1. La rupture de l'ancienne direction de la section française est l'aboutissement d'une
lutte de tendance prolongée et violente. Ceux qui aujourd'hui ont rompu avec le PCI
ont suivi depuis deux ans une orientation politique les éloignant de plus en plus de
celle de l'internationale. Les déviations de cette tendance, caractérisées à deux
reprises par le comité exécutif international comme des déviations opportunistes,
petites-bourgeoises, l'ont conduite aujourd'hui à abandonner entièrement la
perspective de construction d'un parti bolchevik-léniniste à l'étape actuelle en
France, sur la base du programme de la IVe Internationale, pour y substituer la
construction d'un parti centriste « correspondant à la situation objective ». C'est là la
signification de leur entrée dans le Rassemblement démocratique révolutionnaire
(RDR) sur la base de la défense de quelques « valeurs-clés ».
2. Le comité central a prononcé l'exclusion de ces éléments après la claire manifestation
de leur part d'une rupture de discipline organisationnelle et politique avec le PCI :
a) Ils se sont engagés dans la voie de la construction du RDR sans aucun effort de
discussion sérieuse à l'intérieur de l'organisation sans aucune présentation, ni à
la section française ni à l'internationale, d'un texte d'orientation politique
motivant une décision d'une telle gravité. C'est seulement après coup qu'ils
présentèrent une lettre de Demazière comme résolution politique au comité
central.
b) Après avoir défini leur ligne et commencé à l'appliquer immédiatement, ils
reçurent du comité central un délai de quinze jours pour revenir sur leurs
positions et appliquer les décisions du CC qui avait explicitement condamné
cette orientation. Ils reçurent l'avertissement net qu'ils se mettraient en dehors
du parti s'ils continuaient sur cette voie.
c) Loin d'utiliser cette chance que la direction du PCI leur accordait, ils ont
immédiatement après la session du comité central adhéré en public au RDR et
appelé tous les militants du PCI à en faire autant. Ils ont attaqué publiquement et
dans la presse la politique du PCI et sa direction et, outre leur indiscipline, porté
gravement atteinte au crédit du parti. Pour ces raisons, le congrès mondial
considère les exclusions comme entièrement justifiées et rejette tout appel à leur
sujet.
3. Le congrès mondial rejette l'argumentation des exclus concernant leur « non-
reconnaissance » de la direction actuelle du PCI, élue au IVe Congrès, comme justifiant
leur attitude envers les décisions du comité central à leur égard. La participation de
leur tendance aux réunions du comité central qui ont suivi le IVe Congrès indique
clairement que, de facto, ils avaient accepté le respect de la discipline des organes
dirigeants du parti issus du IVe Congrès. L'absence de tout appel écrit au SI ou au CEI
qui s'est réuni depuis lors, ainsi que le manque de toute campagne suivie dans le parti
à ce sujet, confirment la même indication. D'autre part, même si la tendance des
éléments exclus ne reconnaissait pas la direction issue du IVe Congrès, toute mesure
organisationnelle ou politique grave de sa part aurait dû s'appliquer dans le cadre des
organismes dirigeants de l'internationale. Le fait qu'ils ont décidé et exécuté leur
adhésion au RDR sans consulter ni informer le SI, sans même lui présenter une
explication de leur attitude, prouve clairement que leur argumentation post facto est
purement formaliste et qu'il s'agit de leur côté effectivement d'une rupture avec la
politique et l'organisation de l'internationale et de sa section française.
4. Le congrès mondial n'exclut nullement la nécessité d'œuvrer au regroupement
révolutionnaire avec des organisations qui, comme l'Action socialiste révolutionnaire
(ASR), ont rompu avec les partis traîtres sur une base de classe. Il considère au contraire
ce travail comme d'une importance vitale pour la section française comme pour la plupart
des sections d'Europe. Mais il distingue soigneusement entre cette action et le travail de
fraction opportuniste et sans principes qui, au lieu d'amener les éléments centristes vers
le programme révolutionnaire, adapte celui-ci au centrisme. Il distingue en même temps
entre le travail de regroupement révolutionnaire, qui doit tendre à rassembler sur le
programme révolutionnaire les éléments en évolution vers lui (ASR), du travail entrepris
par les éléments exclus qui vise à rejeter ces camarades vers la construction d'une
organisation centriste, le RDR. C'est pourquoi il condamne explicitement la politique de
construction du RDR comme une tentative de liquider l'organisation trotskyste. L'entrée
dans le RDR n'aurait un sens que si cette organisation était déjà constituée avec une base
de masse véritable et s'il s'agissait de cette façon d'amener de nouvelles couches de
travailleurs radicalisées à la IVe Internationale. L'orientation des exclus par contre tend à
construire le RDR avec les éléments qui étaient sur le point de rejoindre notre propre
mouvement.
5. Sur la base de l'orientation ainsi définie du regroupement révolutionnaire, le congrès
mondial donne aux exclus une dernière chance de réintégrer l'internationale. Il pose
pour cela les conditions suivantes :
a) Reconnaissance explicite des décisions politiques et organisationnelles du congrès
mondial.
b) Acceptation de l'orientation définie ci-dessus pour le regroupement révolution-
naire.
c) Travail sous la direction et le contrôle direct du SI.
d) Abstention rigoureuse de toute attaque publique contre le PCI et sa direction et
rétractation des attaques publiques qui ont déjà eu lieu.
6. Les exclus qui accepteront ces conditions pourront, après une période d'essai de trois
mois, demander leur réintégration dans le PCI et l'internationale. Le congrès leur
garantira dans ces conditions l'exercice de tous leurs droits de membres dans le PCI et
leur participation de plein droit au Ve Congrès du parti. Si, par contre, ces conditions
sont rejetées, le congrès confirme définitivement l'exclusion prononcée par le comité
central du PCI et rejette toute proposition de compromis organisationnel sans
principes politiques. Adoptée à l'unanimité (5 absents) ; vote consultatif : 4 pour, I contre (Pedro), 4 absents.