Documents de la IVe Internationale

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La revue › nouvelle série n° 14-15

La seule voie

Quatrième Internationale, nouvelle série n° 14-15 · janvier-février 1945 · p. 1-3 · 1 736 mots

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Février 1944 — Février 1945

Il y a un an que la Conférence Européenne de la IVe Internationale s est réunie quelque part en Europe. Malgré la guerre impérialiste, malgré l'occupation nazie, malgré les difficultés et la terreur sans précédent dans l'histoire du mouvement révolutionnaire, les représentants de plusieurs sections européennes ont pu échanger leur expérience, constater l'identité de leur programme et élaborer les grandes lignes d'une politique commune actuelle.

La Conférence Européenne de février 1944 fut la preuve de la vitalité du mouvement trotskyste, du seul mouvement ouvrier internationaliste qui s'oppose à la guerre impérialiste et continue les traditions du marxisme révolutionnaire de Marx, de Liebknecht, de Rosa Luxembourg, de Lénine et de Trotsky.

Depuis février 1944, L'évolution de la situation internationale a généralement confirmé les perspectives tracées par la Conference Européenne. Définissant les raisons qui poussaient à l'époque l'impérialisme angloaméricain à une action plus énergique en Europe (création de ce qu'on appelait le "second front"), les thèses de la Conférence Européenne s'exprimaient ainsi :

La montée révolutionnaire en Europe, jointe à lavance de l'Armée Rouge, met a tordre du

Jour un debarquement des impérialismes amevicain et anglais en Europe. Il s'agit à la fois de gagner de vitesse la révolution prolétarienne et d'empêcher une nouvelle avance de l'Armée

Ronge dans les pays capitalistes...

Les sections de la /T° Internationale doivent extirper des maintenant toutes les illusions que

FÉVRIER 1945 la bourgeoisie et ses agents dans la classe ouvrière sement dans les masses, afin de les soumettre aux visées de limpérialisme américain...

Elles dowent dévoiler la veritable nature et le véritable objectif contre-révolutionnaire du débarquement (1).

En juin 1944, le "second front" est devenu effectivement une réalité, et depuis, les événements, tant en Italie qu'en Belgique et en Grèce, ont illustré de la plus éclatante façon le rôle contre-révolutionnaire de la "libération" anglo-américaine.

Se référant à la politique de la bureaucratie soviétique et du stalinisme, les thèses de la Conférence Européenne affirmaient que :

Dans la mesure même où elle renonce aux méthodes de laction ouvrière pour défendre

PU.R.S.S., la bureaucratie ne peut avoir recours contre limpérialisme qu'aux méthodes de l'impériulisme lui-même : il tui fuut s'assurer des frontières strategiques, creer des zones tlinfluence, chercher à s'emparer de points d'appui économiques, qui lui permettront de reconstruire et de stabiliser son économie..

... Il ne s'agit pas là seulement de moyens de chantage, mais d'un plan véritable de la bureaucratie stalinienne...

... En définitive, il s'agit, tout en utilisant les soulèvements des masses populaires, de les faire servir aux intérêts de la caste de la bureaucratie, au travers d'une alliance avec une fraction de la bourgeoisie et de la petite bourgevisie.

Cette manœuvre s'effectue sous le drapeau de lu propriété privée et de la démocratie bourgeoise.

(1) Quatriènu Internationale, n° 1-5, FévrierMars 1944.

Il est clair aujourd'hui que sur ce point aussi la Conférence Européenne a pu tracer une perspective généralement juste.

La bureaucratie soviétique a adopté visà-vis de la révolution prolétarienne une attitude foncièrement hostile.

Dans les pays occupés par l'Armée Rouge, non seulement on n'assiste pas au développement de la révolution prolétarienne, ardemment désirée par les masses, mais au contraire à son étranglement systématique.

Sous la très forte pression des ouvriers et des paysans, ayant salué l'entrée de l'Armée Rouge dans ces pays comme le commencement de la révolution, la bureaucratie stalinienne a été obligée de procéder timidement à la réforme agraire (Pologne, Hongrie), ainsi qu'à une épuration des éléments réactionnaires et fascistes plus ou moins étendue (Bulgarie, Roumanie).

Mais toutes ces mesures n'ont qu'un caractère épisodique et ne font, dans aucun cas, partie d'une action révolutionnaire ayant pour but d'aboutir au renversement du régime capitaliste et au triomphe du socialisme.

En Pologne et en Hongrie, la réforme agraire a complètement épargné les terres de l'Eglise et n'a touché que les domaines des féodaux "collaborateurs".

En Finlande, la commission de contrôle soviétique aurait informé le gouvernement finlandais que la nationalisation envisagée de la grosse industrie et des banques serait contraire aux intérêts russes car elle pouvait diminuer la production et rendre difficile le paiement des réparations.

En Bulgarie, où les masses ont accueilli dans un délire révolutionnaire l'Armée Rouge, ce sont les leaders communistes (d'après le New-York Times du 21 Septembre 1944), secondés par les officiers soviétiques, qui ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour « empêcher les extrêmistes du parti de développer leur agitation pour la soviétisation du pays ».

Les institutions monarchiques restent en place aussi bien en Roumanie qu'en Bulgarie et en Yougoslavie. Le communiste Pavlov est un des trois nouveaux régents bulgares. A la tête du gouvernement de plusieurs de ces pays se trouvent des généraux réactionnaires ayant pris part directement ou indirectement dans la guerre contre la Russie (Mannerheim, Miklos, Radescu).

Dans les autres pays européens, la politique stalinienne n'a ras un caractère moins contre-révolutionnaire. Il suffit de mentionner le cas de la France et de l'Italie.

En France, le Parti Communiste, à la suite du discours de Thorez à lory, se déclara ouvertement hostile à toute atteinte à l'autorité de l'Etat bourgeois, de sa justice, de sa police, de son armée, et à toute mesure de caractère socialiste.

En Italie, le Parti Communiste, ayant rompu son entente avec le Parti Socialiste, participe de nouveau au cabinet réactionnaire de Bonomi, prend la tête de la campagne pour la réorganisation de l'armée bourgeoise italienne, et est le seul parti ouvrier qui soutient la régence du prince Humbert.

Malgré l'action contre-révolutionnaire de l'impérialisme et du stalinisme, la Conférence Européenne prévoyait, à juste titre, l'inévitable transformation de la guerrre impérialiste en guerre civile et l'ouverture d'une lonque période de crise révolutionnaire.

Les événements qui se sont déroulés depuis février 1944 ont clairement démontré l'aspiration profonde des masses à s'arracher au sanglant chaos capitaliste, malgré le caractère conservateur chauvin, embourgeoisé de leurs directions "communistes" et "socialistes"

En Italie, en Pologne, en Hongrie, en Belgique, dans les Balkans, l'agitation révoIutionnaire des masses suit, malgré ses oscillations inévitables, une ligne moyenne ascendante.

Chaque jour de guerre qui passe plonge l'Europe capitaliste dans une situation toujours plus chaotique.

Tous les efforts des gouvernements bourgeois pour faire face à cette situation, remettre en marche l'économie délabrée, endiquer l'inflation, améliorer le ravitaillement, aboutissent à un échec complet. L'expérience Gutt en Belgique, la plus audacieuse qu'un gouvernement bourgeois ait entrepris sur le plan monétaire et financier, a complètement échoué (de l'avis même d'un journal capitaliste aussi sérieux que le journal français Le Monde, 18-19 Février 1945), ayant provoqué une véritable déflation avec toutes ses conséquences déprimantes pour la reprise économique, sans même faire baisser les prix.

L'approvisionnement et le ravitaillement des pays "libérés" est devenu plus critique que jamais.

Les rations alimentaires en France, en Belgique, en Hollande, en Italie sont maintemant plus basses que pendant l'occupation nazie. Tous les projets et tous les plans grandioses élaborés par l'impérialisme "allie" pour venir immédiatement en aide aux pays "libérés" s'avèrent maintenant soit impuissants, soit purement démagogiques.

L'U.N.N.R.A. est un organisme bureaucratique lourd, instrument de pression politique entre les mains de l'impérialisme américain et anglais, plutôi qu'un organisme capable d'apporter une aide efficace et immédiate aux pays dévastés de l'Europe.

La mesure de la décadence accélérée de cette dernière par rapport à sa situation au lendemain de la première guerre mondiale est donnée, entre autres, par l'état actuel de la France, le pays européen le plus prospère encore en 1939.

Le Times voit dans l'appauvrissement et la désorganisation de la vie économique actuelle de la France les signes du processus commencé en Allemagne en 1922, au moment de la plus grande dépression et de la faillite économique complète de ce pays.

L'Europe tout entière subit actuellement une régression, un développement en arrière qui risque, dans le cas où le prolétariat se montrerait impuissant, de saper les bases matérielles de la révolution socialiste, de provoquer l'asservissement d'une série d'Etats nationaux viables, et de poser de nouveau la question des guerres nationales futures en Europe.

Imaginer l'histoire universelle marchant régutièrement et sûrement de lavant sans faire parfois de gigantesques sauts en arrière, écrivait

Lénine à propos des régressions non seulement possibles, mais même inévitables à l'époque impérialiste, cela n'est pas d'un dialecticien, cela n'est pas scientifique, cela est théoriquement faux.

L'avenir de l'Europe tel que le préparent les impérialistes américains et anglais dans leurs conférences de Téhéran, de Dumbarton Oaks, de Yalta, est en danger. Il devient de plus en plus évident que l'impérialisme extraeuropéen, profitant de sa force matérielle et de l'affaiblissement parallèle de l'Europe, est en train de la traiter comme une sorte de zone semi-coloniale.

La bureaucratie soviétique, soucieuse de ses propres intérêts nationaux, non seulement ne s'oppose pas à cette politique d'asservissement de l'Europe, mais elle est la première à l'appliquer aux pays qu'elle désire neutraliser.

Ainsi, derrière les phrases hypocrites du communiqué de Yalta, évoquant les principes de la Charte de l'Atlantique, les libertés et l'autodisposition des peuples de l'Europe, les "Trois Grands" ont camouflé la constitution d'un directoire ayant partagé le continent en zones d'influence et prêt à intervenir à la manière de Churchill en Grèce, de Staline en Pologne.

Churchill, de retour de Yalta, faisant escale à Athènes, s'est empressé de donner son véritable sens à la « Charte de l'Europe libérée » en justifiant avec plus de cynisme que jamais la brutale intervention contrerévolutionnaire de l'impérialisme britannique en Grèce.

La bureaucratie stalinienne ayant obtenu une victoire presque complète sur la question polonaise, une semi-victoire sur la question yougoslave, et probablement quelques promesses avantageuses en ce qui concerne l'asservissement projeté de l'Allemagne, considère la conférence de Yalta comme "son" triomphe.

Mais les ouvriers conscients de l'Europe savent qu'aussi bien l'U.R.S.S. que le prolétariat européen et mondial ont tout à craindre et rien à gagner des complots de la diplomatie secrète des impérialistes et des bureaucrates soviétiques.

Les ouvriers conscients savent que seule l'unification, la nationalisation et la planification de l'économie européenne peuvent empêcher la régression dans la barbarie et l'asservissement de l'Europe ; qu'un tel but ne peut être réalisé que dans le cadre des Etats-Unis Socialistes d'Europe et du Monde, où chaque nation sera admise en égale, et où elle atteindra son plein épanouissement culturel et civilisateur.

Les ouvriers conscients savent enfin que la lutte pour cet objectif passe par la lutte implacable contre l'impérialisme et le capitalisme national, ainsi que contre l'opportunisme et la trahison des directions "socialistes" et "communistes". Seule la 1V° Internationale mène aujourd'hui cette lutte.

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