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La revue › nouvelle série n° 25-26

Notre position sur la question nationale en Europe

Quatrième Internationale, nouvelle série n° 25-26 · décembre 1945-janvier 1946 · p. 1-6 · 3 843 mots

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La deuxième guerre impérialiste mondiale et ses conséquences ont ranimé les discussions autour de la question nationale en Europe.

Nous publions dans ce numéro de la IV° Internationale quelques-uns des principaux documents représentant le point de vue des camarades isolés de l'Internationale ou celui des Sections.

Notre mouvement est le seul qui remplit actuellement les devoirs d'une véritable avant-garde révolutionnaire, qui pose et discute les problèmes fondamentaux du mouvement prolétarien.

Les discussion qui ont eu lieu pendant la guerre autour de la question nationale ont été particulièrement animées, ont abouti à des divergences profondes et sont loin d'être closes aujourd'hui. En effet, les causes objectives qui étaient à la base de ces controverses, l'occupation de l'Europe par les armées de l'Impérialisme allemand, existent actuellement sous une autre forme, celle de l'occupation conjointe de l'Europe par les impérialistes américains, anglais, français et par l'U. R. S. S.

Dans les lignes qui suivent, nous tâcherons d'éclaircir trois aspects du problème, pour arriver à une juste compréhension de son ensemble:

a) La question nationale en Europe à l'époque impérialiste.

b) La question nationale durant la dernière guerre impérialiste.

c) La question nationale aujourd'hui.

A L'EPOQUE IMPERIALISTE

C'est Lénine qui a le mieux formulé la position du marxisme révolutionnaire sur la question nationale à l'époque impérialiste.

Lénine a repris les deux grands principes déjà établis par Marx et Engels sur la question nationale, à savoir: 1° La reconnaissance par le prolétariat d'un Etat oppresseur du droit de chaque peuple opprimé à disposer de lui-même et 2º la revendication de ce droit par le prolétariat d'une nation opprimée doit être prise dans son sens relatif et non pas absolu, en tenant, c'est-à-dire compte des intérêts du mouvement socialiste en général, Il a en outre indiqué la modification principale dans l'application de ces principes à l'époque impérialiste.

Au temps de Marx et de Engels on se prononçait pour l'émancipation des grandes catiohalités, des grands peuples révolutionnaires d'Occident (les Allemands, les Polonais, les Maguars) contre le tsarisme qui représentait à l'époque la principale force réactionnaire, et contre aussi certains petits mouvements nationaux (comme les Tchèques) « dont le tsarisme se servait contre la démocratie » (Lénine). A l'époque impérialiste, au contraire, « les socialistes se prononcent contre le front unique, entièrement rallié, des puissances impérialistes, de la bourgeoisie impérialiste, des social-impérialistes; les socialistes veulent utiliser pour leur révolution tous les mouvements nationaux qui se déclarent contre l'impérialisme » (Lénine).

Des mouvements nationaux ne sont pas possibles et inévitables seulement dans les pays coloniaux et semi-coloniaux.

Lénine admettait la possibilite des mouvements nationaux et des guerres nationales, en Europe même, de la part des « petits Etats » annexes ou opprimes contre les grandes puissances impérialistes, et citait à ce propos l'exemple de la Belgique, de la Serbie, de la Galicie, de l'Albanie:

La tactique qu'il préconisait envers ces mouvements était de leur venir en aide, dans la mesure où ils aggravaient et élargissaient la crise de l'impérialisme, promettre les intérêts généraux du mouvement socialiste. Lénine concrétisait ainsi cette position « indiscutablement très embrouillée » d'après ses propres paroles, des marxistes révolutionnaires:

« Nous sommes tenus d'éduquer les ouvriers dans « l'indifférence » à l'égard des directions nationales, c'est indiscutable, mais non pas dans l'indifférence des annexionmistes. Le sujet d'une nation qui opprime doit être « indifférent » à la question de savoir si les petites nations appartiennent à son Etat ou à celui du voisin, ou bien si elles s'appartiennent elles-mêmes, suivant leur sympathie s'il n'éprouve pas cette « indifférence » il n'est pas social-démocrate. Pour être social-démocrate internationale, il ne faut pas penser seulement à sa nation; il faut placer au-dessus d'elle les intérêts de tous, leur liberté générale et leur égalité de droits. En « théorie », tous sont d'accord là-dessus, mais en pratique, on montre presque toujours une indifférence d'annoxionnistes. Là est la racine du mal.

« Maintenant, au contraire, le social-démocrate d'une petite nation doit faire porter tout le poids de sa propagande sur le second terme de notre formule commune: « volontaire réunion » des nations. Il peut, sans enfreindre ses obligations d'internationaIste, être partisan de l'indépendance politique de sa nation et, en même temps, son inclusion dans l'Etat voisin X, Y, Z. Mais, dans tous les cas, il doit lutter contre l'étroitesse, l'isolement, le particularisme du point de vue des petites nationalités il doit réclamer que l'on tienne compte des Intérêts généraux des nations, que les intérêts particuliers soient subordonnés à ceux de l'ensemble.

Ceux qui n'ont pas réfléchi à la question trouvent « contradictoire » que les socialdémocrates des nations exerçant une oppression insistent sur « la liberté de séparation » tandis que les social-démocrates des nations opprimées sont pour « la liberté de réunion ». Mais il suffit d'y songer un instant pour voir qu'il n'existe pas d'autre chemin vers l'internationalisme et la fusion des nations; il n'y a pas et il ne peut y avoir d'autre chemin vers ce but en partant de la situation actuellement donnée. »

Mais Lénine n'a jamais mis en doute, le caractère impérialiste de la guerre de 19142918, et le devoir des socialistes de l'Angleterre, de la France, de l'Allemagne, de la "Russie et de l'Autriche-Hongrie de mener une politique conséquente d'internationalisme dans le sens pré-expliqué et de défaitisme révolutionnaire malgré les perspectives de la guerre qui pouvaient ameneer l'invasion et l'occupation passagère d'un de ces pays par un autre.

C'est lui qui s'opposa en particulier à la tentative esquissée par Rosa Luxembourg de mettre en avant en Allemagne un « programme national » et de défendre la « Patrie » contre « l'invasion » par les « moyens de la lutte des classes ».

A quoi Lénine répond:

« En 1793 et en 1848, en France comme en Allemagne, et comme dans toute l'Europe, la révolution bourgeoise-démocratique était objectivement à l'ordre du jour. A cette situation historique correspondait un programme « véritablement national », c'està-dire le programme national-bourgeois de la démocratie d'alors qui, en 1793, fut réalisé par les éléments les plus révolutionnaires de la bourgeoisie et de la plèbe; programme qu'en 1848 Marx proclamait au nom de toute la démocratie avancée. Aux guerres féodales et dynastiques s'opposaient alors, objectivement, les guerres révolutionnaires démocratiques, les guerres nationales-émancipatrices. Tel était le contenu des problèmes historiques de l'époque.

« A présent, pour les grands Etats avancés de l'Europe, la situation objective est

IV INTERNATIONALE autre. Le progrès, — si l'on néglige certains reculs provisoires, —- n'est réalisable qu'en allant vers la société socialiste. A la guerre impérialiste bourgeoise à la guerre d'un capitalisme hautement développé, ne peut s'opposer, objectivement, du point de vue du progrès, du point de vue de la classe avancée qu'une guerre contre la bourgeoisie, la guerre pour le pouvoir, sans laquelle il ne peut y avoir de sérieux mouvement en avant, et ensuite - mais seulement dans certaines conditions particulières, — une guerre possible pour la défense de l'Etat socialiste contre les Etats bourgeois. pourquoi ceux des bolcheviks (par bonheur, ils ne sont que quelques-uns...) qui sont disposés à se placer au point de vue d'une défense conditionnelle d'une défense de la patrie sous condition d'une révolution victorieuse et d'une victoire de la république en Russie, ceux-là sont restés fidèles à la lettre du bolchévisme, mais ils en ont tral: l'esprit; car la Russie, entraînée dans la guerre impérialiste des puissances européennes avancées, la Russie, même en régime républicain, continuerait aussi la guerre impérialiste. »

B. - LA QUESTION NATIONALE DURANT LA DEUXIEME GUERRE IMPERIALISTE

A la veille de la deuxième guerre mondiale, Trotsky prenait sur la question nationale une position analogue à celle de Lénine pendant l'autre guerre, et qui devait nous servir de guide général pour notre attitude envers les problèmes soulevés par l'occupation allemande de l'Europe.

En 1916, Lénine avait écrit:

« Que la présente guerre impérialiste de 1914-1916 se transforme en une guerre nationale, cela n'est pas du tout vraisemblable; car la classe qui représente un progrès vers l'avenir, c'est le prolétariat qui, objectivement, s'efforce de transformer cetto guerre en guerre civile contre la bourgeoisie; en outre, les forces des deux coalitions ne sont pas sensiblement inégales et le capital financier international a constitué partout une bourgeoisie réactionnaire. Mais il est impossible de déclarer qu'une telle transformation soit impossible: si le prolétariat de l'Europe restait dans l'impuissance pour une vingtaine d'années; si la guerre actuelle se terminait par des victoires dans le genre de celles de Napoléon et par l'asservissement d'une série d'Etats nationaux viabies; si l'Impérialisme hors d'Europe (celui du Japon et de l'Amérique en tout premier lieu) se maintenait aussi pendant une vingtaine d'années, sans laisser de place au socialisme, par exemple en raison d'une guerre américano-japonaise, alors serait possible une grande guerre nationale en Europe. Ce serait un développement de l'Europe dirigé en arrière, une régression de quelques dizaines d'années. C'est improbable. Mais cela n'est pas impossible, car imaginer l'histoire universelle marchant régulièrement et sûrement de l'avant, sans faire parfois de gigantesques sauts en arrière, cela n'est pas d'un dialecticien, cela n'est pas scientifique, cela est théoriquement faux. »

La position adoptée par Trotsky en 1938 (1) est axée sur la même ligne générale: qu'il ne peut être question de transformation de la deuxième guerre impérialiste en guerre nationale; qu'il ne peut être question de considérer les grandes nations capitalistes et impérialistes de Europe éventuellement vaincues et occupées par leurs adversaires, comme étant rétrogradées au rang des nations opprimées et justifier ainsi la lutte de leur bourgeoisie comme lutte « nationale » qu'il ne peut être question d'une « révolution nationale et démocratique » distincte de la révolution socialiste.

Malgré cet avertissement clair et précis, l'occupation allemande a eu comme conséquence le développement dans nos rangs de deux positions extrêmes et également fausses sur la question nationale: l'une représentée par la direction de notre section allemande I. K. D. et formulée dans les « Trois Thèses » qui constitue la déviation opportuniste et révisioniste, l'autre représentée par des tendances minoritaires dans certaines de nos sections et qui constitue la déviation ultra-gauchiste et sectaire. Entre les deux, d'autres opinions plus ou moins rapprochées de l'une ou de l'autre de ces tendances extrêmes ont été développées.

Quelle était dans ces conditions la position juste?

Il Eallait tout d'abord reconnaître le caractère impérialiste de la guerre des deux côtés aussi bien de l'Allemagne que des nations alliées, et de ne considérer comme « guerre progressive » que la lutte menée par l'U. R. S. S. dans sa phase non-annexion-

Ensuite il s'agissait d'établir une première distinction entre les grands pays impérialistes vaincus (la France en particulier) et occupés, et les « petits Etats » annexés ou opprimés, tout en tenant compte de l'évolution subie dans l'entre-deux guerres par une

(1) Dont la formulation intégrale est publiée sur la troisième page de la couverture de cette Revue

IV° INTERNATIONALE cérie de ces « petites nations ». Plusieurs d'entre elles n'avaient pas seulemént théoriquement la possibilité d'opprimer un autre peuple, comme du temps de Lénine, mais s'étaient développées en pays capitalistes et impérialistes effectivement oppresseurs (Tchécoslovaquie, Pologne, Yougoslavie), d'autres peuples.

Dans tous les pays occupés, grands ou petits, la bourgcoisie devait être considérée comme réactionnaire et incapable de mener une lutte pour l'indépendance nationale ayant été scindée en deux fractions liées chacune à l'un des deux grands clans impérialistes opposés. Ces constatations permettaient d'adopter une tactique marxiste révolutionnaire envers ce qu'on appelait la « nouvelle question nationale en Europe. »

Le prolétariat révolutionnaire reconnaissait que l'occupation allemande était la cause d'une oppression nationale certaine, et inscrivait dans son programme la revendication du droit de chaque peuple à disposer de lui-même.

Ne faisant aucune confiance à sa propre bourgeoisie, et reconnaissant que la lutte pour l'indépendance nationale est inséparable à l'époque impérialiste de la lutte contre l'impérialisme, et pour le socialisme, il menait la lutte d'après ses propres méthodes de classe à savoir: en Allemagne même il était pour le renversement révolutionnaire du nazisme, et la levée de l'occupation de l'Europe par les troupes allemandes. Dans les pays occupés, il menait la lutte contre l'occupation alleniande dans un sens in de on me de la te et sa to de pepe da la at Unis Socialistes d'Europe.

Il rejettait par conséquent l'idée d'une « révolution nationale démocratique » par laquelle devait passer préalablement sa lutte, avant de commencer de se développer sur la base de son propre programme socialiste et aboutir à la révolution prolétarienne.

La revendication du droit de chaque peuple à disposer de lui-même ne constituait en aucune façon, même pour une période limitée, un but en soi qui effaçait le reste du programme révolutionnaire, internationaliste et socialiste, mais une parcelle de ce dernier subordonné à l'ensemble.

Le problème le plus délicat soulevé par l'occupation était celui de l'attitude a adopter envers les « mouvements nationaux » et les organisaions de « Résistance Nationale ». Ces mouvements n'étaient pas le produit artificiel de la propagande chauvine de la bourgeoisie « alliée » et des Partis Staliniens.

Ils représentaient surtout, et cela dans tous les cas où ils ont acquis un caractère de masse, la forme que revêtait la réaction spontanée des masses ouvrières et petiteshourgeoises, paysannes et citadines, devant l'oppression de l'impérialisme occupant et de la bourgeoisie nationale.

Canalisés dans les organisations de « Résistance » ils tombaient automatiquement sous la direction de la bourgeoisie « résistante » et des Partis Staliniens qui luttaient sur la base d'un programme de chauvinisme à outrance.

Les rapports du Parti du prolétariat révolutionnaire avec ces formations de « L'Union Sacrée » qui défiguraient le caractère impérialiste de la guerre et portaient des coups mortels à l'internationalisme de la classe ouvrière, ne pouvaient être réglés autrement que par son indépendance organisationelle et politique envers elles et par l'intransigeance de sa lutte contre leur programme et leur action social-patriote et chauvine. Mais par contre un travail patient, systématique, dans ces organisations pour détacher de l'emprise idéologique chauvine les éléments révolutionnaires qui s'y trouvaient et Les regrouper sur une base de classe était nécessaire.

C'est dans ce sens que la Conférence Européenne de février 1944 a tâché de poser et de résoudre le problème de notre attitude envers les mouvements « nationaux » et les « organisations de résistance ». On ne connait pas encore qu'elle était la politique exacte suivie, par chacune de nos sections europénnes pendant la guerre. Il est fort possible, et même probable que des erreurs aient été commises et que des déviations à gauche et à droite plus ou moins marquées aient été signalées.

Comme déviations ultra-gauchistes doivent être considérées toutes les tendances qui niaient l'existence d'une oppression nationale qui ne se prononçaient pas clairement sur le droit de chaque peuple à disposer de lui-même, qui omettaient d'organiser sous notre propre drapeau (le drapeau du Parti Révolutionnaire) la lutte contre l'occupation allemande (menée bien entendu dans un sens internationaliste et de classe) qui minimisaient l'importance du travail dans les organisations populaires (F. T. P. français, partisans yougoslaves et grecs, etc.).

Comme déviations droitières et opportunistes doivent être cataloguées toutes les tendances qui faisaient de la revendication de chaque peuple à disposer de lui-même un but en soi, le séparant du reste du programme socialiste, révolutionnaire et internatio-

IV° INTERNATIONALE naliste, qui étaient sous une forme ou une autre pour notre participation ou notre collaboration en tant que mouvement politique avec les organisations de la « Résistance », qui mettaient sur le même plan la « résistance nationale » dans un grand pays impérialiste vaincu comme la France, et dans des « Petits Etats » opprimés comme la Yougoslavie et la Grèce.

C. - LA QUESTION NATIONALE EN EUROPE AUJOURD'HUI

La fin de la guerre n'a pas résolu les problèmes soulevés par l'occupation allemande.

L'Europe n'est pas plus libre aujourd'hui, qu'elle ne l'était hier, malgré la différence dans les méthodes d'occupation. La lutte des peuples opprimés de l'Europe n'a pas abouti à leur « libération naticnale » mais au remplacement de l'occupation allemande par l'occupation séparée ou conjointe américaine, anglaise, française ou soviétique.

Ce fait prouve encore une fois que l'égalité des nations et le droit de disposer d'elles-mêmes est irréalisable sous le régime de l'impérialisme, et que la véritable lutte pour « l'Indépendance nationale » est inséparable de la lutte contre ce dernier et pour le Socialisme.

La nouvelle occupation de l'Europe pose du reste des problèmes beaucoup plus importants que l'occupation allemande.

Dans le cas de cette dernière il s'agissait de l'occupation de certains territoires d= l'Europe due aux péripéties de la guerre pendant que cette dernière durait encore.

Aujourd'hui il s'agit d'une occupation d'un caractère beaucoup plus durable et qui risque de transformer à la longue la structure des nations viables, et en particulier de l'Allemagne. Dans le cas d'une apathie et d'une impuissance prolongée du prolétariat révolutionnaire on pouvait assister à la réalisation de la perspective de Lénine de 1916 et de Trotsky de 1938, c'est-à-dire à une regression de l'Europe de quelque dizaines d'années et à la possibilité de nouvelles guerres nationales.

Mais pour le moment, il n'y a aucune raison de procéder de cette perspective, qui est celle de la défaite décisive de la révolution. Aujourd'hui, comme pendant la guerre, nous basons notre politique sur la perspective révolutionnaire qui reste toujours ouverte. Aujourd'hui comme hier, nous inscrivons dans notre programme socialiste, révolutionnaire, internationaliste, la revendication de chaque peuple à disposer de luimême, et nous déclarons que la lutte pour la véritable indépendance nationale est inséparable de la lutte contre le capitalisme et pour les Etats-Unis Socialistes d'Europe et du Monde.

En ce qui concerne les pays européens actuellement occupés par les armées impérizlistes américaines, anglaises et françaises, nous avons l'attitude suivante: Nos partis en Amérique, en Angleterre, en France, mettent l'accent sur le droit des masses opprimées des pays occupés à disposer d'elles-mêmes, et luttent activement pour la levée de l'occupation de ces pays par les troupes américaines, anglaises et françaises.

Nos partis dans les pays occupés, tout en organisant sous leur drapeau la lutte des masses nationales contre l'occupation, lutte menée toujours dans un esprit internationaliste et de classe, mettent l'accent surtout sur la nécessité de la fédération des nations libres dans les Etats-Unis Socialistes d'Europe.

En ce qui concerne en particulier notre attitude envers l'Allemagne, la résolution du Comité Exécutif Européen de juin 1945 l'a concrétisé dans les termes suivants:

1) Auto-disposition de chaque peuple. Départ immédiat des troupes d'occupation.

2) Contre le gouvernement militaire, l'occupation, le démembrement et le pillage de l'Allemagne. Contre la déportation et le travail forcé des ouvriers allemands.

Pour la fraternisation des troupes d'occupation avec les masses travailleuses allemandes.

Pour la fraternisation des travailleurs des autres pays avec les ouvriers déportés allemands. Pour leur intégration dans les syndicats ouvriers de ces pays. Pour les mêmes conditions de travail et de vie et les mêmes droits que les ouvriers de ces pays.

Pour l'épuration et le châtiment des nazis en Allemagne par les travailleurs allemands eux-mêmes. Pour la liberté complète du mouvement ouvrier en Allemagne.

Le Manifeste du Comité Exécutif Européen adressé aux prolétariat allemand que nous publions aujourd'hui reprend la même position quand il déclare: « Nous protestons contre le morcellement de l'Allemagne, contre les contributions, les réquisitions et contre les milliards de frais de réparations. Nous saluons toute fraternisation des soldats des armées d'occupation avec les prolétaires allemands. Nous demandons à ces soldats de ne pas se laisser utiliser pour des buts impérialistes et réactionnaires contre le prolétariat allemand. Nous sommes pour le droit du peuple allemand à disposer de luimême. Pour ce droit nous, Communistes internationalistes, nous lutterons partout ou nous serons, nous nous efforcerons de regrouper le prolétariat du monde entier, etc... »

Une grande partie de l'Europe est, d'autre part, occupée ou effectivement contrôlée par l'U.R.S.S.

La bureaucratie soviétique, oubliant les paroles de Robespierre que les « peuples n'aiment pas les missionnaires munis de baïonnettes », oubliant les paroles de Engels répétées par Lénine que « le prolétariat vainqueur ne peut imposer le bonheur à aucun peuple étranger sans compromettre par là même sa propre victoire », a procédé à des violations brutales et bureaucratiques des droits nationaux et démocratiques des peuples du centre et du sud de l'Europe.

La IV° Internationale déclare que les procédés des annexions, des réparations, des transferts de populations, de l'asservissement des peuples, auxquels recourt la bureaucratie soviétique pour élargir sa base économique et sa zone stratégique en Europe et en Asie, au lieu de propulser le mouvement révolutionnaire des masses, et favoriser la fédération socialiste des nations libres, n'ont rien de commun avec la politique marxiste-léniniste sur la question nationale. Ces méthodes font partie des manifestations de barbarie dans laquelle entraîne l'humanité, le retard de la révolution socialiste européenne et mondiale et le prolongement du pourrissement du capitalisme et de l'état ouvrier dégénéré de l'U.R.S.S.

La IV° Internationale est partisane du droit des peuples des pays occupés ou contrôlés par l'U.R.S.S. de disposer d'eux-mêmes.

Elle reconnaît le même droit aux Républiques soviétiques, telles que l'Ukraine, la Russie Blanche, la Fino-Carélie, la Lithuanie, l'Esthonie, la Lettonie, poussé jusqu'à la séparation du reste des républiques fédérées de PU.R.S.S., si leurs peuples le désirent. C'est là une conséquence de la politique d'oppression et d'assimilation forcée, employée par la bureaucratie soviétique.

En adoptant cette politique, la IV° Internationale reste fidèle à l'enseignement révolutionnaire de Marx et de Lénine et aux intérêts généraux du mouvement socialiste international.

La direction du monde par les « Trois Grands » à laquelle a abouti la deuxième guerre mondiale, malgré ses divergences et ses tiraillements intérieurs, emploie des méthodes autoritaires, antidémocratiques, esclavagistes, semblables envers une longue série de nations.

Le capitalisme réactionnaire, l'impérialisme et la bureaucratie soviétique brisent de plus en plus souvent les frontières des nations démocratiquement définies, c'est-àdire celles déterminées par « la langue et les sympathies de la population » que Engels considérait comme les frontières « naturelles ».

C'est à la révolution prolétarienne et au socialisme, et seulement à eux de redonner la liberté à ces nations en procédant à une nouvelle détermination démocratique des frontières d'Etat. « Les vieux « économistes », ne laissant qu'une caricature du marxisme », écrivait Lénine, « enseignaient aux ouvriers que ce qui est de l'économie importe « seul » aux marxistes. Les nouveaux « économistes » pensent-ils que l'Etat démocratique du socialisme vainqueur existera sans frontière (dans le genre d'un « complexe de sensations » sans matière)? Pensent-ils que les frontières ne seront déterminées que par les besoins de la production? En réalité, ces frontières seront déterminées démocratiquement, c'est-à-dire conformément à la volonté et aux « sympathies » de la population. Le capitalisme influe par la violence sur ces « sympathies » et par là ajoute de nouvelles difficultés à l'œuvre du rapprochement des nations. Le socialisme, en organisant la production sans oppression de classe, en garantissant le bien-être à tous les membres de l'Etat, donne par là même une complète liberté d'extention aux « sympathies » de la population, et, précisément en vertu de cela, facilite et accélère prodigieusement le rapprochement et la fusion des nations.»

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