1. La stratégie de la IVe Internationale est toujours dominée par cette idée
centrale : pousser les masses à prendre en main leur lutte et à exercer elle-
même le pouvoir. Cette stratégie prend un sens de plus en plus urgent dans
la montée révolutionnaire. C'est pourquoi elle tend toujours, en dernier
ressort, vers la constitution de soviets (conseils d'entreprise, conseils de
soldats, conseils de paysans élargis en conseils locaux, régionaux, en congrès
national, etc.).
La forme soviétique d'organisation porte à son point le plus élevé l'unité
d'action des ouvriers dans l'usine, des paysans travailleurs au village. Elle
constitue l'expression de la démocratie prolétarienne. Elle permet ainsi la
plus grande efficacité des luttes. Elle ouvre la période où la classe ouvrière
oppose son pouvoir à celui de la bourgeoisie. Elle fournit les cadres étatiques
de la dictature du prolétariat, en attendant d'ouvrir la voie à la disparition
progressive de tout pouvoir étatique et de permettre ainsi à l'humanité de
passer de l'administration des hommes à l'administration des choses.
2. L'expérience des luttes révolutionnaires récentes en Italie, et en partie dans
les Balkans, montre de manière décisive, après la France et l'Espagne de 1936,
que les luttes ouvrières tendent spontanément, dans les conditions présentes
de la décomposition du système capitaliste, à revêtir la forme soviétique,
même si pendant vingt ans toute propagande révolutionnaire a été in-
terrompue. Toutefois, les directions ouvrières réformistes et staliniennes ont
réussi jusqu'ici à chaque fois à détourner les mouvements de la révolution et
à les intégrer à l'appareil d'État bourgeois.
Tout l'effort des sections de la IVe Internationale vise donc à conserver aux
mouvements leur caractère ouvrier, à développer leur organisation dans le
sens soviétique, en utilisant pour cela les éléments même les plus
embryonnaires de la représentation directe des ouvriers, à leur donner la
plus large expression démocratique, à élargir au maximum le mouvement,
non seulement pour lui assurer plus d'efficacité, mais aussi pour lui faire
déborder le cadre corporatiste et revendicatif et pour lui faire aborder le
problème du pouvoir.
3. La constitution de comités d'entreprise constitue un moment décisif de cette
lutte pour les soviets. À son stade le plus élevé, le comité d'entreprise est
partie du mouvement et du pouvoir soviétique. À son stade le plus modeste,
il constitue l'expression démocratique de luttes économiques, et déjà une
prise de conscience élevée des masses. Les mouvements révolutionnaires de
1943 en Italie, entraînant la constitution d'un vaste réseau de comités
d'entreprise, montrent la voie à la classe ouvrière internationale. Au premier
rang, les ouvriers de la Fiat refusant de reconnaître l'intégration des comités
d'entreprise au cadre de l'État bourgeois par les Roveda et Buozzi.
4. Dès maintenant, en pleine Europe occupée, en Belgique, on assiste à la formation
de véritables comités d'entreprise. Dans certaines régions, les ouvriers se
réunissent dans les usines, discutent des problèmes de l'entreprise, élisent ou
révoquent leurs délégués. Leurs victoires sur de nombreuses revendications
économiques, parfois même contre les décisions des forces d'occupation (contre
la déportation), amènent les travailleurs des autres entreprises et des autres
régions à suivre leur exemple.
Les bolcheviques-léninistes appuient de toutes leurs forces la constitution de
ces comités d'entreprise, leur liaison inter usines régionale, et aussitôt que la
maturité de la situation révolutionnaire le permettra, leur liaison avec les
comités d'entreprise des autres pays.
En même temps, ils mettent en garde ces comités d'usine contre les dangers
qui les menacent : intervention brutale des forces de répression,
dégénérescence réformiste sous des formes diverses.
Contre cette dégénérescence, ils s'opposent à toute tentative de confiner le
mouvement dans l'ornière corporative et syndicaliste, en combattant
notamment les courants « apolitiques » qui utilisent la haine des ouvriers
contre les politiciens réformistes qui accaparaient avant-guerre le mouvement
syndical. Ils posent clairement devant les comités le problème du pouvoir
prolétarien. Ils poussent les ouvriers à unifier l'effort des comités d'entreprise
sur la base locale, régionale, etc., qui leur fait naturellement déborder les
cadres corporatifs. Contre la répression, les bolcheviques-léninistes soulignent
la nécessité de doubler les formes d'organisation quasi légale, par une
organisation rigoureusement clandestine, avec ses cadres restreints non
connus de l'ensemble des travailleurs, et sélectionnés dans les luttes.
Groupes ouvriers
5. Partout où les conditions ne permettent pas la création de comités
d'entreprise, les militants de la IVe Internationale poussent les ouvriers à
s'organiser pour préparer les luttes. C'est pourquoi ils font appel aux ouvriers
les plus conscients, inorganisés ou organisés et sans distinction de parti, à se
grouper dans l'atelier et dans l'usine en groupes de trois ou quatre ouvriers
strictement illégaux. Ces groupes devront rester en contact aussi étroit que
possible avec l'ensemble des ouvriers de leur entreprise, représenter leurs
aspirations, organiser systématiquement les luttes et prendre la tête de tous
les mouvements. Le Groupe ouvrier n'est d'aucune façon un groupe de
sympathisants du parti ou un groupe de discussion politique ; il a pour tâche
d'organiser les luttes ouvrières et de les mener. C'est avant tout au travers de
ces luttes que les meilleurs cadres ouvriers comprendront le rôle du parti
révolutionnaire.
6. Les
bolcheviques-léninistes
n'inventent
pas
une
forme
particulière
d'organisation, ils cherchent essentiellement à donner à la classe ouvrière la
forme d'organisation la plus élevée. Dans ce but, ils partent de toutes les formes
d'organisation que se donnent les ouvriers en lutte, quelle que soit leur
étiquette, même si elles revêtent des formes dangereuses. Par exemple, là où les
ouvriers français s'organisent dans les syndicats illégaux en face des syndicats
jaunes ou fascistes, ou pour déborder les syndicats légaux, les bolcheviques-
léninistes utilisent les groupes syndicaux illégaux et s'efforcent de les
développer en organismes de luttes autonomes (en insistant sur la nécessité de
la démocratie).
7. Mais les luttes ouvrières actuelles débordent déjà de bien loin le cadre de
l'atelier ou de l'entreprise. Nous voyons déferler de grandes vagues ouvrières
(grèves de Liège, de Charleroi, des mineurs du nord de la France, grèves de la
métallurgie, grèves contre la relève, grèves du 11 novembre, etc.). Il est
essentiel d'organiser ces mouvements, de les dégager de la gangue nationaliste
dont les revêtent encore souvent les partis d'union sacrée, de les souder les uns
aux autres sur des objectifs de classe. C'est pourquoi la IVe Internationale
souligne la nécessité du front ouvrier comme mot d'ordre général de
propagande et d'organisation.
8. Sur la base de la propagande, la politique du front ouvrier exprime la nécessité
d'opposer une politique de classe à la politique chauvine d'union sacrée
réformiste et stalinienne. Elle invite les ouvriers à ne faire confiance à aucune
victoire sur les fronts impérialistes, à comprendre que leur libération sera
arrachée non sur les fronts militaires impérialistes, mais sur le front de la
lutte de classes. En mettant en avant le mot d'ordre de front ouvrier, les
révolutionnaires opposent dans leur propagande de chaque jour aux fronts
nationaux bornés et réactionnaires des cliques impérialistes émigrées le front
ouvrier de la révolution socialiste. Ils appellent les opprimés à constituer leur
propre force de classe en dehors de l'union sacrée avec leurs oppresseurs.
9. Au-delà des objectifs immédiats, le mot d'ordre de front ouvrier ouvre la
perspective de la prise du pouvoir par le prolétariat. Il ne remplace pas le mot
d'ordre de comités ouvriers, soviets ; il leur ouvre la route en formulant la
nécessité de poser la question du pouvoir en termes ouvriers, en insistant sur
le fait que le pouvoir ouvrier n'est pas celui d'un parti ou de sa bureaucratie
sur le dos des ouvriers et sans contrôle de leur part, qu'il est au contraire le
pouvoir des masses démocratiquement organisées, capables de discuter
ensemble la route à suivre, de choisir librement entre celles que leur offrent
les divers partis.
Front ouvrier et front unique
10. Le front ouvrier exprime la nécessité d'unir les masses ouvrières sur la base
de l'entreprise contre les exploiteurs et contre l'oppression impérialiste. Elle
ne constitue en aucun cas un bloc des partis mais vise à grouper ou à
organiser directement les travailleurs sans distinction de tendances où de
partis pour la victoire de leurs luttes. L'affaiblissement du contrôle des
vieilles organisations politiques et syndicales sur la classe ouvrière facilite
le chemin pour l'organisation directe des ouvriers au sein de leurs
organismes autonomes. La politique du front ouvrier pousse à une telle
organisation. Elle aide les ouvriers à déborder les cadres des organisations
traditionnelles réformistes ou staliniennes qui ont joué dans le passé un rôle
considérable pour endormir, paralyser la classe ouvrière et la dévoyer de la
lutte révolutionnaire. Elle ouvre aussi la route vers les soviets.
Par contre, les B-L soulignent toujours le caractère d'unité d'action des
groupes -ouvriers et du front ouvrier. Cela signifie notamment que chaque
travailleur peut y exposer son point de vue. En ce qui nous concerne, nous
nous efforçons de faire triompher la politique bolchevique et de former des
cadres révolutionnaires. Chaque fois que c'est utile, les militants de la IVe
Internationale s'adressent aux partis qui se réclament de la classe
ouvrière pour l'organisation commune des travailleurs au sein des
groupes ouvriers, des comités d'entreprise ou de toute autre organisation
directe des travailleurs. Ils s'adressent, pour cela, notamment aux
militants et aux cellules d'entreprise des partis communistes mais aussi,
chaque fois que c'est nécessaire, aux organismes supérieurs des partis
communistes, afin de démontrer aux militants de ces partis que les
diviseurs de la classe ouvrière ne sont pas les B-L, qui veulent l'unir contre
son ennemi de classe, mais les dirigeants réformistes et staliniens qui
veulent l'unir à son ennemi de classe et n'hésitent pas pour cela à briser
l'unité de ses rangs et à opposer les ouvriers de chaque pays à ceux des
autres pays.
Front ouvrier et élargissement des luttes
11. En même temps qu'elle pousse à la formation dans les entreprises de
comités et de groupes ouvriers, la politique de front ouvrier souligne la
nécessité de fédérer ces groupes et comités sur le plan local, régional et
national, afin de donner aux luttes de la classe ouvrière le maximum
d'efficacité, de cohésion et de vigueur. Les B-L invitent les ouvriers à
éviter au maximum l'atomisation des luttes et à engager le combat sur
le front le plus large possible : entraîner toute l'usine à soutenir la lutte
d'un atelier, les diverses usines d'une même entreprise à se soutenir, les
usines d'une même localité ou d'une même région à s'épauler, etc.
Front ouvrier et syndicats
12. Alors que l'organisation syndicale ramène la classe ouvrière sous la férule
d'une bureaucratie paralysante et quasi inamovible, et constitue souvent
un frein aux luttes des couches les plus exploitées, les Groupes ouvriers et
front ouvrier débordent les cadres traditionnels du syndicat et ouvrent la
voie aux formes soviétiques d'organisation. Dans nombre de pays et de
régions, les seuls syndicats légaux sont actuellement des syndicats de type
fasciste qui ne permettent ni l'adhésion des ouvriers avancés, ni la lutte
des révolutionnaires dans leur sein, ni le travail dans les masses
exploitées (UTMI en Belgique, Syndicat des mineurs du nord de la France,
etc.).
Néanmoins, les révolutionnaires ne négligent aucune des possibilités d'utiliser
les syndicats légaux comme couverture du travail illégal, pour organiser les
cadres illégaux, orienter les ouvriers groupés dans les syndicats légaux et
prendre contact avec les militants des vieilles générations. C'est pourquoi,
partout où c'est possible, ils s'efforcent de pénétrer dans les syndicats
légaux et appellent les ouvriers à renverser les cadres réactionnaires de
ces syndicats. Là où se constituent effectivement des syndicats illégaux,
nos militants s'efforcent de les transformer en groupes ouvriers.
I3. La politique du front ouvrier souligne la nécessité d'unir les ouvriers
contre leurs exploiteurs capitalistes sans distinction de nationalité ou de
race. Dans les usines ou sur les chantiers où travaillent des ouvriers de
divers pays, le front ouvrier les rassemble dans la même lutte contre le
patronat. Il veille à ce que les travailleurs coloniaux soient partout traités
sur le même plan d'égalité absolue avec les travailleurs européens. En
Allemagne, il oppose à l'hystérie chauvine la solidarité internationale des
travailleurs. Il groupe les travailleurs de tous les pays d'Europe fra-
ternellement unis avec les ouvriers allemands, dans les luttes immédiates
contre la bourgeoisie (ravitaillement, cadence du travail, permissions,
etc.) contre les organismes nazis de mouchardage, pour la conquête des
libertés ouvrières, pour le renversement du capitalisme et de son État
fasciste. Il prépare l'union des travailleurs de toute l'Europe pour la
révolution socialiste et l'édification des États-Unis socialistes d'Europe.
Le front ouvrier et les masses non prolétariennes
14. L'époque actuelle est caractérisée par le mouvement tumultueux des
masses de la petite bourgeoisie chassée de sa routine conservatrice par les
gigantesques événements actuels : disparition des libertés démocratiques,
effondrement du niveau de vie, déportation massive comme main-d’œuvre,
etc. Ces couches non prolétariennes sont entrées en mouvement contre
l'impérialisme qui les opprime. Leur mouvement porte le plus les traces de
leurs aspirations réactionnaires (retourner au passé), de leurs tendances
chauvines et revanchardes, de leur confiance en de bons impérialismes
libérateurs. Il peut aboutir demain en un mouvement de type fasciste
comme en Finlande en 1919 et plus tard en Italie et en Allemagne. La
responsabilité de la classe ouvrière est ici décisive. C'est à elle qu'il
appartient d'entraîner les couches non prolétariennes (employés,
fonctionnaires, techniciens, paysannerie travailleuse) vers la seule voie qui
ne soit pas une impasse : celle de la révolution socialiste. Sinon, elles se
jetteront dans les bras du grand capital et deviendront son instrument contre
le prolétariat et la révolution.
Le front ouvrier s'efforce donc de réaliser l'alliance avec les couches exploitées
des classes moyennes contre l'ennemi commun. Cela ne signifie aucune
concession à l'égard de l'idéologie réactionnaire de la petite-bourgeoisie,
mais au contraire la lutte la plus implacable contre ses illusions et ses
tendances réactionnaires. C'est avant tout la puissance du mouvement
ouvrier qui entraînera les classes moyennes. Seul le front ouvrier peut
entraîner les masses opprimées et les guider dans la voie de la révolution
socialiste.
C'est évidemment la paysannerie travailleuse dont l'alliance est la plus
précieuse pour la classe ouvrière. Gagner l'alliance de la paysannerie
travailleuse et la neutralité des couches plus aisées est un problème vital
pour la révolution. C'est pourquoi dès aujourd'hui les ouvriers doivent
tendre à l'unité de front avec les paysans travailleurs. Le front ouvrier doit
s'adresser aux paysans travailleurs avec les mots d'ordre essentiels
suivants : solidarité des travailleurs des villes et des paysans travailleurs
contre le capital financier et son appareil d'État, contrôle ouvrier et paysan
du ravitaillement et des stocks, constitution de conseils de paysans
travailleurs et action commune avec ces conseils.
Front ouvrier et milice ouvrière
15. En prévision des luttes ouvrières qui prendront les caractère de luttes
physiques, voire de conflits armés, les B-L s'efforcent dès maintenant de
préparer l'armement et l'organisation militaire des ouvriers sur la base
de l'usine, tout en prenant garde d'éviter toute provocation et toute
aventure. En même temps, ils s'efforcent d'arracher les partisans à
l'emprise de leur direction en les dirigeant vers la lutte anticapitaliste et
la défense chi mouvement ouvrier.
Front ouvrier et programme
16. Le front n'a pas un programme de parti, ni même une plate-forme
analogue à celle d'une centrale syndicale, autour duquel il appellerait les
ouvriers à se grouper. Son programme n'est autre, dans chaque cas, que
l'expression des luttes que les ouvriers entendent mener dans telle usine
ou dans telle région. Leurs revendications peuvent différer selon les
régions et les époques, en particulier à mesure que se développent et
s'intensifient les luttes, à mesure que s'élève la conscience des
travailleurs. L'essentiel est qu'il unisse les masses ouvrières, rassemble
derrière la lutte des ouvriers les masses prolétariennes et oriente les luttes
dans le sens révolutionnaire et internationaliste. Bien entendu, à mesure que
les ouvriers ont élargi et développé leur organisation, ils tendent à exprimer
leurs luttes dans une charte plus complète et plus organique. Les B-L
participent à l'élaboration de cette charte pour en accentuer le caractère
révolutionnaire dans le sens du programme de transition et du programme
de la IVe Internationale. Mais ils soulignent toujours qu'il s'agit uniquement
d'une base d'action qui ne peut en aucun cas être confondue avec un
programme de parti.
17. Les B-L s'efforcent d'organiser les luttes, principalement sur les points
suivants :
1) Défense des intérêts économiques immédiats des travailleurs ; lutte
contre les diminutions déguisées des salaires, pour un salaire vital (en
tournant les lois allemandes par des primes uniformes, déblocage des
salaires) ; pour une cadence ralentie contre l'extension de la journée de
travail (en fonction du ravitaillement insuffisant et de la moindre
qualification de la main-d’œuvre) ; pour l'égalité des salaires pour les
femmes, les jeunes, les coloniaux (autant que possible, ne pas lutter pour
un pourcentage d'augmentation mais pour des primes égales de vie
chère). Lutte pour un meilleur ravitaillement pour l'organisation ouvrière
du ravitaillement. La lutte pour la défense des intérêts immédiats des
travailleurs doit être orientée vers des mots d'ordre plus larges comme
l'échelle mobile des salaires où le contrôle ouvrier (par exemple, contrôle
des ouvriers sur les cantines, leurs livres de comptes, l'emploi des tickets
et des provisions, gestion directe par les ouvriers, contrôle ouvrier et
paysan sur les silos, les entrepôts, etc.).
2) Organisation de la résistance collective aux mesures de réquisition de main-
d’œuvre, de déportation en Allemagne, de mobilisation industrielle et
militaire (orienter cette lutte de manière à montrer la solidarité effective de
la bourgeoisie indigène avec l'impérialisme occupant et la solidarité des
travailleurs du pays occupant et du pays occupé).
3) Solidarité avec les victimes de la répression fasciste, avec les militants
arrêtés par la police et la Gestapo, avec les réfractaires chassés de la vie
légale (donner chaque fois à cette solidarité son sens de solidarité
prolétarienne).
4) Organisation d'une liaison effective avec les ouvriers déportés en Allemagne
afin d'étendre la lutte aux usines allemandes
5) Organisation de la fraternisation avec les ouvriers des pays soumis à la
dictature fasciste, tant dans les usines allemandes que par la propagande
internationaliste auprès des troupes de l'Axe (souligner l'importance de
cette fraternisation pour empêcher la répression des mouvements en
paralysant l'intervention des SS grâce à l'attitude des soldats : utiliser
l'exemple de l'Italie).
6) Offensive systématique pour l'exercice des libertés ouvrières ; maintien du
droit de grève par la grève elle-même ; élection ou désignation de délégués
ouvriers qui soient-les porte-parole véritables des intérêts ouvriers ;
protection de ces délégués, etc.
7) Désorganisation systématique de la production de guerre allemande par
l'action collective sous toutes ses formes (grèves perlées, résistance
passive, etc.) jusques et y compris le sabotage de masse (insister sur le
caractère de classe de cette lutte qui n'est liée en rien à la lutte militaire des
impérialismes alliés, mais déterminée par la lutte de la classe ouvrière et
de l'Union soviétique).
8) Préparation à la lutte insurrectionnelle des masses. (Les B-L expliquent que
la libération des travailleurs ne peut être que l'œuvre des travailleurs eux-
mêmes et qu'ils doivent se préparer non seulement à se débarrasser de
l'appareil d'État allemand et de ses satellites, mais en même temps de la
bourgeoisie indigène qui s'efforce de réinstaller son pouvoir grâce à l'appui
des baïonnettes alliées. Ils orientent de toutes leurs forces la lutte armée vers
le renversement de la dictature capitaliste et l'instauration de la dictature
prolétarienne).
Conclusion
Dans toutes les luttes, les B-L soulignent la nécessité d'unir les ouvriers pour leurs objectifs de lutte, d'unir la classe ouvrière internationale, d'unir les ouvriers avec l'ensemble des opprimés et des exploités, d'unir les luttes entre elles. Ils soulignent l'objectif ouvrier des luttes, la nécessité que ces luttes correspondent à la volonté des ouvriers, la nécessité de la plus grande démocratie ouvrière possible.
Le front ouvrier est le mot d'ordre qui résume l'ensemble de la conception ouvrière unitaire, démocratique et internationaliste des luttes. Il jette ainsi un pont entre les luttes d'aujourd'hui (le début des contre-attaques ouvrières) et les luttes de demain (l'offensive pour le pouvoir). Il résume, au stade actuel, notre lutte pour la préparation des soviets et du pouvoir soviétique.