisis et ont même demandé la réouverture du débat devantle Sénat. Prisonnier de son attitude, n'osant pas poser la question sur son véritable terrain de peur de mettre en cause la dynastie et la monarchie, le gouvernement a dû reconnaître, à la fin de ce débat, que l'on se trouvait dans l'impasse : « Ni le retour du Roi, ni l'abdication ne sont possibles à l'heure catuelle », a déclaré Spaak. Un Livre Blanc, contenant tous les documents relatifs à cette question sera publié incessamment.
Après cela, a dit Spaak en conclusion, « nous verrons s'il faut un nouveau débat parlementaire ou autre chose ».
es léopoldistes ont voulu interpréter cette hrase comme un signe de flechissement chez le socialistes. En quoi, ils prennent peut-être leurs désirs pour des réalités.
Ce qui est certain, c'est que les uns et les autres se trouvent très embarrassés. Les léopol-
(1) Voici une phrase du document Schmidt qui ne laisse pas le moindre doute sur le caractère de l'entrevue: « Il (Léopold) avait envisagé cette entrevue avec le Fuhrer en pleine confiance Darce qu'il savait apprécier l'œuvre grandiose que le Fuhrer avait entreprise et parce qu'il connaissait son désir de donner à l'Europe une paix durable sur la base de la justice, de la collaboration et de la solidarité entre les peuples. A un pareil dessein les Belges coopéreront certes. » distes ne peuvent à aucun prix reculer, ils ont fait du chef des collaborateurs leur drapeau et doiveni, bon gré mal gré, s'y accrocher. De leur côté socialistes et communistes se sont mis dans une situation équivoque et ne pourraient en sortir qu'au prix d'une crise du régime dont ils redoutent les conséquences.
Le Parti Communiste Révolutionnaire, section belge de la IV* Internationale, est intervenu dans la crise royale à chaque moment décisif. Il a fait du mot d'ordre de la République son mot d'ordre central. La grande manifestation qui s'est déroulée à Charleroi, où 10.000 travailleurs ont repris nos mots d'ordre, a démontré que ceux-ci correspondent bien aux aspirations des masses ouvrières.
Et les nombreuses déclarations d'attachement à la monarchie prodiguées par les dirigeants socialistes et communistes constituent une autre preuve que le mot d'ordre de la « République » était susceptible de rallier et de mettre en mouvement les masses ouvrières.
Il va de soi que ce mot d'ordre ne pouvait avoir un écho sérieux dans la classe ouvrière qu'en liaison avec les mots d'ordre ouvriers proprement dits: Gouvernement socialiste-communiste, nationalisations, échelle mobile des salaires, milice ouvrière, front unique (2).
C'est ce que fit le P. C. R. Pour la première fois dans son histoire il a su intervenir en parti. Il a su rompre avec la propagande abstraite et appliquer, dans un grand problème politique, la propagande transitoire de la IV° Internationale. La question royale aura permis à la section belge d'élever le niveau politique de ses cadres et de se concilier de larges sympathies dans tous les milieux ouvriers.
LE CONGRES DU P. C. R.
Notre section belge a tenu les 1°5, 2 et 3 novembre son 5° Congrès National et le premier depuis la « libération ».
délégués réguliers y assistaient ainsi que le représentant du Secrétariat Européen et les représentants d'autres sections européennes de l'Internationale.
Tous les délégués ont constaté avec satisfaction les progrès enregistrés dans tous les domaines de l'activité du Parti qui a doublé ses effectifs depuis la « libération » et a acquis parmi les milieux de l'avant-garde du prolétariat belge une grande influence.
(2) Le mot d'ordre du Front Unique s'est traduit concrètement par l'appel à la rupture aver le parti libéral et par l'agitation pour l'élargissement des Comités de vigilance formés au sommet par des délégués élus par les ouvriers dans les usines et les quartiers. Notre appel à la rupture avec le parti libéral a été singulièrement renforcé par une révélation du Drapeau Rouge, suivant laquelle le député libéral Jaussens, antiléopoldiste notoire, siégeait au conseil d'administration du trust Solvay, qui vient de verser 20 millions à la propagande léopoldiste!
L'attention du Congrès s'est tout particulièrement concentrée sur la question de la réorganisation bolchevique du Parti. Le Congrès a unanimement approuvé une série de mesures adéquates.
D'autres résolutions importantes ont été prises sur le journal, la parution d'une revue théorique « L'Avant-Garde », le travail parmi les jeunes, etc., et sur une série de questions politiques (la plus importante résolution porte le titre
La présente situation en Belgique et les tâches du Parli, et sera prochainement publiée dans < Quatrième Internationale »).
Le Congrès s'est terminé par une adresse des salutations fraternelles, de solidarité et de confiance à toutes les sections et à tous les organisme dirigeants de la IV* Internationale.
Un Manifeste adressé au prolétariat belge a été publié dans le numéro du 17-11-45 de la « Lutte ouvrière ».
LA MORT DU CAMARADE A. LEON
La mort du C .A. Léon, secrétaire national pendant l'occupation allemande de notre section belge est maintenant confirmée.
Le c. A. Léon a été arrêté dans la nuit du 17 au 18 juin 1944 à Charleroi.
Déporté par les nazis au camp d'extermination d'Auschwitz, il a succombé aux souffrances de la captivité. Le c. A. Léon fut le principal organisateur et animateur du travail de notre section belge pendant l'occupation.
Il a pris une part très active à la réorganisation du Secrétariat Européen et à la Conférence Européenne de février 1944.
Aussi bien avant qu'après son arrestation il a eu une attitude de militant dirigeant exemplaire.
La IV° Internationale perd en lui incontestablement un de ses meilleurs militants de la nouvelle génération. Les camarades qui l'ont connu n'oublieront jamais le visage énergique et pensif, le dynamisme pratique, la maturité politique de ce très valeureux combattant de la Révolution Socialiste. Le nom de A. Léon s'ajoute à la longue liste des martyrs de la IVe Internationale et de ses militants dirigeants, des Hic, des Lesoil, des Blasco, des Pouliopoulos, des Wide-
GRECE
UNIFICATION DU MOUVEMENT
TROTSKYSTE
Un document commun a été signé le 10 septembre 1945 par la section de la Quatrième Internationale en Grèce (E. D. K. E.) et les deux autres groupements (D. E. K. E. et P. E K. D. K.) qui se réclament aussi de la IV° Internationale, en vue de leur unification.
Le document stipule que l'organisation unifiée fera partie de la IV° Internationale et que sa ligne politique sera celle de la majorité du Congrès d'unification. Ce dernier devra se tenir dans un délai de 3 mois.
DANNEMARK
L'ACTIVITE PENDANT LA GUERRE
DE NOS CAMARADES DANOIS
Nous venons de prendre connaissance du premier rapport envoye par nos camarades danois.
Pendant l'occupation ils ont régulièrement publié des journaux clandestins, et sont devenus les promoteurs d'un mouvement de classe qui résistait au régime nazie et à la bourgeoisie danoise.
Ce mouvement, pour se d'stinguer du mouvement chauvin dirigé par les staliniens, a pris le nom de « l'opposition ouvrière » et publié un journal du même nom. Le mouvement s'était développé surtout dans les syndicats, et particulièrement dans l'industrie sidérurgique de Copenhague.
Son point culminant se situe aux environs du printemps de 1944.
En mai 1944 le travail de nos camarades a été en grande partie brisé par l'arrestation par les nazis des principaux dirigeants, qui furent internés dans des camps de concentration en Allemagne et en Danemark. Cependant tous sont revenus de captivité après la capitulation allemande.
Nos camarades sont en train, actuellement, de se réorganiser et d'éditer un journal.
ETATS-UNIS
LES RESULTATS
DES ELECTIONS MUNICIPALES
Farrell Dobbs, candidat trotskyste aux élections municipales de New-York a obtenu 4.267 voix contre 1.102 voix en 1941.
Les staliniens ont voté pour le candidat bourgeois-démocrate.
Le candidat du Parti Socialiste de Norman Thomas a obtenu 9.714 voix contre 22.647 en 1941.
Schachtman le candidat du Workers Parly a obtenu 869 voix contre 2.019 en 1941.
AUSTRALIE
NOS CAMARADES AUSTRALIENS
REPRENNENT LEUR ACTIVITE
LEGALE
Après cinq années de répression, le gouvernement * ouvrier » d Australie a levé l'interdiction du journal « The Militant », organe du Parti Ouvrier Révolutionnaire, Section Australienne de la IV* Internationale.
Nos camarades qui ont subi pendant le conflit impérialiste la répression des autorités bourgeoises pour avoir défendu une politique révolutionnaire correcte sortent de la guerre, selon leur rapport « mieux organisés et mieux équipés qu'avant ≥ pour continuer leur lutte.
ARGENTINE
REAPPARITON DU « FRENTE OBRERO »
Le journal « Frente Obrero » (Front Ouvrier) de nos camarades argentins du Parti Socialiste Révolutionnaire reparaît de nouveau à Buenos-Ayres après deux ans d'interdiction par la dictature militaire de Ranson Ramirez.
HOLLANDE
LE PARTI COMMUNISTE
REVOLUTIONNAIRE TIENT SON
PREMIER CONGRES
Nos camarades hollandais qui ont réalisé dernièrement des grands progrès dans lous les domaines de leur activité ont tenu au mois de décembre leur premier Congrès depuis la « Libération ».
Leur organisation a -pris le nom du Parti Communiste Révolutionnaire, et leur journal « Octobre Rouge », celui de la « Tribune ».
Nous donnerons dans notre prochain numéro des détails sur ce Congrès qui marque un très important pas en avant de nos camarades hollandais.