Depuis sa "libération" , la Belgique est devenue un terrain d'expérience multiple : de la politique bourgeolse vis-á-vis du chaos monétaire provoqué par la guerre ; de la politique contre-révolutionnaire des nouveaux occupants anglo-américains de l'Europe; de la politique des staliniens et les réformistes devant une situntion révolutionnaire.
Lorsque les dernières troupes allemandes eurent évacué le pays et le gouvernement de Pierlot, rentré de Londres et remanié, eut pris la situation en main. le problème monétaire se posa de la facon suivante: pour 63 milliards de circulation en 1939 (billets de banque, dépots dans les banques, ete...), Il y avait une masse de 183 milliards de moyens de paiement, dont 100 milliards de billets.
Pour remédier à cette situation et pour donner a la monnaie belge sur le marche international la valeur d'achat correspondant à la fixation du taux de change à 176,25 franes belges la livre, il fallait réduire la circulation totale à 100 milliards, billets et dépots compris.
Pour réaliser cette opération d'"assainissement monétaire" , le ministre des finances Gutt décréta la déclaration obligatoire de tous les avoirs en billets de banque et l'affectation des comptes de dépóts à des comptes spéciaux, 40% étant considérés comme libres, mais devant rester provisoirement indisponibles, 60 % étant définitivement bloqués.
En même temps que ces mesures d'ordre monetaire. d'autres étaient prises qui avaient comme but de déceler les bénéfices de guerre : declaration des titres au porteur et des avoirs a l'étranger.
La portée et les résultats de cette expérience qui, Be a partention, ie la proie capite, petit, à première vue, représente une audacieuse intervention de l'Etat dans le domaine de la propriété privée, en réalité, extrêmement limités.
La Voie de Lénine, le journal de notre section belge, écrivait justement sur cette question :
tes, la fraude des sommes guides neti ves par les profiteurs de guerre parait être re due plus difficile.
Remarquons toutefois que ce sont principalement les paysans. habitués à thésauriser billets, qui sont frappés par cette mesure. Les bénéfices industriels, placés pour la plupart en investissements, réinvestissements, biens immobiliers, ete., sont beaucoup plus malaisés a découvrir.
Il faut, en effet, un travail extrêmement long et fortunes é caleuler leur accroissement depuis 1940. dresser un véritable inventaire des Cela est, du reste, l'aspect purement technique de l'opération.
La principale difficulté, absolument insurmontable en régime capitaliste, qui s'oppose & la réussite d'une telle onération est que l'Etat capitaliste, mandataire de la classe des possédants, est incapable d'exercer un véritable contrôle économique et financier des entreprises et des banques et de confisquer leurs scandaleur hénefices de guerre.
Le gouvernement Pieriot n'a pas tardé d'ailleurs à démontrer son vrai caractère réactionnaire.
Tandis que les avoirs des paysans, des petits rentiers et des petits commercants restaient bloques et provoquaient le dépérissement du marché intérieur. les gros enrichis de la guerre sarrangeaient pour exporter leurs titres à l'étranger et procéder à leur declaration (dont la date n'est pas encore fixée) par l'intermédiaire de tierces personnes pratiquement incontrôlables.
C'est à la suite de cette situation, en liaison avec l'aggravation du ravitaillement depuis la "libération" libération' le sabotage patronal de la reprise économique et la mollesse coupable de l'épuration, que les masses populaires belges se dressèrent de plus en plus contre le gouvernement Pierlot.
Celui-ci, soutenu ouvertement par l'impérialisme anglo-américain, décida de mettre un frein à l'agitation révolutionnaire des masses en passant à l'offensive et s0 tente sime dictatorial qui ne tient compte d'aucun pré en instaurant, trois mois à peine après la "libération" texte "démocratique"
C'est le terrain du désarmement des éléments populaires de la Résistance, comme cela eut lieu en France, au mois d'octobre, et actuellement en Grèce, que les forces de la réaction ont choisi pour deciencher leur ellensive, tendant a juguler les masses avant que ces dernières ne menacent sérieusement le régime capitaliste.
Le parti stalinien, ayant considérablement agrandi son influence pendant la guerre, s'est trouvé dans l'obligation de résister, pour deux raisons principales :
D'abord, parce que dans le cas contraire la poussée spontanée des masses risquait de déborder ses cadres.
Et ensuite, parce que le gouvernement PierlotSpaak est aujourd'hui le porte-parole en Europe de l'impérialisme britannique visant à créer le « bloc occidental » (Angleterre, France, Belgique, Hollande et éventuellement Norvège) dirigé contre TU.R.S.S.
Cependant, dépourvu de toute intention et de toute perspective vraiment révolutionnaires, ne voulant en aucune façon entrer en conflit ouvert avec l'impérialisme anglais, qui est le principal soutien de Pierlot en Belgique, comme de Papaandréou en Grèce, obligé de subir les conséquences de sa politique pour la guerre et la collaboration des classes, le parti stalinien n'opposa à l'offensive réactionnaire du gouvernement qu'une résistance timide, spasmodique, et, en définitive, démoralisante pour les masses.
La presse stalinienne de l'étranger, et en particulier l'Humanité, en France, a évité, tout en accusant à juste titre les cyniques traitres du Parti Socialiste Belge, d'informer ses lecteurs que ce sont les trois ministres "communistes" démissionnaires du gouvernement Pierlot qui ont signé avec Erskine, représentant des forces armées de l'impérialisme anglo-américain, le communiqué demandant aux membres de f Rásistance de remettre leurs armes.
Quelques jours après, les gendarmes de Pieriot tiraient sur la foule désarmée, et le gouvernement, muni de pleins pouvoirs, est en train d'imposer "l'ordre" réactionnaire sans que les masses, pour s'y opposer efficacement, soient organisées et idéologiquement préparées par ceux en qui elles ont mis jusqu'a maintenant tous leurs espoirs révolutionnaires.
Nous reparlerons de la situation belge et de ses caractéristiques dans notre prochain numéro.