La République exsangue (1)
Les élections municipales espagnoles du 12 Avril 1931, vues sous l'angle étroitement légaliste, auraient du sigmher le maintien du régime monarchiste. Mais la bourgeoisie apprécia à sa juste valeur la volonté des masses, et bien que, sauf dans les centres industriels et les grandes villes, la "nation" s'était prononcée pour le maintien du "statu quo" , la bourgeoisie viola les principes de sa propre démocratie et se décida a jouer la carte républicaine. La République, c'était évidemment une inconnue. La bourgeoisie se demandait bien où elle pourrait l'amener. Mais il était certain, en tout cas, que la survivance de la Monarchie était devenue impossible : pis encore : elle renfermait les plus graves dangers. Elle risquait d'accélérer encore la radicalisation politique des masses ouvrières.
L'instauration de la république produisit au sein des masses un épanouissement des illusions démocratiques. Les sept ans de dictature de Primo de Rivera avaient pour ainsi dire engourdi les masses ouvrières, qui n'avaient pu, pendant toute cette longue période, exprimer et vérifier leurs aspirations.
Le premier soin des républicains et socialistes fut de présenter la république comme un régime ou la haine et la vengeance n'avaient pas de place. Et tandis que dans les villes et villages, la population faisait un "autodafé" avec le portrait du dernier Bourbon, celuici traversait tranquillement le pays, vers l'émigration dorée, sous la protection des nouveaux gouvernants républicains.
La république fut instaurée une fois obtenu l'accord du général Sanjurjo, chef de la fameuse Garde Civile, le même général du "putsch" contre-révolutionnaire de 1932.
« Nous avons donné au monde le plus bel exemple en instaurant la république sans avoir fuit couler le sang.»
Sans avoir fait couler de sang bourgeois, mais l'incompatibilité du nouveau régime, — qui laissait subsister toutes les institutions de l'Etat, — avec les aspirations des masses, va faire couler à flots, par la suite le sang du prolétariat. La date du 10 Mai, à un mois à peine de l'instauration de la république, avec les incendies de couvents à Madrid, Valence, Malaga et d'autres grandes villes, marque le début de ce divorce entre les masses et la république bourgeoise. Les organisations ouvrières
Quel était le tableau du mouvement ouvrier espagnol pendant cette période ?
Le Parti Socialiste avait continue à mener pendant la dictature un petit train-train plutôt paisible, dans ses Maisons du Peuple, avec ses cotisations et tout son fa(1) " Republica sin sangre".
emme en Espagne tras bureaucratique quotidien. Sa sœur jumelle, l'Union Générale des Travailleurs, avait même collaboré avec la Dictature, à travers la participation de Largo Cabalero dans le Conseil d'Etat et en peuplant de ses créatures les organismes paritaires.
La C.N.T. anarcho-syndicaliste, jetée dans l'illégalite en 1923, soutenait et même suscitait l'activité illégale contre la Dictature.
Naturellement, la C.N.T., dont les dirigeants "apolitiques" n'avaient jamais de perspectives bien précises, représentait, malgré tout, devant l'ultra-réformisme du Parti Socialiste, un pôle d'attraction révolutionnaire. La nouvelle situation créée par l'instauration de la république fit qu'en quelques jours on assista à la reconstitution ouverte de la C.N.T., qui apparut comme l'élément représentatif de l'esprit de classe du prolétariat espagnol.
Le Parti Communiste fut de tout temps en Espagne un noyau tres réduit, sans importance politique ni influence au sein des larges masses. En 1931. le P.G. espagnol rentre en scène avec, dans son drapeau déployé, le slogan : « Tout le pouvoir aux soviets » : soviets qui, naturellement, n'existaient nullement, et dont les masses ignoraient même au juste le sens. Avec cette politique "*troisième période" , politique ultimatiste qui devait se transformer par la suite en son opposé, inutile de dire que le P.C. se plaçait en dehors du processus réel de la révolution et de l'expérience des masses, s'aliénait la sympathie de celles-ci, qui, de leur côté, à travers leur propre expérience, se radicalisaient de plus en plus.
• Cette radicalisation se refléta particulièrement dans les Jeunesses Socialistes qui, pendant la période 1933-34, entamèrent la lutte, au sein du parti, contre les Prieto et Besteiro, contre les éléments réformistes traditionnels, en même temps que leurs journaux se prononçaient pour la dictature du prolétariat et publiaient en première page des citations de Lénine et de Trotsky.
La Gauche Communiste Espagnole (Opposition Internationale de Gauche), très faible au point de vue numérique et coupée, en général, de tout travail dans les centres ouvriers, limitait son activité à formuler et défendre dans ses publications réduites les positions bolcheviques que la situation demandait. Les divergences qui éclatèrent dans son sein au sujet de l'entrée dans la social-démocratie y provoquérent une crise organique et idéologique, dont le dénouement catastrophique fut la fusion, avec le Bloc Ouvrier et Paysan (Maurin) pour constituer le P.O.U.M.
Qu'était-ce que le Bloc Ouvrier et Paysan ? Le produit lui-même de la fusion de la Fédération Catalane du Parti Communiste, qui rompait en 1930-31 avec Moscou sur une base droitière, avec un petit noyau qui se plaçait à l'extrême-gauche du nationalisme catalan : le Parti Communiste Catalan. Le tout donnait un amalgame extrêmement confus, confusion qui, sous le signe « Ni stalinisme, ni trotskysme », devait prévaloir dans le P.O.U.M. et caractériser toute la ligne politique d ce parti.
La terre
Le problème de la terre ne fut ni ne pouvait être résolu par la république bourgeoise, les auri. Tout le fond de la situation espagnole réside "exsangue" dans le fait que la bourgeoisie n'a pas réalisé à temps, C'est-à-dire quand le capitalisme se développait suivant une ligne ascendante, la révolution démocratique bourgeoise. L'incapacité de la bourgeoisie espagnole prenait un caractère absolument définitif dans le cadre du capitalisme pourrissant. D'autant plus que les survi, vances féodales ont un poids énorme au sein de la société espagnole.
Les réformes agraires réalisées dans ce cadre bourgeois n'apportèrent aucune solution aux masses, qui, après s'étre vues écrasées par le propriétaire foncier, se voyaient menacées maintenant par l'Institut de Réforme Agraire, à qui elles devaient rembourser ses avances financières.
Les salaires de famine et le chômage se répandaient. Et le ministre du Travail socialiste Largo Caballero ne trouvait, pour "soulager" les masses, d'autre solution que la loi dite « d'arrondissements communaux», d'après laquelle les ouvriers agricoles d'une commune ne pouvaient louer leurs bras et trouver un salaire en dehors des limites de leur commune. L'explication * économico-sociale" que Largo Caballero donnait de sa loi contre-révolutionnaire, c'était d'éviter un avilissement des salaires. Mais ceux-ci demeuraient à leur niveau effroyable et les propriétaires fonciers laissaient une partie de leurs terres en friche plutôt que d'augmenter les salaires. Le tout ne faisait qu'accroitre la misère des paysans.
La grève générale des ouvriers agricoles, pendant l'été 1934, marque la première grande offensive des masses contre cette république qui ne tient aucune de ses promesses. La caractéristique particulière de cette sexpe est dans le fatagodls terres, qui a cait så grève est dans le fait que le paysan, qui a fait deja républicain, se mobilise, a travers cette lutte, pour des objectifs plus larges, politiques, sans en avoir encore pleinement conscience.
La grève des ouvriers agricoles devait être vaincue, dirigée comme elle était par la Centrale réformiste (U.G.T.), incapable de rendre conscient, en connexion intime avec l'action du prolétariat industriel, le conrévolutionnaire que le mouvement renfermait. tenu Le paysan, après son échec, se replia sur lui-même et assista plus tard en spectateur à la lutte du prolétariat industriel, qui trouva sa plus haute expression dans l'insurrection des mineurs aux Asturies, en 1984. De l'Alliance Ouvrière au Front Populaire
En l'absence d'un parti, d'une direction révolutionnaire, la pusillanimité réformiste, l'aventurisme des anarchistes et des staliniens, produisirent un repli des masses qui permit à la réaction féodale-agraire, représentée par Gil Robles, de marquer des points et de parvenir à nouveau au gouvernement.
Dans la ligne de ce repli ouvrier, les événements du 6 Octobre 1934 montrèrent, en dernière instance, de quelles riches réserves combatives disposait encore le prolétariat espagnol qui, en l'absence d'une direction révolutionnaire, pouvait seulement donner des pages pleines d'héroïsme.
Le 6 Octobre 1934 est la première tentative que font les masses pour se dégager du cadre étouffant des organisations traditionnelles, à la recherche des organismes de l'insurrection et du pouvoir. L' « Alliance
Ouvrière » est l'expression de ce processus. Le Parti Communiste, qui s'opposait avec acharnement à l'a AlHance Ouvrière», au lieu d'en être l'animateur, fut lui aussi entrainé par la dynamique de la lutte et finit par adhérer à l'«Alliance Ouvrière ».
La répression après Octobre 1934 est violente, meurtrière. Mais une telle répression ne pouvait apporter à la bourgeoisie aucune solution, ni même un réel répit.
Février 1936 enregistre une nouvelle et impétueuse montée des masses ouvrières. Mais la lutte ne se fait plus sous le signe de l'«Alliance Ouvrière » et de la « U.H.P. » (Union Fraternelle des Ouvriers), mais bien sous le signe du Front Populaire, que la bureancratie stalinienne a lancé entre temps. Le Frente Popular espagnol prend encore un caractère plus sinistre, plus contre-révolutionnaire, par le fait qu'il survient après l'expérience glorieuse, et profondément ancrée dans les masses, de l'Alliance Ouvrière, qu'il détourne les masses ouvrières espagnoles de la voie de l'indépendance de classe et de l'unité d'action où elles étaient engagées, pour les replonger, derrière les directions traitres, dans le marais du réformisme, de la collaboration de classes et de l'impuissance.
La terre devait être donnée aux paysans après les savantes lois qu'on élaborerait à cet effet an nouveau parlement : les 30.000 emprisonnés d'Octobre devaient être libérés après avoir approuvé les lois et après avoir rempli les paperasses nécessaires... Mais les masses, qui commencent à connaitre deja ces cantilenes, sont dans la rue : elles ouvrent les prisons; dans certames provinces, les paysans procèdent directement au partage des terres. sans avoir, évidemment, la moindre idée de la procédure constitutionnelle.
«Nous ne sommes pas venus au pouvoir pour présider une guerre civile...». se plaint le malheureux chef du gouvernement «Front Populaire». républicain "de gauche" Casares Quiroga. Mais malheureusement pour lui, la guerre civile s'inscrit justement d'une façon inéluctable dans la dynamique des événements. Les autorités du Frente Popular sont débordées de plus en plus par l'action autonome des masses. Les bandes fascistes entrent à leur tour en action. Une guerrilla implacable se développe partout entre Février et Juillet 1936. La course au pouvoir est ouverte. La guerre civile et la révolution prolétarienne
Un parti révolutionnaire, en se mettant à la tête du prolétariat, en déclenchant l'action révolutionnaire des masses, aurait fait avorter le complot militaire qui se préparait au vu et au su du gouvernement. Le paravent du Front Populaire laissa aux généraux et aux politiciens réactionnaires les mains libres et tout loisir pour préparer la guerre civile.
La réplique du prolétariat, par-dessus la tête du gouvernement, fut pourtant prompte et terrible. L'insurrection se vovait vite maitrisée dans les grandes villes et dans les centres vitaux du pays. Du même coup, c'était tout l'appareil d'Etat "républicain", Tordre bourgeois dans son ensemble, qui sautait en morceaux.
La fagade du pouvoir officiel subsistait, mais toutes les fonctions et attributions du pouvoir échappaient à son contrôle ; elles étaient exercées en fait par les Comités ou directement par les organisations ouvrières.
Les ouvriers, certainement sans avoir lu Lu Révolution permanente, la faisaient passer dans la vie. Tout en rendant possible enfin, par leur pouvoir, la réalisation des revendications démocratiques, ils abordaient en même temps avec décision les taches socia- listes en expropriant la bourgeoisie de ses grands moyens de production. Tout cela avec les improvisations et la dispersion que l'absence d'une direction démocratique et centralisée rendait inévitable.
Malheureusement, en meme temps, notamment en Catalogne où la dualité des pouvoirs, avec le Comité Central des Milices, avait pris des formes plus précises, les directions ouvrières n'avaient pas de tâche plus pressante que de faire rentrer, a nouveau, tout dans l'ordre bourgeois ; de redonner une nouvelle vie et une nouvelle puissance au squelette de l'appareil d'Etat "républicain"
Les anarchistes, affolés par la plaisanterie du des• tin qui leur jetait le pouvoir à la tête, et les centristes du P.O.U.M., avec leur inclination insurmontable à s'échapper par la tangente, abandonnaient volontiers le pouvoir. - qui leur appartenait en Catalogne, et le cédaient au gouvernement bourgeois, qui n'en croyait pas ses propres yeux : ils donnaient le coup décisif de la dissolution des comités ouvriers et paysans et donnaient par-là la première impulsion à l'action contre-révolutionnaire qui, lorsqu'elle put se passer deux. les expulsa du gouvernement et les jeta dans l'illégalité ou dans l'isolement et la paralysie.
L'action des directions ouvrières espagnoles. conjuguée avec la politique du Kominter et avee l'action du Comité de Non-Intervention, furent les leviers de cette course à la défaite et à l'écrasement du prolétariat, qui, en Mai 1937 et tout à la fin de la guerre, dans les rues de Madrid, montra encore les derniers sursauts de son énergie contre le défaitisme et la trahison "républicains". L'expérience accumulée par le prolétariat espagnol
Il faut avoir bien en tête cette longue et vaste expérience vécue par le prolétariat espagnol, le riche capital révolutionnaire accumulé, pour se faire une idée juste des perspectives et possibilités de la révolution espagnole.
Les forces qui ont trahi le prolétariat espagnol, qui l'ont mené à la défaite et qui gardent encore sur lui un dernier lambeau d'influence, ces forces-là n'ont évidemment rien fait pour faire assimiler aux combattants espagnols la leçon de leurs défaites. Au contraire, les colonnes de fumée que lancent toujours les cadavres vivants du Frente Popular ne peuvent servir qu'à troubler la progression politique des militants espagnols.
Mais les ouvriers espagnols qui ont eut dans les mains les armes, les usines, les transports, les imprimeries, le pouvoir, ne sont pas près de l'avoir oublié malgré l'action acharnée de toutes les bureaucraties traitresses. S'ils écoutent encore ces anciennes directions, - dans la mesure surtout où ils ne trouvent pas une autre perspective. - le contenu qu'ils mettent dans leurs aspirations est profondément opposé aux orientations et aux manœuvres des anciens leaders. Nulle part, peut-être, comme en Espagne ne s'oppesent si fortement l'expérience et les aspirations des masses aux propos et aux manœuvres de leurs dirigeants traditionnels. L'effondrement de Franco, les débuts de la nouvelle révolution espagnole seront caractérisés avant tout par cette opposition. Des organes de double pouvoir doivent naitre dès le début de la révolution dans les usines, dans les quartiers ouvriers, dans les campagnes.
C'est dans la période de montée et de lutte ouverte que l'expérience acquise au cours des longs mois de lutte et digérée dans la période d'illégalité, dans les prisons, dans l'émigration donnera ses fruits.
Deux pas en arrière...
Les directions traditionnelles du prolétariat espagnol ne se sont nullement préparées aux taches de cette proche période. Au lien de laire. depuis 1939, un pas en avant, elles ont fait deux ou plutôt quatre pas en arrière.
Les dirigeants réformistes, plus que jamais ankylosés dans leur réformisme et regroupés à nouveau derrière Prieto, s'efforcent d'être les animateurs de la «Junte Espagnole de Libération Nationale », en Amérique Centrale, où ils essaient de jouer plus ou moins au gouvernement émigré et où se seront réunis les restes pitoyables de l'ancien parlement de 1936. Le programme de la « Junte de Libération » est simplement le retour à la république bourgeoise, dans toute sa pureté... bourgeoise. La Révolution de 1936 ne "doit" pas avoir existé. Nous lisons dans le Manifeste de constitution de la « Junte Espagnole de Libération » (Mexico, 23 Décembre 1943) :
La fidélité aux principes de 1931, tant qu'ils ne seront pas légalement modifiés, ne signifie pas que nous ignorons tout ce qui s'est passé ensuite, mais tout cela doit être rappelé principalement comme expérience et comme lecon, et non pas pour recommencer les erreurs et moins encore pour faire un drapeau des échecs. De la terrible crise... nous devons garder lesprit héroique, l'élan invincible. suns nous obstiner a voulou perpétuer des créations inconsistantes et éphémères de partis. lesquelles répondaient plutôt à des tendances d'écolé ou à une volonté d'hégémonie qu'à l'intérêt suprême de l'Espagne.
L'échantillon suffit. Aucune condamnation claire de la révolution ouvrière de Juillet 1936 ne peut se concevoir dans un document de cette nature. Les ouvriers espagnols sont avertis : les futurs ministres républicains vondront bien accepter, s'ils ne peuvent pas s'en passer, Théroïsme du prolétariat, mais comités, les milices, les collectivisations, les patrouilles de contrôle (police ouvrière), les tribunaux ouvriers, les quotidiens ouvriers tirés sur les rotatives bourgeoises, tout cela n'a été qu'un mauvais cauchemar.
Tout à fait symbolique est le fait que ce soit justement sur le continent américain que se déroulent les petits jeux parlementaires de ces messieurs de la «Junte Espagnole de Libération ». Dans les avatars d'un changement de régime, quand, devant la pression des masses, il ne sera plus possible de maintenir Franco, pour cette situation-là et sa suite, les EtatsUnis veulent avoir largement pied en Espagne, Ils soutiennent pour demain, - tout en soutenant pour l'instant le gouvernement de Franco, — les cliqués de l'émigration républicaine-socialiste, à travers lesquelles ils songent à élargir et à consolider la main-mise économique sur l'Espagne, au détriment, là encore, des importants intérets britanniques.
L'Angleterre n'a pas assez de souffle pour jouer ce jeu-là. Elle tente de spéculer sur la peur qu'a la bourgeoisie d'un chambardement dans la situation pour essaver de mettre en avant une solution monarchiste, à la sauce grecque.
Les heurts des deux politiques, — car à travers le prisme espagnol se font jour aussi les antagonismes Angleterre-U.S.A.. - ont commencé à s'extérioriser. Prieto a donné à la presse américaine un violent article contre l'Angleterre, qu'il aceuse d'être la responsable de la défaite de la République et de vouloir s'opposer aujourd'hui à sa restauration. Negrin, la "recrue" stalinienne, exelu du Parti Socialiste et qui semble vouloir revenir plutôt se chauffer au soleil de la vieille maison social-démocrate, se voit interdire par le gouvernement anglais de participer par radio à un meeting des républicains espagnols à New-York. En attendant d'autres formes plus sévères, le choc des antagonismes impérialistes sur le plan espagnol emprunte le langage de la petite histoire. Tout en gardant, bien entendu, le front unique sacré contre le danger révolutionnaire
Et pendant ce temps, de quel côté se tournent les "anarchistes" de la C.N.T. ? Dans une conférence prononcée en Amérique du Sud, l'ancien président du Tribunal espagnol des Garanties Constitutionnelles, déclarait qu'il comprenait que la C.N.T. reste à l'écart M. Albornoz, autre vestale du "démocratisme pur" de la « Junte de Libération », ce qui prouvait que la C.N.T. restait fidèle à son passé et à son programme révolutionnaire. Les dirigeants de la C.N.T., par leur adhésion criarde à la « Junte de Libération », ont donné à M. Albornoz un prompt et satisfaisant démenti. Dans les différents meetings tenus en France par la « Junte de Libération », dans les colonnes de leurs journaux en France, - C.N.T. et Solidaridad Obrera. - les dirigeants anarcho-syndicalistes ont signé des deux mains leur conversion définitive au plus plat réformisme, à travers la centrale syndicale, — qu'ils monopolisent encore, — et leur conversion en parti politique, sous la pudique appellation de « Mouvement Libertaire Espagnol », le nom de "parti" étant un morceau trop difficile à avaler pour ces traitres et formalistes exacerbés.
L'évolution du P.O.U.M. est pour le moins aussi criarde. Tous les avertissements de Trotsky sur l'éloignement des dirigeants de l'ancienne « Gauche Communiste Espagnole (Opposition Internationale de Gauche) des bases politiques du bolchevisme, sur le confusionnisme et le caractère petit-bourgeois de l'ancien « Bloc Ouvrier et Paysan », sur les graves dangers de la fusion dans le P.O.U.M., trouvent, hélas, une trop éclatante confirmation. Le P.O.U.M., parti centriste, est mort après avoir fait de son mieux pour mener dans une impasse la lutte révolutionnaire du prolétariat espagnol. Le récent congrès célébré par le P.O.U.M. a consacré. en effet, la transformation de cette organisaune orientation politique extrémement réactionnairee tion en un parti nationaliste catalan "de gauche"
Les projets de thèses ont été diffusés aux assistants du congrès, seulement en langue catalane. Dans ces thèses, on décide la liquidation de l'organisation péninsulaire du P.O.U.M., le repli dans la région catalane, la constitution d'un "grand" parti ouvrier catalan. La perspective internationale sur laquelle l'on doit s'aligner, c'est une Europe sous l'hégémonie britannique, champion de cette guerre libératrice contre le fascisme. Le marxisme a échoué ; il faut repenser le mouvement ouvrier sur de nouvelles "bases éthiques". Il faut préparer une grande organisation culturellesportive de la jeunesse nationaliste et populaire catalane. Et finalement, on conseille à M. Irla, président du gouvernement régional catalan émigré, beaucoup de soin et d'attention dans la préparation des maintenant des organes policiers qui devront assurer la passation des pouvoirs avec le minimum de secousses, évitant par là des actions "incontrôlées" des masses, evitant par là des actions "incontrôlées" des masses, oui mettraient en mauvaise posture "notre" crédit à "l'extérieur"
Tous n'inventons rien. Nous reproduisons litteraement les nositions que la direction du P.O.U.M. a fait approuver par le récent congrès. Un etlarant manifeste régional "front populiste" portait déjà la signature de l'organisation qui continue encore à s'appeler par inertie : « Parti Ouvrier d'Unification Marxiste ».
La « Junte de Libération » trouve en face d'elle un concurrent qui parait de moins en moins redoutable : la « Junte Supréme d'Union Nationale », création stalinienne dans laquelle ont place les "catholiques-populaires" de M. Gil Robles, ce Dollfuss raté de 1934. Le programme a, bien entendu, le même caractère réactionnaire que celui de la « Junte de Libération ». La lutte est pourtant extrémement tendue entre cette dernière et l' « Union Nationale Espagnole ». Celle-ci perd visiblement du terrain. Tous les éléments socialistes ou syndicalistes qui participaient à l'activité de l'Union Nationale sont infailliblement désavoués ou exclus par leurs directions respectives. Un fort sentiment antistalinien règne parmi les masses ouvrières espagnoles, sentiment qui renferme de gros dangers dans la mesure où il fait le jeu des "républicains-socialistes" vendus à l'impérialisme américain.
Les "oppositions"
Au sein du P.C. espagnol, d'ailleurs, le monolithisme est loin d'être une réalité. Une seission s'y est même produite, dont le chef de file est l'ancien ministre Jesus Hernandez, vieux bureauerate lui-même, complice jusqu'au bout de toute la criminelle politique stalinienne pendant la guerre civile. Il ne faut se faire aucune illusion sur Hernandez, qui ne peut être qu'une personnification épisodique et transitoire du détachement des éléments prolétariens du Parti Communiste Espagnol.
Ceci nous amène à dire un mot, — il n'y a pas pour le moment grand chose à dire de plus, - des courants d'opposition au sein des organisations ouvrieres espagnoles.
Ces courants sont eux-mêmes, dans l'ensemble, extrêmement faibles et sont, pour l'instant, l'écho de gauche de la politique opportuniste des organisations.
Dans la C.N.T., à côté d'un courant vers la politique réformiste, - majoritaire parmi les vieilles equipes anarchistes bureaucratisées, il existe un courant qui, sous le drapeau du « retour à l'anarchisme », exprime le dégoût des éléments de base pour l'orientation des dirigeants. Le journal Solidaridad Obrera a parfois un ton plus "à gauche" que C.N.T., mais, à côté de cela, on y trouve l'acceptation de la même ligne politique vers la « Junte de Libération ».
De même, dans le Parti Socialiste. Certains éléments de la jeunesse, — qui ont véeu la période vers la gauche de 1933-34. — essaient de faire conabiter un langage marxiste (dénonciation de la guerre impérialiste, de la politique stalinienne, etc...) avec une acceptation, volontaire oul forcée, de la politique de la «Junte de Libération ».
Dans le P.O.U.M., de même, la "gauche" essaie pour l'instant de se défendre, - mollement. — contre le cours liquidationniste de la majorité droitière, mais elle montre pour l'instant autant sinon plus d'empressement a se déclarer antitrotskyste. Sil n'y a pas lieu d'espérer pouvoir sauver de l'effondrement politique tel ancien dirigeant encroûté de cette "gauche", tous les efforts doivent être faits pour amener vers la IV• Internationale les jeunes éléments qui se refusent à renier le marxisme. La IVe Internationale et la Révolution espagnole
La tache de construction de la direction révolutionnaire repose done entièrement sur les épaules des "communistes internationalistes" espagnols, sur la ¡eune section espagnole de la IV• Internationale. qui a regroupé et unifié ses forces. Un grand effort doit etre fourni vers la conquête de l'avant-garde espagnole aux positions du trotskysme. Un programme politique doit être élaboré, qui résume toute l'expérience du mouvement de la ive Internationale et des combats révolutionnaires en Espagne.
Il v a de bonnes raisons pour croire que les meilleurs éléments du prolétariat espagnol sont, sans le savoir, beaucoup plus près de la IV* Internationale que de leurs directions traitresses. Le développement de la lutte, dans le cadre de la montée révolutionnaire internationale, ne fera que favoriser la soudure entre l'avant-garde espagnole et la IV: Internationale. Mais cela ne se fera pas tout seul. Au contraire, les luttes les plus dures et les plus acharnées sont à prévoir, non seulement contre les appareils de répression, mais aussi contre la haine bureaucratique. Il est grand temps de se préparer à fond pour toutes ces tâches.
Janvier 1945.
E. A.