Documents de la IVe Internationale

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La revue › nouvelle série n° 22-23-24

Bref aperçu de la situation dans le Levant

Quatrième Internationale, nouvelle série n° 22-23-24 · septembre-octobre-novembre 1945 · p. 10-14 · 3 512 mots

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La position de l'impérialisme français.

La France se trouve menacée, dans l'immédiat après-guerre, d'être l'objet d'une contestation décisive de son empire français dans le Levant est à ce propos significative.

Sans remonter à l'analyse de la faiblesse réelle de l'impérialisme français durant les années d'avant-guerre, il suffit de considérer la situation générale de l'économie, les forces militaires réelles et les tensions sociales qui caractérisent la France de 1945 pour se rendre compte de l'étendue du problème pour la bourgeoisie française, lorsqu il s'agit pour elle de défendre ses droits impérialistes.

Avant la conclusion de la campagne européenne, et même durant la crise syrienne d'il y a deux mois, la faiblesse de la France était surtout mesurée à l'échelle des autres grandes puissances dont les armées victorieuses, en effet, pouvaient à tout instant prononcer un diktat rigoureux à un pays entièrement impuissant. Le chantage au ravitaillement, à l'équipement industriel, autant que le chantage par la force des canons interdisaient à la bourgeoisie francaise toute velleite d'indépendance.

Cependant, l'évolution des événements montré que cette faiblesse matérielle a allait s'exprimer sur le plan colonial, non pas « alliés » anglais et américains, mais aussi seulement par rapport aux : grands par rapport aux peuples coloniaux euxmêmes, quelque faibles et désarmés qu'ils soient.

Que s'est-il passé en Syrie?

La confusion qui régnait un peu partout par suite du fait que tous les problèmes politiques se posent à la fois à l'occasion des grands règlements de la paix, s' est retrouvée sur le problème syrien avec un enchevêtrement inextricable.

Du côté français on a mis en lumière surtout les intrigues anglaises qui, elles, ne datent pas d'hier. La plaque tournante qu'est l'Irak pour la liaison avec l'Inde par la voie des airs, ses sources de pétrole et sa position stratégique, face à toutes les routes d'invasion vers la Méditerranée orientale et le bassin du Nil, l'Irak n'avait pas une liaison suffisamment contrôlée par l'Angleterre, tant que Damas serait aux mains d'une puissance militaire de poids.

De même, on a fait état en France des intrigues et de la vénalité qui caractérisent les chefs politiques arabes, tous plus ou moins attachés au destin, soit d'une puissance (Angleterre, USA, France, URSS, Egypte, etc.), soit d'une dynastie prétendant s'installer à Damas, et là aussi il faut reconnaître la réalité de ces accusations.

De même on a remarqué partout l'entrée en scène de l'URSS dans la Méditerranée, la Mer Rouge, ainsi que la présence des intérêts et des amitiés de l'impérialisme du dollar et du pétrole américains.

Cependant, en France comme ailleurs, on a tout fait pour laisser dans l'ombre les faits réels, fondamentaux.

DES PEUPLES ARABES

A) Avant la deuxième guerre mondiale

Le mouvement national arabe, mis en branle par l'Angleterre durant la guerre contre la Turquie, grâce à des hommes comme le colonel Lawrence ou Ronald Storrs, ou même par une femme comme Gertrude Bell, a eu surtout ce caractère que les événements historiques, en l'occurrence la décomposition de l'empire ottoman, l'ont accéléré.

A l'époque de la révolte anti-turque dans le désert qui mena les guerriers de Feyçal de Djedda et Akaba jusqu'à Amman et Damas, les tribus du désert d'Arabie formaient le gros des troupes. Elles ne comprenaient pas toujours le but de cette croisade à laquelle on les appelait la domination, bien que détestée était le contre un autre peuple musulman dont souvent fort lointaine et souvent théorique dans les espaces inhabités du désert.

Les bourgeoisies des villes comme Damas comprenaient davantage le concept d'un pouvoir national propre, dégagé de la servilité à l'égard de la cour de Constantinople, mais ici, tout autant que pour des chefs de tribus, il fallut arroser l'en-

LA RENAISSANCE thousiasme des partisans des alliés avec force pièces d'or que Lawrence transportait à dos de chameau pour le compte du commandement du général Allenby.

Le mouvement proprement politique n'a en fait commencé que plus tard, lorsque la pénétration des forces européennes a brisé les cadres extérieurs de ces régions immenses réfractaires au progrès matériel provoqué par l'industrialisation depuis un siècle.

Les Anglais et les Français ont construit des routes, on créé des besoins de produits consommables. Un vit des chautfeurs, des mécaniciens arabes, on vit des commerçants qui se mirent à l'école de la vie moderne, voyagèrent en Europe, mirent leurs enfants dans les collèges ouverts par les Européens dans les villes qui se développaient rapidement, l'Université de Beyrouth (aux mains des Américains) devint rapidement une riche pépinière de cadres parce qu'étrangère aux préoccupations anglaise et française de domination politique.

La prise de contact quotidienne avec les peuples occidentaux a augmenté la vitalité de la population citadine, en quantité et en qualité. Augmentation de la consommation, de la production, de limportation et de l'exportation, de la culture en général, tout cela marchait de pair avec une transformation profonde du caractère même de la population, et il en résultait un phénomène de prise de conscience par le monde arabe de ses aspirations propres, aspirations issues de caractères spécifiques : religieux, linguistiques, historiques, géographiques comà toutes les populations vivant muns entre les bords de la Méditerranée orientale, la Mer Rouge, le golfe Persique, la Vallée des deux Fleuves (Mésopotamie) et la bordure méridionale du plateau d'Anatolie.

Une bourgeoisie naissait et se multipliait dans ces villes, se nourrissait des ambitions provoquées par les perspectives d'enrichissement illimité qu'ouvrait la modernisation et les ressources révélées tous les jours par les prospecteurs européens: pétrole un peu partout, produits chimiques à la Mer Morte, oranges à exporter en quantités illimitées, placement des produits d'outillage importés de l'extérieur.

La proclamation des objectifs d'indépendance nationale par les alliés et les chefs de la révolte anti-turque ne pouvait donc que gagner en intensité au fur et à mesure que la modernisation de la vie matérielle suivait son libre et rapide rythme. A ces causes s'ajoutaient deux phénomènes à peu près de même nature, mais parallèle: d'une part la domination impérialiste séparait en Etatsentièrement étrangers des peuples qui se sentaient profondément identiques; d'autre part, l'arrivée de la population juive en Palestine pour une. colonisation de peuplemeni ristallisait les aspirations à lindépendance des masses et la solidarité envers les Arabes de Palestine, tout en faisant entrer les dirigeants de la bourgeoisie et d'une certaine aristocratie féodale arabe dans le jeu de la politique mondiale et dans les compétitions interimpérialistes.

A la veille de la deuxième guerre mondiale, la situation des pays arabes était dans ses grandes lignes caractérisée de la façon suivante:

La société arabe affirmait unanimement sa volonté nationale d'indépendance et d'unification avec l'exception de l'Arabie séoudite encore plongée dans une vie nomade et dont le roi Ibn Séoud cherchait d'abord à asseoir solidement la domination fanatique de sa tribu sur toute l'Arabie.

Les aspirations nationales intransigeantes des masses arabes couvraient encore les tendances contraires des couches sociales en formation: capitalisme commerçant et de petite industrie, prolétariat des villes, allant des ouvriers manuels jusqu'aux fonctionnaires de plus en plus nombreux d'un Etat en formation. Un mouvement syndical naissait çà et là, engendré par les conditions de l'exploitation capitaliste cruelle caractéristique de pareille période de transformation. Mais, sans cesse, le mouvement national prenait le dessus, car à chaque étape de la lutte sociale, les intérêts capitalistes étrangers rappelaient au prolétaire la nécessité de la lutte nationale et le liaient à sa bourgeoisie, même parfois contre ses propres intérêts.

D'un côté, la lutte en Palestine prenait la forme d'une guerre civile, provoquant la solidarité de tous les peuples arabes. A l'autre extrême, l'Irak gagnait une certaine forme d'autonomie accordée par l'impérialisme anglais, mais ne résolvait nullement le problème et la lutte armée couvait. Au centre, la Syrie et le Liban étaient l'objet d'une suite de manœuvres confuses et contradictoires, reflet de la confusion et l'impuissance où était plongée toute la politique française.

Les éléments dirigeants du monde arabe ne peuvent être divisés artificiellement, selon les pays formés en Etats, la communauté du sentiment national étant un fait incontestable.

La tendance générale de cette bourgeoisie naissante, est l'indépendance nationale, c'est-à-dire l'exploitation des masses populaires par une classe capitaliste nationale maîtresse de l'économie et de l'Etat. Cette attitude générale ne s'est en fait, jamais démentie, mais elle a conduit cependant des prises de position dans les conflits interimpérialistes qui ont dessiné tactiques entre diverses tendances. Ainsi, certains chefs et non

,12 les moindres, tel le mufti de Jérusalem, chef incontesté de la lutte antiimpérialiste, est allé jusqu'à la lutte armée contre la domination britannique ayant derrière lui la sympathie des masses arabes, mais aussi l'aide matérielle des Italiens et de l'Allemagne nazie.

Ces divergences tactiques des chefs avaient un fond politique. Elles comportaient un calcul basé sur une perspective sur le futur clan des vainqueurs. Mais il y avait aussi les intrigues et les attitudes politiques provoquées par les chefs des dynasties régnantes ou candidats à la cou• ronne de tel ou tel pays, ou même à celle de tous les pays arabes unifiés sous le même sceptre. La Syrie était l'objet de toutes les convoitises car la position centrale de Damas et son histoire en faisait naturellement la future capitale d'un Etat unipas, n'avait plus de politique et les candidats éventuels ne calculaient plus qu'en misant sur l'expulsion inévitable des Français. Le Liban, avec sa population chrétienne relativement nombreuse, plus réceptive à l'occidentalisation, était le théâtre d'une lutte de classes commençante, mais tôt ou tard se laisserait entraîner par le reste du monde arabe.

B) Les changements provoqués par la guerre actuelle

Beaucoup plus que les promesses d'indépendance de De Gaulle, sont importantes les circonstances qui mirent les chefs et les populations syro-libanaises devant la faiblesse notoire des Français.

Autre fait, la politique d'apaisement et de temporisation de l'impérialisme anglais durant la guerre dans le monde arabe a trouvé dans le soutien des revendications d'indépendance des Syro-libanais bonne « soupape de sûreté » pour sa propre sécurité dans le Moyen-Orient.

Enfin, un fait dont il ne faut pas minim ser la signification, est l'introduction des Etats syrien et libanais, à côté des autres Etats indépendants, dans les divers organismes internationaux où ils forment une communauté très consciente de son unité et de ses intérêts, notamment par la constitution du Conseil des Etats arabes. Cela a donné rès rapidement aux populations comme aux dirigeants une assurance considérable.

Sur le plan intérieur, il n'y a pas de changements notables à constater, sinon une pénétration de plus en plus poussée de la modernisation de l'économie et surtout des moyens de transports, notamment grâce aux nécessités des liaisons militai'res britanniques, à la présence de troupes hautement motorisées, à l'installation nombreux aérodromes et des industries petites ou grandes découlant de la présence et de la circulation du pétrole entre Mossoul et la côte orientale de la Méditerannée. Un prolétariat grandit qui bientôt fera entendre sa voix.

Le problème politique national

Cependant il na faut pas se Findépen e problème dance domine tous les autres.

La Syrie est surtout agricole et musulmane. Sa population chrétienne ne forme pas plus du 1/10° du total. Les nombreux et le parti communiste n'existe éléments proprement ouvriers sont peu que sous la forme de quelques intellectuels dont la politique oscille strictement avec les sympathies de Moscou. Cependant Alep et Damas ont quelques syndicats relativement apolitiques.

Au Liban, la majorité de la population est chrétienne maronite, et, soit par la pénétration plus aisée de linfluence occidentale, soit par l'existence d'un port tel que Beyrouth et quelques industries locales, un mouvement ouvrier plus actif est né, relativement pénétré d'un certain esprit démocratique.

Au total la vie politique n'est pas encore caractérisée par une lutte de classe consciente, surtout du côté ouvrier. L'activité politique se concentre sur la lutte nationale pour l'indépendance : lutte plus ou moins ouverte avec la France, intrigues parfois très louches avec les puissances anglo-saxonnes pour se faire appuyer, entretenir ou même pour vendre aux grands consortiums les richesses du pays.

SYRIE

Les problèmes nationaux de la Syrie peuvent être divisés en trois têtes de chapitre: 1. Lutte de la bourgeoisie soutenue par le peuple pour la conquête des richesses nationales à exploiter à son propre compte. Cette opération se fait surtout contre la France qui, plus ou moins éliminée politiquement et militairement, doit l'être économiquement. La bourgeoisie syrienne veut retrouver entre mains de l'Etat syrien le contrôle de la fraction du pipe-line qui lui correspond entre Mossoul et Tripoli, ainsi que la ligne de transport Néarn qui va de Damas à

Bagdad. La concession de la zone pétrolifère du nord-est syrien du Djérizé n'a jamais été ratifiée par un parlement syrien. Le mouvement ouvrier doit soutenir toute demande de l'Etat syrien pour récupérer ces richesses au profit de la nation. Cependant il est évident que les dirigeants politiques syriens, bourgeois, familles féodales ou mêmes à prétentions dynastiques sont prêts à tout instant à vendre les richesses nationales aux impérialismes les plus forts, en l'occurrence aux U. S. A. à qui une concession a déjà

IV° INTERNATIONALE été, semble-t-il, accordée pour les prospections de pétrole.

La France contrôle les chemins de fer, la Banque de Syrie grâce à laquelle elle a imposé la circulation de billets dans un pays habitué aux, devises métalliques (notamment l'or), une société d'électricité et les tramways. Le mouvement ouvrier doit soutenir toute revendication tendant au retour de ces entreprises à l'Etat syrien. Mais en même temps il convient de mettre en garde contre les politiciens pourris qui, le moment venu, et plus tôt qu'on ne pense, revendront ces entreprises aux agents des autres impérialismes.

2. Lutte des coteries, pour l'instant divisées entre monarchistes et républicains. Les premiers sont en Syrie assez forts mais les diverses dynasties se font une telle concurrence que bien des dirigeants en viennent au vieil adage français que « la République est le régime qui divise le moins ». C'est le point de vue que le prolétariat doit soutenir à l'étape présente. Les cliques monarchistes, dont trois familles se font les porte-drapeau sont : la branche des hachimites, descendant du roi Hussein, dont le fils, l'Emir Abdallah est le chef, mais n'est que simple Emir de Transjordanie, vassal des Anglais, rêve de devenir roi de Syrie-Palestine. La famille d'Abdul Medjid, descendant des anciens sultans de Turquie (to check), a ses partisans dont un chef monarchiste, Ramadan Pacha. Enfin, reste la famille d'Egypte, qui bien que de sang albanais, acquiert dans le monde musulman un grand prestige politique, vu limportance de l'Etat égyptien. Mentionnons les ambitions panarabes de domination wahabite de la famille régnant à présent à La Mecque, celle du roi Ibn Séoud.

3. Reste un autre problème, très important dans ces régions en pleine renaissance culturelle, celui de l'enseignement.

Les missions plus ou moins religieuses ont été jusqu'ici les seules institutions ayant effectivement fait de l'enseignement dans ces pays. Depuis qu'un embryon d'Etat a existé, depuis 1918, les écoles se sont développées surtout dans les villes. Bien entendu, elles ont trouvé sur place d'autres écoles installées par les Missions: missions catholiques, tenues par les Francais et soutenant l' « influence », c'est-à-dire l'impérialisme français; mission américaine, se présentant sous le couvert de la neutralité politique et religieuse et ayant draîné une grande partie de la jeunesse intellectuelle d'Orient, grâce à un enseignement de premier ordre. A présent cette influence joue en faveur des U. S. A.

Quant aux Anglais, ils n'agissent pour l'instant que pour se défendre devant l'activité économique des Américains qui leur enlève toute perspective de nouvelles sources de pétrole et l'activité politique encore tâtonnante de l'URSS qui n'est pas parvenue à trouver un écho dans la population arabe, mais dans certaines couches chrétiennes, comme les Arméniens immigrés après la première guerre mondiale. En ligne générale, la politique britannique appuie le Conseil panarabe dont elle a patronné l'initiative, tout en prenant ses précautions à l'égard des tendances qui se font jour et qui se renforceront progressivement pour secouer sa tutelle en Egypte, Irak, Palestine et en Syrie même où la présence des troupes pèsera comme objet principal de conflit.

Devant cette situation, les, dirigeants syriens sont obligés de louvoyer tant que les troupes de la ge Armée sont encore là, nombreuses et puissantes. Après avoir obtenu l'élimination . au moins politique de la France, grâce à un gouvernement considéré comme intransigeant par son attitude contre la tutelle française (gouvernement Djamil Mardam Bey), le pouvoir est passé aux mains plus modérées de Fares el Khouri, Maronite et poète célèbre. (Il faut noter la pratique courante dans le monde arabe de l'utilisation fréquente de politiciens chrétiens en pays musulmans). C'est sous ce gouvernement « modéré » que sont signés des accords avec le Américains pour des concessions pétrolifères. De même, c'est après un débat orageux au Parlement que le gouvernement se voit obligé de prendre des mesures contre l'enseignement français.

C'est donc ici que doit intervenir l'action du prolétariat en formation. La bouxgeoisie se trouvera devant les tâches de gouvernement, coincée entre les exigences des impérialismes et de leurs agents dynastiques, bourgeois, intellectuels, etc. Elle se tournera vers le prolétariat qui, lui, doit avoir pour cette période une attitude et un programme clairs; vu le retard de l'économie nationale, il faut que l'Etat entreprenne de plus en plus direc tement l'exploitation des richesses et l'accroissement de la culture du pays: propriété pour le fellah, par une réforme agraire à grande échelle; électrification du pays; irrigation; voies de communications; programme culturel par l'envoi aux frais de l'Etat des fils du peuple les plus méritants dans les écoles de l'étranger, car ce ont eux qui, à leur retour, seront les premiers cadres de l'enseignement national; création immédiate d'instituts techniques et agronomiques; extension de l'école dans le village (« l'école doit devenir le noyau de la vie villageoise et T'instituteur le chef spirituel de l'évolution vers le progrès »).

Il est évident que le problème fondamental de la vie politique des pays, tels que la Syrie sera toujours dominé par la présence des puissances impérialistes et leurs compétitions pèseront lourd dans

IV° INTERNATIONALE leur vie nationale. La bourgeoisie qui monte sera souvent amenée à trahir ses devoirs nationaux, notamment en aliénant les richesses nationales au profit de l'étranger pour asseoir plus fortement sa domination sur le prolétariat. C'est là-dessus que doit s'exercer la vigilance du mouvement ouvrier, notamment par une indépendance organique et politique complète vis-à-vis de la bourgeoisie. Les éléments ouvriers révolutionnaires, bien qu'isolés à l'origine, pourront en entraînant derrière eux les couches pauvres de la paysannerie sur ce terrain, exercer une activité de premier ordre et pousser aussi loin que possible le mouvement de libération nationale et sociale du pays. LIBAN

La tentative de division par la France de l'administration de la Syrie en 5 Etats différents a avorté,. mais il en est resté cette espèce d' « Irlande du Nord » qui un jour ou l'autre devra bien s' unir, par exemple par le canal fédéral, au reste du payetien fan te la majorit en pays est pays. Le fait que la majorité du pays est que les impérialismes étrangers restent à l'écart et ne cherchent pas à « protéger » telle fraction religieuse représentée par un archiprêtre quelconque au service de l'impérialisme. Les Chrétiens du Liban sont maronites, mais ils sont de culture arabe et le mouvement ouvrier doit làdessus être clair: l'unité syro-libanaise est partie intégrante de la lutte antiimpérialiste.

Ici, il existe déjà un mouvement ouvrier plus conscient, plus actif. L'influence européenne est plus grand et le port de Beyrouth par son caractère européen a nettement influencé la vie sociale. Le parti communiste est actif et dirige en fait le mouvement ouvrier, par exemple les syndicats de l'imprimerie, du textile, des dockers. Un grand nombre d'Arméniens jouent un rôle important dans le mouvement ouvrier.

Dans le Liban, il s'est produit un mouvement analogue à celui de Syrie. Après un gouvernement extrémiste nationaliste (dont le chef fut Riad Soulh), un gouvernement plus modéré fut formé par le chef religieux musulman Karama.

Sur le plan politique général, le Liban se trouve sensiblement dans une position analogue à celle de la Syrie, avec cependant un niveau culturel plus grand.

La France mise, de toute évidence, sur l'emprise plus grande qu'elle a sur le Liban, par la présence d'un grand nombre d'ordres religieux français dont l'activité politique profrançaise et antirépublicaine est notoire. «•La protection des Chrétiens » fut et reste un mot d'ordre politique de la France dans le Levant. La Mission Laïque qui a cherché timidement à diffuser un enseignement conforme aux programmes français de France, devrait se mettre au service des jeunes Etats nationaux et non au service de l'impérialisme français.

Le mouvement ouvrier français peut jouer un rôle important s'il parvient à se dégager de l'emprise impérialiste soi-disant démocratique et s'il prend hardiment la défense des couches progressives des populations arabes d'Orient, luttant pour l'indépendance nationale et pour lémancipation sociale qui doit en devenir le synonyme dans ces colonies libérées.

La rééducation internationaliste, condition primordiale de sa propre libération sociale, ne peut s'exercer qu'à travers, aussi sa lutte active antiimpérialiste dont il est en train d'oublier l'importance par suite de la politique chauvine et opportuniste de l'ex-Ill® Internationale et du Parti Communiste Français.

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