Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › nouvelle série n° 11-12-13

La vie en temps de guerre en U.R.S.S.

Quatrième Internationale, nouvelle série n° 11-12-13 · septembre-novembre 1944 · p. 27-29 · 2 379 mots

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La force colossale déchainée par les masses soviétiques dans leur lutte à mort contre l'impérialisme allemand a trouvé son expression la plus spectaculaire dans les exploits militaires sans précédent de l'Armée Rouge. Bien que les plus importants, les suceès sur Parène militaire représentent seulement un des aspects de l'effort de guerre total.

Léon Trotsky fit remarquer que a le soi-lisant "potentiel militaire" dépend avant tout de la force économique d'un Elat... En temps de paix, le confil économique entre deux systemes sociaux hostiles peut être retardé pour longtemps, — quoique absolument pas pour towjours, - par des moyens politiques, avant tout par le monopole du commerce extérieur. Pendant la guerre, lépreuve se forit directement sur le champ de bataille. a

La force économique de l'U.R S.S. s'est trouvée soumise, grice à la politique de Staline, à la plus rave épreuve dans les conditions les pius mauvaises L° premier Etat ouvrier dans l'histoire, créé dans un des pays les plus arriérés de l'Europe, avec seulement 15 ans d'économie planifiée derrière loi, — et, en plus. avec ses trois plans de 5 ans réalisés sous la bureauera troier TA tenne dans de lue corps corps, cratie stalinienne dégénérée, prodigue et avide - a l'Allemagne, le pays capitaliste le plus avancé en Europe, aidée par toutes les ressources d'un continent conquis.

Staline, qui a trahi le bolchevisme il y a longtemps deja, a tout misé sur son alliance avec Condres et Washington. Quelle aide cette alliance a-t-elle apportée aux masses soviétiques en guerre? Le Kremlin promit aux soldats ouvriers et paysans soviétiques quits auraient une importante aide militaire, un *second front". Neux années se sont écoulées avant que les **Alliés" ne se décident à envahir la France, non pas tur aider PU.R.S.S, mais pour servir leurs propres pour aider l'U.R.S.S., mais pour servir leurs propres

Et la loi • prêt et bail • ? Ecoutons ce qu'une des plus sérieuses revues de la bourgeoisie américaine a à dire à ce sujet. Leland Stowe écrit dans un article du numéro d'Octobre 1943 de la revue trimestrielle Affitires Etrangères :

Le matériel américain et anglais n'est pos parvenu en Russie Soviétique dans des proportions suffisantes pour devenir un facteur important dans la prande bataille défensive le long du

Don, dans le nord du Cavedse et à Stalingrad pendant l'été et le début de l'automne 1942. Il arriva en abondance seulement au moment ou les Russes avaient déjà montré qu'ils tenaient solidement Stalingrad.

M. Stove est forcé d'admettre que les triomphes militoires de l'Armée Rouge représentent • un succes exclusivement soviétique ». Naturellement, dans leur amat enen binat presse populaire, les capitalistes le nient. Mais, entre eux, ces messiours préfèrent dire la vérité.

L'industrie et l'agricuiture soviétiques, c'est-à-dire les ouvriers et les puyaans soviétique, ont porté tout le poids de la lutte. Malgré de sérieux handicaps, l'Union Soviétique, même sous le règne de Staline, a déja démontré sur l'arène militaire la supériorité de Teconomie nationalisée sur le capitalisme décadent, comme elle a précédemment demontré la supériorité des méthodes socialistes en temps de paix par les succès économiques sans précédent des trois plans de 5 ans. Tout ouvrier conscient pensera : si les conquêtes réalisées par une révolution socialiste peuvent mener a de teis succès dans un pays arriéré, quels sommets ne pourraient être atteints par les pays avancés d'Europe et d'Amérique ?

Cote à côte avec leur remarquable tableau de succes, nous devons inscrire le prix terrible que les masses soviétiques out euh payer pour la direction et la politique stalmiennes. La presse officielle soviétique commenee à divulguer des chiffres qui montrent combien a été accablant le poids de la guerre pour P'U.R.S.S.

Les pertes civiles et militares s'élèveht & 15-20 millions d'hommes. 1 économie soviétique se ressent du manque de main-d'œuvre, malgré ses grandes réserves humaines. Les jeunes et les femmes grossissent le nombre du personnel indostriel.

Voici un éditorial typique de la Pravda du 8 Juillet 1933, donuent une viaie image de la situation :

Notre économie a démontré sa capacité de préparer, dans un lays de temps tres court, des cadres oueriers pour remplacer cer appeles ou front. Environ 1.400.000 nouvert ouvriers sont venus grossir les cndres de l'industrie et des transports pendant la période de guerre, provenant uniquement decoles professionnelles et des

F.Z.O. écoles d'usines). En phis. des centaines de milliers de femmes, - femmes el sœurs des combattants du front, — sont entrées dans les usines. Les nouveaux cares dans l'induvrie

Les F Z O. et les écoles professionnelles fournissent à l'industrie soviétique des ouvriers, garçons et filles, de 10 a 17 ans, et même plus jeunes. Il tant rappeler ici que l- travail infantile a été introduit par le Kremlin en octobre 1940, c'est-à-dire 8 mois avant l'invasion bittérienne; et, pendant cette brève période, près d'un million de jeunes ont été intégrés dans l'industrie. Le nombre d'enfants et adolescents employés maintenant, d'après les propres chiffres de Staline. doit étre voisin de 3 millions.

La proportion de lemmes dans l'industrie est un secret jalousement garde. Mais il est possible de l'évaluer. La Pranda fait constimment allusion à de nouvelles centaines de milliers d'ouvrières. Des dispositions spéciales sont prises pour précipiter l'afflux de femmes dans l'iedustrie. La Journée Internationale des Femmes est une des rares fêtes socialistes traditionnelles célébrées encore avec beaucoup de solennité. Pour la fête de cette antée, la Pravda du 6 Mars affirma dans son éditorial :

Les femmes de l'arrière se sont montrers des patriotes deboudes, Toute la force de nos femmes leurs canncites, leurs connaissances, leur expé rience et leur temps, sont à la disposition de leur patrie. Louvrière et la paysanne acceptent les directies du gonvernement d'acier. Elles font des efforts pour augmenter le rendement du travail. Elles prennent sur elles des tâches supplémeataires.

Il y a 8 ans, en 1936, il y avait près de 3.500 000 femmes dans l'industrie loarde, usines métallurgiques, construction et mines: et un autre million dans lindustrie légère. On peut assurer qu'à l'heure présente ce chiffre a double. Les nouveans endres dans l'agricalture

Le rôle dominant des femmes et des enfantest encore plus ev. Jent dans l'agriculture.

La Pravia du 20 Janvier 1943 déclare :

La jeunesse est devenue vraiment la force décisive dans la production collective des fermes.

Garçons et filles. les adolescents travaillent maintenant comme conducteurs de tracteurs ; ils soignent les bétes, font pousser le grain, les légumes et les autres récoltes. Une partie importante de la jeunesse s'occupe de groupes spéciaux, brigades et fermes à bétail.

Cette année, une des activités importantes de la bureaucratie a été de reconstituer le Komsomol » (Jeunesses Communistes) dans les villages, afin de donner la direction nécessaire à l'agriculture L'organisation Komsomol, réorganisée si souvent dans le passé. doit être reconstruite complétement. Voici Timage de son état présent :

Dans la région de Rokhatinsk (République

Socialiste de Tadjik), il y a 5º organisations du

Komsomol, mais plus de la moitié existe seulement sur le papier. Les réunions des Komsomot n'ont lieu que sporadiquement. Dans 10 fermes collectives, il n'y a pas eu du tout de réunion

Tannée dernière. Beaucoup de membres des

Komsomol ont perdu contact avec l'organisation (Pravda, 20 Janvier).

Pour la première fois depuis des années, des réunions locales et régionales des activistes du

Komsomol sont tenues. Des fonctionnaires émitUnion Soviétique, a parlé à la réunion des nents y assistent. Kalinine, le président de

Komsomol de Moscou (Pravda, 14 Février).

Le commissaire du peuple à l'Agriculture, Benediktov, fit une partant aux réunions des konsmol. i al, letites une de ces réunions, dans la région de Tambov :

La plus grosse partie du travail des champs est faite aujourd'hui, en temps de guerre, par des jeunes garçons et filles (Pravda, 8 Juillet).

Le rapport sur ceux qui assistèrent à la réunion nous donne une coupe des forces travaillant maintenant dans l'agriculture :

Sont : venus à la réunion du Komsomol de

"Svetly Put", kolkhoze dans la région de Tambon, les garçons et les filles de tout le village ; sont venues les femmes koljoz et les vieilles jens (Pravda, même n').

La région de Tambov est une région agricole riche, loin des lignes du front. Il va sans dire qu'une ferme collective modèle a été choisie pour une réunion avec un dignitaire aussi haut placé que le commissaire du comme il est non moins évident, ont dù faire de leur peuple à l'Agriculture. Les bureaucrates Jocaux, mieux pour avoir le public le plus large. Pourtant, les seuls adultes présents furent les femmes et les vieux

Ce public représente fidelement la population en temps de guerre de ce village en particulier, et, en général, des autres villages à travers le pays.

Les conditions dans l'agriculture

De tous les secteurs de la vie économique soviétique, l'agriculture a soutlert le plus séverement. Des centaines de milliers de kilometres carrés dans les régions les plus riches ont été changés en terre en jachère. La Pravdu parle des territoires réoccupés comme de « déserts ».

Les kolkhozes (fermes collectives) et les sovkhozes (fermes de l'Etat) manquent sérieusement de maind'œuvre, de machines, de pièces détachées et de combustible. Le manque de chevaux a forcé à utiliser les vaches pour le travail des champs et les transports.

La misère terrible de la population dans les vastes territoires reconquis sur les Allemands s'ajoute aux besoins de la population civile et de l'armée. Depuis T'hiver dernier, l'Armée Rouge a reconquis un territoire quatre fois plus grand que l'Allemagne, Des dizaines de millions de civils vivent encore dans ce « désert »-

Parmi les mesures d'urgence adoptées par le Kremlin furent des dons volontaires de bétail, cochons, volaille, grain, ete.... par les fermes collectives à l'arrière de celles des territoires dévastes. Pendant plusieurs mois, le Kremlin conduisit une campagne dans toute la nation pour élargir ce mouvement, ostensiblement lancé par les kolkhoziens eux-mêmes, mais, en réalité, lancé par le sommet.

Cette campagne, qui, d'après la Pravita, englobmit en juin « des millions de kolkhoziens des deux sexes », a été une faillite. Les résultats furent pitoyables. Le plan original du Kremlin envisageait certainement des ontributions de bétail, grain, etc., provenant des possessions privees des paysans. La presse mettait l'aecent sur les "dons personnels", Mais la plus grande partie du stock obtenu à l'aide d'une pression administrative vint de la propriété des fermes collectives et des fermes d'Etat, ce qui tendait à les affaiblir encore plus.

Des mesures plus rigourenses ont alors été appliquées. Au son des trompettes, le Kremlin annonça brusquement, le 22 Août, un « plan d'Etat pour la reconstruction des territoires occupés par les nazis immédiatement après leur libération •. Chaque journal à Moscou, y consacrait le numéro du jour, à l'exclusion des autres nouvelles. Le texte entier n'est pas encore dans nos mains, mais les télégrammes font apparaitre clairement les traits essentiels du plan. La restauration de l'agriculture est un problème brülant. Au 15 Octobre, « 200.000 tétes de bétail, 350,000 moutons et 530.000 chevaux seront livrés au territoires libérés dans le nord et dans le sud (New-York Times, 23 Août):

Dans le décret, on parle de ces troupeaux comme du « bétail évacué », quí retourneraient & leurs fermes collectives propres. Mais le fait que des quotas sont imposés aux différentes régions indique clairement qu'il ne s'agit que d'une autre mesure administrative. Les quotas ne peuvent ètre atteints sans prélèvements sur les stocks privés des paysans. Et cela peut mener à des conséquences dangereuses.

Les tendances individualistes dans les kolkhozes ont été très accrues par la guerre. Le manque de nourriture et l'inflation ont eu pour résultat l'apparition de paysans millionnaires à côté des kolkhoziens millionnaires. Les sommes énormes dépensées par les paysans individuels dans les bons d'Etat sont une preuve éloquente de la résurrection du "koulak" sur Ja scène soviétique. On conflit entre le régime et ces tendances individualistes est inévitable. On peut déjà en discerner des signes.

Le danger Koulak

Dans éditorial après éditorial, la Pravda parle de kolkhoziens ayant aussi des terres individuelles comme de ceux qui fuient leurs responsabilités devant les kolkhozes, etc... En d'autres termes, il y a des paysans qui passent la majeure partie de leur temps sur leur | terre privée, qui vendent sur le marché libre et qui stockent le gram.

Le grain n'est pas toujours délivré à l'Etat. Benediktov, le commissaire du peuple à l'Agriculture, prévient aue la a tâche combattante » du Komsomol est de créer « des brigades pour le transfert de grain à l'Etat ».

Dans une seule région, les présidents de 111 kolkhozes ont été épurés ; 30, dans une autre

(Pravda, 28 Juin).

La Provda, naturellement, omet de mentionner le fait que, plus encore que l'incurie habituelle et la faillite de direction, les responsables sont les kolkhoziens "millionnaires", qui sont les chefs des différentes régions.

Les façons de faire du Kremlin, - particulièrement l'effort pour s'appuyer sur la jeunesse et les mesures administratives pour résondre la crise dans l'agriculture, — sont des signes certains de l'aggravation de la lutte de classe dans le vilinge. Ce sont des signes sérieux d'un danger intérieur grandissant. Les ouvriers soviétiques en temps de guerre

Il y a un grand progrès sur le passé: c'est que la jeunesse soviétique dans les villages s'est ralliée en masse à la défense de ce qui reste des conquêtes de la Révolution d'Octobre.

Les ouvriers soviêtiques, particulièrement les jeunes, réalisent des miracles de production industrielle. L'Armée Rouge reçoit tout l'équipement technique nécessaire, malgré les pertes sérieuses d'usines et de matières premières en 194 et 1942.

Pour la masse des ouvriers, les rations de nourriture sont au niveau du "minimum vital". Les conditions de logement, très mauvaises avant la guerre, ne se sont pas améliorées. La production d'objets de consommation eivile s'est presque complètement arrétée. Le peu qui a été produit vient essentiellement des artisans.

Les conditions sont pires dans des villes comme Léningrad, où les besoins de la population ne peuvent être satisfaits que par des ressources locales. Mais la bureaucratie stalinienne se juillet, toute la ville de Léningrad a été servie par - 346 tailleurs, cordonniers, etc... • qui jouent • un grand rôle en délivrant aux habitants de Léningrad des objets de consommation courante /Izvestia, 2 Juillet).

Les plus grands succès ont & atteints dans la production de vêtements d'enfants.

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