Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › nouvelle série n° 20-21

Le mouvement trotskyste aux Indes

Quatrième Internationale, nouvelle série n° 20-21 · juillet-août 1945 · p. 25-27 · 1 729 mots

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Le Parti Bolchevik Léniniste des Indes, de Burma et de Ceylan, s'est constitué officiellement en mai 1942 lors d'une conférence réunissant les délégués de la Ligue Socialiste Révolutionnaire de Bengal, le Parti BolchevikLéniniste des Provinces Unies et Behar, le Parti Lanka Sama Samaja de Ceylan et d'autres groupes trotskystes.

Nos camarades hindous militent dans des conditions d'illégalité et de repression comparables à celles imposées par le régime nazi. Les tyrans colonaiux britanniques piétinent les droits les plus élémentaires de la liberté de presse, de parole et de réunion, et tout comme la Gestapo, procèdent à des arrestations arbitraires dans la rue, gardant leurs victimes en prison sans aucun procès. Si n'est pas du tout cerfaine d'être libérée toutefois un procès a la victime le jour indiqué par le verdict, mais il est d'usage d'arrêter à nouveau les révolutionnaires sous prétexte d'une nouvelle inculpation, ou même sans donner aucune raison. Ceux qui ne peuvent s'évader doivent attendre l'action des masses pour les libérer.

L'expérience des dirigeants du Parti de Ceylan peut être donnée en exemple. Le parti était légal avec une presse légale et des délégués au Conseil Départemental de Ceylan (Ceylan State Concil). Lors de la déclaration de guerre en 1939, les autorités de Ceylan confisquèrent immédiatement l'imprimerie du parti et arrêtèrent les délégués, malgré la violation de leur immunité parlementaire, ainsi que d'autres membres du parti, et les envoyèrent dans des camps de concentration, ceci sans aucun verdict. Ainsi le parti était illégal « inofficiellement » mais le travail ne s'arrêta pas pour cela. En avril 1942 les dirigeants du parti réussirent à s'évader et continuèrent à participer au travail du mouvement trotskyste.

Les trotskystes hindous réussirent à publier illégalement un organe théorique, « Le Bolchevik Léniniste » et un journal de masses ‹ La Révolution Permanente », tous les deux en anglais langue courante parmi les couches lettrées et les ouvriers avancés. Ils publierent également des brochures en anglais et en tamil.

Le parti travaille dans le mouvement ouvrier et surtout dans les syndicats. Tout en n'étant pas encore. un mouvement de masses, le parti est profondément en-

ISKISTE AUA INDES raciné dans le prolétariat hindou. En participant aux luttes du mois d'août 1942, les trotskystes prouvèrent leur vitalité et furent reconnus comme étant l'extrême-gauche du mouvement ouvrier hindou.

Voyant cela, les autorités redoublèrent leur répression et en juillet 1943 les trotskystes subirent un coup redoutable de la part des policiers. Avec l'aide d'un stalinien qui avait réussi à s'infiltrer dans l'organisation, la police effectua plusieurs raids contre nos camarades.

Le journal « Révolution Permanente › juillet-septembre 1943 nous en donne le compte rendu: ‹ C'est en juillet 1943 que la police de Bombay et Madras priva la résistance de plusieurs Bolchevik Léninistes. Grâce à la vigilance de nos camarades, les autorités ne réussirent pas dans leur projet de destruction de l'organisation, et la catastrophe pût être évitée.

A Madras, les camarades R. S. V. Senanayake et L. Cooray recherchés de puis avril 1942 par le gouvernement de Ceylan, furent arrêtés. (En mars 1942, après des années de persécutions ‹ inoffcielles », des trotskystes, le Gouverneur anglais de Ceylan, Sir Andrew Caldecott, proclama finalement l'illégalité du mouvement trotskyste).

A Bombay, la police traqua pratiquement tous les militants, ainsi que ceux de Ashokumari K. Tilok et C. R. Govindan, mais sans succès, sauf à Bombay où les camarades Kusuma, D.P.R. Gunawardene et N. M. Perera, membres dirigeants du parti Lanka Sama Samaja, Section de Ceylan du parti bolchevik leniniste, furent arrêtés. Les camarades D. P. R. Gunawardene et N. M. Perera emprisonnés depuis 1940, s'évadèrent en avril 1942 avec leurs gardiens et les camarades Colvin R. de Silva et E. Samarakkody.

Vers la fin juillet, d'autres militants du B. L. P. I. furent également arre tếs.

Le discours prononcé par les camarades Perera et Guawardene devant les magistrats de la cour de Kandy, Ceylan, le 8 février 1944, constitue une des meilleures traditions des luttes marxistes pour le socialisme.

A la suite de ces attaques policières, le B. L. P. I. dû arrêter la publication de son organe théorique ‹ Le Bolchevique Leniniste », ainsi que son journal * La Révolution Permanente », mais

IV° INTERNATIONALE continua malgré tout la publication des brochures et parmi elles le discours prononcé par L. Trotsky devant ses juges tsaristes en 1906, ainsi qu'un livre Ce 175 pages intitulé « De la I*° Internationale à la IV® Internationale », par K. Tilak, l'un des dirigeants remarquables du parti.

Le B. L. P. I. a prouvé sa vitalité et fait montre de son esprit combattif en organisant dernièrement sa conférence nationale. Une résolution politique y fut adoptée et un programme d'action pour la construction de puissantes sections du parti dans les principaux centres industriels de l'Inde.

Nos camarades hindous sont convaincus que seul un parti prolétarien peut prendre la direction de la lutte pour la libération des Indes et ils sont sur la bonne voie pour que le B.L.P.I, soit le parti du prolétariat hindou.

Nous leur exprimons ici notre solidarité et saluons en eux les combattants révolutionnaires qui, une fois de plus, sont tombés dans les griffes des impérialistes britanniques.

Voici maintenant quelques détails sur la dernière conférence du parti bolchevik leniniste des Indes et de Ceylan, section officielle de la IV• Internationale, tenue le 20-25 septembre 1944, quelque part aux Indes.

Donnant le compte rendu de la conférence, l'organe du parti hindou < La Révolution Permanente », écrit avec une fierté bien méritée:

‹ Des délégués de toutes les sections du parti des Indes et de Ceylan y assistèrent, malgré les difficultés. Il ne nous est pas possible de donner des détails sur ces sections, il suffit de dire que les délégués reflétèrent le caractère de l'organisation hindoue, et son état de développement actuel. >

Les trois questions principales à l'ordre du jour étaient: 1º la situation politique aux Indes; 2° la situation internationale; 3° l'organisation du parti.

Sur la question hindoue, la conférence adopta une large résolution dont nous publions le texte. Cette résolution analyse la répercussion de la guerre sur l'économie hindoue et sur les différentes classes sociales aux Indes, esquisse le changement d'attitude de la bourgeoisie hindoue vis-à-vis de l'impérialisme britannique pendant la guerre, analyse les luttes d'août 1942 et leurs conséquences ainsi que les causes de la défaite, examine les intentions et la teneur des conditions proposées par Gandhi à l'impérialisme britannique après sa libération caractérise la nature et le rôle par les grands partis politiques hindous, examine la probabilité et les conséquences d'un congrès des gouvernements coloniaux sur les grands partis politiques et l'attitude des masses et leurs tendances, et enfin sur cette base développe les tâches politiques du parti dans la période immédiate. (La Révolution Permanente, octobre-décembre 1944.)

La majorité de la conférence adopta une résolution à part sur ‹ le Parkistan Slogan > et discuta également sur ‹ un rapport des tendances séparatistes hindoues › que la conférence décida de ne pas adopter mais « de faire circuler pour être étudié et discuté ».

Sur la question de la situation internationale, la contérence adopta deux résolutions, l'une sur l'URSS et l'autre sur la Chine.

La résolution russe considère le changement opéré dans la situation militaire et préconise ‹ l'intensification de la lutte de classes (dans les territoires non soviétiques occupés par l'armée rouge) sans tenir compte de leurs répercussions militaires pour l'armée rouge ›. Ensuite la résolution montre le danger d'une restauration du capitalisme en URSS, étant donné l'utilisation que fait le Kremlin de l'armée rouge, agence policière pour la protection de la propriété capitaliste dans les territoires non soviétiques.

La deuxième résolution sur la « Chine dans la guerre mondiale » représente un abandon de la position prise par la IV• Internationale. Cette résolution déclare que: ‹ En raison de l'enchaînement de la guerre sino-japonaise à la deuxième guerre impérialiste mondiale, la subordination des luttes de TchounKing à la guerre réactionnaire des Impérialismes anglo-américains et le changement qu'opère le régime de TchounKing vers une pénétration économique et un contrôle politique anglo-américain, la guerre menée par Tchoun-King contre le Japon est vidée de son contenu progressif et ne peut donc plus être soutenue par le prolétariat révolutionnaire idem, la résolution ne nie pas que « La guerre de la Chine de Tchoun-King contre le Japon » est progressive, mais elle maintient que cette ‹ guerre progressive » a été transformée « en un élément subordonné sans grande importance dans le conflit impérialiste qui englobe tout le Pacifique ».

Ceci, pourtant, doit être prouvé, et les faits et les arguments donnés dans la résolution ne sont guère une preuve. Par exemple, l'argument donné pour démontrer la subordination complète de la guerre de la Chine sous le contrôle anglo-américain est la ‹ création du commandement de Stilwell ». Et pourtant l'incident de la liquidation de Stil-

IV° INTER well pourrait être utilisé pour prouver justement le contraire, et on ne prouve rien en démontrant le caractère réactionnaire du régime de Chang Kai Chek et sa dépendance aux Alliés. Ce qui est décisif, ce n'est pas le caractère du régime de Tchoun-King qui n'a guère changé à travers la lutte — mais le degré actuel d'indépendance conservé par la Chine dans sa guerre progressive contre l'impérialisme japonais.

Jusqu'à présent, la position de la

IV° Internationale maintenait — et maintient toujours — que la guerre de la Chine est restée suffisamment indépendante vis-à-vis des impérialistes, malgré tous les efforts de ces derniers d'enchaîner et de dominer complètement la lutte. Nous ne voyons jusqu'à présent aucune raison valable pour changer notre position.

Sur la question organisationnelle, comme le rapporte la « Révolution Permanente », la conférence analyse le passé sur la base d'un rapport présenté par le Comité Central provisoire, et adopte ensuite une large résolution intitulée: < Les tâches organisationnelles du parti dans la période présente, qui fait l'analyse des conditions présentes du parti et définit la politique organisaetionnelle pour l'avenir immédiat ›.

En conclusion, ils constatent à juste titre que:

< Un jeune parti, travaillant illégalement dans les conditions de la pire repression impérialiste, en réussissant à tenir une conférence comme celle-ci, prouve non seulement sa vitalité mais aussi son attachement aux principes de centralisme démocratique et sa détermination d'accomplir sa tâche historique de la construction du parti révolutionnaire du prolétariat hindou, dont dépend le succès de la révolution aux Indes. >

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