Documents de la IVe Internationale

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La revue › nouvelle série n° 8-9-10

La crise de la direction révolutionnaire, unique cause des défaites de la Révolution mondiale (suite et fin)

A. J. · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 8-9-10 · juin-juillet-août 1944 · p. 18-21 · 4 718 mots

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1. - LA CONSTRUCTION DE LA IVe INTERNATIONALE ET LA CRISE DE LA DIRECTION RÉVOLUTIONNAIRE

LA formule commode pour expliquer les défaites de la crise de la direction révolutionnaire n'est pas une révolution. Toute l'analyse précédente s'efforce de montrer qu'elle a un contenu historique concret et vivant, que sa nature et son caractère dépendent du caractère même de l'époque. Quand il s'agit de la IV° Internationale, il n'en va pas autrement.

La crise de la IV® Internationale est d'une nature complexe. De façon générale, c'est sa faiblesse qui est intimement liée à la situation objective. Tenue éloignée des masses par l'ensemble des conditions historiques, la IV° Internationale n'est pas apparue comme la direction des masses, m même comme un courant réel du mouvement ouvrier. Si, malgré cette situation défavorable, les bolcheviks-lénin stes n'ont pas trahi, s'ils ont maintenu dans l'ensemble le drapeau de la révolution, ils ne pouvaient traverser une période aussi difficile sans que des répercussions se fassent sentir dans leurs propres rangs. Les difficultés extérieures qui les assaillaient ont provoqué une crise intense qui a été à son tour une nouvelle cause d'affaiblissement.

Cette esquisse, si rapide qu'elle soit, permet cependant de tracer les grandes lignes de notre analyse. Il s'agira de comprendre pourquoi la IV° Internationale est restée coupée des masses, de rattacher à l'ensemble de la crise le phénomène historique particulier que constitue la crise des bolcheviks-léninistes. Etudier à fond ce problème nous entraînerait très loin ; il faudrait reprendre en détail l'histoire interieure du mouvement pour la IV° Internationale. Ce n'est pas le lieu de le faire ici, il suffira, pour rester dans les cadres de cet article, de marquer que la crise interne n'est pas le résuit t du hasard ou de particularités individuelles, qu'elle a au contraire des raisons profondes dans la faiblesse générale inhérente au mouvement pour la IV* Internationale.

(1) Suite de l'article p ru d.ns le N° 67 de Quatrième Internationale.

(2 Voir le chapitre La crise de la direction révolutionnaire depuis la |" guerie impérialiste, dáns la première partie de notre article.

En quoi consiste la faiblesse de la IVe Internationale

Parce que la IV" Internationale n'a pas été reconnue au cours des derniers combats livrés par le prolétariat comme la direction révolutionnaire, certains ont crié à sa faillite ou même à sa trahison. L histoire de l entre-deux guerres renferme en effet une contradiction extraordinaire, entre l' existence du programme capable de mener la classe ouvrière à la victoire et le fait qu'il ne fut pas reconnu par elle, bien que dans tous les pays elle ait mené d'héroiques combats révolutionnaires. Ceci pose dans toute son acuité le problème : la IV° Internationale a-t-elle failli ?

Ce ne sont pas des raisons sentimentales qui nous interdisent d'aborder cette question. « Sa faiblasse, écrit E.R., la condamna à assister passivement aux derniers soubresauts de la volonté révolutionnaire des masses fran-

"passivité par nous). Ou'est-ce cette faiblesse et cette «souligné caises et espagnoles » * Sont-elles le fruit d'une déficience de la IV" Internationale ? Nous devons le dire clairement. L'analyse inconsistante de E.R. passe une fo s de plus à côté du vrai problème. La IV° Internationale pouvait-elle ne pas être "faible" , pouvait-elle être un grand parti et par là empêcher les défaites ? Le seul fait qu'une minorité de révolutionnaires soit consciente de la trahison de la III" Internationale et de la nécessité de la IV• Internationale était-il suffisant pour changer le cours de l évolution des masses ?

Or, la période entre les deux guerres, à partir de 1923, malgré des flux et des poussées paríois intenses doit être considérée dans son ensemble comme une période de recul (2). Dans la mesure où le prolétriat est allé de défaite en défaite, malgré les bat-illes acharnées, la ligne générale de l'époque reste descendante.

La caractérisation et l'analyse de l'époque permettent de répondre au problème soulevé : la IV" internationale pouvait-elle être un grand parti oui et inme le taff les meat et intervenir etcacement dans les luttes? Répondre gauches qui reproch: nt eux bolcheviks-léninistes de n'avoir pas su appeler les masses à la révolution, c'est oublier qu'une Internationale ne se construit pas sur mesure, par la seule volonté ou le seul génie de ses initiateurs ; c'est oublier que sa construction est tondamentalement conditionnée par l'évolution de la lutte des classes. L'avant-garde ouvrière rejoint largement ses rangs quand elle a pris conscience de sa nécessité.

Si la IV" n'a pu trouver le chemin des masses, ce n'est pas une question technique d'organisation, cela ne tient ni à l'insuffisance de sa propagande ni à sa volonté de se conhner dans une lutte de secte ni à son inaptitude propagandiste. Jamais pareille situation ne s'est présentée pour un parti révolutionnaire naissant, jamais aucun na été aussi totalement contre le courant. S eciant en plein recul révolutionnaire, elle a eu et a encore contre elle, outre les forces des classes ennemies, outre la bureaucratie stalinienne et tout son poids matériel, la majorité de sa propre classe. On assiste en effet, au moment même où prenait forme le mouvement pour la V°, à un large mouvement de masses vers le stalinisme. Plusieurs raisons expliquent ce mouvement : face à la radicalisation croissante des masses, fruit des contradictions objectives du capitalisme pourrissant, les succès économiques de l'U.R.S.S. reconnus même par la bourgeoisie mondiale, joints à la propagande stalinienne, accroissent de plus en plus, aux yeux des masses, le prestige lu seul Etat ouvrier : de plus, lavant-garde ouvrière, n avant pas encore fait une expérience du stalinisme, canalisait eu profit de ce dernier le déplacement des masses vers la gauche qui fut à la base des montées révolutionnaires. Ainsi, loin de provoquer une désaffection vis-à-vis du stalinisme et malgré ses trahisons les montées révolutionnaires, parce qu'elles étaient fragmentées dans le temps et dans l'espace, ne faisaient que le renforcer au sein de la classe ouvrière. Il est donc possible, au terme de cette analyse, d'affirmer en toute certitude que les conditions mêmes de sa naissance, dans une période de recul révolutionnaire, interdisaient à la IV° Internationale d'être un parti de masses.

On est alors en droit de se demander si, étant donné l'ensemble de ces conditions éminemment défavorables, il n'aurait pas été plus juste de continuer de l'intérieur au redressement du Komintern pour ne pas se couper des masses, si, d'autre part, il n'a pas été erroné de proclamer en 1938 la IV° Internationale, alors qu'elle n'existait pas comme courant réel du mouvement ouvrier. Il n'est possible de répondre sur ces deux problèmes qu'en précisant ce que signife la création d'une Internationale et sa proclamation effective.

Se fonder sur des raisons publicitaires (1) pour déclarer fausse la proclamation effective de la | V° Internationale ou voir dans « la lutte contre les déviations tactiques de la III" Internationale » (2) l'origine de la IV° Internationale, c'est commettre sur deux problèmes diférents la même erreur fondamentale. C'est ignorer qu'une Internationale ne nait pas d'une lutte de tendances, d'une lutte idéologique qui, quelle que soit sa gravité, reste confinée dans certains cadres. S'orienter vers la création d'une nouvelle Internationale a un sens autrement profond: il s'agit d'une rupture de classe. A ce titre, une Internationale représente un courant historique et prend sa justification historique. I a capitulation de la I|° Internationale, en Août 1914, marquait son asservissement complet à l'ennemi de classe ; c'est pourquoi il était faux de s'orienter comme la majorité de Zimmerwald vers un redressement de la 11° Internationale. Pendant toute une série d'années, la pression de la tourgeoisie sur le parti international de la révolution peut faire céder à celui-ci des positions importantes : un moment vient où les retraites ne se mesurent plus quantitativement mais

(1) Voir la position du groupe Contre le Courant (la proclamation de la IV® Internationale en 1938 était erronée en partie parce que la V° ainsi proclamée n'était pas canable de sonposer a la guerre impérialiste imminente et qu'ainsi les masses risquaient d'être rendues sceptiques sur la valeur et le rôle des Internationales).

(2) Voir article de E.R. précédemment cité, chapitre : "Le développement de la IV" Internationale sous l'in. Quence de la crise du mouvement ouvrier ».

qualitativement, où un point final doit être mis à toute une époque. C'est pourquoi il était juste de travailler à la création de la IV* Internationale.

Les défaites de 1923, 1926, 1927, sont autant de jalons marquant la dégénérescence de l'Internationale Communiste et de facteurs d'accroissement pour cette dégénérescence. Mais il n'existait pas de thermomètre permettant d'en évaluer le degré et de conclure à priori qu'elle était irrémédiable. Le prolétariat allemand, d'autre part, était encore debout ; sa force, l'importance décisive de sa situation en Europe, pouvaient permettre, s'il se lançait dans la lutte, un nouveau départ de la révolution internationale et un retournement du rapport de forces en faveur du prolétariat, débordant et culbutant le stalinisme. En livrant sans combat la classe ouvrière allemande en 1933, l'1.C. témoignait qu'elle n'était plus objectivement qu'un instrument de bourgeoisie internationale et détruisait toute base à son propre redressement.

C'est pourquoi le 4 Août 1914 et 1933 ont une valeur définitive, c'est pourquoi la gauche marxiste de Zimmerwald en proclamant la nécessité de la III° Internationale, Trotsky en proclamant, à partir de 1933, celle de la IV° Internatonale, ont prouve leur juste evaluation des événements et de leur signification, De même, contester pour les raisons que donne Contre le Courant le bien-fondé de la proclama -tion de la IV* Internationale en 1938, c'est méconnaitre la rupture de classe que signifie la création d'une Internationale. En 1938, alors que, d'une part, existait le programme de la IV" Internationale qui représentait seul le programme de la révolution, alors que, d'autre part, lapproche de la 2** guerre impérialiste avec les convuisions révolutionnaires qu'elle devait entra ner rendait nécessaire, quelle que soit la faiblesse du mouvement pour la IV° Internationale, de porter sur un autre plan son activité, de l'élever de la lutte de petits noyaux fractionnés à une lutte internationalement liée, il était historiouement juste d'affirmer devant la classe ouvrière, face à la trahison ouverte de i'I.C. qui devait nécessairement se poursuivre dans un proche avenir lourd de tâches et de conséquences, il était historiquement juste d'affirmer cette rupture de classe, d'en marquer toute la signihcation en proclamant la IV" Internationale, Car une Internationale n'est pas un problème de nombre, ni même de force.

Quant a E.R., s'il entérine la proclamation de la IV° Internationale, pas plus qu'il n'a compris la naissance du mouvement, il n'a compris le sens de cette proclamation : c'est pour lui un procédé thérapeutique inspiré à Trotsky par « la volonté de briser l'influence sectaire dans les rangs de la IV° Internationale » (2). E.R. ne se livre pas à une analyse historique, ce n'est pas de la politique qu'il fait, mais de la médecine. D'où l'arbitraire de ses affirmations sur le " sectarisme, maladie infantile de la IV" Internationale », sur la division médicale" en « période de laboratoire » et « période d'application ». Pour lui, la tendance sectaire dans la IV° Internationale consiste dans une volonté de se maintenir en petits cercles de discussion dans la forme d'élaboration et de discussion théorique prise par la lutte, et c'est elle qui est, en définitive, responsable de la coupure entre la IV* Internationale et les masses. Poser ainsi le problème, c'est le fausser complètement.

Tout d'abord, il est erroné de prétendre que la IV" Internationale a assisté @ passivement aux derniers soubresauts de la volonté révolutionnaire des masses francaises el espagnoles » (E.R. ). Elle a, au contraire, essayé d'intervenir dans les événements. La question est de savoir si elle pouvait y intervenir efficacement et si elle pouvait ne pas traverser ces formes de lutte Aucune fatalité n'a présidé au développement de la IV° Internationale. Si la situation historique de recul révolutionnaire lui assignait des limites objectives l'empêchant de jouer un rôle, on ne peut se permettre qu'aujourd hui cette conclusion, en analysant avec un certain recul l'ensemble de la période. C'est de l'orientation passée qui fut de chercher à intervenir dans le cours des événements. Le problème était un problème de rapport de forces : qui allait l'emporter, la violence de la vague révolutionnaire ou la solidité du barrage stalinien ? Un rapport de forces ne s'évalue pas métriquement, il se règle au travers de la lutte, Il était impossible et il eut été absurde au départ des montées révolutionnaires, de leur fixer à l'avance des bornes. S'engager sans réserve dans la lutte était et reste la seule attitude admissible pour des révolutionnaires. C'était et c'est en même temps la seule voie pour progresser, pour apprendre de la lutte, pour faire vivre le programme et l'enrichir. La IV° Internationale n'est pas située en dehors de la lutte ; le caractère d'ensemble de la période l'a empêchée d'en prendre en main l'orientation.

Pour n'avoir pas tenu compte de ce caractère, pour avoir analysé de façon extrêmement superficielle la situation et le rapport de forces dans lequel était inclus le développement du mouvement bolchevik-léniniste sans marquer leur infuence sur les formes prises par ce développement, E.R se condamne à recourir à des mythes, comme le sectarisme, non à des explications Il garde un secret mépris pour les luttes de fraction, l'évaluation des thèses, "l'élaboration des thèses et contre-thèses" par lesquelles est passée la IV" Internationale : il voit dans l activité des masses la panacée, sans se demander si ces formes de lutte evitables, si l activité des masses était possible.

Il y a au fond de tout cela l'incompréhension de la nature et des conditions de la lutte menée. Incontestablement, les luttes que devait traverser le mouvement pour la IV" Internationale comportaient des dangers, Mais toute lutte comporte ses dangers, autant celle des masses que celle des petites minorités. La lutte de délimitation, d'élaboration n est pas un inférieur produit de remplacement lorsque l'activité des masses est impossible, que l'avant-garde est coupée. Elle était, dans la situat'on donnée, la seule juste. Il est typiquement éclectique d'établir une division abstraite entre la lutte et la critique: la critique n'est pas en dehors de la lutte, ni indépendante de la lutte : elle en est une forme. Quand les conditions d'une situation donnée l'exigent, la défense acharnée des principes fondamentaux, le combat pour la sauvegorde de l'héritage théorique ne transforment pas les organisations révolutionnaires en "laboratoires , leur lutte d'alors s'inscrit dans la lutte de l'époque actuelle qui signifie le combat permanent pour le renversement de la dominat on bourgeoise et l'instauration du pouvoir ouvrier. Même si le prolétariat et avec lui l'avant-garde révolutionnaire doivent supporter passagèrement la conséquence des défaites subies sur l'ensemble de leur front, les conditions de lutte sont changées dans les formes.. mais restent fondamentalement identiques. Le critère des plates-formes, thèses et contrethèses" n'est pas leur valeur intrinsèque, mais leur efficacité comme arme de combat. La lutte des fractions, des petits groupes. reste la même lutte, dans une situation et dans un rapport de forces donnés,

Confirmer la justesse de l'orientation passée et en chercher l'explication ne signifient pas que tout a tou ours été fait pour le mieux, qu'aucune erreur n'a été commise, Il est nécessaire de dresser le bilan de la IV Internationale, de comprendre pourquoi elle fut coupée des masses afin d'avoir une perspective claire de ses actuelles possibilités. Il est nécessaire de comprendre que l'avant-garde révolutionnaire, ne vit pas en dehors, ni au-dessus de la société. Le recul de la révolution impliquant un rapport de forces en faveur de la bourgeo sie, n'a pas pu ne pas influencer le développement et l'activité de la IV Internationale. Celle-ci se deva.t, en présence des déviations mortelles de la III° Internationale, de rétablir et de maintenir, par sa critique et son analyse, les principes fondamentaux du bolchevisme.

Si, pendant toutes ces années, il n'y a pas eu entre la IV* Internationale et les masses le vivant échange, l'étroite relation qui doit unir le parti révolutionnaire et la classe ouvrière, si la IV° Intern t'onale qui concentre et exprime toute l'experience historique récente, a en quelque sorte plus ecu des masses quelle ne leur a donné, ce nest pas le conséquence d'une incapacité. A la veille de la révo utior mondiale, nous devons repousser résolument les thèses qui déclarent la faillite de la IV" Internationale, marquer les limites objectives de son développement et de son rôle, qui conditionnent sa véritable faibiesse, à savoir non ses formes d'activité mais son inexistence comme dire:tion reconnue du prolétarial, nous devons affirmer sa continuité et soui.

l'importance de son ac us théorique et stratégique. Aucun autre groupement du mouvement ouvrier n'a enrichi d'apports comparables la pensée et l'activité révolutionnaires.

Dans leur lutte contre le stalinisme, tous les anti-staliniens, sauf les bolcheviks-léninistes, ont abandonné le marxisme pour n'avoir ras su caractériser le stalinisme en tant que courant défini au sein de la classe ouvrière : abandonnant la méthode du matérialisme historique devant ce phénomène nouveau qu'est l'U.R.S.S. pour la remplacer par le subjectivisme, ils ont été incapables de distinguer un courant social d'un autre mouvement social, de fixer leur place respective et leurs perspectives. Le résultat en est un désarmement complet en face de tous les probièmes que pose à l'état aigu la liquidation de la 2º guerre impérialiste.

Analysant, au contraire sans abandonner les critères de classe, la dégénérescence de l'U.R.S.S., les échecs internationaux de la révolution et leurs leçons, la marche économique et politique des forces historiques, Trotsky a donné à l'avant-gorde des armes a la mesure de ses tâches. Héritière de toutes les richesses et de l'expérience du bolchevisme, la IV° Internationale les a fait vivre concrètement dans une époque fertile en difficultés mais aussi en enseignements. Pleinement conscient de son rôle, de ses tâches, ayant élaboré le programme achevé de la révolution internationale, le trotskysme doit être caractsrisé comme le stade supérieur du holchevisme. La crise des Bolcheviks-Léninistes

La crise de la direction révolut onnaire dans le cas de a TVe Internationale est donc son isolement de l'avantgarde ouvrière ; elle est étroitement conditionnée par l'ensemble de la situation historique que domine le recul de la révolution mondiale. La IV" Internationale a éprouvé ce recul de la révolution en se trouvant dans l'impossibilité de trouver le rapport de force en sa faveur au sein de l'avantgarde ouvrière contre le stalinisme ; mais ce recul s'est manifesté dans ses rangs mêmes, sous la forme d'une crise interne dont il faut rechercher la nature,

Cette crise témoigne que l'evant-garde ne peut se soustraire elle non plus aux lois de l'époque impérialiste. Quand la révolution est müre sans que les forces ds révoJutionnaires appelés à l'accomplir soient suffisant s, r la société pourrit alors et sa putréfaction dure parfois des dizaines d'années » (Lénine). Deguis l'après-guerre, nous somm-s dans une de ces périodes de pourrissement prolongé de la société. L'avant-garde n'est pas immunisée, elle est attsinte elle aussi par le pourrissement social sous une forme qui lui est propre.

Le caractère explosif de l'époque impfrialiste ne permet pas à un parti révo utionnaire, en cas de non-triomphe de la révo ution, de cont nuer à vivre longtemps sans être atteint par une forme ou une autre de dégénérescence. Car le non-triomche de la révolution dans une période où les bases mitérielles en sont données signifie une contre-offensive vigoureuse de la bourgeoisie, une pression rendue plus tur euse, plus exaspérée par la menace d'une nouvelle montée révo utionnaire. Il entraine, d'autre part, un reflux et dans la classe ouvrière et dans son avant-garde. L'aspect de la dégénérese nce pour l'avant-garde B.L. est sa crise interne dans laquelle se reflètent les antagonismes et les contradictions de la société en général.

La scission des forces bolcheviks-léninistes est un des aspects immédiats de la crise Elle n'en constitue cependant qu'une des express ons les plus graves et réduire tout? la crise aux scissions serait s'int rdire la compréhension des scissions elles mêmes. Les scissions qu'ont connues les B.-L. ont été beaucoup trop générales pour qu: des particularités nat'onales, épisodiques ou individuelles suffisent à les expliquer ; elles ne sont que l'expression d'une crise profonde. Vou'oir fermer les yeux sur ce problèm-, le nier ou le réduire à son n'us petit côté, aux causes directement sensibles, "concrètes (les qu relles et les an mosités Dersonnelles, les erreurs individuelles) serait renoncer à pos.r la question en marxiste.

Lapplication du matéristisme dialectique ne doit pas s arrêter au seuil du problème du Parti, sous prétexte que c'est le domaine du "subjectif". Le Parti se construit au travers des luttes entre différents courants dont l'existence reflète, au sein même de l'avant-tarde, l'âpreté de la lutte des classes. C'est pourquoi il faut caractériser socialement ces courants pour mettre à nu les origines sociales de la crise. C'est pourquoi il faut poser comme une question sociale le problème de la direction révolutionnaire.

La crise interne de la IV" Intern tionale sera surmontée si les militants ont une conscience claire de son contenu. A cette seule condition, un pas en avant pourra être fait et le programme lui-même en sera enrichi. La crise du bo!chevisme qu a constitué la dégénérescence de l'I.C. a été surmoniée par l'enrichissement du bolchevisme lui-même à travers l'analyse de cette dégénérescence et le combat contre elle. Bien que la crise de la IV* Internationale se situe sur un autre plan, il n'y a pourtant pas de voie différente pour qu'elle recoive sa solution. Cette analyse, dont on ne peut montrer ici que les ignes très génerales, fera l'objet d'un articie particu ier.

Il ne s'agit pas ici de faire une analyse historique complète de la crise mais de tracer les grandes lignes du pro le produit du foru sudi par la rare deion mondiale e problème, afin de comprendre la nature de la crise. l'époque de l'impéria isme.

Ne pouv-nt se lier largement à la c'asse ouvrière, le mouv m. nt Lolchevik-lén niste, dès ses débuts, a été un groupe à composition ouvrière extrêmement restreinte, rassemblant les militants sur des bases théoriques complex-s. Les plus grands dangers n'ont, de ce fait, cassé de pes r sur lui Ces dangers consistaient dans le risque de degénérescence qui menaçait le mouvem nt dès son debut, sous la pression de son propre cont nu social essentiellement petit Lourgeois et tendant sans cesse, inconseiemm nt, faire pénétrer dans le mouvement ses méthodes de vie, de travail et de pensée. La pression • ccrue de l impérialisnie sur l'avant-garde révolutionnaire, dans le cadre de son isolement persist, nt, renforçait encore ce danger.

Cependant, malgré la gravité que revêt la crise à la naiss ince même de son mouvement, au moment où il aurait eu beson de toutes ses forces pour ébranler. le tarrage st linien, ma gré le nouvel affaiblissement dont elle a été cause, rien de fondamental n'est touché dans la IV° Internationale. Son programme reste sa meilleure arm - et lui permet de redresser les déviations typiquement petites bourgeoises (nationalisme) qui, au cours de la 2u* guerre impérialiste, se sont dessinées dans ses rangs et qui auraient pu devenir catastrophiques. Malgré les scissions, un terrain commun a su sisté. La crise non seulem nt doit mais peut être surmontée. La montée révo utionnaire qui vient apporte toutes les bases de sa solution en supprimant sa cause d rnière: le recul international du prolétariat. " Les raisons de l'optimisme révolutionnaire" (I

E.R. a appris que la contradiction est le moteur de tout développement, que le plus sort du moins, que la négation se transforme en sa nigation. Malheureusement. quand il essaie d'appliquer sa dialectique à une analyse historique concrète, les résultats sont désastreux. Il se livre à une ahurissante gymnastique pour nous prouver que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, que la faiblesse de la IV° Internationale fera sa force, tandis que la force de la 111° Internationale constituait sa friblesse (1). Au cours de ses virtuosités. il a simolement oublié une bagatelle : la lutte de class-s. On la chercherait en vain dans 5-s sch-mas. S'arrêter point par point à ses constructions pour lui répondre en partant de son plan anti-marxiste n'aur it, de toute év dence, pas permis à notre discussion

(1) Cf. article déjà cits.

d'avancer et d'éclairer les problèmes posés. C'est pourquoi nous nous sommes attachés à approfondir l'analyse en reposant les problèmes sur leur véritable terrain et en débordant les constructons artificielles et étriquées du camarade E.R.

En quoi consistent les raisons de notre optimisme révolutionnaire ?

Ce n'est assurément pas dans une jonglerie d'abstractions, nous démontrant que la IV* Internationale s'étant édihée avant la montée révolutionnaire, étant numériquement faible, c'est-à-dire sélectionnée, et forte idéologiquement, c'est-à-dire armée du seul programme révolutionnaire, marche nécessairement à la victoire.

Nous avons une totale confiance dans notre programme, cela est certain. Mais la justesse du programme, reflet des besoins des masses et expression de leurs intérêts, ne suffit pas à établir une co ncidence automatique entre son existence et son adoption par les masses. Si cela était, la société serait aménagée bien commodement. L'exem, le de 1936 en Franc , en Espagne montre que la poussée spontanée de la classe ouvrière vers le pouvoir peut être très forte, que l'avant-garde révolutionnaire avec son programme peut exister sans que les masses, entravées par le poids des organisations traditionnelles, viennent d'elles mêmes sur le programme révolut onnaire. Il faut qu'elles fassent elles-mêmes leur expérience à travers la lutte de classes et que celle-ci atteigne un degré suffisant de profondeur et de durée rour que, avec l'aide de l'avant-garde, l'expérience puisse être totale et définitive.

Les raisons de notre optimisme révolutionnaire, c'est l'ampleur encore jamais atteinte, déterminée par la putréfaction générale du capitalisme et l'exacerbation des contradictions née de la guerre, que va prendre la situation révolut onnaire à la veille de laquelle nous nous trouvons. L'obstacle essentiel au renversement du barrage stalinien, à savoir le caractère fragmentaire pris par les flux révo'utionn vires dans les années passées, va disparaitre. La guerre a effectué une sorte d'unifcation des antagonismes qui ravagent la societé. Toutes les conditions sont données pour que la montée révolutionnaire soit internation le et que se dénoue la crise de la direction révolutionnaire qui, depuis 25 ans, pèse sur l'humanité.

Dans la prochaine montée révolut onnaire internationale, la crise de la direction révolutionnaire peut prendre in : les postulats objectifs seront donnés pour que se produise la rencontre entre la IV° Internationale et les masses et pour que sa crise interne soit résolue.

Mais ceci ne va pas de soi. Les événements n'attendront pas que la IV° Internationale ait résolu sa crise, surmonté ses faiblesses Pour que la /V" Internationale puisse jouer pleinement son rôle et conduire le prolétariat à la victoire, il faut qu'elle accomplisse sérieusement son autocritique, qu'elle tire les leçons du passé, qu'elle mette à nu courageusement la véritable nature de sa crise interne, seule voie pour arriver à la surmonter. Si on ne s oriente pas dans cette voie, si la crise des bolcheviks-léninistes n'est pas liquidée à temps par l'intervention lucide et active de ses militants, la IV* Internation le si ra incapable de jouer son rôle de direction du prolétariat et portera la responsabilité de la défaite la plus lourde subie par la classe ouvrière à l'échelle internation le.

L'heure de la /V° Internationale est proche. Mais il ne suffit pas de se bercer avec l'idée que les événements travaillent pour elle. Les événements travailleront encore plus sûrement pour elle si nous savons les aider.

Nous arrivons au carrefour historique: "Socialisme ou Barbarie" . La IV" Internationale est la seule force capable de se dresser victorieusement contre la barbarie menaçante. L'heure de la IV* Internationale, et avec elle celle du tr omphe de la révolution et de la régénérit on de l'humanité, sonnera à coup sûr, si nous sommes capables de nous montrer à la hauteur de nos responsabilitis historiques, d'analyser sérieusement, prolondément tous les problèmes poses par la situat on en rejetant les formules paralysantes et les abstractions stériles, de rythmer sur cette analyse notre act vité, de tirer enn toutes les leçons de la crise des. B.-L., résultat du recul passé, pour qu'elle puisse être surmontée. La clef du processus historique est entre nos mains.

A. J.

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