l'Afrique du Sud.
Le texte qui suit a été voté par le Secrétariat Unifié de la IV* Internationale comme base pour une discussion sur les problèmes de
Au cours de la dernière décade l'Afrique australe est apparue comme une zone d'importance majeure dans la politique mondiale. La victoire des mouvements de libération dans les anciens territoires portugais, la fin du régime raciste blanc au Zimbabwe et l’émergence de luttes de masse en Afrique du Sud ont transformé ce qui était une région « stable » de la domination impérialiste en une zone de crises et de soulèvements. Le fait qu’un nombre considérable de matières premières stratégiques et qu’un volume substantiel d’investissements impérialistes soient concentrés dans cette partie du continent fait que cette situation de crise concerne profondément les puissances impérialistes.
La clef de l’avenir de l’Afrique australe se situe en Afrique du Sud. Ce pays est aujourd’hui la plus importante base régionale pour l'impérialisme et la principale force contre-révolutionnaire dans la région. Mais il détient aussi l'industrie la plus riche du continent africain, construite par le travail d’une large et puissante classe ouvrière noire. Si les forces productives en Afrique du Sud étaient libérées des entraves du racisme et du capitalisme, elles deviendraient une force sociale immense pour la libération de l'Afrique de la domination impérialiste.
La République sud-africaine est un pays capitaliste semi-industrialisé encore dépendant des investissement et des aides technologiques de l’impérialisme en dépit d'un développement industriel important, Mais c’est un pays capitaliste d’un type particulier. « Du point de vue de la majorité noire, l'Afrique du Sud est une "colonie esclave’ dépendante d'une minorité blanche raciste et des intérêts impérialistes » (L. Trotsky). La grande majorité de la population et l’immense majorité des producteurs industriels et agricoles n’ont pas le droit de citoyenneté dans leur propre pays, ni droits nationaux, ni droits démocratiques élémentaires, ni droits politiques. C’est une situation unique dans le monde, résultat des formes particulières d'implantation du capitalisme par les colons blancs, alliés au capital étranger d’abord au colonialisme néerlandais et britanni-que, puis à l’impérialisme. L’Apartheid n’est que la forme finale de la ségrégation raciale par laquelle le capitalisme international et les couches dirigeantes blanches locales ont pu maintenir pendant plus d’un siècle la surexploitation du prolétariat noir, source de la rentabilité des mines d’or et de diamants qui forment une base essentielle de l’économie capitaliste internationale.
La République sud-africaine est un pays capitaliste semi-industrialisé dont la production manufacturière représente 22 % du PIB en 1975 (contre 17 % pour l'Egypte et 10 % pour le Nigéria, les deux pays les plus industrialisés du reste du continent). A titre de comparaison, cette part est de 23 % pour le Mexique, 35 % pour l'Argentine, 28 % pour la Corée du Sud, 30 % pour HongKong. En 1977, la croissance du PIB sud-africain était trois fois supérieure à la moyenne établie pour tout le reste du continent. Pour la fin de cette décennie, il est prévu que le secteur secondaire atteigne 28,9 % du PIB
Elle détient la plus grande concentration de richesses minières du monde capitaliste. Elle est le premier producteur mondial d’or (75 % de la production du monde capitaliste). Elle se range en troisième position pour l'uranium et les diamants, en seconde position pour le chrome, en septième pour les phosphates et le charbon dont elle est l’un des principaux exportateur, en huitième position pour le nickel et le minerai de fer. Sa part dans la production mondiale est de 92 % pour le platine et de 62 % pour le manganèse. La production minière représente près de 40 % du PNB et plus de 60 % des exportations. C’est la part de cette rente minière dans le revenu général qui maintient en partie sa dépendance vis à vis de l'impérialisme.
La production aurifère de l'Afrique du Sud est plus un facteur de dépendance par rapport au marché impérialiste qu’un moyen de pression et d'autonomie. Les fluctuations des cours du métal jaune influencent fortement l’économie sud-africaine sans que le régime de Prétoria puisse vraiment peser sur les détermina-tions extérieures de celles-ci.
Cette immense richesse est contrôlée conjointement par le capital étranger et le capital sud-africain de plus en plus associés l’un à l’autre, y compris dans des trusts et des compagnies opérant sous forme de joint-ventures. A l’autre pôle de la société se trouve la masse des producteurs noirs («africains», «métis» et «indiens» selon la therminologie officielle), misérables, dont le revenu par tête d’habitant est de 10 % de celui des blancs et dont la masse la plus pauvre est constituée par la paysannerie des Bantoustans, en grande partie dépendante des subsides de l'Etat sud-africain et des revenus des travailleurs migrants. C'est cette polarisation entre riches et pauvres qui, coïncidant avec l’apartheid et l’accaparement des terres fertiles par les blancs, rend la situation sociale sud-africaine explosive.
L'Afrique du Sud occupe une position absolument unique dans le continent africain. Elle draine à elle seule presque 50 % des investissements impérialistes qui vont à l'Afrique noire. L'importance de ses richesses et exportations minières en fait une des bases essentielles de l’économie capitaliste internationale. Le développement de la révolution coloniale, notamment au Moyen-Orient, a accru l'importance stratégique de l’Afrique du Sud à l’échelle mondiale. Encore récem-DYNAMIQUE DE LA REVOLUTION EN AFRIQUE DU SUD 15 ment, en juin 1981 se tenait à Buenos-Aires une conférence privée de militaires américains, sud-africains, uruguayens, argentins, chiliens et brésiliens afin de discuter le vieux projet de Traité de l’Atlantique sud, Washington cherchant surtout l’utilisation de la base militaire de Simonstown près du Cap, abandonnée par les Britanniques en 1975.
Le développement du mouvement de libération national en Afrique noire et surtout en Afrique australe oblige la RSA à se transformer en force contre-révolutionnaire principale dans cette région. Ses interventions au Zimbabwe (avant l'indépendance), en Angola, en Namibie, au Mozambique, ont tendance à s'étendre à une aire géographique de plus en plus large. Le budget de la défense nationale a quadruplé en dix ans et atteint maintenant 2,5 milliards de rands (1 rand vaut environ 6 FF). L'industrie d'armement en Afrique du Sud est un secteur de pointe prioritaire, d'ores et déjà capable de fournir des armes lourdes inspirées de modèles étrangers livrés dans le passé. Le gouvernement a favorisé le drainage de l’épargne vers les emprunts de défense nationale et des sociétés étrangères comme la Barcley’s Bank. Telefunken, une filiale du groupe français Thomson ont également investi dans les bons de la Défense De la même manière l'Etat sud-africain a su tirer profit de certaines technologies mises en œuvres sur place par des firmes étrangères pour en exploiter les possibilités militaires, afin, toujours, de contourner les recommandations de l'O.N.U. de cessation de tout commerce d’armement avec la RSA.
Par ailleurs, l’essor de l’économie sud-africaine nécessite de plus en plus l’incorporation des pays africains dans sa sphère d’influence commerciale. Certains capitaux investis dans ces pays proviennent d’Afrique du Sud. Elle domine de différentes manières les économies du Botswana, du Lesotho et du Swaziland tandis qu’elle exerce une forte influence sur celles du Mozambique, du Zimbabwe et de la Zambie; notamment dans l’économie minière de cette dernière. Une partie importante des produits alimentaires consommés dans ces pays proviennent d’Afrique du Sud. Les réseaux sud-africains de transport et de communication s'étendent à une partie du sous-continent. Au Mozambique l’exploitation du port de Maputo s'effectue en utilisant des matériels et du personnel sud-africains. Le barrage géant de Cabora Bassa dans ce même pays exporte une grande partie de sa production électrique vers l’Afrique du Sud. De plus certains des pays de la région connaissent une émigration temporaire de leur main d'œuvre vers les mines sud-africaines. Cette influence économique atteint maintenant le Kenya, le Zaïre, le Congo et l’Ile Maurice. Pour la seule année 1980 les exportations sud-africaines vers l’Afrique ont augmenté de 66,6 % atteignant 1,1 milliards de rands.
Tout effort sérieux pour affaiblir le poids économique du bastion raciste doit être soutenu. Les appels pressants des « Etats de première ligne » à obtenir une aide internationale pour réduire cette dépendance demeurera cependant sans lendemain. C’est une tragique et dangereuse illusion que de croire que les pays impérialistes vont aider ces pays à se soustraire durablement d’une influence sud-africaine dans laquelle ils ont tant d'intérêts. Parce que ces « Etats de première ligne » ont des économies néoco-loniales, il ne peut y avoir d’autre politique que de combattre simultané-ment l’influence économique, politique et militaire de l'Etat raciste et les classes dirigeantes locales complices de la domination impérialiste.
Entre la nécessité pour le régime raciste de jouer le rôle de gendarme contre-révolutionnaire sur une partie du continent, ce qui accentue l’indignation et la haine des masses africaines dans leur ensemble à son égard, et la nécessité de gagner des parties croissantes du continent pour des débouchés commerciaux, il y a une contradiction effective. L'installation, avec l’aide de l’impérialisme, de régimes plus conciliants dans ces pays serait la solution la plus efficace pour la résoudre. Mais aussi longtemps que la conscience anti-impérialiste des masses en Angola, au Mozambique, au Zimbabwe n’est pas durablement entamée, il est difficile de concilier les impératifs de l’expansion commercia-le sud-africaine avec ceux de la répression militaire contre des pays où demeurent pour le moment des régimes nationalistes bourgeois portés au pouvoir par des mouvements de masse anticolonialistes.
Cette contradiction constitue le fondement d’une des divergences tactiques qui subsistent notamment entre certains milieux impérialistes et Prétoria, divergences qui portent simplement sur le moyen le plus efficace de combattre la montée du mouvement des masses dans la région et non sur les objectifs fondamentaux économiques et politiques.
La croissance de l’économie sud-africai-a produit une classe de capitalistes sud-africains blancs puissante. A partir du milieu des années 1920, une taxe (l’Excess Profits Tax) frappe les bénéfices. des mines, permet une redistribution des profits, le développement de l’industrie manufacturière privée et étatique (notamment l’industrie sidérurgique liée aux nécessités de l’industrie minière). Mais en même temps, l’interpénétration du capital national et international, aussi bien dans le secteur minier que dans le secteur manufacturier, s’accentue. L'apparition d’un capital financier sud-africain marque une évolution récente du capitalisme dans ce pays, mais nullement un .achèvement. Il s’agit là d’une nouvelle illustration de la loi du développement inégal et combiné (d’ailleurs nullement limitée à l'Afrique du Sud). Il serait toutefois prématuré d’en déduire une modification qualitative des rapports entre la bourgeoisie sud-africaine et l'impérialisme. La fraction de la classe dominante qui détient cette part de capital financier reste dépendante du savoir-faire technologique des grands pays industriels. Pour cette raison et aussi en raison des besoins permanents financiers et commerciaux de la RSA, les entrepreneurs sud-africains sont obligés le plus souvent de recourir à des «joints ventures » pour toutes entreprises d’ampleur.
Mais surtout cette bourgeoisie est restée dépendante des mécanismes qui ont favorisé ses profits : l'apartheid et la domination nationale exercée contre la majorité de la population. Elle est donc incapable de balayer les formes barbares qui ont présidé à son accumulation et se trouve historiquement condamnée à ne pouvoir atteindre un développement identique à celui d’une classe dirigeante d’un pays capitaliste avancé. L'étroitesse du marché intérieur, lui-même dépendant de l’apartheid, constitue un autre aspect de ce blocage objectif et ne peut être surmonté par la classe dirigeante sud-africaine. Ainsi entre 1972 et 1980 l'Afrique du Sud emprunta près de 7 milliards de dollars US à des banques étrangères grâce à 186 prêts différents. Caractéristiques sont les prêts faits par des banques telles que Barclays et Southern African Oil Fund dont les objectifs, grâce au projet Sasol de transformation de la houille en pétrole, est de réduire la dépendance vis-à-vis du pétrole étranger.
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Si un capital financier sud-africain est DYNAMIQUE DE LA REVOLUTION EN AFRIQUE DU SUD 17 apparu, effectuant même des exportations de capitaux, le capital étranger continue à prédominer dans le secteur bancaire. En. 1978 deux banques sous contrôle étranger représentaient ensemble 52 % de l’actif global des vingt plus importantes. institutions financières du pays. Il s’agit de la Barclays National Bank ltd et de la Standart Investment Corporation (Stanbic), les trois groupes suivant, la Netbank, la Volkskas et la Bankorp étant contrôlés par des capitaux sud-africains.
Dans le secteur minier les participa-tions étrangères sont très fortes atteignant jusqu’à 72 % dans les « portefeuilles or » les mieux cotés. Elles sont de l’ordre de 45 % dans la De Beers et en moyenne de quelques 40 % de la capitalisations minière totale en Bourse évaluée en 1979 à 215 milliards de FF.
Les sociétés étrangères contrôlent totalement l’industrie électronique. Environ 80 % des ventes leur sont attribuées et les multinationales dominent entièrement l'informatique. Dans l'automobile, les trois-quart du chiffre d’affaire annuel est effectué par les firmes étrangères, le reste allant souvent à des concession-naires sous licences.
Dans le secteur des sources d'énergie l'Afrique du Sud est encore loin d’avoir pu se libérer des tutelles étrangères. Caltex, Mobil, BP, Total et Shell contrôlent environ 85 % de l’industrie pétrolière du pays. Les produits pétroliers raffinés sont fabriqués pour 95 % dans quatre raffineries dont trois appartiennent aux transnationales qui détiennent également 91 % des stations services,
Y compris dans le secteur du charbon traditionnellement aux mains de sociétés sud-africaines, Total, Shell et BP ont obtenu un droit d’extraction et de commercialisation, en échange sans doute de combustible liquide difficile à importer depuis la décision de la Ligue Arabe en 1973 de cesser toute vente de pétrole à la RSA.
Au cours des cinq dernières années le volume des investissements étrangers a plus que doublé, passant de: 10,5 milliards de rands en 1973 à 23 milliards en 1978 et à 25 milliards en 1980. Le principal propriétaire de ces capitaux étrangers reste la Grande Bretagne avec quelques 8 milliards dé rands, suivi du reste de CEE avec 6 milliards de rands et des USA avec 5 milliards de rands.
Le gouvernement sud-africain tente de réformer le système bancaire et de renforcer son contrôle politique sur les compagnies bancaires. Dans le secteur des banques en vertu du Bank Act de 1974 il impose aux institutions financières de ramener les parts étrangères à 50 % au plus avant 1985. Cela doit toucher essentiellement les quatre banques Barclays, Standart, Hilsam et la Southern French Bank détenue par la Compagnie française de l’Indochine et de Suez (aujourd’hui nationalisée par le gouvernement français).
Mais la contradiction de la dépendance demeure et le gouvernement a créé simultanément un « rand financier » dé-coté de 25 à 38 % par rapport au rand commercial, afin de favoriser l’investissement étranger, plus particulièrement celui des non-résidents, Le marché de ce «rand financier » se situe à Londres avec deux marchés auxiliaires à New-York et Johannesburg.
Le gouvernement sud-africain tente aussi de réduire cette dépendance dans des domaines comme l’énergie et l’armement. Il a fait des investissements considérables dans les sociétés d’Etat qui dominent maintenant de nombreuses industries. La sidérurgie (ISCOR) et la production électrique (ESCOM) ont été sous le contrôle de l’Etat depuis le début des années trente. Il a pris de nombreuses mesures afin d'augmenter la capacité de production locale et d’aider les entreprises sud-africaines à devenir des actionnaires majoritaires dans certaines branches de pointe, La volonté de résoudre le problème pétrolier a favorisé la recherche de techniques substitutrices.
Mais précisément dans ce domaine s'illustre les difficultés et les contradictions de cette politique « nationale ». Le savoir-faire sud-africain nécessite souvent des apports industriels impérialistes pour leur réalisation. Par exemple, pour les projets Sasol II et III dont les objectifs sont de transformer la houille en produits pétroliers, 40 % des coûts sont apportés par le capital étranger. Des multinationales comme des compagnies pétrolières ou des banques britanniques seraient actionnaires de Sasol III.
Il apparaît ainsi que le développement du capitalisme en Afrique du Sud renforce le poids de la technologie et des investissements étrangers. Le gouvernement peut essayer de favoriser les investissements de la bourgeoisie sud-africaine, il n’en réduit pas pour autant, globalement, la dépendance vis-à-vis de l'étranger. La croissance industrielle accroît non seulement la dépendance technologique mais dépend elle-même pour une part du marché international de l’or.
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La base matérielle de l’ancienne opposition, les intérêts Afrikaners et ceux de la bourgeoisie anglophone, a été largement modifiée. Les intérêts croisés des différentes fractions des classes dominantes ne permettent plus une telle simplification. Il est cependant réel que la grande bourgeoisie industrielle et financière (majoritairement anglophone) s'oppose aux pratiques politiques de la majorité de la petite entreprise, de l’agriculture, de la bureaucratie et de l’armée. Sur le fond ces divergences portent sur les besoins d'une économie moderne, pour une rationalisation de la domination capitaliste et l'élargissement du marché. Les divergences entre les libéraux et le parti dominant, National Party, portent sur une seule interrogation : comment éviter au mieux le déferlement des opprimés et l'ouverture d’une crise révolution naire. Les libéraux pensent qu’une démocratisation contrôlée bloquerait le processus de radicalisation du mouvement des masses. La majorité du N.P. comprend que toute concession majeure renforce la détermination des masses et que seule la stabilisation de l’apartheid par le développement d’une petite bourgeoisie métis et indienne peut éviter le pire.
Aucune fraction bourgeoise n’est en fait prête à donner la totalité des droits politiques et démocratiques aux masses noires ouvrières et paysannes. F. van Zyl Slabbert, leader de l’opposition libérale, accompagne par exemple ses propositions d'ouverture démocratique d’un droit de véto pour la minorité blanche et précise que son idée de «suffrage universel » (« universal franchise ») doit être distinguée de la « loi de la majorité » (« majority rule ») »
C'est le parti nationaliste lui-même qui est divisé sur ce chapitre entre « verligte » (éclairés) et « verkrampt » (crispés). Mais ces conflits politiques attestent d’une crise croissante au sein de la bourgeoisie dans une situation de tension sociale dans le pays et non de la résolution d’une fraction quelconque de la classe possédante d’arriver à un renversement fondamental de la politique de ségrégation raciale. Des organisations politiques nouvelles, comme la Herstigte N.P. ou les groupes néonazis confirment au contraire certains préparatifs à l’affrontement au sein d’une partie de la population blanche.
L’impérialisme est le principal bénéficiaire de cette situation. Malgré tous ses serments hypocrites sur la scène internationale, il n’est nullement décidé à remettre en question la ségrégation racia-le. Des études récentes ont d’ailleurs prouvé que les firmes américaines et européennes établies en RSA ne respec-DYNAMIQUE DE LA REVOLUTION EN AFRIQUE DU SUD 19 tent généralement pas les «codes de conduite », pourtant fort modestes, élaborés par des organismes officiels afin de favoriser, par exemple, l'égalité des salaires entre Noirs et Blancs. Le « code Sullivan » pour les USA et son équivalent établi par la CEE, se sont montrés incapables d’aller à l'encontre des impératifs du profit capitaliste en Afrique du Sud. En 1980, un document du ministère britannique du commerce reconnaissait que 33 entreprises anglaises payaient des « salaires de famine » à leurs salariés noirs et que 20 000 salariés noirs de filiales britanniques étaient payés à des tarifs en-dessous des normes pourtant fort modérées préconisés par le code de la CEE.
Le développpement du capitalisme danc ce pays, l'importance des investissements étrangers ou l’apparition d’un capital financier sud-africain ne sont donc pas des éléments miraculeux qui annonceraient l’évolution de ce pays vers la démocratie bourgeoise au nom de soi-disants besoins objectifs du capitalisme. Les contradictions continues dans cette évolution ne donneront pas. naissance à une transformation réformiste du système. Au contraire, plus la richesse s’accumule dans le camp bourgeois, moins il est possible de remettre vraiment en cause le bagne généralisé imposé aux populations noires. L'évolution du capitalisme en Afrique du Sud accumule chaque jour davantage les bases de sa destruction par la violence.
Le patronat sud-africain et les responsables politiques les plus éclairés reconnaissent par contre que le système rigoureux des emplois réservés aux blancs et la faible qualification professionnelle des noirs entravent à court terme le développement économique du pays. Au séminaire de 1980 sur la main-d'œuvre (« Manpower 80’s symposium ») il a été révélé que l'Afrique du Sud devrait former presque 5 millions de nouveaux travailleurs dans les huit prochaines années. Le gouvernement a décidé d’accélérer la formation professionnelle des «africains», et des «métissés». Il a engagé une refonte du marché de l'emploi en ouvrant aux noirs de nouveaux secteurs d'embauche. Mais cela ne peut résoudre dans l’immédiat les problèmes de main-d'œuvre qualifiée ainsi que l’élargissement du marché intérieur de consommation courante. Par contre cela heurte l’aristocratie ouvrière blanche qui constitue la base sociale du régime et renforce les tendances inflationnistes déjà fortes de l’économie sud-africaine.
Ce débat agite aujourd’hui les cercles dirigeants de la RSA. L'idée « généreuse » de favoriser la petite entreprise noire tournée vers le marché des «townships» et la possibilité pour certains « privilégiés » d’accéder à la propriété d’une maison ne réduiront d'aucune manière le chômage des populations noires. En 1977, 26,1 % seulement des emplois d'ouvriers qualifiés étaient occupés par les noirs. Les débats au sein des couches dirigeantes sur l'égalité des salaires, sur la qualification professionnelle des noirs et sur le droit à la syndicalisation ne sont plus seulement une question d’objectifs économiques mais également une question de survie de la domination blanche et de défense du capitalisme dans ce pays. En 1978, le PNB par tête d’habitant était approximativement .de 1440 US $. Comparativement, il était approximativement de 1200 US $ au Mexique, 1500 US $ au Brésil, 1800 en Argentine, 1700 à Taïwan, 2800 à Hong-Kong.
VI
L'agriculture capitaliste sud-africaine d’aujourd’hui est l’aboutissement d’une évolution qui ne revêtit pas immédiatement la forme généralisée du travail salarié. La pénétration coloniale avait largement exproprié les populations africaines de leurs terres et disloqué le système traditionnel de propriété du sol. Il subsistait une paysannerie africaine sans titres, résidant sur des terres appartenant formellement à des blancs. La loi foncière de 1913 avait pour objectif de réduire ce système du « squatting ». Le statut qui se généralisera alors sur les terres des fermiers blancs fut celui du fermage en travail (hormis les terres de la Couronne et celles des sociétés foncières). Selon ce nouveau système les paysans africains demeuraient sur les terres du propriétaire et y cultivaient un lopin mais devaient, suivant un contrat, une prestation en travail. Cette évolution n’a été possible que grâce à une intervention directe de l’Etat contre les paySans « squatters ». Cette organisation de travail dans l’agriculture constitua en quelque sorte un système de transition. A travers la Native Trust and Land's Act de 1936 et les mesures initiales de l'apartheid après la seconde guerre mondiale, stoppant toute migration libre de travailleurs noirs vers les villes, le fermage en travail disparait pour faire place au salariat agricole pur et simple. Cette évolution s'est faite sous la pression des fermiers boers, au travers de leur union agricole ou au niveau parlementaire par l'entremise du Parti nationaliste qui arrive au pouvoir en 1948. Les institutions racistes de l'apartheid nées à cette époques témoignent donc, en partie, des besoins nouveaux d’une agriculture capitaliste attentive à ses besoins en main-d'œuvre stable et en partie de ceux d’une industrie absolument dépendante du travail des noirs. L’apartheid est donc bien une nécessité structurelle du développement capitaliste dans ce Pays et non un « retour anachronique » à des formes pré-capitalistes. Aujourd’hui, quelques 75 000 fermiers blancs occupent 85 millions d’ha, à peu près 85 % du total des terres allouées à l’agriculture. Près de 750 000 travailleurs agricoles, presque tous noirs, y sont employés. 500 000 autres y trouvent un travail saisonnier. Si on ajoute à ces 1,3 millions de personnes actives dans l’agriculture blanche, le million deux cents mille personnes vivant de l’agriculture indigène, ce sont près de 28 % de la population active sud-africaine qui sont encore employés dans l’agriculture. Une partie significative d’entre eux sont dépendants des salaires obtenus à l’extérieur de l’agriculture. Néanmoins, l’apport de celle-ci au PNB est tombé de 16 % en 1946 à 7,5 % en 1978.
Toute l’évolution du système agraire en Afrique du Sud poursuivait dès le début le double objectif de spolier la population autochtone de la propriété et de l’accès au sol, afin d’assurer de la main-d'œuvre bon marché et politiquement contrôlée aux fermiers et aux capitalistes blancs. Aujourd’hui, telle reste la fonction fondamentale des Bantoustans : parquer la population africaine du pays dans des réserves où elle est dépourvue de ressources afin de l’obliger à vendre sa force de travail à des salaires de famine aux capitalistes sud-africains et à subsister comme une armée de réserve loin des centres industriels. L’implantation plus récente d'industries à la périphérie des « réserves » est un aveu encore plus cynique de cette politique. Ainsi, le régime raciste prive ces populations de tout droit civil et politique, sous la contrainte et la répression, dans des structures de retribalisation artificielle obligatoire afin de les maintenir divisées, sans capacité de défendre leurs droits les plus élémentaires, y compris celui de vendre leur force de travail de manière collective, dans un marché du travail unifié.
Une indication du caractère misérable de l’économie des Bantoustans est donnée par le fait qu’au Venda en 1975, 82 % de la population était composée de gens qui dépendaïent des revenus des travailleurs migrants en zones blanches ; 9 % de la population « active » travail-DYNAMIQUE DE LA REVOLUTION EN AFRIQUE DU SUD 21 laient dans l’agriculture, mais ne rapportaient que 0,9 % du « revenu national » de ce territoire. Pour le plus grand des Bantoustans, le Transkei, on escompte 5 millions d’habitants en l’an 2000 dont 1,9 million seront sans. emploi, Déjà aujourd’hui, ce Bantoustan ne peut produire qu’un tiers des aliments nécessaires à sa population. La mortalité infantile y est de 282 pour 1 000, contre 18,5 pour 1 000 pour les Blancs d’Afrique du Sud.
Les populations n’appartenant pas aux ethnies officielles des Bantoustans sont dorénavant inquiétées ou chassées par les autorités locales, aggravant ainsi les persécutions généralisées contre toute unification des masses noires en RSA. Des militants syndicaux noirs sont emprisonnés voire tués par les « autorités » fantoches de ces territoires pour le compte des racistes blancs.
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Déjà dans son Accumulation du capital, Rosa Luxembourg affirmait qu’« un million d’exploiteurs blancs des deux nations scellèrent leur alliance fraternelle et touchante au sein de l’Union sud-africaine en privant de leurs droits civils et politiques cinq millions de travailleurs de couleur ». Cette collusion ou du moins cette communauté d'intérêt s'exprime inégalement et de manière différentes. La pression de l’Etat contre le « squat-ting» favorise l'accumulation de la paysannerie Afrikaners et son investissement en dehors de l’agriculture dans l’industrie et la banque. Le « pacte » établi en 1924 entre le National Party et la Labour Party constitua une autre forme de consensus entre les différentes couches de Blancs. C’est ce gouvernement qui a établi un tarif protectionniste, une aide à l’agriculture, la création d’un secteur . nationalisé, notamment les aciéries de l'ISCOR ainsi que l’Excess Profit Tax afin de favoriser un bloc bourgeois unifiant une partie des intérêts Afrikaners à ceux des capitalistes anglophones et de l'impérialisme.
La discrimination raciale a favorisé les profits de toutes les fractions de la bourgeoisie en Afrique du Sud. L’existence de deux marchés du travail, celui des blancs et celui des noirs, a permis de combiner la défense d'un marché intérieur (bien que restreint) fondé sur les revenus des salaires blancs et un coût très bas de la production fondé sur l’exis-tance de l’armée de réserve des ouvriers noirs et le salaire minimum accordé à ceux-ci. C’est à la réalisation de cette articulation que c’est consacré en dernière instance l'Etat sud-africain. Ce faisant il a pu combiner d’une part la croissance d’une bourgeoisie sud-africaine et de l’autre les intérêts impérialistes à la recherche d’un rapport maximum pour leurs investissements. L'Etat sud-africain a joué une double fonction par laquelle s'exprime toujours aujourd’hui la complicité entre le patronat blanc sud-africain et les investisseurs étrangers. L'existence d’un appareil d'Etat autonome dès 1910 a été un facteur important dans le renforcement d’une bourgeoisie blanche sud-africaine et dans la stimulation de ses investissements.
Le régime raciste dispose ainsi de marges de manœuvre réelles. Il sait pouvoir supporter, même de manière très éphémère, un isolement relatif, grâce aux ressources du pays, grâce à son développement économique, et grâce à l'autonomie des intérêts des multinationales vis-à-vis des gouvernements impérialistes. C’est pourquoi régulièrement il utilise ces possibilités pour faire pression sur les gouvernements occidentaux afin que ceux-ci s’engagent plus résolument à ses côtés. Certaines iiterventions militaires comme l'opération « Protée » de 1981 contre l’Angola peuvent avoir, entre autres choses, cet objectif.
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La révolution sud-africaine se conforme-ra à la réalité de classe, c’est-à-dire à la structure sociale, économique et politique du pays. Elle prendra la forme d’un processus de révolution permanente cherchant à résoudre avant tout la question nationale, la question de l'égalité des droits civils et politiques, et la question de la terre pour la grande majorité de la population : les Africains, les Métis et les Indiens.
En même temps, vu le poids prépondérant du prolétariat industriel, minier et agraire dans la population active, la lutte pour ces droits s'effectuera par des moyens d’action et d’organisation de plus en plus prolétariens et se combinera de plus en plus avec la lutte pour des objectifs de classe propres au prolétariat.
Déjà en 1970, 1,5 million de travailleurs noirs s’employaient dans l’industrie, fournissant 85 % de la force de travail de ce secteur. A cette même date les quatre principales régions industrielles du pays concentraient 36,6 % de la population active (23,3 % pour la seule région de Prétoria-Witwaters). La concentration de plus de 9 millions de noirs (sur une population noire de 20 millions) dans des « townships », immenses bidonvilles à la périphérie des grandes cités indurstrielles a renforcé le caractère explosif de cette évolution.
La révolution sud-africaine commence sur le terrain de la question nationale. Les luttes dans les usines elles-mêmes expriment d’abord la volonté des travailleurs noirs de s'organiser en tant que tels pour conquérir leur émancipation. Les mobilisations combinent aux revendications immédiates (salaires, conditions de travail, droit de résidence, solidarité contre la répression ..) la lutte pour les revendications nationales démocratiques, pour la libération nationale (égalité des droits, liberté d’expression et d'organisation). La transcroissance du processus révolutionnaire d’une lutte pour des objectifs nationaux-démocratiques en une lutte pour des objectifs anticapitalistes se fait donc sans discontinuité.
C'est pourquoi la croissance du mouvement de masse combinera d’une part la formation d’associations communautaires visant localement ét nationalement à l’unification des masses noires contre le régime raciste, et de l’autre la formation de syndicats et d’autres organisations du prolétariat à proprement parler, sans qu’il soit possible de prévoir maintenant les articulations entre ces deux formes d’organisations.
A la campagne le développement généralisé de l’agriculture capitaliste en zone blanche et la généralisation du salariat doivent favoriser à la suite d’une victoire révolutionnaire des masses noires une appropriation collective (sous une forme quelconque) des grandes propriétés agricoles. Mais il n’est pas possible aujourd’hui de cerner ce que seront les exigences précises des masses noires dans les campagnes et parmi les couches semi-prolétarisées. La destruction du système des bantoustans exigera évidemment une réforme agraire radicale que les populations de ces régions ainsi peut-être qu'une partie des sans-travail des townships auront tendance à vouloir élargir aux zones de la grande agriculture capitaliste, monopolisant les meilleures terres. Il est donc impossible à l'étape actuelle de prévoir les imbrications d’une réforme agraire rédonnant la terre à des paysans pauvres et à des semi-prolétaires et d’une nationalisation d’une partie de la grande agriculture capitaliste. Ce sont les mobilisations elles-mêmes et le rôle des organisations du prolétariat qui pèseront en définitive sur la nature des exigences des masses rurales.
La question agraire est rigoureusement liée à la question nationale notamment en ce qui concerne la destruction du. DYNAMIQUE DE LA REVOLUTION EN AFRIQUE DU SUD 23 système des bantoustans. La lutte pour le droit à la terre (« la terre à ceux qui la travaillent ») se combinera avec la lutte contre tous les aspects actuels du « développement séparé ».
La question nationale en Afrique du Sud c’est avant tout la lutte pour l’unification de tous les opprimés et les exploités, la conquête de leur droit à constituer une seule et unique nation. La force motrice de cette lutte, c’est le prolétariat industriel. Unifiant autour de lui la population jeune des « townships », le prolétariat minier et agricole, la paysannerie pauvre. Il est déjà significatif qu’une partie des mobilisations dans les townships soient associées à des grèves ouvrières (boycott des autobus, boycott de la viande lors de la grève des abattoirs au Cap ….) et que les actions menées par les jeunesses indiennes et métisses prennent des formes similaires à celles de la jeunesse africaine.
L’aristocratie ouvrière blanche, de plus en plus aspirée hors du secteur productif, fait partie d’une « caste privilégiée et arrogante de Blancs » (Trotsky) cherchant à défendre ses privilèges.
Le pacte de 1924 par les strapontins qu’il offrit aux syndicats de la classe ouvrière blanche scella la disparition de celle-ci comme force politique autonome. Ce phénomène se renforça au fur et à mesure que ses rangs étaient de plus en plus composés par des employés d’origine Afrikaner et non plus seulement anglophone (pour leur part liés au syndicalisme travailliste dans les années 1920:et 1930).
D'ores et déjà, face à la nouvelle politique des salaires et des emplois du gouvernement Botha, une partie des supporters des partis situés à la droite du Parti national (HNP et fascistes) est constituée par les salariés et ouvriers blancs.
Il est toutefois possible que la crise que connaît aujourd’hui la RSA ébranle des secteurs très minoritaires de la population blanche et les pousse à prêter attention aux revendications des masses noires. Ces éléments, la révolution sud-africaine et les marxistes révolutionnaires les confronteront à un choix précis, ou bien avec les masses opprimées noires et de couleur contre l'impérialisme et les possèdants blancs racistes, ou bien avec les classes exploiteuses blanches contre les opprimés !
IX
Les années 1970 virent le réveil du mouvement des masses après les défaites qu’il subit au début des années ’60. En particulier, il mit en évidence comme un trait permanent les luttes des travailleurs et des jeunes et des masses urbaines en général.
Ce sont d'abord les luttes des travailleurs en 1972-73, puis le soulèvement de Soweto en 1976 qui se traduisait par des formes nouvelles de radicalisation parmi la jeunesse, ainsi que parmi les travailleurs (« stay at home »).
Les luttes de l’été 1980 démontrent que le centre de gravité du combat contre l’apartheid est aujourd’hui la classe ouvrière. Celle-ci s’affronte maintenant au pouvoir blanc sur le double terrain des revendications économiques et de la volonté d’imposer la reconnaissance des organisations syndicales. Ce combat constitue une leçon et un encouragement pour l’ensemble du mouvement des masses, associations communautaires etc.
Le mouvement syndical indépendant est encore jeune et divisé. Deux fédérations (FOSATU et CUSA) ainsi qu’un certain nombre de syndicats (GWU, African Food and Caning Workers Union, SAAWU, MACWUSA ...) se partagent une grande partie des adhésions syndicales. des travailleurs noirs. Les problèmes surgissent peu à peu, introduisant entre toutes ces organisations, des discussions et des divergences. La question de l’enregistrement, celle des «industrial councils » ainsi que celles des revendications directement politiques ont déjà occupé une grande place dans ces débats. Le principe de «non collaboration » avec les institutions de l'Etat raciste doit être précisé à chaque expérience nouvelle de lutte et de confrontation avec le régime ou le patronat.
« L'enregistrement » confronte les syndicats à un problème politique. Les effets de cette règlementation, fixée par la Commission Wiehahn, sont bel et bien de permettre un contrôle répressif par le gouvernement, Une lutte contre ce principe est donc nécessaire, Toutefois l'histoire déjà complexe des syndicats sud-africains ne permet en aucune manière de caractériser ceux qui sont aujourd’hui enregistrés comme obligatoire-ment collaborationistes ou compromis. Ceci est notamment valable pour les unions « enregistrées » qüi font partie de la FOSATU. L'enregistrement a pu être ressenti parfois comme une question tactique.
Ceci est prouvé par la Conférence de Langa, tenue en août 1981, où se regroupèrent des syndicats indépendants. Cette conférence, dont l'existence est en elle même de la plus grande importance, a adopté une résolution condamnant le principe de l’enregistrement tel que le conçoit le pouvoir.
Plus sérieusement le mouvement syndical inépendant (mis à part la COSU) se déclare « non racial », ce qui, dans les conditions de l'Afrique du Sud, est une formule pédagogique pour un syndicalisme de classe opposé à un syndicalisme par race dirigé ou influencé par les notabilités «métisses», «indiennes» Ou par des mouvements comme
Mais en définitive la question clé aujourd’hui est de donner un contenu politique à la bataille pour l’unité syndicale. Celle-ci doit être posée non seulement au sommet mais aussi dans les entreprises où parfois existent deux syndicats indépendants différent. Cette bataille pour l’unité syndicale sera une étape vers l'unification syndicale. C’est seulement dans de telles conditions que le mouvement ouvrier sera capable de débattre et de règler chaque problème nouveau qui surgira, chaque piège tendu par le gouvernement, par les libéraux, les patrons des multinationales et l’impérialisme. La division actuelle n’est pas un moyen de clarification entre les différentes organisations. Au contraire par la différenciation des expériences locales et des implantations, elle alimente la confusion et parfois le sectarisme.
Un mouvement syndical unifié aura les moyens de résister, face aux pressions de toutes sortes qu’exercent d'ores et déjà certaines officines impérialistes, libérales ou social-démocrates pour « aider » les syndicats. L'unité sera aussi un moyen d’élargissement des capacités d’intervention parmi les chômeurs, les jeunes sans travail, les femmes et les populations déshéritées des Bantoustans.
L’avant-garde ouvrière va se trouver rapidement à la croisée des chemins. Le régime ne pourra admettre longtemps ce renouveau de l’insolence ouvrière. Afin de mieux répondre aux préparatifs répressifs du pouvoir, il faudra aller de l’avant, renforcer l’organisations dans les entreprises (shop stewards), toujours mieux garantir la démocratie interne et enfin, élargir le champs d'activité et de mobilisation des syndicats. Les directions elles-mêmes auront certainement à jouer un rôle partiel de direction politique.
Aucune illusion ne doit exister sur la possibilité pour le régime d'admettre un Statu-quo avec le mouvement déjà existant.
L'émergence d’une centrale unique, des travailleurs sur une base non-raciale et démocratique acceptant en son sein le droit de tendance et la liberté de discussion serait un pas décisif dans DYNAMIQUE DE LA REVOLUTION EN AFRIQUE DU SUD 25 l'organisation des opprimés.
La faiblesse actuelle du mouvement des masses ne provient pas d’un manque de détermination des opprimés mais de l'absence d’une direction révolutionnaire et des orientations des organisations politiques noires. La montée du mouvement des masses dans l’après guerre avait mis en avant l'African National Congress (ANC). Cette organisation, après que la direction originelle ait été remplacée par des militants plus radicaux issus de la Youth League, reconnaissait le rôle dirigeant des masses africaines.
Néanmoins la plus grande faiblesse de cette direction était l’absence d’une perspective de classe et une stratégie de révolution par étape. Dominée par le Parti Communiste, cette direction suivait les objectifs d’une étape démocratique bourgeoise et s’orientait vers une collaboration avec des secteurs libéraux blancs. Cette politique amenait une fraction à rompre et à constituer sur des bases nationalistes le Pan African Congress (PAC).
Après les massacres de 1960 ANC et PAC s’orientèrent vers une stratégie de guérilla rurale. Une telle orientation ne pouvait conduire qu’à un bilan très négatif. Ajourd’hui l'ANC et le Parti communiste semblent avoir tourné vers une tactique de guérilla urbaine.
Ce changement est non seulement une indication sur l’échec de la guérilla rurale mais aussi sur la pression de la formation sociale sud-africaine et le poids décisif des masses urbaines. L'ANC a tardé à saisir cette évolution tant à cause de son programme qu’à cause de ses liens internationaux. Le 6 août 1976, Olivier Tambo, Président du mouvement, déclarait encore au journal algérien El Moudjahid que « les événements de Soweto sont aussi l'expression de l'étape actuelle du développement de la lutte en Afrique du Sud de la préparation du peuple à la lutte contre le régime raciste et son aptitude à développer les mêmes actions que celles du FRELIMO, du MPLA, du Mouvement de Libération du Zimbabwe ». Une telle comparaison n’a pourtant aucune base matérielle dans la réalité sociale et politique de l'Afrique du Sud.
L'écho que de telles actions peuvent avoir parmi les masses ne favorise Pourtant guère leur organisation. Elles tournent l’attention vers l'ANC et peuvent accroître sa popularité mais elles ne rassemblent pas et n’unifient pas les luttes de masse. Elles tendent à substituer des coups de mains à un lent travail de préparation des opprimés à leur autodéfense. La répression qui s’abat ensuite contre les militants nationalistes engagés dans de telles actions a toujours été sans pitié de la part du régime sans qu'il soit possible de préciser quel bénéfice de leur sacrifice en a tiré le mouvement des masses,
Une guérilla s’appuyant sur les « pays de première ligne » avec le soutien d’une partie de l’'OUA s'inscrit sans doute dans le cadre de la diplomatie de l'ANC et du Parti communiste. Elle pourrait être une réponse à court terme apportée à la volonté de combattre qui s’exprime dans la communauté noire réfugiée dans les « Etats de première ligne ». Mais en l'absence de lien réel avec les luttes menées dans les usines et les townships, elle épuisera à plus long terme cette combativité face à l’appareil militaro-policier du régime raciste. «
Il n’est cependant pas exclu que dans l'avenir l’ANC connaisse un développement, notamment grâce à l’aide internationale qu’il peut recevoir de certains Etats africains et de l'URSS. Il dispose d’un appareil à l’extérieur et de cadres à l’intérieur qui peuvent lui permettre de capitaliser une partie de la radicalisation en cours. Il peut aussi tenter d’adapter sa politique à la montée des luttes en s’orientant de manière plus tactique vers le mouvement syndical noir, et ne plus réduire cette intervention à la seule autoproclamation de la SACTU, appareil syndical en exil qui lui est lié. Mais conformément à une orientation qui s’enracine dans les conceptions staliniennes du PC, l’ANC conserve encore aujourd’hui une orientation sectaire selon laquelle les masses doivent s’unifier derrière elle-seule. Cette autoproclama-tion en tant que seule véritable direction révolutionnaire ne favorise pas le nécessaire objectif d’unification des luttes et des organisations.
Toutefois l’ANC dispose parmi la population d’un fort crédit. Des milliers de jeunes et de travailleurs se réclament confusément de lui, non sur la base de son programme, mais comme un symbole. Cette influence peut aussi s’expliquer par l’intense campagne de certains milieux libéraux pour évoquer largement dans la presse ce mouvement politique afin de mieux modeler son image de « seul interlocuteur représentatif ». Il est cependant certain que dans les rangs des supporters et militants de l’ANC se trouvent des cadres et des militants qu’il faudrait gagner à un programme révolutionnaire d'indépendance de classe.
L'influence dont dispose l'ANC peut lui permettre de capitaliser des mouvements sociaux qu'il n’a, en aucune manière, initié et encore moins dirigé. Il est aujourd’hui au centre de toutes les préoccupations de ceux qui veulent éviter à tout prix une révolution socialiste en Afrique du Sud. Moscou, les Etats de première ligne, certains groupes impérialistes aimeraient pour des intérêts divers trouver dans l’ANC une direction capable d’accepter une sorte de « Lancaster House deal ». Mais la violence contenue dans les luttes de classes en Afrique du Sud ne permettra pas facilement une telle solution. Et si l’ANC renforce d’un côté son influence idéologique, la complexité du combat réel sur le terrain pourrait bien ourvrir des brèches d’un autre côté et produire des divergences sérieuses entre diverses composantes du mouvement. D’ores et déjà existe une contradiction entre les relations que l’ANC a avec les libéraux et la pression qui excerce le syndicalisme non-racial et indépendant.
Le PAC, pour sa part, plus faible que l'ANC, a été marqué par des oscillations et des tournants qui sont allés de la lutte armée au réformisme en passant par un nationalisme radical teinté de maoïsme.
Le Mouvement de la Conscience noire a eu, lui aussi, une grave crise d’orientation accentuée par la répression qui l’a frappé. L'AZAPO qui en est pour l’instant l’une des héritières politiques semble avoir évolué dans le sens d’une reconnaissance du rôle de la classe ouvrière. Il n’en demeure pas moins que ce courant très hétérogène a pronfondement marqué la présente génération de jeunes et qu’il marquera pour longtemps l’expérience de cette nouvelle génération. Il a surtout échoué par une incompréhension de la nécessité d’unifier tout le mouvement des masses (et pas seulement « africain ») et de centraliser ce combat par la construction d’un parti révolutionnaire.
En dépit d’une claire compréhension des objectifs de la révolution sud-afri-çaine, les trotskystes de ce pays ne réussirent pas au cours des années 1930 et 1940 (quand existait une section sud-africaine de la Quatrième Internationale) à construire une direction alternative aux nationalistes et aux staliniens. Ils surent, cependant, analyser les rapports entre la question nationale et les objectifs anticapitalistes. L'indépendance de classe du mouvement d’émancipation devait selon eux s’expiimer dans le slogan de «non collaboration » avec l'Etat et les institutions racistes.
Mais la construction du parti révo-DYNAMIQUE DE LA REVOLUTION EN AFRIQUE DU SUD 27 lutionnaire dépend aussi de la capacité organisationnelle à former des cadres, à stabiliser une direction, à centraliser les diverses interventions politiques faites dans les mouvements de masse. Les trotskystes n’avaient pas été apporté une attention suffisante à ces questions. Et la répression agrava la situation.
Lorsqu’en 1943 apparu le Non-European Unity Movment (NEUM), il demeurait un espoir de voir se développer un courant radical de masse dans lequel des révolutionnaires pouvaient construire un noyau d'avant-garde.
Mais au lendemain de la seconde guerre mondiale la situation en Afrique du Sud devint plus complexe. La répression s’agrava et une forte pression s’exerça sur tous les courants d’opposition. Le programme pour l’émancipation nationale ne devait pas être séparé des autres objectifs révolutionnaires. Il fallait insister encore plus qu'auparavant sur l'éducation des cadres et sur la préparation politique à la répression. La cohésion de l’avant-garde autour d’un clair programme de révolution permanente était une nécessité vitale pour se maintenir dans la nouvelle situation, sans compromis avec le rêve d’une guérilla rurale ou avec l'illusion d’une pression internationale sur le régime raciste. La vulnérabilité politique et organisationnel-le du courant à la gauche des nationalistes et des staliniens ne permit donc la construction d’une direction alternative à la fin des années 1950 quand le mouvement de masse connaissait une nouvelle croissance. Le NEUM, comme l'ANC et le PAC, subit la défaite des années 1960, après avoir connu une crise et un éclatement.
XI
La tâche centrale aujourd’hui est de construire un mouvement unitaire de masse capable de détruire le système d’apartheid. La crise de l’Etat raciste trouve son origine dans le refus grandissant des masses noires de continuer à subir l'oppression nationale et sociale. Pour cela la construction des organisations de masse (syndicats, associations d'étudiants de quartiers, de paysans, etc.) est déterminante. C’est l’unité de toutes ces associations et organisations dans un vaste mouvement national centralisé qui pourra véritablement abattre le système raciste.
Cette tâche d’unification pour la lutte serait incomplète sans la définition d’un programme et une direction capable de centraliser les luttes de ces différents secteurs, de poser en rapport avec cet objectif la question de l’autodéfense de la communauté noire. Ceci doit être un des aspects du travail de constitution de mouvement des masses contre l’apartheid. Il y a en effet un rapport direct entre le sentiment de force et de détermination que donnerait l’unification à travers tout le pays du mouvement des masses noires, et la possibilité pour celles-ci de prendre elles-mêmes en mains la question de la protection de leurs mobilisations et de l’autodéfense de leurs quartiers et de leurs organisations. L’avant-garde révolutionnaire dans ce pays devra maîtriser ce rapport entre développement du mouvement de masse et organisation de la défense armée.
Le mouvement de masse doit s’émanciper définitivement de la petite bourgeoisie cossue indienne et métis et des mouvements réactionnaires « tribaux ». Ce qu'il a déjà fait largement dans certaines régions. L’un des objectifs centraux du régime pour maintenir la division entre «africains », «métis» et « indiens » est de promouvoir des castes dirigeantes, des notabilités artificielle-ment enrichies et des cadres ou professions libérales à forts revenus. C’est ainsi que dans le Natal existe quelques petites industries et gros commerces détenus par des indiens. Il existe même une soi-disante banque indienne, la « New
Republic Bank ». Des partis comme le Labour Party (métis), le Réform Party et le Natal Indian Congress (indiens) sont les reflets de ces intérêts de classes.
D'autre part des mouvements comme l’Inkatha, organisation créée par Bu-joue un rôle similaire, si ce n’est à un niveau plus massif, dans l'encadrement et l’intimidation des travailleurs zoulous et permet l'enrichissement de ses dirigeants par la corruption et l’aide du régime raciste.
Le renforcement des structures démocratiques des organisations communautaires indépendantes et l’éducation donnée par les syndicats devraient permettre une réduction de l’influence de ces organisations réactionnaires.
Affirmer que le prolétariat peut avec succès diriger et centraliser le combat contre l'apartheid, conquérir les droits nationaux et démocratiques et regrouper autour de lui tous les opprimés, c’est dire que ce processus peut aboutir à la formation d’un gouvernement ouvrier et paysan s’engageant plus avant dans la lutte pour la révolution prolétarienne et le socialisme.
Un pas important peut être atteint par le mouvement ouvrier : la construction d’un Parti des travailleurs consacré à la défense des intérêts de toute la classe ouvrière et des opprimés et à la destruction :totale du système d’apartheid. En pratique cela signifit un parti fondé sur les travailleurs noirs et leurs organisations. La formation d’un tel parti représenterait une avance considérable dans la conscience et le degré d'organisation destravailleurs.
Les organisations existantes sont, à des degrés divers, marquées par le sectarisme. Cela n’en rend que plus fondamental le soutien à tout pas en avant réel dans l'unification du mouvement de masse, en particulier des fédérations syndicales dont les succès sont bien plus importants du point de vue des intérêts des masses qu’une opération de commando, même réussie.
Les objectifs unifiantes du mouvement doivent inclure :
- l'abolition de toutes les lois d’apart-heïd et du système des bantoustans.
- l'abolition de toutes les dispositions légales qui restreignent le droit à la propriété foncière en fonction de critères raciaux.
-le droit de constituer des syndicats noirs indépendants (regroupant Africains, Métis et Indiens) sans restriction et sans contrôle et intimidation.
- refus de collaborer avec les institutions créées par l’apartheid.
- l’abolition de toute législation répressive (suppression du « Communism Act », de la censure sur la presse, etc.) et la libération de tous les prisonniers politiques.
- Convocation d’une Assemblée constituante élue démocratiquement sur la base de « one person, one vote ».
Dans ces conditions la République sud-africaine deviendra en pratique une république « noire ». Cela n'exclut évidemment pas ni l'égalité complète pour tous, ni les relations fraternelles entre les races (ce qui dépend surtout de la conduite des blancs). Mais il est absolument évident que « la marque dominante de l'Etat sera donnée par la majorité écrasante de sa population, affranchie d’une dépendance servile »(Trotsky).
Ces objectifs souligent l’importance de la solidarité avec les luttes qui se mènent à travers le pays, dans les villes comme dans les’ zones rurales, dans les townships comme dans les bantoustans.' Les mouvements qui pourraient apparaître dans ces derniers doivent être considérées comme un fragment de la lutte des populations noires de toute l'Afrique du Sud contre le régime raciste et ses fantoches. De la même manière il faut aussi prévoir que la lutte pour l’émancipation nationale exprimera à un moment des revendications anti-impérialis-DYNAMIQUE DE LA REVOLUTION EN AFRIQUE DU SUD 29 tes contre les multinationales et les puissances capitalistes complices de l’apartheid.
Cette lutte pour le renversement de l’apartheid, pour la libération nationale et pour les droits démocratiques ouvre la voie à la révolution socialiste en Afrique du Sud. A cet égard, l'Afrique du Sud ne fait pas exception à la théorie de la révolution permanente. Il est impossible de prétendre abolir l'apartheid sans s'attaquer au capitalisme (c'est-à-dire à la propriété capitaliste des mines, des usines, des banques et de la terre), dont le développement a été à l’origine de tout le système raciste, Ce régime ne pourra pas dépérir. Il doit être renversé. Un tel bouleversement révolutionnaire établirait les bases d’une collaboration entre les peuples d'Afrique australe contre l’impérialisme et le capitalisme. Ce serait un développement décisif de la révolution socialiste dans le continent africain et un maillon pour de futurs Etats unis socialistes d'Afrique.
XII
Il est nécessaire de construire une organi- ‘sation révolutionnaire qui intervienne au cœur des luttes de masse afin d'élever le niveau de conscience et de forger la direction révolutionnaire capable d’apporter des réponses à la fois aux problèmes qui se posent actuellement et à ceux qui se poseront demain. Cette organisation devra chercher à réunir ceux qui sont d'accord sur les questions centrales de la révolution sud-africaine : - pour le font unique de toutes les organisations et associations noires, métisses et indiennes qui luttent sans compromis contre l’apartheid ; pour une lutte de masse contre le régime raciste ; pour un gouvernement ouvrier et paysan.
- pour l'unité et l'indépendance de la classe ouvrière noire et la reconnaissance de son rôle dirigeant dans le front unique contre l'apartheid ; pour une centrale syndicale unique, unifiée, indépendante et non raciale.
- pour la rupture avec les orientations de guérillas substitutistes.
- pour la révolution socialiste en Afrique du Sud et son extension à toute l'Afrique australe en combattant l'impérialisme et le néo-colonialisme.
Ces points ne sont pas des points particuliers à l'Afrique du Sud, mais le résultat de l'expérience vivante de la classe ouvrière à travers le monde. Ces tâches et objectifs de la révolution sud-africaine trouvent leurs illustrations dans les luttes anti-impérialistes d’Indochine, de Cuba qui n’ont abouti que parce qu’elles ont donné naissance à des révolutions anticapitalistes et à la construction d'Etats ouvriers. Au contraire les leçons de l'Angola et du Mozambique où se maintient le poids dominant des intérêts impérialistes et où les masses n'ont toujours pas obtenu les droits démocratiques élémentaires montrent ce qu'il advient de luttes de libération nationale arrêtées en chemin. Au Zimbabwe où les accords de Lancaster House ont maintenu une situation néo-coloniale et où, en dépit de l’arrivée de Mugabe au pouvoir, ni la question de la terre, ni celles des libertés démocratiques entières, ni celle de la misère des masses noires n'ont commencé à recevoir de réponse crédible.
La révolution prolétarienne nécessite une organisation qui puisse tirer ces leçons et s'intégrer dans le processus de construction d’une direction révolutionnaire internationale. Pour aider à réaliser cet objectif, la Quatrième Internationale a le tâche de construire sa section en Afrique du Sud.
Mais la quatrième Internationale est favorable à l'unité la plus large sur des points précis qui permettrait de faire progresser les luttes. Il est nécessaire de promouvoir et de favoriser le débat entre toutes les composantes du mouvement d’émancipation dans ce pays.
La formation d’un mouvement révolutionnaire de masse en Afrique du Sud n'en ést qu’à ses tous débuts. Il faut y voir une raison supplémentaire pour accepter le débat et pour favoriser les rapprochements politiques et la collaboration sur la base d’accords politiques partiels.
XII
La nécessité d’un soutien aux luttes contre l’apartheid en Afrique du Sud justifie que la Quatrième Internationale soit partie prenante de la construction d’un vaste mouvement international de solidarité permanente.
Cela signifie à la fois le développement des activités propres de la Quatrième Internationale et la participation de ses militants à l’activité des mouvements anti-apartheid dans leur pays.
A) L'activité propre de la Quatrième Internationale :
Il est nécessaire de faire écho aux luttes se déroulant en Afrique du Sud et de souligner les objectifs et revendications des masses noires combattant le régime raciste. La presse des sections de la Quatrième Internationale rendra compte régulièrement de la situation dans ce pays.
Notre mouvement cherchera chaque fois que l’actualité des luttes en RSA l'exige à impulser des campagnes mondiales centralisées concentrant des moments forts de mobilisations contre le régime d’apartheid.
Les membres de notre mouvement proposeront aux syndicats auxquels ils appartiennent qu’ils prennent des positions et des initiatives de soutien concrets aux luttes en Afrique du Sud. En particulier les membres de la Quatrième Internationale travaillant dans des entreprises ayant des filiales ou des intérêts en Afrique du Sud proposeront aux syndicats et aux travailleurs d’exiger des patrons le respects de l'égalité des salaires et des droits syndicaux pour les travailleurs noirs employés par eux en Afrique du Sud. Ils proposeront aux sections syndicales de soutenir ét de se lier unitairement aux structures syndica-les dont se dotent les travailleurs noirs dans ce pays. Les militants trotskystes insisteront donc sur la nécessaire solidarité entre les travailleurs de leur pays et leurs camarades noirs en Afrique du Sud. Ils proposeront chaque fois que cela est possible des collectes financières, des motions de soutien, des aides syndicales à leurs compagnons d’un même trust, d’une même entreprise en Afrique du Sud.
En ce moment l’une des questions les plus urgentes est la lutte en Namibie. Depuis 1977 le groupe des cinq pays occidentaux (USA, Royaume Uni, Allemagne de l'Ouest, Canada et France) a été au centre de négociations fréquentes et prolongées avec le gouvernement sud-africain, ses fantoches de la Turn-halle Alliance, les Etats de première ligne et le principal mouvement de libération la SWAPO. Ces pays ont été constamment gênés dans la conclusion d’un quelconque accord par les actions des sud-africains, plus particulièrement leur sortie de la Conférence de Genève en 1981. Ils ont maintenant engagé une guerre prolongée et soutenue contre les Etats voisins, plus particulièrement contre l’Angola. Ceci a pour objectif à la fois de détruire les bases arrières de la SWAPO et de déstabiliser le régime de Luanda, sans doute en créant un espace pour un gouvernement de l’'UNITA et de Savimbi dans le sud.
La réponse de l'impérialisme à ces actions a été limitée à une singulière condamnation verbale. En fait les actions de l’Afrique du Sud a parfaitement servi les besoins des pays impérialistes. Les attaques contre l’Angola attirent l’attention sur la présence des forces cubaines DYNAMIQUE DE LA REVOLUTION EN AFRIQUE DU SUD 31 et des coopérants techniques dans ce pays — une chose qui a été présentée comme une question équivalente à la présence sud-africaine en Namibie et négociable ensemble. En même temps le vol des richessses de la Namibie continue à une vitesse accélérée. A la fois l’Afrique du Sud qui y fournit les armes et son programme énergétique et la Grande Bretagne qui maintenant y prend plus de la moitié de son uranium (de la mine de Rossing dont la plus grande partie est exploitée par la Rio Tinto Zinc, une compagnie anglaise dont Lord Carrington, qui dirigea l’accord néo-colonial de Lancaster House sur le Zimbabwe, est actionnaire), sont préoccupés de retarder une indépendance qui pourrait menacer ces approvisionne-ments.
Afin de préserver une seconde ligne de défense, ils introduiront dans un quelconque accord négocié une série de garanties pour la continuité de l’exploitation. Ils essayent généralement de réécrire les résolutions de l'ONU en incorporant « la protection contre la nationalisation arbitraire de la propriété privé ou la nationalisation sans une rapide et juste compensation ». Ils essayeront aussi certainement de réintroduire des garanties constitutionnelles pour les blancs telles qu’on les trouve dans l'accord de Lancaster House sur le Zimbabwe et une force de maintien de l’ordre similaire pour superviser l’accord.
Les marxistes révolutionnaires s’oppo-seront à ce complot impérialiste sur une claire ligne d’autodétermination pour le peuple de Namibie, Nous ne reconnaissons pas le droit aux cinq puissances impérialistes d’être parties prenantes d’un quelconque accord. « Impérialistes hors de Namibie » !
En conséquence nous défendons le droit de la Namibie à l’indépendance immédiate, le retrait de toutes les troupes sud-africaines de ce pays y compris du port de Walvis Bay et le droit pour toute la population de ce territoire de participer à des élections libres sur la base de « une personne, un vote ». Nous demandons que le SWAPO puisse librement s’organiser en Namibie sans menace ni contrainte — ceci ne signifiant pas que nous apportions notre soutien au programme de la SWAPO.
Enfin la Quatrième Internationale soutient tous les mouvements qui en Afrique du Sud s’affrontent au régime raciste pour abolir le régime d’apartheid et gagner tous les droits nationaux et démocratiques pour les masses africaines, métis et indiennes.
b) Les mouvements anti-apartheid :
Les militants trotskystes participent à l’activité des organisations de solidarité pour en faire des mouvements de masse unitaires et actifs capables de lancer et d'animer des campagnes :
- contre les liens et relations de tout ordre avec le régime raciste et le marché sud-africain afin d’accroître l'isolement politique et économique de la RSA
- pour le soutien aux luttes et en particulier en direction des organisations syndicales et aux associations de masse antiapartheid en Afrique du Sud. Pour l'impulsion dans les organisations syndicales d’une solidarité active avec la classe ouvrière noire en Afrique du Sud.
- pour la libération de tous les prisonniers politiques. Pour l’arrêt et le sabotage des tournées sportives sud-africaines utilisées comme représentations diplomatiques du régime raciste.
- pour un soutien sans exclusive à toutes les forces politiques combattant en Afrique du Sud contre le racisme et l’apartheid.
Ainsi, par nos activités nous lutterons dans ces associations contre tout sectarisme qui aboutit parfois à privilégier le soutien à la seule ANC, comme le proposent souvent les militants des partis communistes, ou au seul PAC. Les associations de soutien à l’étranger doivent apporter leur aide à tous les combat- darité sur tel ou tel mouvement poli-tants et victimes, sans discrimination. tique ne peut que renforcer la division L'’alignement des associations de soli- en Afrique du Sud même.