Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Résolution : Sur la stratégie des sections européennes de la IVe Internationale dans les luttes ouvrières

février 1944, European Conference of the Fourth International · La conférence européenne clandestine de la IVe Internationale (février 1944) · 3 327 mots

In English: Resolution: On the Strategy of the European Sections of the Fourth International in the Workers' Struggles — traduction assistée par machine.

1. La stratégie de la IVe Internationale est toujours dominée par cette idée

centrale : pousser les masses à prendre en main leur lutte et à exercer elle-

même le pouvoir. Cette stratégie prend un sens de plus en plus urgent dans

la montée révolutionnaire. C'est pourquoi elle tend toujours, en dernier

ressort, vers la constitution de soviets (conseils d'entreprise, conseils de

soldats, conseils de paysans élargis en conseils locaux, régionaux, en congrès

national, etc.).

La forme soviétique d'organisation porte à son point le plus élevé l'unité

d'action des ouvriers dans l'usine, des paysans travailleurs au village. Elle

constitue l'expression de la démocratie prolétarienne. Elle permet ainsi la

plus grande efficacité des luttes. Elle ouvre la période où la classe ouvrière

oppose son pouvoir à celui de la bourgeoisie. Elle fournit les cadres étatiques

de la dictature du prolétariat, en attendant d'ouvrir la voie à la disparition

progressive de tout pouvoir étatique et de permettre ainsi à l'humanité de

passer de l'administration des hommes à l'administration des choses.

2. L'expérience des luttes révolutionnaires récentes en Italie, et en partie dans

les Balkans, montre de manière décisive, après la France et l'Espagne de 1936,

que les luttes ouvrières tendent spontanément, dans les conditions présentes

de la décomposition du système capitaliste, à revêtir la forme soviétique,

même si pendant vingt ans toute propagande révolutionnaire a été in-

terrompue. Toutefois, les directions ouvrières réformistes et staliniennes ont

réussi jusqu'ici à chaque fois à détourner les mouvements de la révolution et

à les intégrer à l'appareil d'État bourgeois.

Tout l'effort des sections de la IVe Internationale vise donc à conserver aux

mouvements leur caractère ouvrier, à développer leur organisation dans le

sens soviétique, en utilisant pour cela les éléments même les plus

embryonnaires de la représentation directe des ouvriers, à leur donner la

plus large expression démocratique, à élargir au maximum le mouvement,

non seulement pour lui assurer plus d'efficacité, mais aussi pour lui faire

déborder le cadre corporatiste et revendicatif et pour lui faire aborder le

problème du pouvoir.

3. La constitution de comités d'entreprise constitue un moment décisif de cette

lutte pour les soviets. À son stade le plus élevé, le comité d'entreprise est

partie du mouvement et du pouvoir soviétique. À son stade le plus modeste,

il constitue l'expression démocratique de luttes économiques, et déjà une

prise de conscience élevée des masses. Les mouvements révolutionnaires de

1943 en Italie, entraînant la constitution d'un vaste réseau de comités

d'entreprise, montrent la voie à la classe ouvrière internationale. Au premier

rang, les ouvriers de la Fiat refusant de reconnaître l'intégration des comités

d'entreprise au cadre de l'État bourgeois par les Roveda et Buozzi.

4. Dès maintenant, en pleine Europe occupée, en Belgique, on assiste à la formation

de véritables comités d'entreprise. Dans certaines régions, les ouvriers se

réunissent dans les usines, discutent des problèmes de l'entreprise, élisent ou

révoquent leurs délégués. Leurs victoires sur de nombreuses revendications

économiques, parfois même contre les décisions des forces d'occupation (contre

la déportation), amènent les travailleurs des autres entreprises et des autres

régions à suivre leur exemple.

Les bolcheviques-léninistes appuient de toutes leurs forces la constitution de

ces comités d'entreprise, leur liaison inter usines régionale, et aussitôt que la

maturité de la situation révolutionnaire le permettra, leur liaison avec les

comités d'entreprise des autres pays.

En même temps, ils mettent en garde ces comités d'usine contre les dangers

qui les menacent : intervention brutale des forces de répression,

dégénérescence réformiste sous des formes diverses.

Contre cette dégénérescence, ils s'opposent à toute tentative de confiner le

mouvement dans l'ornière corporative et syndicaliste, en combattant

notamment les courants « apolitiques » qui utilisent la haine des ouvriers

contre les politiciens réformistes qui accaparaient avant-guerre le mouvement

syndical. Ils posent clairement devant les comités le problème du pouvoir

prolétarien. Ils poussent les ouvriers à unifier l'effort des comités d'entreprise

sur la base locale, régionale, etc., qui leur fait naturellement déborder les

cadres corporatifs. Contre la répression, les bolcheviques-léninistes soulignent

la nécessité de doubler les formes d'organisation quasi légale, par une

organisation rigoureusement clandestine, avec ses cadres restreints non

connus de l'ensemble des travailleurs, et sélectionnés dans les luttes.

Groupes ouvriers

5. Partout où les conditions ne permettent pas la création de comités

d'entreprise, les militants de la IVe Internationale poussent les ouvriers à

s'organiser pour préparer les luttes. C'est pourquoi ils font appel aux ouvriers

les plus conscients, inorganisés ou organisés et sans distinction de parti, à se

grouper dans l'atelier et dans l'usine en groupes de trois ou quatre ouvriers

strictement illégaux. Ces groupes devront rester en contact aussi étroit que

possible avec l'ensemble des ouvriers de leur entreprise, représenter leurs

aspirations, organiser systématiquement les luttes et prendre la tête de tous

les mouvements. Le Groupe ouvrier n'est d'aucune façon un groupe de

sympathisants du parti ou un groupe de discussion politique ; il a pour tâche

d'organiser les luttes ouvrières et de les mener. C'est avant tout au travers de

ces luttes que les meilleurs cadres ouvriers comprendront le rôle du parti

révolutionnaire.

6. Les

bolcheviques-léninistes

n'inventent

pas

une

forme

particulière

d'organisation, ils cherchent essentiellement à donner à la classe ouvrière la

forme d'organisation la plus élevée. Dans ce but, ils partent de toutes les formes

d'organisation que se donnent les ouvriers en lutte, quelle que soit leur

étiquette, même si elles revêtent des formes dangereuses. Par exemple, là où les

ouvriers français s'organisent dans les syndicats illégaux en face des syndicats

jaunes ou fascistes, ou pour déborder les syndicats légaux, les bolcheviques-

léninistes utilisent les groupes syndicaux illégaux et s'efforcent de les

développer en organismes de luttes autonomes (en insistant sur la nécessité de

la démocratie).

7. Mais les luttes ouvrières actuelles débordent déjà de bien loin le cadre de

l'atelier ou de l'entreprise. Nous voyons déferler de grandes vagues ouvrières

(grèves de Liège, de Charleroi, des mineurs du nord de la France, grèves de la

métallurgie, grèves contre la relève, grèves du 11 novembre, etc.). Il est

essentiel d'organiser ces mouvements, de les dégager de la gangue nationaliste

dont les revêtent encore souvent les partis d'union sacrée, de les souder les uns

aux autres sur des objectifs de classe. C'est pourquoi la IVe Internationale

souligne la nécessité du front ouvrier comme mot d'ordre général de

propagande et d'organisation.

8. Sur la base de la propagande, la politique du front ouvrier exprime la nécessité

d'opposer une politique de classe à la politique chauvine d'union sacrée

réformiste et stalinienne. Elle invite les ouvriers à ne faire confiance à aucune

victoire sur les fronts impérialistes, à comprendre que leur libération sera

arrachée non sur les fronts militaires impérialistes, mais sur le front de la

lutte de classes. En mettant en avant le mot d'ordre de front ouvrier, les

révolutionnaires opposent dans leur propagande de chaque jour aux fronts

nationaux bornés et réactionnaires des cliques impérialistes émigrées le front

ouvrier de la révolution socialiste. Ils appellent les opprimés à constituer leur

propre force de classe en dehors de l'union sacrée avec leurs oppresseurs.

9. Au-delà des objectifs immédiats, le mot d'ordre de front ouvrier ouvre la

perspective de la prise du pouvoir par le prolétariat. Il ne remplace pas le mot

d'ordre de comités ouvriers, soviets ; il leur ouvre la route en formulant la

nécessité de poser la question du pouvoir en termes ouvriers, en insistant sur

le fait que le pouvoir ouvrier n'est pas celui d'un parti ou de sa bureaucratie

sur le dos des ouvriers et sans contrôle de leur part, qu'il est au contraire le

pouvoir des masses démocratiquement organisées, capables de discuter

ensemble la route à suivre, de choisir librement entre celles que leur offrent

les divers partis.

Front ouvrier et front unique

10. Le front ouvrier exprime la nécessité d'unir les masses ouvrières sur la base

de l'entreprise contre les exploiteurs et contre l'oppression impérialiste. Elle

ne constitue en aucun cas un bloc des partis mais vise à grouper ou à

organiser directement les travailleurs sans distinction de tendances où de

partis pour la victoire de leurs luttes. L'affaiblissement du contrôle des

vieilles organisations politiques et syndicales sur la classe ouvrière facilite

le chemin pour l'organisation directe des ouvriers au sein de leurs

organismes autonomes. La politique du front ouvrier pousse à une telle

organisation. Elle aide les ouvriers à déborder les cadres des organisations

traditionnelles réformistes ou staliniennes qui ont joué dans le passé un rôle

considérable pour endormir, paralyser la classe ouvrière et la dévoyer de la

lutte révolutionnaire. Elle ouvre aussi la route vers les soviets.

Par contre, les B-L soulignent toujours le caractère d'unité d'action des

groupes -ouvriers et du front ouvrier. Cela signifie notamment que chaque

travailleur peut y exposer son point de vue. En ce qui nous concerne, nous

nous efforçons de faire triompher la politique bolchevique et de former des

cadres révolutionnaires. Chaque fois que c'est utile, les militants de la IVe

Internationale s'adressent aux partis qui se réclament de la classe

ouvrière pour l'organisation commune des travailleurs au sein des

groupes ouvriers, des comités d'entreprise ou de toute autre organisation

directe des travailleurs. Ils s'adressent, pour cela, notamment aux

militants et aux cellules d'entreprise des partis communistes mais aussi,

chaque fois que c'est nécessaire, aux organismes supérieurs des partis

communistes, afin de démontrer aux militants de ces partis que les

diviseurs de la classe ouvrière ne sont pas les B-L, qui veulent l'unir contre

son ennemi de classe, mais les dirigeants réformistes et staliniens qui

veulent l'unir à son ennemi de classe et n'hésitent pas pour cela à briser

l'unité de ses rangs et à opposer les ouvriers de chaque pays à ceux des

autres pays.

Front ouvrier et élargissement des luttes

11. En même temps qu'elle pousse à la formation dans les entreprises de

comités et de groupes ouvriers, la politique de front ouvrier souligne la

nécessité de fédérer ces groupes et comités sur le plan local, régional et

national, afin de donner aux luttes de la classe ouvrière le maximum

d'efficacité, de cohésion et de vigueur. Les B-L invitent les ouvriers à

éviter au maximum l'atomisation des luttes et à engager le combat sur

le front le plus large possible : entraîner toute l'usine à soutenir la lutte

d'un atelier, les diverses usines d'une même entreprise à se soutenir, les

usines d'une même localité ou d'une même région à s'épauler, etc.

Front ouvrier et syndicats

12. Alors que l'organisation syndicale ramène la classe ouvrière sous la férule

d'une bureaucratie paralysante et quasi inamovible, et constitue souvent

un frein aux luttes des couches les plus exploitées, les Groupes ouvriers et

front ouvrier débordent les cadres traditionnels du syndicat et ouvrent la

voie aux formes soviétiques d'organisation. Dans nombre de pays et de

régions, les seuls syndicats légaux sont actuellement des syndicats de type

fasciste qui ne permettent ni l'adhésion des ouvriers avancés, ni la lutte

des révolutionnaires dans leur sein, ni le travail dans les masses

exploitées (UTMI en Belgique, Syndicat des mineurs du nord de la France,

etc.).

Néanmoins, les révolutionnaires ne négligent aucune des possibilités d'utiliser

les syndicats légaux comme couverture du travail illégal, pour organiser les

cadres illégaux, orienter les ouvriers groupés dans les syndicats légaux et

prendre contact avec les militants des vieilles générations. C'est pourquoi,

partout où c'est possible, ils s'efforcent de pénétrer dans les syndicats

légaux et appellent les ouvriers à renverser les cadres réactionnaires de

ces syndicats. Là où se constituent effectivement des syndicats illégaux,

nos militants s'efforcent de les transformer en groupes ouvriers.

I3. La politique du front ouvrier souligne la nécessité d'unir les ouvriers

contre leurs exploiteurs capitalistes sans distinction de nationalité ou de

race. Dans les usines ou sur les chantiers où travaillent des ouvriers de

divers pays, le front ouvrier les rassemble dans la même lutte contre le

patronat. Il veille à ce que les travailleurs coloniaux soient partout traités

sur le même plan d'égalité absolue avec les travailleurs européens. En

Allemagne, il oppose à l'hystérie chauvine la solidarité internationale des

travailleurs. Il groupe les travailleurs de tous les pays d'Europe fra-

ternellement unis avec les ouvriers allemands, dans les luttes immédiates

contre la bourgeoisie (ravitaillement, cadence du travail, permissions,

etc.) contre les organismes nazis de mouchardage, pour la conquête des

libertés ouvrières, pour le renversement du capitalisme et de son État

fasciste. Il prépare l'union des travailleurs de toute l'Europe pour la

révolution socialiste et l'édification des États-Unis socialistes d'Europe.

Le front ouvrier et les masses non prolétariennes

14. L'époque actuelle est caractérisée par le mouvement tumultueux des

masses de la petite bourgeoisie chassée de sa routine conservatrice par les

gigantesques événements actuels : disparition des libertés démocratiques,

effondrement du niveau de vie, déportation massive comme main-d’œuvre,

etc. Ces couches non prolétariennes sont entrées en mouvement contre

l'impérialisme qui les opprime. Leur mouvement porte le plus les traces de

leurs aspirations réactionnaires (retourner au passé), de leurs tendances

chauvines et revanchardes, de leur confiance en de bons impérialismes

libérateurs. Il peut aboutir demain en un mouvement de type fasciste

comme en Finlande en 1919 et plus tard en Italie et en Allemagne. La

responsabilité de la classe ouvrière est ici décisive. C'est à elle qu'il

appartient d'entraîner les couches non prolétariennes (employés,

fonctionnaires, techniciens, paysannerie travailleuse) vers la seule voie qui

ne soit pas une impasse : celle de la révolution socialiste. Sinon, elles se

jetteront dans les bras du grand capital et deviendront son instrument contre

le prolétariat et la révolution.

Le front ouvrier s'efforce donc de réaliser l'alliance avec les couches exploitées

des classes moyennes contre l'ennemi commun. Cela ne signifie aucune

concession à l'égard de l'idéologie réactionnaire de la petite-bourgeoisie,

mais au contraire la lutte la plus implacable contre ses illusions et ses

tendances réactionnaires. C'est avant tout la puissance du mouvement

ouvrier qui entraînera les classes moyennes. Seul le front ouvrier peut

entraîner les masses opprimées et les guider dans la voie de la révolution

socialiste.

C'est évidemment la paysannerie travailleuse dont l'alliance est la plus

précieuse pour la classe ouvrière. Gagner l'alliance de la paysannerie

travailleuse et la neutralité des couches plus aisées est un problème vital

pour la révolution. C'est pourquoi dès aujourd'hui les ouvriers doivent

tendre à l'unité de front avec les paysans travailleurs. Le front ouvrier doit

s'adresser aux paysans travailleurs avec les mots d'ordre essentiels

suivants : solidarité des travailleurs des villes et des paysans travailleurs

contre le capital financier et son appareil d'État, contrôle ouvrier et paysan

du ravitaillement et des stocks, constitution de conseils de paysans

travailleurs et action commune avec ces conseils.

Front ouvrier et milice ouvrière

15. En prévision des luttes ouvrières qui prendront les caractère de luttes

physiques, voire de conflits armés, les B-L s'efforcent dès maintenant de

préparer l'armement et l'organisation militaire des ouvriers sur la base

de l'usine, tout en prenant garde d'éviter toute provocation et toute

aventure. En même temps, ils s'efforcent d'arracher les partisans à

l'emprise de leur direction en les dirigeant vers la lutte anticapitaliste et

la défense chi mouvement ouvrier.

Front ouvrier et programme

16. Le front n'a pas un programme de parti, ni même une plate-forme

analogue à celle d'une centrale syndicale, autour duquel il appellerait les

ouvriers à se grouper. Son programme n'est autre, dans chaque cas, que

l'expression des luttes que les ouvriers entendent mener dans telle usine

ou dans telle région. Leurs revendications peuvent différer selon les

régions et les époques, en particulier à mesure que se développent et

s'intensifient les luttes, à mesure que s'élève la conscience des

travailleurs. L'essentiel est qu'il unisse les masses ouvrières, rassemble

derrière la lutte des ouvriers les masses prolétariennes et oriente les luttes

dans le sens révolutionnaire et internationaliste. Bien entendu, à mesure que

les ouvriers ont élargi et développé leur organisation, ils tendent à exprimer

leurs luttes dans une charte plus complète et plus organique. Les B-L

participent à l'élaboration de cette charte pour en accentuer le caractère

révolutionnaire dans le sens du programme de transition et du programme

de la IVe Internationale. Mais ils soulignent toujours qu'il s'agit uniquement

d'une base d'action qui ne peut en aucun cas être confondue avec un

programme de parti.

17. Les B-L s'efforcent d'organiser les luttes, principalement sur les points

suivants :

1) Défense des intérêts économiques immédiats des travailleurs ; lutte

contre les diminutions déguisées des salaires, pour un salaire vital (en

tournant les lois allemandes par des primes uniformes, déblocage des

salaires) ; pour une cadence ralentie contre l'extension de la journée de

travail (en fonction du ravitaillement insuffisant et de la moindre

qualification de la main-d’œuvre) ; pour l'égalité des salaires pour les

femmes, les jeunes, les coloniaux (autant que possible, ne pas lutter pour

un pourcentage d'augmentation mais pour des primes égales de vie

chère). Lutte pour un meilleur ravitaillement pour l'organisation ouvrière

du ravitaillement. La lutte pour la défense des intérêts immédiats des

travailleurs doit être orientée vers des mots d'ordre plus larges comme

l'échelle mobile des salaires où le contrôle ouvrier (par exemple, contrôle

des ouvriers sur les cantines, leurs livres de comptes, l'emploi des tickets

et des provisions, gestion directe par les ouvriers, contrôle ouvrier et

paysan sur les silos, les entrepôts, etc.).

2) Organisation de la résistance collective aux mesures de réquisition de main-

d’œuvre, de déportation en Allemagne, de mobilisation industrielle et

militaire (orienter cette lutte de manière à montrer la solidarité effective de

la bourgeoisie indigène avec l'impérialisme occupant et la solidarité des

travailleurs du pays occupant et du pays occupé).

3) Solidarité avec les victimes de la répression fasciste, avec les militants

arrêtés par la police et la Gestapo, avec les réfractaires chassés de la vie

légale (donner chaque fois à cette solidarité son sens de solidarité

prolétarienne).

4) Organisation d'une liaison effective avec les ouvriers déportés en Allemagne

afin d'étendre la lutte aux usines allemandes

5) Organisation de la fraternisation avec les ouvriers des pays soumis à la

dictature fasciste, tant dans les usines allemandes que par la propagande

internationaliste auprès des troupes de l'Axe (souligner l'importance de

cette fraternisation pour empêcher la répression des mouvements en

paralysant l'intervention des SS grâce à l'attitude des soldats : utiliser

l'exemple de l'Italie).

6) Offensive systématique pour l'exercice des libertés ouvrières ; maintien du

droit de grève par la grève elle-même ; élection ou désignation de délégués

ouvriers qui soient-les porte-parole véritables des intérêts ouvriers ;

protection de ces délégués, etc.

7) Désorganisation systématique de la production de guerre allemande par

l'action collective sous toutes ses formes (grèves perlées, résistance

passive, etc.) jusques et y compris le sabotage de masse (insister sur le

caractère de classe de cette lutte qui n'est liée en rien à la lutte militaire des

impérialismes alliés, mais déterminée par la lutte de la classe ouvrière et

de l'Union soviétique).

8) Préparation à la lutte insurrectionnelle des masses. (Les B-L expliquent que

la libération des travailleurs ne peut être que l'œuvre des travailleurs eux-

mêmes et qu'ils doivent se préparer non seulement à se débarrasser de

l'appareil d'État allemand et de ses satellites, mais en même temps de la

bourgeoisie indigène qui s'efforce de réinstaller son pouvoir grâce à l'appui

des baïonnettes alliées. Ils orientent de toutes leurs forces la lutte armée vers

le renversement de la dictature capitaliste et l'instauration de la dictature

prolétarienne).

Conclusion

Dans toutes les luttes, les B-L soulignent la nécessité d'unir les ouvriers pour leurs objectifs de lutte, d'unir la classe ouvrière internationale, d'unir les ouvriers avec l'ensemble des opprimés et des exploités, d'unir les luttes entre elles. Ils soulignent l'objectif ouvrier des luttes, la nécessité que ces luttes correspondent à la volonté des ouvriers, la nécessité de la plus grande démocratie ouvrière possible.

Le front ouvrier est le mot d'ordre qui résume l'ensemble de la conception ouvrière unitaire, démocratique et internationaliste des luttes. Il jette ainsi un pont entre les luttes d'aujourd'hui (le début des contre-attaques ouvrières) et les luttes de demain (l'offensive pour le pouvoir). Il résume, au stade actuel, notre lutte pour la préparation des soviets et du pouvoir soviétique.

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 2, p. 220–228 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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