AINSI qu'au cours de chaque discussion avec des adversaires qui essaient de réviser le marxisme, indépendamment de la forme sous laquelle ils le font — et quel que soit le motif de cette révision - il est nécessaire ici aussi de répéter les principes fondamentaux, l'A B C du marxisme. C'est indispensable. C'est seulement a partir de cette base fondamentale qu'il est possible de formuler une politique révolutionnaire.
La victoire du fascisme en Allemagne, la victoire de l'impérialisme allemand sur le continent européen furent les circonstances qui encouragèrent la frnetion révisionniste à reprendre lidée d'une « révolution démocratique ». La base théorique de cette erreur avait été établie précédemment sur la question parti et sur celle de la révolution. « Les thèses pour la construction de la IV° », l'article de Held sur la révolution allemande (le camarade Loris réfuta les idées qui y étaient exposées), « le programme d'une balance des comptes » sont seulement les bornes auxiliaires de ce développement. Nous reviendront sur ces questions et sur beaucoup d'autres, c'est-à-dire sur les erreurs de la fraction révisionniste et, pour notre part, selon le langage pompeux des thèses pour la construction de la IV°, nous « remonterons les séries d'erreurs jusqu'à la racine, nous découvrirons la source du mal et en tirerons les conclusions nécessaires ». La forme actuelle, ou plutôt le prétexte que la • fraction donne à son révisionnisme, c'est la question nationale. Réellement la fraction ne disait rien ou presque rien sur la question nationale à part la déclaration que le mouvement national dans les pays occupés est progressif et que notre rôle est inconditionnellement d'appuyer ou de prendre part à de tels mouvements. Voilà son attitude vis-à-vis de la question nationale. C'est là une perle de sagesse exhibée par la fraction à chaque occasien. Le camarade Brinks dit: • Malheureusement une question qu'on pensait avoir dépassé depuis longtemps et qui avait déjà été reléguée dans les manuels d'histoire est à nouveau à l'ordre du jour et devient d'une brûlante actualité. »
Ces paroles surprenantes ne prennent un sens que si l'on se rappelle que la fraction révisionniste pense être ramenée en arrière de plusieurs décades et placée en face de problèmes du xix siècle. Cependant, ce problème national a été relégué dans les manuels d'histoire en même temps que le rôle progressif de la bourgeoisie et de l'intelligentzia bourgeoise. La question nationale a pris une nouvelle signification, spécialement dans les pays avancés de l'Europe, A Torigine (« 1 y a longtemps »), elle signilait: contradiction entre la bourgeoisie en tant que leader du peuple et la féodalité (ou ses vestiges: monarchie, église, etc...). Aujourd'hui, son contenu est la contradiction entre la bourgeoisie (et les vestiges de la féodalité comme en Hongrie et dans les Balkans) et le prolétariat en tant que guide des masses opprimées. Pour donner une définition sociale historique : impérialisme contre socialisme.
A notre époque, la question nationale n'a en aucune façon été reléguée dans les manuels d'histoire. Au contraire, la III° Internationale lui accorda une grande attention à l'époque de Lénine et de Trostsky, ainsi que la IV°. Le droit des peuples à disposer J'eux-mêmes tient une grande part dans le programme de la IV° Internationale comme il fit jadis partie du programme de la III°; reconnaissance du droit des nations à disposer d'elles-mêmes dans le vrai sens du mot, non une simple gymnastique des lèvres comme il le devint pour les réformistes, mais comme une partie de la lutte que mènent nos organisations. A l'occasion de chaque question nationale ou coloniale, la IV° Internationale n'a pas seulement pris une position théorique claire, mais également montré dans les faits qu'elle a « une compréhension sensible de l'état d'esprit des masses ». Il en est ainsi aux Indes ou en Chine, en Amérique (nègres et autres minorités nationales), en Angleterre (Irlande et colonies), en Espagne (Catalogne). Si la discussion n'a pas encore eu pour résultat une attitude unique et compréhensi-
IV° INTERNATIONALE ve du problème actuel en Europe, la faute en incombe largement aux Thèses qui soulevèrent nombre de questions fondamentales sous un eforme révisionniste qui constituait d'abord un « obstacle à tout ». En premier lieu ces problèmes auraient dû être éclaireis.
Si la question nationale ne peut etre raitée d'un point de vue qui ne tiendrait pas compte de la lutte de classes, elle ne peut pas être traitée non plus du seul point de vue du déterminisme économique. Appliquer seulement les lois du déterminisme économique signifie reconnaitre l'oppression nationale seulement là où le développement des forees productives n'a pas conduit à la constitution de la nation (Indes, Chine), ou encore là où l'oppression étrangère a démoli les forces productives de la nation, soit en dénationalisant l'industrie et la terre, soit en transférant l'industrie (Bohème, Moravie, Polgne).
La. question nationale ne peut non plus être traitée d'un point de vue juri dique formel, par exemple là où un protectorat a été créé. Il serait cependant incorrect de ne pas faire cette distinction quand il y a possibilité de conclure des accords partiels avec la bourgeoisie nationale ou des groupes de la bourgeoisie nationale.
L'oppression nationale existe dans tous les pays occupés, bien qu'à des degrés divers? Car chacune des questions concernant l'attitude politique de la nation dépend de l'autorité militaire de la puissance occupante, Il est cependant incorrect de croire, comme le font les trois Thèses, que toutes les classes de la population résistent à cette oppression. Au contraire, les diverses bourgeoisies, spécialement la bourgeoisie française, réclament la présence hier des Allemands, aujourd'hui des alliés, car c'est sur eux que leur régime est basé. La lutte pour la libération nationale est par conséquent identique à la lutte sociale. Les blocs nationaux à Alger, Washington, Londres et en France en sont la preuve négative. Ces agrégats de staliniens, de banqueroutiers réformistes, d'honnêtes bourgeois et même d'anciens fascistes sont vraiment tous trop semblables dans leurs buts politiques aux bloes anti-fascistes d'hier.
Prévoyant l'effondrement des conditions existantes et la montée du prolétariat, ils veulent représenter la vietoire commune de la réaction comme la victoire de la démocratie, c'est-à-dire qu'ils trahissent déjà tous les masses en se limitant aux revendications e démocratiques » à l'aide desquelles ils espèrent les enchaîner aux « démocraties » occidentales. Si la fraction révisionniste veut nous reprocher de ne pas prendre part à cette escroquerie antifasciste, et nous considérer comme des ultra-gauchistes, nous plaidons coupable. Nous ne sommes pas prêts non plus à supporter cette trahison, même à l'aide de la théorie des étapes : d'abord revendication de l'indépendance nationale, puis socialisme. Il n'y a rien dans les articles de la fraction révisionniste et en particulier sur la question nationale qui montre qu'elle soit d'une manière ou d'une autre attachée à la tradition bolchevick.
Lénine, par-dessus tout, apporta la clarté sur question nationale en montrant que l'impérialisme non seulement ressuscite les anciens problèmes résolus par la révolution bournon geoise et leur donne un contenu nouveau, mais encore en crée de nouveaux. La lutte entre les bloes impérialistes force les impérialistes non seulement à annexer et à exploiter des pays retardataires, mais encore à annexer et à exploiter des pays industriellement avancés; d'un côté pour assurer leur propre prépondérance sur le terrain straté pique, économique, politique, de l'autre pour affaiblir l'impérialisme concurrent. L'avance de l'impérialisme allemand dans les Balkans (en accord avec la monarchie austro-hongroise). loccupation de la Serbie, de la Slovénie, etc... à l'est, de la Belgique à l'ouest qui eurent lieu au cours de la première guerre mondiale en sont des exemples bien connus. L'occupation de la Tché coslovaquie qui mena l'annexion de la Bohême et de la Moravie avant l'explosion de la deuxième guerre mondiale, au cours de celle-ci l'occupation de la Belgique, de la Hollande et finalement de la France à l'ouest, de la Yougoslavie, de la Grèce à l'est, jalonnèrent le chemin de la lutte de l'impérialisme allemand pour l'hégémonie mondiale. La carte de l'Europe a changé durant cette guerre et changera encore conformément au rapport actuel des forces des blees impérialistes. Le déclin d'un état impérialiste, la puissance relative d'un autre sont les seules conditions de ce fait.
La guerre actuelle, qui ne se différencie de la dernière que par son intensité, une destruction mieux répartie et mieux organisée, grâce à l'étendue des opérations militaires qui détruisent des continents entiers et placent des peuples entiers sous la férule du militarisme, a incontestablement donné une grande importance et une grande signification à la question nationale.
IV* INTERNATIONALE mocratiques (1) ne peut contribuer à rien de plus qu'à donner à la lutte un caractère bourgeois. La théorie de « l'ennemi principal » qui en découle, dont tous demandent la défaite, sans la défaite duquel il ne saurait être question d'aucune modification de la société, d'aucune lutte contre le capitalisme, constitue la justification de la trahison du Front Populaire.
S'il ne peut y avoir de lutte contre le fascisme ou contre la guerre sans lutte contre le capitalisme il ne peut exister une lutte pour la libération nationale sé. parée d'une lutte contre le capitailsme. La théorie des étapes de la fraction n'a rien de commun avec la théorie de la révolution permanente. C'est l'interprétation que donnèrent Staline et Boukharine, les fossoyeurs de la révolution chinoise.
Il découle logiquement de la position révisionniste que les organisations ré volutionnaires peuvent faire un • bloc politique non seulement avec les diverses classes et groupements politiques, mais encore avec leur propre bourgeoisie. En réalité il est nécessaire de faire comprendre aux travailleurs qu'ils peuvent compter seulement sur leurs propres forces et leurs propres méthodes de combat, seulement sur leur propre unité et leur propre organisation. C'est seulement par ce moyen que les classes opprimées, la paysannerie, et la petite bourgeoisie suivront le prolétariat. En tout autre cas ils suivraient les capitalistes.
Des accords pratiques partiels avéc d'autres groupes et organisations sont naturellement admissibles et même indispensables, non jusqu'à ce que la libération nationale soit accomplic, ainsi que le désire la fraction mais pour chaque cas isolé où cela serait utile. Cela ne peut cependant avoir lieu qu'à la condition que l'organisation conserve sa liberté d'action complète dans le but d'ozganieer le prolétariat indépendamment. dance.
Dans quelques pays la possibilité peut même exister de conclure de tels accords avec les groupes bourgeois. Mais c'est le
(1) Qui est en fait un abandon da programme transitoire de la IV* Internationale et une rechute dans une sorte de programme « minimum », n'ayan aucun lien avec le programme maxi mum, c'est-à-dire le socialisme. C'est bien notre programme transitoire qu annula le vieux programme minimun « dont la tâche réside dans la mobilisation systématique des masses pour l révolution prolétarienne » (prog. tra.), devoir de l'organisation révolutionnaire de dire ouvertement qu'elle ne croit pas à la capacité de ces groupes de mener rin vrai combat, mais qu'ils sont constamment tentés de saboter la lutte des travailleurs et des masses opprimées.
La marche progressive du mouvement peut être mesurée, grâce à sen degré d'indépendance vis-à-vis de sa propre bourgeoisie et, partant, vis-à-vis de l'impérialisme.
; Nous avons dit qu'il était nécessaire de mettre de tels mots d'ordre en avant dans la lutte pour la libération natioforce indépendante de la bourgeoisie. nale, pour organiser le prolétariat en C'est la seule façon d'obtenir (incomplètement) la libération nationale dans les conditions du capitalisme et la victoire du prolétariat international l'établissement des- Etats-Unis d'Europe, étape des Etats-Unis du monde apportera véritable émancipation nationale. Naturellement il serait faux d'opposer la révolution prolétarienne à l'urgence de l'émancipation nationale, comme elle se traduit dans le mouvement de libération nationale. D'abord ce serait faux parce que l'impérialisme est la cause de cette nouvelle oppression nationale et pas seulement de l'actuelle, celle que fait peser sur le continent l'impérialisme allemand. — Toute expansion des impérialismes de l'axe ou des alliés, peut donner une signification au programme national des organisations des pays en question.
Lá lutte pour l'émancipation nationale est une lutte anti-impérialiste. L'impérialisme a donné un sens à la lutte de la bourgeoisie qui conquiert un marché intérieur pour l'écoulement de sa production, unifie la nation sur un territoire, constitue un état national et des institutions démocratiques qui permettent un développement libre et un rassemblement de toutes les classes séparées de la population. Cela fut un énorme progrès historique en son temps, mais la lutte est maintenant celle entre l'impérialisme étranger et l'impérialisme indigène qui ne peut être victorieuse que sous la conduite du prolétariat.
Aujourd'hui, la lutte pour l'émancipation est essentiellement la lutte des classes dont la forme est déterminée par les circonstances objectives en même temps que par l'existence de la Nation et de l'oppression nationale. En second lieu il serait faux de s'opposer à l'effort vers l'émancipation nationale, parce que c'est le devoir du parti révolutionnaire de mener chaque lutte contre le capitalisme quelle que soit la forme qu'elle prenne, afin qu'elle apporte sa contribution à la révolution socialiste.
Il est faux de dire: si nous Juttions hier contre le nationalisme, contre le chauvinisme, comment pouvons-nous aujourd'hui, après la défaite et l'occupation être pour l'émancipation nationale? Tout d'abord hier, c'était le privi-* lège exclusif de notre bourgeoisie et de tées, aujourd'hui c'est là essentiellement son Etat d'opprimer les classes exploile privilège de l'impérialisme étranger, le plus souvent en collaboration avec notre propre bourgeoisie. Ensuite aujourd'hui nous combattons encore contre cette forme de nationalisme, et de chauvinisme qui n'a pas été rendue plus progressive par occupation, C'est-à-dire contre le nationalisme des industrier, des évêques, des généraux et juges dont les intérêts résident dans l'oppression de leur propre nation aussi bien que dans l'oppression d'autres nations, contre le chauvinisme des monarchistes, conservateurs, libéraux, catholiques, socialistes et communistes, qui tentent de suberdonner les intérêts de classe des exploités aux intérêts nationaux de leur propre bourgeoisie dont l'effort principal - dans la mesure où ils sont tous contre les impérialistes allemands est de changer le front militaire. c'est-àdire se joindre aux Alliés. L'affirmation des trois Thèses, qu'il est nécessaire d'admettre 1° « que sans cela (la défaite de l'ennemi principal) il ne peut être question d'un changement dans les conditions existantes », 2° une « révolution démocratique » dont le programme soit limité aux mots d'ordre démocratiques (..Les masses sont poussées dans la voie de la libération nationale, et CETTE LUTTE PAR SUITE DE LA SITUATION GENDRALE, SE PRESENTE COMME UN PROGRAMME DE TRANSITION complet, qui englobe tous les mots d'ordre démocratiques, depuis la liberté de réunion, de presse, d'organisation et de religion jusqu'au droit de grève, au droit des peuples à Hisposer d'eux-mêmes (c'est nous qui avons souligné, 3º le « mouvement populaire se dépassant » de Held (le père de l'idée étant de toute évidence Thaelmann, le pauvre d'esprit), et 4° le « mouvement populaire démocratique » de M.) n'est qu'une capitulation sur la voie du révisionnisme. Cette capitulation est incomplète seulement dans la mesure où nos révisionnistes . se contentent pour l'instant des paroles et ne passent pas à l'action, c'est-à-dire ne tirent pas toutes les conclusions de leur position politique.
La fraction révisionniste aime beaucoup se référer à Lénine, en particulier sur le point précisant qu'il esi nécessaire d'appuyer inconditionnellement les mou-
ATIONALE 29 vements progressifs. Elle se satisfait de cette généralité, même quand elle devrait la concrétiser, par exemple pour analyser ces mouvements à l'aide des facteurs historiques qui les firent naître, les classes et leurs positions vis-à-vis des problèmes de la société, de la tâche révolutionnaire immédiate, de l'émancipation nationale et sociale. Pourtant, tournons-nous vers Lénine lui-même. Dans son article « sur le droit des penples à disposer d'eux-mêmes > (février 1914) Lénine distingue deux époques capitalistes, par rapport à la question nationale. L'une a vu l'effondrement de la féodalité et de l'absolutisme, la formation de l'Etat bourgeois démocratique et de l'Etat dans lequel il y a des mou vements nationaux de masses qui entrainent toutes les classes (et surtout les paysans) vers la politique, à travers la presse, les institutions parlementaires, ete... L'autre époque est caractérisée par des états capitalistes cristallisés et un antagonisme fortement développé entre le prolétariat et la bourgeoisie, époque de capitaliame décadent dont les caractères typiques sont l'absence d'un mouvement des masses bourgeoise-démocratique; où « le capitalisme évolué, au fur et à mesure qu'il rapproche et rend de plus en plus dépendantes les nations nui ont déjà été tout à fait entraînées dans la course commerciale, met au premier rang l'antagonisme entre le capital international et le mouvement cuvrier international. Entre ces deux époques il y a naturellement des stades intermédiaires. Le prolétariat évalue chaque revendication nationale, chaque séparation nationale sous l'angle de la lutte de classes. « Dans quelles conditions les revendications bourgeoises démocratiques en faveur d'un état national doivent-elles être acceptées par un marxiste, c'est-à-dire du point de vue prolétarien; cela sera examiné en détail... »
• La bourgeoisie place toujours ses revendications en avant. Elle le fait inconditionnellement. Pour le prolétariat pourtant, ces revendications sont subordonnées à la lutte de classes... »
« La bourgeoisie des nations opprimées s'adressera au prolétariat pour soutenir ses aspirations inconditionnellement dans l'intérêt du caractère pratique de sa revendication.... »
« Dans la mesure où la bourgeoisie d'une nation opprimée lutte contre nation qui l'oppresse, dans cette mesure nous sommes toujours pour elle, dans les cas, et plus résolument que quiconque parce que nous nous trouvons les plus sûrs et les plus fermes ennemis de l'oppression, »
occidental ait altéré la perspective d'une révolution socialiste, aussi fortement que la construction des E. U.S. d'Europe demeure d'actualité comme une réponse aux machinations des impérialistes et de leurs valets — y compris la diplomatie stalinienne — il est nécessaire d'adapter notre tactique (spécialement l'utilisation tactique des revendications démocratiques et, par-dessus tout, celles qui sont liées au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes) aux conditions concrètes. Le mot d'ordre des E.U.S. d'Europe est aussi insuffisant pour les grandes masses (à distinguer de l'avant-garde du prolétariat et des ouvriers les plus avancés)
Aussi faiblement que la victoire allemande ou même celle de l'impérialisme que le mot d'ordre de la dictature du prolétariat est insuffisant pour gagner les paysans à la révolution. Cela ne signifie pas qu'ils ne doivent pas toujours et partout être propagés, cela signifie simplement qu'ils doivent être complétés par d'autrse, par des revendications partielles. II serait faux de se laisser guider par des dogmes dans le choix des mots d'ordre. Ces mots d'ordre devraient être, d'un coté, capables de mobiliser les masses des pays opprimés contre l'oppresseur étranger et contre leur propre bourgeoisie qui dans tous les pays, spécialement en. France où elle était devenue le partenaire mineur de l'impérialisme allemand, collaborent ouvertement avec lui; et de l'autre devraient rendre impossible aux agents de l'impérialisme anglo-américain l'utilisation de la lutte listes, c'est-à-dire transformer les masdes masses pour leurs buts impériachauvinisme impérialiste. ses mobilisées en avant-garde du Il est clair que cela ne pourrait être réalisé qu'en leur donnant un contenu social, un contenu de classe, qu'en s'efforçant de faire de la classe ouvrière une puissance indépendante. Les" trois Thèses simplifient le problème; elles affirment que l'oppression nationale existe, que le mot d'ordre de libération nationale est un mot d'ordre progressif qui doit être soutenu toujours et partout, mais elles omettent d'indiquer que presque tous les groupes politiques, bien que parlant au nom de la libération nationale, la trahissent, la sabotent et la liquident (nous aimerions faire remarquer que, bien que les partis soient dissous, les idéologies de ces partis continuent d'exister, et ces idéologies représentent une force considérable en vertu de l'existence de classes dont elles sont seulement l'expression). Le parti révolutionnaire, pour appuyer le mouvement national, peut seul le guider dans les voies socialistes, s'il comprend les forces qui le meuvent et ses perspectives et s'il base là-dessus sa politique, s'il sait comment expliquer le rôle des classes et ne refuse pas de le voir, et s'il n'ignore pas les forces qui essaient d'utiliser le mouvement national pour atteindre des buts impérialistes et qui l'imprègnent d'utopies petites bourgeoises, etc.
Appuyer le mouvement national signifie également mener la lutte contre sa propre bourgeoisie et ses agents (les monarchistes, conservateurs, libéraux, catholiques, « socialistes » et « communistes », etc...), tous ceux que la fraction considère comme ses alliés, dont le chauvinisme barre la voie de l'unité avec le prolétariat de la nation opprimante, empêche la fraternisation avec les soldats de l'armée d'occupation. Seule la lutte du prolétariat international, peut mener à la libération des nations opprimées. Libération partielle sous le capitalisme quand la lutte révolutionnaire internationale des masses opprimées et du prolétariat forcent les capitalistes à retirer leurs armées d'occupation, à lever les protectorats, ete... et libération nationale réelle par le socialisme, par l'établissement des E. U. S. d'Europe. Le danger auquel nos partis et groupes occidentaux font face ne réside pas tellement là où les trois thèses le croient, c'est-à-dire dans le fait de se tenir en dehors des luttes journalières, mais dans l'attitude opposée qui consiste a oublier la tâche stratégique en étant absorbé par la lutte au jour le jour. Cette lutte crée sa propre routine qui tend à détourner l'attention du parti de sa tâche historique. Ce danger est décuplé par l'absence d'une forte centralisation, grâce à laquelle les camarades qui sont plus avancés, plus capables, plus consciencieux, plus expérimentés, la tête du parti, dirigent toute lorganisation et donnent un sens à l'ensemble du combat. Une décentralisation favorisée et renforcée par de mauvaises conditions persistantes crée le provincialisme, l'étroitesse, ete... L'histoire des organisations révolutionnaires est pleine d'exemples de ce fait en des circonstances analogues.
La position de la fraction révisionniste n'apporte aucune contribution la solution de la question nationale-qui puisse de quelque façon servir d'orientation aux différentes sections de la
IV° en Europe.
La théorie de la révolution démocratique, la limitation aux mots d'ordre dé-
« Dans la mesure où la bourgeoisie de la nation opprimée défend son propre nationalisme, nous sommes contre elle. »
« Le prolétariat se limite pourtant au côté négatit, la reconnaissance du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, sans s'engager aucunement. »
Le droit à l'auto-détermination et l'alliance avec le prolétariat international - et par-dessus tout le prolétariat de la nation qui opprime — voilà le double aspect de la tâche du prolétariat. • Egalité totale des droits pour toutes les nations, droit pour celles-ci à disposer d'elles-mêmes, l'union étroite des travailleurs de tous les pays, c'est le programme national que le marxisme, l'expérience du monde entier et celle de la Russie en particulier, enseignent aux travailleurs. » C'est cette idée fondamentale qui déterminera la tactique du prolétariat.
Cette idée imprègne tous les derniers écrits de Lénine et mène tout droit aux thèses des 2° et 3ª Congrès mondiaux de la III* Internationale. La lutte des nations opprimées contre l'oppression (dans la limite où la bourgeoisie des pays opprimés combat) sera soutenue par le prolétariat, mais en même temps ce combat sera subordonné par lui aux intérêts du prolétariat international.
Le prolétariat, les révolutionnaires de la nation qui opprime revendiquent le droit de séparation, le prolétariat de la nation opprimée, lui, met en avant l'unité avec les travailleurs de la nation opprimante? Seulement alors la lutte pour le socialisme peut s'allier avec le programme révolutionnaire sur la question nationale. Il est par-dessus tout nécessaire de se rendre compte que la bourgeoisie de nombreux pays (en particulier la France) ne pense pas du tout à engager quelque lutte que ce soit; sa lutte est essentiellement dirigée contre les classes opprimées de l'intérieur!
Une insurrection nationale est naturellement également possible non seulement aux Indes ou en Chine ou dans d'autres pays coloniaux ou semi-coloniaux mais aussi en Europe. La révolte en Irlande pendant la dernière guerre, en Yougoslavie pendant celle-ci le prouvent. Mais la Yougoslavie le prouve plus encore. Un mouvement national vraiment important dans lequel les masses sont jetées est seulement possible s'il revêt un caractère social. Mais la différentiation des classes devient immédiatement aiguë. La bourgeoisie financièrement liée aux propriétaires terriens prend inévitablement position contre ce mouvement national. La Yougoslavie est un pays à population en majorité paysanne. Les villes où le prolétariat est concentré sont contrôlées par l'impérialisme allemand. C'est là que réside la force de Tito du point de vue politique et aussi le danger que le mouvement national révolutionnaire ne se transforme en un mouvement impérialiste. Seul le prolétariat serait capable d'offrir une autre alternative à savoir transformer le mouvement national révolutionnaire en mouvement prolétarien révolutionnaire. Ce qui a débuté comme une insurrection nationale ou guerre de partisans, peut seulement finir en révolution proiétarienne ou en guerre impérialiste. Une insurrection nationale en France, pays fortement industrialisé est hautement improbable.
Même si l'émancipation nationale en était le motif, toute lutte sérieuse se transformerait immédiatement en révolution prolétarienne à cause de son camactère initial ou deviendrait une guerre impérialiste sous la. direction de la bourgeoisie.
La possibilité d'une insurrection notionale (c'est ainsi que commence la révolution) dans un pays ou un autre n'est certainement pas nouvelle et ne permet pas de parler d'une nouvelle époque. Juillet 1944.