Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Sur la nature du gouvernement algérien

février-mars 1964 · Secrétariat unifié · La réunification : le VIIe Congrès mondial et après (1963-1965) · 725 mots

In English: Resolutions: The Character of the Algerian Revolution — texte anglais publié à l’époque.

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Depuis un certain temps, l'orientation suivie par le nouveau régime en Algérie a montré qu’il s'agissait d’un « gouvernement ouvrier et paysan » du type considéré par lInternationale Communiste dans ses premières années et mentionné dans le Programme de Transition de la IV* Internationale comme un précurseur possible à un Etat ouvrier.

Un tel gouvernement est caractérisé par l'élimination de la bourgeoisie du pouvoir politique, le transfert de la force armée des mains de la bourgeoisie à celle des masses populaires et la mise en route de mesures de grande portée en ce qui concerne les rapports de propriété. L'issue logique d'une telle orientation est l'instauration d'un Etat ouvrier ; mais, sans un parti marxiste révolutionnaire, elle n'est pas garantie. Dans les premières années de l’Internationale Communiste, on l'estimait exclue en l'absence d’un parti marxiste révolutionnaire. Cependant, l'expérience a montré que cette conclusion doit être modifiée dans le monde colonial en raison de la décadence extrême du capitalisme et des effets de l'existence de fi l'Union soviétique et d'une série d'Etats ouvriers dans le monde d'aujourd'hui.

De l’époque coloniale, un appareil d'Etat essentiellement bourgeois subsista en Algérie. Le ler juillet 1962 éclata la crise de direction du FLN ; au bout de quelques jours un gouvernement d'une coalition de facto fut constitué dans lequel Ferhat Abbas et Ben Bella représentaient les deux ailes opposées du néo-colonialisme et de la révolution populaire. La lutte entre ces deux tendances au sein de la coalition aboutit au renforcement de l'aile Ben Bella, à la promulgation des décrets de mars 1963, et à l'élimination successive de Khider, Ferhat Abbas et d’autres bourgeois. Bien que quelques éléments droitiers restent au gouvernement, ces changements marquent la fin de la coalition et l'établissement d'un gouvernement ouvrier et paysan.

Ainsi qu'il est caractéristique d’un gouvernement ouvrier et paysan de ce type, le gouvernement algérien n'a pas toujours suivi un cours conséquent. Mais sa direction générale fut opposée à l'impérialisme, à l’ancienne structure coloniale, au néo-colonialisme et au bureaucratisme. Il a réagi avec fermeté aux initiatives de ceux qui aspirent à former de nouvelles couches bourgeoises, y compris à la contre-révolution armée. Il a exprimé à maintes reprises que son objectif était la construction du socialisme. En même temps, sa conscience se trouve limitée par son absence de formation et d'éducation marxistes.

La question à laquelle il reste à répondre est de savoir si ce gouvernement peut établir un Etat ouvrier. Le mouvement dans cette direction est évident et possède de nombreuses ressemblances avec le modèle cubain. Une réforme agraire profonde a déjà été réalisée, marquée par la nationalisation virtuelle des plus importantes régions de terre arable. Des atteintes profondes ont été apportées aux anciens . rapports de propriété dans le secteur industriel avec l'établissement d’un secteur public contrôlé par l'Etat. Il faut encore entreprendre l’expropriation du secteur clef du pétrole et des matières minérales, des banques et des compagnies d'assurances, l'établissement d’un monopole du commerce extérieur, et la mise en route de contre-mesures effectives aux activités monétaires, financières et commerciales de l'impérialisme étranger.

Parmi les signes les plus réconfortants en Algérie, il faut mentionner : 1) en politique extérieure, l'établissement de relations amicales avec Cuba, la Yougoslavie, la Chine, l'Union soviétique et les autres Etats ouvriers, ce qui ouvre la possibilité d'aides substantielles de ces sources ; 2) l'attitude active du gouvernement pour développer la révolution coloniale dans des régions comme l’Angola et l'Afrique du Sud ; 3) en Algérie, l'établissement de l’ « auto gestion ». L’autogestion, dont l'importance a déjà été démontrée pour le développement de la démocratie ouvrière et paysanne, offre les perspectives les plus brillantes pour l'établissement des institutions d'un Etat ouvrier.

Globalement, l'Algérie, comme nous l’avons noté à maintes reprises, est entrée dans un processus de révolution permanente d'un caractère éminemment transitoire dans lequel toutes les structures économiques, sociales et politiques fondamentales sont bouleversées et acquièrent des formes nouvelles. Cela se trouvera beaucoup facilité et fortifié si l’un des principaux problèmes actuellement à l'ordre du jour, à savoir l'organisation d’un parti de masse sur un programme marxiste révolutionnaire se trouve résolu avec succès.

L'apparition d'un gouvernement ouvrier et paysan en Algérie est la preuve concrète de la profondeur du processus révolutionnaire qui s’y produit. Il est d'une importance historique non seulement pour l'Algérie et l'Afrique du Nord, mais aussi pour le continent africain et le reste du monde.

Source : Quatrième Internationale, n°21, février-mars 1964 · scan (Radar, 16-014-00101).

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