Thèses du Comité Politique du Parti Bolchevik-Léniniste des Indes et de Ceylan, adoptées le 4 Août 1944.
La deuxième guerre mondiale impérialiste a été aux Indes, au sens le plus direct, le facteur gouvernant de la situation, en particulier depuis l'entrée en guerre du Japon. D'une part il y a eu une corrélation aisément discernable entre les principaux développements de la situation militaire internationale, et les principaux développements de la situation politique aux Indes. Par ailleurs le développement général de la situation militaire — défavorable à l'impérialisme anglo-saxon pendant une longue période, puis lui étant favorable — a eu des conséquences directes sur la situation économique aux Indes, conséquences à effet moins rapide cependant que dans le cas de la situation politique.
L'événement le plus dramatique et le plus spectaculaire qui se soit déroulé aux Indes au cours de l'année dernière a été la famine au Bengale, famine qui a décimé plusieurs millions d'ouvriers agricoles et les couches les plus pauvres de la paysannerie. Elle a marqué le point culminant de ce processus accéléré — dont l'inflation et le dépouillement du pays de ses principaux stocks de ravitaillement ont été les caractères les plus marquants — par lequel l'impérialisme britannique a transféré sur le dos des hindoues toujours misérables, masses une proportion intolérable du fardeau de son effort de guerre poursuivi en Afrique du Nord, dans le Moyen-Orient et dans le Sud-Est asiatique. Ce fut l'épisode dramatique de la pénurie générale de ravitaillement aux Indes qui, aggravé par une administration et une distribution défectueuses, provoqua également la famine dans le Malabar, lOrissa, le Kashmir, l'Andhra et d'autres régions plus petites. Une pressuration générale de toutes les provinces sauva les régions de super-production comme le Punjab et le Sind. Telle a été la mesure, en termes de souffrances humaines, des intolérables « sacrifices » imposés par un impérialisme britannique qui va s'affaiblissant régulièrement dans cette zone de l'exploitation capitaliste, la principale après l'Afrique qui demeure encore tota
IV° INTERNATIONALE lement en proie à cette exploitation. Ceci a mis en relief également le chaos économique extrême (reflété par le développement intensif de la thésaurisation et du marché noir) et la désorganisation administrative (provoquant la crise actuelle au Bengale) qui ont accompagné le travail fébrile consistant à transformer rapidement et impitoyablement l'économie hindoue en économie de guerre, pour servir les besoins militaires de l'impérialisme britannique.
La transformation de l'économie des Indes en économie de guerre s'est encore poursuivie au cours de l'année dernière, mais en se ralentissant. La famine chez les paysans et une poursuite de la transformation sans consolidation des gains deja acquis auraient mis en péril cette transtormation même. La famine parmi les paysans et, chez les ouvriers, une importante série de courtes grèves en corrélation avec l'intolérable pénurie des denrées de consommation courante, amenèrent le gouvernement à prendre une série de mesures. Celles-ci, parallèlement à certaines facilités d'importation provoquées par la nouvelle tournure de la situation militaire, permirent au gouvernement, dès le début 1944, d'arrêter le cours catastrophique de la crise qui menaçait les Indes d'un effondrement économique. Le cours de l'inflation a ainsi été considérablement ralenti, bien qu'il n'ait pas encore été complètement stoppé. (L'émission de papier-monnaie s'accroît toujours d'un ou deux crores par semaine.)
Le ravitaillement et les autres produits élémentaires de consommation sont maintenant distribués d'une manière plus rationnelle - quoiqu'ils n'atteignent qu'un niveau de simple subsistance — au moyen d'un rationnement plus étendu dans les principales villes. Un système de contrôle des prix plus généralisé, bien qu'encore considérablement inefficace a contribué à arrêter quelque peu la montée des prix d'un certain nombre de produits de consommation civile. Simultanément, un accroissement des importations, notamment des céréales et d'un certain nombre de produits de consommation civile, parallèle à la réduction massive (résultat de la victoire anglo-américaine en Afrique du Nord) des besoins de ravitaillement au Moyen Orient, a augmenté la quantité actuelle des stocks de ravitaillement disponibles et contribué à diminuer quelque peu la raréfaction de ces nécessités. La désorganisation générale de l'économie et de l'administration, conséquence de la transition rapide d'une économie de paix à une économie de guerre a été ainsi notablement mise en échec, bien qu'elle continue à prévaloir de manière importante en de nombreuses régions (le Bengale en étant encore la principale) et dans des branches diverses de l'économie (charbon par exemple). La perspective d'une situation économique destructive conduisant rapidement à "la précipitation de luttes de masses, perspective qui semblait proche en 1943 a done reculé au cours de 1944. Il n'y a aucune raison d'anticiper un brusque changement de ce côté dans la période de l'avenir immédiat. La paysannerie et la petite bourgeoisie urbaine
Le fardeau toujours plus lourd de Teflort de guerre intensifié pèse sur le dos des masses. La pénurie des produits de première nécessité, provenant du détournement des marchandises de la consommation civile à la consommation militaire est encore aiguë, bien qu'il y ait eu quelque amélioration de la situation sur ce point. En outre, bien que l'inflation ait été retardée, et, avec elle, une hausse brusquée du coût de la vie, le retard lui-même s'est présenté au moment d'une telle chute de la valeur monétaire (la roupie ne vaut aujourd'hui que 5 annas) et d'une telle hausse du niveau des prix (l'index des prix est trois fois plus élevé que celui d'avant-guerre) qu'il n'a signifié aucune amélioration des conditions de vie des masses, mais seulement un retard dans la crise qui a déjà amené d'importantes couches de la population à un état de dénuement total. Le rationnement ne peut apporter de la nourriture aux plus appauvris; pas plus que le contrôle des prix ne peut apporter des quantités de ravitaillement indisponibles. En dépit de diverses mesures prises à contre-cœur par le gouvernement, le marché noir demeure florissant, de même que la thésaurisation, la spéculation et les profits exessifs, et continuera à prospérer tant que la pénurie et l'incertitude provoquées par la guerre continueront d'exister. Comme l'impérialisme britannique, affaibli par la guerre, intensifie son exploitation, les couches déjà paupérisées des masses tombent dans la mendicité ou périssent littéralement.
Les conditions résumées ci-dessus ont frappé la petite bourgeoisie urbaine avec une force dévastatrice. Sans doute beaucoup de petits commerçants sont-ils prospères et il y a eu aussi un accroissement relatif du volume d'emploi de la main-d'œuvre des classes moyennes en particulier dans les administrations gouvernementales civiles et militaires. En dépit de cela, si l'on considère en général les standards de vie de la petite
IV° INTERNATIONALE bourgeoisie, on constate qu'ils ont été bouleversés et le processus d'appauvrissement accéléré. Les conditions objectives entraînent ainsi ces couches de la population sur la route révolutionnaire comme cela a été démontré au cours de la « lutte d'août » (1942) au cours de laquelles, elles et les étudiants en particulier, ont été partout à l'avant-garde. Leur attitude subjective a subi cependant une transformation depuis cette époque. La défaite totale les a complètement démoralisées, et, sauf une petite partie dont la conscience politique est largement développée, elles ont temporairement tourné le dos à la politique.
La grande majorité de la paysannerie n'a tiré aucun bénéfice de la hausse des prix des denrées agricoles. En réalité le poids le plus lourd du fardeau de la guerre pèse sur les paysans pauvres et sans terres, c'est-à-dire sur la partie de la population la moins apte à le supporter. Prises dans les tenailles des prix agricoles assez stables bien que quelque peu en hausse, et des prix toujours plus élevés des produits industriels, la couche la plus pauvre et la plus dépourvue de la paysannerie moyenne a été amenée au dénuement, à la famine et à la misère. Même dans les régions les plus dépourvues, où les prix du ravitaillement ont dépassé de 10 à 25 fois ceux d'avant-guerre, ce sont les couches supérieures de la paysannerie, et particulièrement les riches, qui ont bénéficié de la hausse des prix des produits agricoles. Le résultat du jeu de ces différents facteurs a été une accusation plus aiguë des différences dans la paysannerie. Les paysans pauvres et ceux des classes moyennes inférieures ont dû vendre leurs terres aux paysans riches ou à ceux des classes moyennes supérieures non seulement au Bengale frappé par la famine, mais aussi par exemple dans le Sind à l'agriculture prospère. Ceci s'est opéré sur une telle échelle qu'une législation a dû être introduite dans ces provinces — tentative qui eut été vaine même si elle n'eut été malhonnête — pour arrêter le développement de ces procédés. Les conditions objectives entraînent ainsi la paysannerie pauvre et sans terre vers une solution révolutionnaire de leurs problèmes. Cependant ces conditions sont aujourd'hui inhumaines à un tel degré qu'elles les privent de tout pouvoir d'action, la volonté d'agir mise à part. Les affamés ne peuvent se battre — pas plus que ceux qui sont trop bien nourris. Arrivés à ce stade, c'est vers la paysannerie moyenne que nous devons nous tourner pour l'action politique. La « lutte d'août > l'a bien démontré car, dans les régions où s'est soulevée la paysannerie, c'est surtout cette partie d'entre elle qui est passée à l'action. Cependant, dans ce cas également, la répression qui suivit entraîna une démoralisation générale. D'autres facteurs doivent intervenir avant que la paysannerie ne bouge de nouveau.
Le Prolétariat
La classe ouvrière a été directement touchée par l'accroissement des prix et par la pénurie de produits de première nécessité, mais à un degré qui n'est pas comparable à celui qui a frappé la petite bourgeoisie urbaine. Nous y voyons deux raisons: tout d'abord la chute des salaires bruts, compensée seulement en par tie par l'indemnité de vie chère, a été effectivement équilibrée par le groupement de plusieurs gains dans une seule famille. L'embauche industrielle s'est accrue nettement et rapidement pendant la guerre. Le volume de l'embauche générale des travailleurs a probablement doublé, et dans chaque famille les adultes se trouvent donc aujourd'hui munis d'un emploi.
D'autre part, le gouvernement — intéressé comme 1l lest à une production de guerre ininterrompue, et anxieux d'éviter un malaise général dans la classe ouvrière, malaise pouvant préluder à un autre soulèvement des masses — le gouvernement a délibérément poursuivi une politique d'apaisement vis-àvis du prolétariat industriel, en lui fournissant, quoique souvent avec retard, les quantités minima de nécessités élémentaires, à des prix contrôlés. Des magasins de céréales d'abord, vendant par la suite d'autres produits de première nécessité ont été ouverts dans les principaux ateliers et usines et le gouvernement, en donnant priorité au ravitaillement de ceux-ci visait à prévenir des pénuries indûment prolongées ou sévères à l'excès. Cette politique suivie par la rapide suppression de tout militantisme ouvrier arrestation des meneurs de grèves, etc.) et aidé comme l'a été l'impérialisme britannique par la bureaucratie des syndicats et les staliniens qui partout agissent ouvertement en agents de l'impérialisme britannique, le gouvernement a réussi à éviter toute action générale ou prolongée de la classe ouvrière.
Des luttes économiques sporadiques ont cependant eu lieu dans toutes les régions industrielles à propos du ravitaillement, de l'indemnité de vie chère et des questions de primes. Le total des travailleurs ayant pris part à ces luttes au cours des neuf mois qui suivirent novembre 1942 atteint un chiffre très élevé. Mais ces luttes ont été générale
IV° INTERNATIONALE ment courtes et à caractère de protestation. De là leur impossibilité de se développer en une série systématique et organisée de mouvements axés sur des questions générales comme celles du ravitaillement, de l'indemnité de vie chère ou des primes sur lesquels l'opinion de la classe ouvrière est certainement unanime, sinon très profondément ancré.
Mais en même temps elles ont mené à certaines concessions sur ces mêmes questions et ont servi à démontrer que malgré l'effet démoralisateur de la défaite d'août et son influence sur la classe ouvrière, l'abattement qui a prévalu sur les masses petites-bourgeoises n'a pas submergé la classe ouvrière d'une manière aussi décisive. Il faut en voir la raison dans le fait que la classe ouvrière, considérée dans son ensemble et bien que sympathisante, n'est pas entrée dans l'action militante (sauf en certains cas isolés: Tata, Nazar) pendant la lutte d'août. Ceci a été sans doute la cause principale de la défaite d'août, mais ce même fait a empêché en même temps la défaite d'exercer une influence profonde sur les perspectives de la classe ouvrière et sur son attitude pour la lutte. Ainsi la classe ouvrière ne reste pas tranquille, elle est même agitée. Mais cette agitation ne va pas jusqu'à l'action consciente indispensable aujourd'hui même dans les luttes économiques localisées, étant donné que celles-ci, dans les conditions actuelles de la guerre, tendent à se tranformer rapidement en action politique.
Etant donné l'amélioration temporaire de la situation économique, on ne peut guère prévoir de profondes luttes prolétariennes dans l'immédiat, à moins d'événements imprévus, qui changeraient la situation.
La bourgeoisie et landlords hindous ont largement profité de la guerre et continuent à s'enrichir, malgré les taxes excessives sur le profit, l'augmentation excessives sur de l'impôt sur le revenu et les mesures gouvernementales contre le marché noir. Mais l'augmentation de leurs ressources principales de richesse ne correspond aucunement avec une expansion industrielle. Quoique les exigeances de la guerre ont amené l'impérialisme britannique à autoriser une certaine expansion de certaines branches de l'industrie pour subvenir aux besoins de la guerre, cette expansion ne correspond même pas aux nécessités militaires. Les intérêts à long terme du capital financier britannique empêchent toute expansion importante de l'industrie hindoue.
En conséquence, le Gouvernement prévient délibérément toute expansion de ce genre en utilisant les emprunts forcés, l'impôt sur l'excédent des bénéfices,
Tinstauration de monopoles à caractère semi-gouvernemental, la limitation du commerce, le blocage des marchandises soit directement ou en refusant toute facilité de transport, le contrôle des changes, l'importation de denrées de consommation pouvant être fournies par l'industrie hindoue au lieu de marchandises importantes dont cette même industrie a un besoin urgent, etc., etc.
L'attitude de la bourgeoisie hindoue vis-à-vis de l'impérialisme britannique a été fortement influencée par son estimation de la situation militaire. Rien ne le démontre mieux que les fluctuations de la politique du temps de guerre du parti de la bourgeoisie hindoue, I' < Indian
National Congress ».
A la déclaration de la guerre, le ‹ Congrès › était au pouvoir dans 7 des provinces de l'Inde. Ces « Congress
Governments > qui étaient entrés en fonctions en 1937 avec l'intention politique déclarée de rompre intérieurement la Constitution, se trouvèrent pris au contraire dans le cadre d'acier de l'administration impérialiste, et on put constater qu'ils appliquaient sans mauvaise volonté cette Constitution, en coopération active avec le Vice-Roi, les Gouverneurs et l'Administration (Civil Service).
La politique du parti du Congrès, lorsque ce dernier fut en fonction, si elle a été un peu moins réactionnaire, à beaucoup d'égards, que celle de l'administration impérialiste dans le passé (concessions à la paysannerie, remise en liberté des prisonniers politiques, ete.), s'est avérée, dans les questions essentielles, sans différence avec celle de l'impérialisme lui-même, notamment vis-à-vis de la classe ouvrière.
La Bourgeoisie hindoue
A Bombay, à Madras et dans les Provinces Unies (Cawnpore) les « Congress Governments » n'hésitèrent pas à tirer sur les grévistes; et le gouvernement de Bombay, en dépit d'une opposition organisée de la classe ouvrière, présenta et fit voter rapidement une loi syndicale réactionnaire, qui frappait directement le droit fondamental de la classe ouvrière, le droit de grève. Il est certain que ces souvenirs amers ont joué un rôle déterminant dans l'attitude de la classe ouvrière lors de la « lutte d'août », qui, bien que spontanée, fut dirigée uniformément au nom du Congrès National Hindou.
La déclaration de la guerre trouva done les « Congress Governments » et avec eux le Congrès lui-même, considérablement dépouillés de leur prestige et avec une influence décroissante sur les masses. Le Gouvernement s'y trouva également dans une impasse. Avec leurs pouvoirs limités et leurs moyens financiers limites, ils se trouvèrent incapables de continuer, même au moyen des mesures timidement libérales qu'ils savaient nécessaires pour endormir les masses. Ils se trouvèrent au contraire fortement engagés dans l'administration routinière d'un régime auquel ils étaient censés s'opposer.
La guerre donnera à l'Etat-Major du Congrès le moyen de se tirer de l'impasse qui se formait. Prenant comme argument le fait que l'Inde avait été entraînée dans la guerre sans être consultée — ce qui, bien entendu, était vrai, mais point surprenant — l'Etat-Major ordonna aux « Congress Governments > de rendre les guides du pouvoir, ce qu'ils firent, à des degrés variés de mauvaise volonté et de retard, prenant grand soin d'aplanir le chemin pour l'administration directe par les impérialistes britanniques.
Ayant ainsi acquis la liberté de mouvement nécessaire, l'Etat-Major du Congrès se mit à la tâche afin d'arriver aux buts de guerre de la bourgeoisie hindoue, c'est-à-dire l'utilisation des difficultés de temps de guerre de l'impériaIsme britannique et ce en demandant a l'impérialisme britannique de définir ses buts de guerre, notamment en ce qui concerne l'Inde. Cette manœuvre était destinée à provoquer une déclaration sur les conditions de marché proposées par l'impérialisme britannique. Celui-ci déjoua aisément la manœuvre par des platitudes.
Le Congrès fut donc obligé d'exprimer ses propres propositions. Ceci fut fait en juillet 1940 dans une motion votée à l'assemblée du AICC à Poona. Dans cette motion. , manifestement influencée par les victoires allemandes en Europe, le Congrès offrit la coopération en échange d'une déclaration sans équivoque de l'indépendance de l'Inde et de la formation d'un gouvernement national. Comme introduction à cette demande, et pour démontrer la sincérité du Congrès dans son offre d'aide à la guerre, le Mahatma Gandhi, pacifiste déclaré, fut relevé de ses fonctions de chef du Cóngrès. La seule réponse donnée par l'impérialisme britannique de l'offre du Congrès fut exprimée par le Vice-Roi Linlithgow en août 1940. C'était une proposition d'élargir le Conseil Exécutif du Vice-Roi et une réitération hautaine de la détermination de la Grande-Bretagne à rester au pouvoir aux Indes, arguant de son rôle de « protection des intérêts des minorités ».
Placé dans cette situation, le Congrès dut rechercher les moyens d'exercer une pression sur son partenaire récalcitrant. Il se heurta alors à une difficulté. Il est important de noter que le Congrès, à ce moment où plus tard, ne définit jamais la guerre comme guerre impérialiste, et que les leaders du Congrès exprimèrent ouvertement leur sympathie pour les puissances alliées. Le Congrès devait ainsi rechercher une manière de montrer son opposition qui n'embarrassât pas l'effort de guerre britannique. La solution fut trouvée, comme il fallait s'y attendre, par le Mahatma Gandhi.
La solution fut... « le satyagraha individuel ›. Ceci dans le but formel de prévenir toute action de masse et toute atteinte à l'effort de guerre. A . partir d'octobre 1940, des hommes choisis dans le Congrès allèrent crier des slogans après avoir informé les autorités de leurs intentions. Evidemment ils furent promptement arrêtés. Cependant cette politique fut poursuivie jusqu'en décembre 1941, date a laquelle elle iut supprimée après la remise en liberté de tous les prisonniers satyagrahi. Le Congrès recherchait un autre moyen - lorsqu'arriva l'avènement de Pearl Harbour.
La tactique de Gandhi
L'avance rapide des Japonais à travers le Pacifique et jusqu'aux portes des Indes transforma la situation politique aux Indes. Le prestige de l'impérialisme britannique fut rudement secoué, de même le sens du pouvoir britannique inébranlable. Les voix des masses s'élevèrent, et avec elles le sens bourgeois de l'opportunité. Proportionnellement l'intransigeance de l'impérialisme britannique se relâcha • visiblement, et il rechercha un arrangement avec le Congrès dans le but de se consolider.
Tel fut l'arrière-plan de la mission Cripps. Quoique les propositions Cripps fussent théoriquement une offre de statut de Dominion pour l'aprèsguerre, elles étaient en réalité hérissées de conditions qui annulaient pratiquement l'offre. Une condition, en particulier, stipulait qu'avant tout ‹ transfert le pouvoirs », un traité devra être signe qui « couvrira toutes les questions s'élevant nécessairement du transfert complet des responsabilités des mains des Britanniques à celles des Hindous... (et) qui prévoiera, en accord avec les assurances données par le Gouvernement de Sa Majesté Britannique, la protection des minorités raciales et religieuses. »
Avec cette clause vague et de grande portée, l'impérialisme britannique conservait un pouvoir de manœuvre qui lui permettrait d'insister sur presque toutes les conditions qu'il choisirait d'imposer, et même de se dérober complètement hors des propositions. En outre, aucun changement au statut de l'Inde n'était envisagé pendant la guerre. Au contraire, bien que les « leaders des principaux groupes du peuple hindou » étaient invités à participer aux « conseils de leur pays », ceci n'apportait pas de difference à une offre précédente du Conseil Exécutif du Vice-Roi, par le fait que le Conseil demeurait consultatif et que les pouvoirs du Vice-Roi demeuraient toujours aussi absolus. Les négociations de Cripps avec le Congrès se rompirent à propos de cette question des pouvoirs du ViceRoi.
Cependant, la véritable raison de l'échec des négociations était le brusque changement dans la situation militaire. La menace de l'application de la « tactique de la terre brûlée » dans le cas de l'invasion japonaise attendue, avait poussé brusquement vers la gauche certaines parties de la bourgeoisie hindoue. En outre, l'avance japonaise avait non seulement durci l'attitude de la bourgeoisie hindoue vis-à-vis de l'impérialisme britannique, mais encore l'avait changée radicalement. Envisageant la possibilité au succès d'une invasion japonaise aux Indes, la bourgeoisie hindoue commença de considérer non seulement la modification des conditions de son association avec l'impérialisme britannique, mais encore l'éventualité d'un changement de partenaires: c'est-à-dire la possibilité du remplacement de l'impérialisme britannique par l'impérialisme nippon. En d'autres termes, la bourgeoisie se prépara à franchir l'obstacle afin de pouvoir décider de quelle manière sauter le moment venu.
A partir de ce moment, les événements se déroulèrent rapidement. Le Comité Exécutif du Congrès se réunit en juillet et annonca ses dernières conditions pour un accord avec l'impérialisme britannique. Celles-ci étaient « le retrait du Gouvernement britannique aux Indes » immédiatement et la négociation d'un traité entre « l'Inde libre » et la Grande-Bretagne, pour « l'établissement de relations futures et la collaboration des deux pays en tant qu'alliés dans la tâche commune de se dresser contre l'agresseur ». Toutefois était associée à ces conditions la menace déclarée d'une lutte de masses par la « non-violence » si elles n'étaient pas acceptées. Une assemblée du A.I.C.C. fut convoquée en août pour ratifier cette décision. Avec la situation militaire qui empirait pour la Grande-Bretagne, le Congrès était passé de l'aide conditionnelle à l'opposition déclarée. Il appartenait à l'impérialisme britannique de jouer le coup suivant.
La réponse de l'impérialisme britannique fut catégorique et dramatique — pas de paroles, mais des actes. Le matin meme qui suivit l'assemblée de T'A.I.C.C. du 8 août à Bombay, au cours de laquelle le Congrès avait autorisé une action de masse sous la conduite du Mahatma Gandhi pour forcer l'impérialisme britannique à accepter les conditions du Congrès, le Gouvernement frappa ce dernier au moyen d'une série étendue d'arrestations simultanées qui paralysèrent complètement l'organisation du Congrès.
Le mouvement du 9 août
L'action du Gouvernement provoqua une réponse des masses inattendue, rapide, générale et violente. Ce fut le soulèvement de masses qui commença le 9 août 1942. Ce soulèvement avait le caractère d'une rébellion spontanée contre le pouvoir britannique. Il est important de noter, cependant, d'une part, qu'il ne s'étendit pas dans d'importantes provinces comme le Punjab; et, que d'autre part, sauf dans certaines régions comme le Bihar du Nord, les Provinces Unies de l'Est, les districts d'Orissa et de Midnapore la révolte ne dépassa jamais les propositions d'une démonstration violente. Ceci provenait des perspectives que la bourgeoisie elle-même avait présentées aux masses généralement par l'entremise du Congrès et en particulier par l'intermédiaire du Mahatma Gandhi. Ces perspectives étaient exactement comprises dans le slogan de ce dernier « quitter l'Inde » qui était davantage une invitation aux Britanniques à quitter l'Inde qu'un appel aux masses à les en chasser. En d'autres termes, les projets du Congrès n'étaient pas de rejeter le Gouvernement impérialiste et de s'emparer du pouvoir, mais, au maximum, de paralyser l'administration du gouvernement afin de s'attribuer une portion déterminée du pouvoir.
Cette analyse des projets du Congrès en août n'est en aucun cas refutée par le slogan du 8 août « l'action ou la mort » (Do or Die) lu dans le contexte de laction « non violente » et de la rébellion « déclarée » dans lequel le Mahatma Gandhi l'avait inclus. Le slogan « l'action ou la mort » n'était pas en lui-même un appel à une attaque organisée de masse contre la puissance impérialiste britannique, mais un appel à l'action individuelle du type anarchiste - Que chacun se considère libre et agisse comme s'il était libre - tel était le conseil de Gandhi lui-même.
La raison principale pour laquelle le mouvement d'août ne dépassa pas d'une manière significative les limites des
IV* INTERNATIONALE perspectives de la bourgeoisie réside dans l'échec de la classe ouvrière de passer à l'action militante d'une façon décisive. Cet échec a été dû surtout à l'absence d'un parti révolutionnaire de la classe ouvrière pour conduire les masses. Il n'y a pas de doute que le Parti Communiste a agi en freinant sur la classe ouvrière. Et sans doute y avait-il méfiance de la classe ouvrière quant à la direction bourgeoise, à Bombay particulièrement. Mais si l'on considère le fait que la classe ouvrière a effectivement démontré sa solidarité par un arrêt gé néralisé du travail, elle serait sans doute passé à l'action militante s'il eût existé un parti de la classe ouvrière pour lui fournir une direction militante, Tel qu'il se présentait, sans la participation d'un parti de la classe ouvrière militante, le mouvement était voué à l'échec.
Il échoua d'une façon désastreuse. Le mouvement fut violent, mais le Gouvernement s'y opposa avec une énorme démonstration de violence organisée, jamais égalée aux Indes depuis la Grande Mutinerie de 1857. En certains endroits, dans le Bihar par exemple, le mouvement atteignit des proportions révolutionnaires, de petits états furent pour de courtes périodes rejetés comme de l'écume sur la crête d'une vague rapide. Les proportions atteintes par la lutte en intensité eurent pour conséquence des proportions similaires dans la chute de la défaite complète. Et surtout étant donné que les petits bourgeois qui dirigeaient le mouvement et les petits bourgeois qui combattaient — ce fut principalement un soulèvement petit bourgeois - manquaient de l'avant-garde de la classe ouvrière avec ses perspectives révolutionnaires solides et se trouvaient liés par la perspective bourgeoise de la « politique de pression › distincte de la politique révolutionnaire, c'est-à-dire liés par une action violente, sans but révo lutionnaire précis, ils se détachèrent de la lutte au moment de leur défaite, déconcertés et troublés. Passant d'un sentiment de désappointement au sentiment de la futilité de son action, la petite bourgeoisie non seulement s'éloigna de la lutte, mais aussi de la politique. Autrement dit elle fut complètement démoralisée.
Pendant ce temps, la bourgeoisie avait une fois de plus changé son fusil d'épaule. L'effondrement de la lutte de masses avait été suivi d'un tournant aigu de la situation militaire. Les Japonais sont certes encore aux portes de l'Inde, mais ils n'y frappent plus. Les Allemands ont été repoussé depuis El Alamein et Stalingrad à travers toute l'Afrique du Nord d'une part et toute la
Russie d'autre part. Les Russes s'approchent des frontières orientales de l'Allemagne. Les armées anglo-américaines ont débarqué et avancé en Italie, débarqué et consolidé une tête de pont en Normandie. Dans le Pacifique, le Japon est repoussé de sa ligne de défenses insulaires extérieure à sa première ligne de défenses intérieures. Partout l'Axe est sur la défensive ou bat en retraite; et l'impérialisme anglo-américain, conscient de sa puissance écrasante, envisage triomphalement la victoire et 'la domination incontestée du monde.
Après la lutte d'août
La bourgeoisie hindoue a réagi rapidement devant ce changement de la situation favorable à l'impérialisme britannique. Une fois de plus elle est descendue de l'obstacle sur lequel elle s'était juchée, pour tomber aux côtés de l'impérialisme anglo-americain. Bien qu'elle jette encore des coups d'œils furtits dans la direction des impérialistes américains (depuis longtemps déjà elle a fait appel à Roosevelt pour sortir de ‹ Timpasse » politique où sont placées les Indes) elle a au moins pour le moment décidé ouvertement de lier son sort à celui de l'impérialisme britannique. Cependant, toujours prêts à se vendre au plus offrant, elle regarde toujours de tous côtés pour voir si quelques petites concessions ne peuvent être sauvées du naufrage des espoirs de 1942.
Le premier signe de ce changement dans l'attitude de la bourgeoisie se produisit en fait déjà pendant la lutte d'août. Effrayée par la violence des masses, elle serra vivement les cordons de la bourse du Congrès au reçu d'une assurance officieuse du gouvernement stipulant que la tactique de la « terre brûlée > ne serait pas appliquée aux Indes dans le cas d'une avance japonaise. Des signes plus manifestes du changement de l'attitude de la bourgeoisie apparurent cependant plus tard, sous la forme d'une tapageuse campagne presse pour la sortie hors de « l'impasse › politique. Ceci en fait était une demande adressée à l'impérialisme de prendre l'initiative, de reprendre des négociations avec ce même Congrès où il venait d'être écrasé, comme Churchill l'avait toujours préconisé. L'impérialisme fut intraitable. Il exigea la « reddition inconditionnelle », le ton des journaux, dès lors, marqua un changement significatif. Après une demande de libération des membres directeurs du Congrès emprisonnés, vint une demande de facilités pour permettre à la direction emprisonnée au Congrès de se réunir afin de faire de nouvelles propositions.
L'impérialisme demeura toujours intraitable; il ne désirait pas négocier de quelque manière que ce fut. Il demandait que la direction du Congrès se présentât vêtue de haillons et couverte de cendre pour accepter les conditions que lui
(impérialisme britannique) était prêt à imposer. L'impasse subsista done.
Le Plan de Bombay
Pendant ce temps, avec ou sans accord politique, la bourgeoisie entrait en collaboration étroite avec le gouvernement. L'économie détermine la politique.
Non seulement la bourgeoisie tirait des bénéfices de la guerre, mais envisageait aussi le monde d'après-guerre. Ayant échoué à réaliser son ambition du pouvoir, elle tenait au moins à occuper certaines positions stratégiques de la machine administrative afin de sauvegarder et si possible d'avancer quelque peu ses intérêts. En d'autres termes, elle désirait que le Congrès fut en fonctions une fois de plus. Le problème résidait dans la façon de frayer un chemin à un accord politique.
La bourgeoisie, ou plutôt sa partie dominante, la grande bourgeoisie, les Tatas et les Birlas, résolurent ce problème par un coup de maître — le Plan de Bombay. Ce plan, dont la forme présente un schéma de l'industrialisation de l'Inde, est en fait un projet pour l'exploitation plus systématique de l'Inde par une combinaison du capital anglo-américain et du capital hindou. C'est également un plan de propagande pour replacer une fois de plus l'opinion des masses à suivre la bourgeoisie au moyen de promesses abondantes de prospérité sous une direction bourgeoise (le plan présente le relèvement du standard de vie des masses comme son but, quoi qu'il n'indique pas les moyens de réaliser ce but, sauf en tant que sous-produit hasardeux de la recherche bourgeoise du profit). Pardessus tout, c'est la base de la réouverture des négociations par le Congrès pour un accord de reddition. Les auteurs du plan soulignent la nécessité d'un ‹ Gouvernement National », c'est-à-dire d'un gouvernement d'exploiteurs indigènes sous impérialisme britannique, comme instrument indispensable pour la réalisation de leur projet.
La manœuvre est audacieuse — et elle a réussi. En détournant l'attention de la ‹ politique › à ‹ l'économie ›, ses auteurs ont réussi à créer l'atmosphère d'une reddition du Congrès qui peut ressembler à quelque chose comme une « paix honorable › - un retour à la fonction publique pour « servir le peuple >. Et dans cette atmosphère le Mahatma Gandhi, maître-stratège du
Congrès, est de retour une fois de plus.
Depuis son élargissement, le Mahatma Gandhi a fait trois avances successives dans la direction préconisée par la bourgeoisie - et les impérialistes. Il a annoncé que la clause sanctionnelle de la résolution d'août était périmée; ceci signifie que le Congrès a abandonné son rôle d'opposant actif. Il a condamné la violence de ceux qui l'ont suivi et fait appel aux ‹ résistants > pour se rendre au gouvernement. Il a ainsi de ce fait condamné la lutte d'août elle-même, car celle-ci a été universellement violente; organisée autant qu'elle ait été organisée au tout, et soutenu par des éléments clandestins. Enfin, il a proposé de nouvelles conditions comme base de négociations avec le gouvernement.
Les conditions offertes maintenant par le Mahatma Gandhi ont une signification à double portée. Elles abandonnent la demande faite aux Britanniques de quitter l'Inde; elles offrent une coopération totale dans la guerre. Tout ce que Gandhi se borne à demander pour maintenant est un ‹ gouvernement national › central, qui devra diriger l'administration civile de manière à servir l'effort de guerre impérialiste (l'administration militaire y compris les transports, etc., ete., est hors de ses attributions).
L'impérialisme a déjà fait savoir, par l'intermédiaire de M. Amery que ces conditions ne constituent pas une base suffisante pour des négociations immé diates. Bien que Wawell ait abandonné « les haillons et la cendre », il demande toujours en substance la reddition inconditionnelle. Le Congrès sera-t-il d'accord ,sur ce point? 1 Telle est la question immédiate qui se pose dans la politique hindoue. Et une seule réponse peut y être formulée: le Congrès se rendra; seule demeure à trouver la formule appropriée qui lui sauvera la face. Le Congrès aura ainsi effectué un tour complet, avec la situation militaire, il sera une fois de plus en fonctions, et cette fois sans l'intention de rompre la Constitution à l'intérieur, mais au contraire pour l'appliquer.
Quelles sont les conséquences probables du prochain accord Congrès-Gouvernement, a) sur les partis politiques et b) sur les masses?
En ce qui concerne les partis politiques — le Congrès, en réalisant cet accord et cette reprise de fonctions, se discréditera une fois de plus à la fois aux yeux des masses et aux yeux des sections les plus radicales de ses propres membres, étant donné notamment que ceux qui ont vraiment combattu pendant la lutte demeureront probablement
IV° INTERNATIONALE dans les prisons impérialistes. Cette section radicale manifeste déjà un mécon tentement non dissimulé devant les manœuvres opérées par le Mahatma Gandhi vers la reddition. Ainsi, lorsque l'accord interviendra, une portion de ce groupe s'éloignera vraisemblablement du Congrès à la recherche d'une autre organisation, qu'elle soit déjà existante ou qu'elle doive être créée. De plus, une fois le Congrès à nouveau en fonctions, et d'une part prenant ainsi sur ses propres épaules la responsabilité des mesures répressives de temps de guerre du gouvernement impérialiste, d'autre part s'associant directement dans l'esprit des masses avec l'exploitation intensifiée et la misère provoquée par la guerre impérialiste; les masses désillusionnées se détourneront du Congrès à la recherche d'autres dirigeants. En bref, les intellectuels radicaux et les masses petites bourgeoises qui ont jusqu'alors suivi le Congrès non seulement l'abandonneront, mais se dresseront contre lui.
Et le Parti Socialiste Congressiste (Congress Socialist Party-C.S.P.)? Il est important de noter que la conduite officielle de la lutte d'août vint de cette organisation hybride de radicaux petitsbourgeois qui s'accrochent encore aux cordons du tablier de la bourgeoisie. La lutte a découvert le masque de leur idéologie limitée et de leurs méthodes inefficaces, spécialement après le recul du mouvement de masses. La direction du C.S.P. comprit la nécessité de la violence, mais ne sut pas la mener d'une manière organisée dans un but révolutionnaire. De là l'orgie de destruction négative non accompagnée d'une tentative constructrice de prise du pouvoir.
Les dirigeants du C.S.P. reconnurent trop tard la nécessité d'une action de la classe ouvrière; mais ils ne savaient pas — ou s'ils le savaient n'osèrent utiliser — lappel à l'argument de classe pour l'action militante (car ceci aurait précipité sur leurs têtes le juste mécontentement de leurs maîtres bourgeois). Au contraire, lorsque la lutte rétrogradait déjà, ils firent appel à la classe ouvrière pour quitter les usines et retourner aux villages, cherchant ainsi à utiliser les ouvriers comme de simples gages dans leur plan visant à maintenir artificiellement la lutte. Il n'est pas étonnant, de ce fait, que la classe ouvrière ne se soit pas émue des derniers appels du C.S.P.
La direction du C.S.P. se trouva ainsi à la tête d'un soulèvement paysan d'une admirable combativité, qui cependant ne put se développer plus sérieusement, car il s'accrochait au mot d'ordre du Congrès: pas de menance à la propriété. En conséquence la seule méthode donnant un caractère plus profond et plus large à la lutte des paysans ne fut jamais utilisée ‹ La Terre aux Paysans > ne fut jamais stipulé par le C.S.P., mais seulement ‹ Refuser de payer l'impôt sur la torre ›, ‹ Contre le Gouvernement, mais non contre la propriété ›, tel fut le contenu de sa politique pour la paysannerie.
Le Parti Socialiste Congressiste
(Congress Social Party C.S.P.)
Lorsque le mouvement de masse commença à se retirer de l'impasse créée par les perspectives limitées et la répression du gouvernement la seule manière selon laquelle le C.S.P. imagina de continuer et de raviver le combat fut l'aventurisme. Les bandes de partisans combattant en guerilla, qui non seulement luttaient contre le gouvernement, mais obligeaient au moyen de menace les paysans désormais réticents à les aider, caractérisèrent la méthode du C.S.P. dans les campagnes. Un groupe de saboteurs lançant des bombes à l'occasion, caractérisèrent la méthode employée dans les villes. Mais ces méthodes consistant à ‹ poursuivre › la lutte individuellement et à « électrifier > les masses défaites pour les engager une fois de plus dans la lutte échouèrent misérablement comme elles devaient fatalement échouer. Le mouvement de masses se mourait et aucune des méthodes du C.S.P. ne pouvait lui redonner la vie. Ainsi les dirigeants du C.S.P. qui, par la force des circonstances (les dirigeants bourgeois officiels ayant été jetés en prison par impérialisme) reçurent d'une manière inattendue une chance de mettre en pratique les paroles « révolutionnaires prouvèrent complètement qu'ils étaient simplement incapables, en pratique, de dépasser les limites de la « politique de pression › des bourgeois et que, quoi qu'ils fussent d'étiquette « socialiste ›, ils n'étaient en fait que ‹ congrès >.
Cependant, en dépit de ces faits, ina Cependant, en dépit de ces faits, C.S.P. a gagné en prestige et en fluence parmi les adhérents radicaux du Congrès les plus jeunes en raison de sa rupture avec la tradition de non-violence du Congrès et son effort déterminé à donner à la lutte à la fois une organisation et une direction. Mais avec la défaite de la lutte d'août et spécialement le retour du Mahatma Gandhi à la politique active ayant pour conséquence le renforcement de l'aile droite du Congrès, le C.S.P. se trouve en posture de plus en plus anormale dans le Congrès. Lorsque viendra l'accord Congrès-Gouvernement, il se trouvera dans un dilemme.
Un tel accord entraînera la coopération du Congrès à la guerre de l'impérialisme britannique et la participation du Congrès à l'exploitation des masses. Il sera impossible au C.S.P., s'il demeure fAdèle à sa tradition d'août, d'appuyer une telle politique. Et il est extrêmement douteux que l'Etat-Major du Congrès tolèrera, dans une telle éventualité, qu'il se dresse en opposition organisée au sein du Congrès. Le C.S.P. sera ainsi obligé de choisir — et ce choix ne peut que mener à la disparition politique du C.S.P. en tant qu'organisation distincte, car il devra soit se rendre à l'aile droite réactionnaire du Congrès ou quitter ce dernier définitivement. La prévision la plus valable est celle d'une scission au sein du C.S.P. L'aile droite du C.S.P. s'est déjà rendue à l'Etat-Major réactionnaire du Congrès. C'est donc l'aile gauche du C.S.P. qui se verra forcée de choisir. Si elle se vend, elle est politiquement condamnée. Si elle se retire, cependant, il importe de savoir si elle peut entraîner avec elle assez d'adhérents pour lancer une nouvelle organisation qui constituerait un développement entièrement nouveau de la politique hindoue pour autant qu'il marquerait l'apparition de l'équivalent hindou du Parti Socialiste Révolutionnaire de la Russie tsariste (l'influence qu'a pu posséder le C.S.P. s'est toujours exercée parmi les couches supérieures de la paysannerie et non sur les couches les plus inférieures de la classe ouvrière). Il est actuellement impossible de déterminer l'issue probable de cette question, étant donné particulièrement que les dirigeants de l'aile gauche et la plupart de ses adhérents actifs sont dans les geôles impérialistes et incapables de faire quoi que ce soit en ce capables de faire quoi que ce soit en ce concerne les manœuvres actuelles vers la reddition. Quoi qu'il advienne, le C.S.P. en tant que tel n'a pas d'avenir politique, même s'il a un passé.
Le Parti Communiste des Indes, poursuivant sa politique d'aide inconditionnelle à l'effort de guerre impérialiste britannique, s'est opposé ouvertement et activement à la lutte des masses, se faisant ainsi l'instrument de la politique britannique aux Indes. Le rôle confusionniste et diversionniste joué par les Staliniens au masses a ute arun pme ide laulule des paroxysme de la lutte des l'impérialisme britannique, notamment du fait qu'ils empêchèrent la classe ouvrière de prendre la direction, ce qui seul aurait pu donner à la lutte des masses l'impulsion d'une attaque effective contre le pouvoir impérialiste.
Leur rôle de traîtres a eu pour résultat la perte pour eux de l'influence politique qu'ils avaient pu acquérir sur les
NATIONALE masses pendant leur illégalité. Mais il leur est toujours possible d'agir en tant que frein sur la classe ouvrière au cours de ses luttes économiques en raison de leur contrôle bureaucratique d'un nombre considérable de syndicats et des possibilités d'activité et de propagande légale que l'impérialisme britannique trouve à sa convenance de leur accorder.
Ils sont actifs aujourd'hui au service de l'impérialisme britannique. Dans le domaine économique, ils poursuivent une campagne pour une production accrue et ininterrompue. Dans le domaine politique, ils font des tentatives fébriles pour détourner le mécontentement causé par la pénurie et la hausse du coût de la vie loin de ses causes véritables: la guerre impérialiste et l'impérialisme en suggérant que tout cela est dû à des ‹ agents de la 5° colonne › ou à la thésaurisation ou aux stupidités de la bureaucratie qu'ils séparent de son cadre impérialiste. Toutefois leur principale activité politique est l'organisation de la plus honteuse ‹ campagne d'unité » de collaboration de classes dirigée dans le but de gagner l'appui des masses à un « gouvernement national > sous l'impérialisme, qui ne pourrait que représenter une alliance des féodaux, de la bourgeoisie hindoue et des impérialistes contre les masses elles-mêmes. Avec la signature de l'accord Congrès-Gouvernement, les Staliniens entreprendront également pleinement la tâche d'être les coolies de la bourgeoisie hindoue. Il est fort probable qu'ils chercheront à entrer dans le Congrès National Hindou. Mais si oui ou non le P.C. est accepté au sein du Congrès, il jouera dans la classe ouvrière le rôle d'un agent du Congrès bien plus efficace que le C.S.P. l'a fait ou ne le fera jamais.
Un accord Congrès-Gouvernement aura sans doute d'importantes modifications dans les organisations politiques féodales, c'est-à-dire la Ligue Musulmane et le « Hindu Maha Sabha ›. Pendans la « lutte d'août », l'impérialisme britannique, devant lequel se dressait une révolte de masses et l'opposition de la bourgeoisie hindoue, s'appuya plus lourdement que jamais sur ces organisations féodales. Il utilisa tous les moyens, notamment pour renforcer la Ligue Musulmane et pour la patronner vers une position politique. En même temps, le reflux de la lutte des masses, de même que l'appauvrissement de la petite bourgeoisie entraîna un certain dérivement d'éléments petits-bourgeois dans ces or ganisations et l'accroissement de leur incours des derniers mois, cependant ast fluence parmi la petite bourgeoisie. Au cours des derniers mois, cependant, certain changement de position déjà opéré, particulièrement en ce qui concerne celles de la Ligue Musulmane.
Après la défaite catastrophique du mouvement de masse et le recul tournant à la reddition du Congrès, la valeur de la Ligue Musulmane en tant qu'arme politique des impérialistes se trouve etrangement reduite, et limportance de l'appui que lui accordait le gouvernement diminué en conséquence. C'est de toute évidence , à cause de l'appui donné par l'impérialisme au Premier Ministre musulman du Punjab que M. Jinnah fut contraint de compter avec lui. De plus, l'impérialisme, tout en utilisant les revendications < Pakistan › comme un bâton pour frapper la bourgeoisie du Congrès, a néanmoins proclamé aussi qu'elle s'opposait à la vivisection de l'Inde. Une alliance des bourgeoisies anglaise impérialiste et hindoue demande une Inde consolidée en vue de l'exploitation et non une Inde balkanisée. La Ligue Musulmane est donc en déclin, mais n'est pas un facteur négligeable dans la politique hindoue.
Elle a, sans conteste, obtenu aujourd'hui, pour des raisons diverses, une véritable popularité parmi les masses musulmanes. Il n'est naturellement pas certain qu'elle la conservera car, en même temps qu'elle parvient aux fonctions les plus hautes dans l'impérialisme anglais, on constate d'une part une tendance à la scission dans sa direction (par exemple récemment dans le Punjab, le UP et le Sind) d'autre part une certaine diminution de sa popularité parmi les masses qu'elle déçoit. C'est probablement la conscience de ces faits qui poussa M. Jinnah à accepter une rencontre avec le Mahatma Gandhi pour discuter les récentes propositions de ce dernier en vue d'un accord. Cet accord se produira-t-il entre le Congrès et la Ligue Musulmane, il est impossible de le prédire, mais le fait qu'à l'Assemblée législative centrale leurs ailes respectives ont récemment coopéré dans l'opposition est une indication importante pour l'avenir. Cependant, si un aceord Congrès-Ligue a lieu, la position de la Ligue parmi les masses, après un renforcement momentané, continuera à s'affaiblir, étant donné, surtout, qu'elle ne sera plus capable d'utifiser aussi efficacement que naguère la solution Pakistan comme moyen de détourner l'attention de sa politique réactionnaire et répressive.
Solutions possibles
Quelles seront les conséquences probables parmi les masses du futur accord Congrès-Gouvernement. Libérera-t-il des forces qui transformeront l'attitude actuelle des masses?
La situation actuelle aux Indes est caractérisée par l'apathie généralisée de la masse, conséquence de la défaite d'août.
Parmi la petite bourgeoisie cela devient de la démoralisation et l'abandon de la politique. Toute perspective d'une reprise du mouvement de masse est repoussé dans un avenir incertain. Deux faits cependant sont réconfortants.
En premier lieu, la démoralisation générale, bien qu'elle ait également influencé le prolétariat, ne l'a pas atteint au même point. Il est significatif que la vague de grève pour la question du ravitaillement ait suivi la lutte d'août; qu'il y ait eu depuis d'importantes luttes par grève (par exemple la grève des
Docks du Karachi) qui dans quelques cas ont été très longues (par exemple la grève du textile à Nagpur) ; et que, récemment même, des grèves sporadiques sur des questions de ravitaillement, par exemple les ‹ pots-de-vin », les salaires proportionnels (dearness allowance) ont eu lieu. Bien que la classe ouvrière, elle aussi, soit politiquement apathique, elle n'est certainement pas démoralisée et est même prête à entrer en action pour des buts économiques qui la touchent directement dans la lutte pour la vie.
En second lieu, il n'y a jamais eu à l'égard de l'impérialisme britannique plus de haine chez les masses actuellement. Une haine si profonde qu'elle accueillerait avec joie (et c'est là son aspect réactionnaire) un changement d'exploiteur impérialiste parce qu'un changement impliquerait la fin de l'impérialisme britannique. Cette haine se reflète également dans l'attitude des masses vis-à-vis de la guerre, attitude qui, si elle n'est pas d'opposition active, reflète une indifférence complète et déterminée, c'est-à-dire que cette guerre n'est pas leur guerre. Et toute la propagande du Front National de guerre, des Staliniens et des Rovistes réunis n'a pas été capable d'amener un changement notable dans l'opinion des masses à cet égard.
La situation politique actuelle est profondément contradictoire. C'est pour une grande part une question de facteurs subjectifs et non de conditions objectives. Et ce facteur subjectif peut subir une transformation rapide dans le cas d'un changement violent dans la corrélation des forces, extérieurement ou intérieurement il est impossible de prédire si un changement violent aura lieu prochainement. Mais le cadre de la guerre mondiale impérialiste, dans lequel se développe la situation politique hindoue, rend de brusques changements toujours possibles. Tant qu'un changement n'aura pas eu lieu, l'attitude actuelle des
IV INTERNATIONALE masses ne changera pas. Et tant qu'un changement d'attitude des masses n'aura pas eu lieu, soit par suite de lente évolution moléculaire à l'intérieur des masses, soit rapidement par suite de quelque brusque changement dans la corrélation des forces, le travail des masses doit nécessairement se poursuivre sur la base du programme des revendications démocratiques élémentaires.
Le retour du Congrès au pouvoir va probablement déterminer un changement dans les dispositions des masses. L'occasion qui se présentera de s'engager dans la politique « constitutionnelle > va mettre fin à la démoralisation de la petite bourgeoisie urbaine et la faire revenir à l'activité politique. En particulier, la demande de libération de tous les prisonniers politiques va sans doute lui fournir un solide palier pour lagitation générale. Chez la paysannerie, surtout dans les couches où la répression d'août n'a pas frappé avec toute sa force, des luttes isolées pour des buts élémentaires vont probablement surgir. Avant tout, dans la classe ouvrière, en raison du niveau moral relativement plus élevé, des luttes économiques sporadiques vont probablement éclater. En participant à ces luttes, la tâche du parti sera d'étendre leur portée, lorsqu'elles auront pour bases des buts généraux comme les salaires, le ravitaillelement, la prime de vie chère, et le boni, et utilisant l'arrestation des meneurs de grèves, arriver à des buts politiques plus généraux, comme par exemple l'élargissement de tous les prisonniers politiques.
Par la suite, une agitation soutenue sur des questions telles que le droit d'organisation indépendante pour les syndicats, la liberté de parole et de réunion, le droit de grève, ete., doit être mené systématiquement en tant que moyen pour ressusciter le syndicalisme militant. Dans la mesure où cette résurrection a lieu, elle amène également une résurrection du mouvement de la classe ouvrière en général car, dans les conditions actuelles, toute activité syndicale militante doit amener à poser des buts politiques. Par-dessus tout, dans tout son travail d'agitation et de propagande la fin de le parti doit garder au premier plan l'impérialisme et de la guerre impérialiste. L'établissement d'un « gouvernement national » au centre et de gouvernements constitutionnels dans les provinces fournirait à l'impérialisme une façade derrière laquelle il pourrait manœuvrer et par là réduire la violence des luttes anti-impérialistes par suite de l'entrée en opposition ouverte de la petite bourgeoisie. Dans cet état de choses, le parti doit aider les masses non seulement à combattre le rôle de traître du congrès bourgeois, mais aussi à voir derrière la façade le véritable pouvoir qu'il recouvre en fait: à savoir l'impérialisme. Le parti doit done, dans toute son activité, d'une façon claire et concrète, lier tous les buts à cette question de la guerre impérialiste entraînant l'exploitation intensifiée, et liée à toutes les conditions économiques et politiques.