Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Pablo annonce sa rupture avec la IVe Internationale

24 mai 1965 · Secrétariat unifié · La réunification : le VIIe Congrès mondial et après (1963-1965) · 3 536 mots

In English: Documents: Pablo Announces His Break with the Fourth International — texte anglais publié à l’époque.

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(Déclaration du Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale)

Dans le numéro de mai de « Sous le Drapeau du Socialisme », la fraction dirigée par M. Pablo publie une note affirmant ses divergences avec la majorité de la Quatrième Internationale et sa décision de « ne jamais » admettre de « se confondre » avec la position de la majorité. Ce groupe a choisi ce moyen d'informer le mouvement trotskyste qu 11 refuse de s’incliner devant les décisions de la majorité du prochain Congrès Mondial de la Quatrième Internationale dont la préparation est en cours depuis plusieurs mois. Le document équivaut donc à une annonce publique de la rupture vers laquelle Pablo s'orientait au cours des dix-huit derniers mois.

Pour justifier sa grave décision, Pablo met en avant l'argumentation suivante, Une crise « idéologique » déchire tout le mouvement communiste international par suite d’une cssification de la théorie. De même que le mouvement stalinien, le mouvement trotskyste est affecté par un retard excessif de la théorie sur la réalité. De même que le mouvement stalinien, à cause de ce retard, le mouvement trotskyste s'est divisé en tendances idéologiques, De même qu’il serait erroné d'identifier le stalinisme avec une seule tendance, de même il est erroné d'identifier le trotskysme avec une seule tendance. C'est pourquoi le groupe Pablo, en dépit de ses forces réduites et de son incapacité à convaincre la majorité du mouvement trotskyste de la justesse de ses points de vue dans une libre discussion intérieure aurait pourtant le droit d'apparaître au monde comme un groupe autonome et en même temps de parler au nom de la Quatrième Internationale.

En plus des arguments ci-dessus, Pablo proclame qu’il a lutté pendant de nombreuses années pour « réorienter » le mouvement trotskyste mondial à la fois théoriquement et pratiquement. Sur le plan théorique il à lutté pour que la Quatrième Internationale rejette comme «scories» une bonne partie de son héritage théorique, et sur le plan pratique il a lutté pour qu’elle déplace la « primauté » de son travail révolutionnaire socialiste des centres impérialistes vers les zones coloniales.

I1 prétend enfin que la Quatrième Internationale, ses sections et les partis sympathisants, en raison de leur refus d'accepter les nouveautés qu'il offre en théorie et en pratiqu:, se trouvent à présent « en marge » de la révolution coloniale, sont plus éloignés que jamais des courants engendrés par la « déstalinisation » dans les Etats ouvriers et les partis communistes, ont tort d’accorder un soutien critique à la Chine dans le conflit sino-soviétique, « minimisent » l’aide accordée par l’'U.R.SSS. et les Etats ouvriers d'Europe orientale à la révolution coloniale, ont choisi le « mauvais côté » dans les divergences intérieures des combattants de la libération angolais, et par conséquent appartiennent à « un passé mort et sans avenir ».

Cette argumentation, basée sur une déviation droitière et embellie de quelques prétentions plutôt exagérées, ne peut résister au plus simple examen critique.

Tout d'abord, représenter le mouvement trotskyste comme n'étant pas fondamentalement différent du stalinisme en ce qui concerne la source des difficultés dans le domaine de la théorie ne signifie rien d’autre que jeter par dessus bord l'héritage fondamental du trotskysme et lui substituer des conceptions étrangères qui sont loin d’être nouvelles. L’idéologie du stalinisme émane de la caste bureaucratique parasitaire en Union soviétique. Son but principal n’est pas de refléter la réalité ou de servir à transformer la réalité. L'idéologie du stalinisme est une apologétique dont l'objectif principal est de camoufler, de dissimuler la bureaucratie et d'en défendre les intérêts particuliers. Les crises qui se produisent dans l'idéologie stalinienne sont symptomatiques des contradictions économiques, sociales et politiques auxquelles cette caste conservatrice a à faire face sous les pressions de la révolution mondiale montante et des revendications prolétariennes accrues à l'intérieur d’une part, et celles de l'impérialisme contre-révolutionnaire d'autre part. C'est de cette façon que la révolution future en Union soviétique, au moyen de laquelle la classe ouvrière soviétique mettra fin au régime arbitraire de la caste bureaucratique et restaurera a démocratie prolétarienne et le programme révolutionnaire de Lénine et Trotsky, projette son ombre devant elle,

De sa position fondamentale concernant une source commune de prétendus vices idéologiques similaires à la fois dans le stalinisme et le trotskysme, Pablo déduit sa conclusion que, de même qu'il serait incorrect de considérer qu'une des tendances du spectre qui s'étend de la Yougoslavie à l’Albanie parle pour toutes, de même dans le mouvement trotskyste il serait incorrect de considérer qu’une tendance parle pour l'organisation dans son ensemble, même si elle dispose d’une majorité écrasante. (Ceci n'empêche pas Pablo, bien entendu, de donner l'impression frauduleuse dans son organe fractionnel public que les positions de sa petite minorité représentent la Quatrième Internationale dans son ensemble). Ainsi, selon l'argumentation de Pablo, la majorité n’a pas le droit de lui imposer sa discipline, tandis que lui, en tant que tendance indépendante, a le droit, comme toute autre formation autonome, de suivre et de propager publiquement la ligne qui lui convient, y compris de la présenter comme la ligne de la Quatrième Internationale,

Si le mouvement trotskyste acceptait cela, il serait réduit à une simple fédération de tendances aux positions discordantes sur certaines des plus importantes questions du moment. Toute minorité, si faible ou éphémère soit-elle, serait autorisée à parler avec une autorité égale à celle de la majorité. L'effet pratique serait évidemment de détruire la Quatrième Internationale,

Mais ce n'est pas tout. La logique de l'argument de Pablo, s'il était poussé jusqu’au bout, ne signifierait pas l'unification des révolutionnaires internationa lement sur la base d’un programme juste — comme le défend la Quatrième Internationale — mais la totale dispersion de leurs forces. Par exemple, pourquoi un sous-groupe de la fraction Pablo ne publierait-il pas son propre organe public dans une prolifération encore plus avancée de tendances et une aggravation de la confusion idéologique ?

A sa façon, Pablo se montre averti de la nécessité de bloquer le développement des conséquences logiques de sa position, particulièrement quand ïil s'agit de ses propres partisans Un centralisme de fer est de rigueur dans toute région qu’il considère comme étant « sienne ». L’exclusion immédiate est la punition du « crime » d'être en accord avec la position de la majorité de la Quatrième Internationale. Les arguments de Pablo sur la nécessité de rejeter le centralisme démocratique, du moins « à présens » — quand il est en minorité, pourraient difficilement être plus cyniques et dépcurvus de principe.

C’est évidemment de la sophistique que d'en appeler au polycentrisme croissant des partis communistes comme d’un prétexte pour se séparer de la Quatrième Inter-pationale. Tout ie mouvement révolutionnaire a un besoin réel de se rallier autour d'un preeramme juste; la véritable question est donc celle du programme de la Quatrième Internationale. Ce programme, forgé dans des décennies de discussion et mis à l'épreuve des grands événements, n'est-il pas un programme marxiste révolutionnaire ? Par conséquent, ceux qui y adhèrent ont pour devoir de se soumettre au centralisme démocratique, en présentant leurs divergences et contributions ou en cherchant à gagner une majorité.

Nous ne dénions pas à Pablo le droit démocratique de se proclamer une tendance autonome parmi toutes autres qui existent dans le mouvement ouvrier, mais il est frauduleux de le faire sous le nom de la Quatrième Internationale et nous nous sommes déjà élevés contre cette tromperie.

En ce qui concerne les efforts messianiques de Pablo depuis un nombre indéterminé d'années de « réorienter » le mouvement trotskyste mondial et de lui faire rejeter une partie non spécifiée de son héritage théorique comme des « scories », on peut dire ce qui suit. Si nous en croyons Pablo, ses efforts auraient pour base le fait que le mouvement trotskyste serait « historiquement né » en Europe et en Amérique du Nord et serait par conséquent « déformé » de naissance en raison du milieu impérialiste dans lequel il aurait vu le jour. Pendant longtemps, dit-il, il a cherché à « déseuropéaniser » et à « dénord-américaniser » le mouvement trotskyste international pour surmonter ainsi la déformation originelle. Engagé dans une démagogie grossièrement visible, cet Européen déforme considérablement la vérité. Le mouvement trotskyste est né historiquement en Union soviétique en 1923 en tant que continuation directe du léninisme. Son programme a toujours inclus les documents fondamentaux des quatre premiers Congrès de la Troisième Internationale qui soulignent particulièrement les problèmes de la révolution coloniale, les rapports avec les mouvements nationaux et les luttes des minorités. Sa théorie de la révolution permanente s'applique avec une force particulière au monde colonial. Si Pablo avait désiré continuer à poursuivre son dada, en vue de surmonter les défauts originels du trotskysme, le mouvement ne lui dénierait pas ce droit aussi longtemps qu'il le ferait au sein du mouvement, c'est-à-dire aussi longtemps qu’il adhérerait aux règles du centralisme démocratique régissant toutes les tendances et fractions qui participent loyalement à la riche vie intérieure de la Quatrième Internationale. Le mouvement trotskyste mondial n’est pas monolithique. Il comporte différentes tendances qui possèdent non seulement une expérience et une maturité politiques variables mais aussi des nuances diverses. En fait la Quatrième Internationale recherche l'adhésion de tendances révolutionnaires qui peuvent avoir des positions particulières sur certaines questions, positions auxquelles elles désirent gagner le mouvement, mais qui acceptent de se soumettre au centralisme démocratique, en acceptant la loi de la majorité et l'unité dans l’action.

Pablo, cependant, a choisi de rompre avec le centralisme démocratique et il informera probablement maintenant plus clairement et plus complètement, d’une tribune extérieure, ce que dans le programme il considère précisément être « des scories » et de quelle manière le mouvement trotskyste doit être « réorienté » — à moins qu'il perde tout intérêt sur ce sujet.

Les oraisons funèbres de Pablo sur la Quatrième Internationale et sur ses sections et partis sympathisants se trouvant « en marge » des développements révolutionnaires, séparés du processus de « déstalinisation » et du mauvais côté dans le conflit sino-soviétique, dans des querelles en Algérie et parmi les révolutionnaires angolais ,sont de toute évidence écrites pour l'édification des bureaucraties qu’il s'efforce aujourd’hui de flatter. Elles apprécieront sans aucun doute la manière avec laquelle il s'efforce de calomnier et de dénigrer le mouvement auquel il fut associé si longtemps et peut-être, par de tels moyens, trouvera-t-il plus aisé de justifier dans sa propre conscience la voie qu’il a décidé de suivre.

Le programme de la Quatrième Internationale appelle les révolutionnaires à s'intégrer dans les mouvements révolutionnaires ou dans les organisations de masse de leur propre pays, que ce soit dans le monde colonial ou dans les pays économiquement avancés. L'objectif premier est de construire un parti marxiste révolutionnaire, mais c’est aussi un moyen essentiel d'exprimer son internationalisme. Par exemple, dans le développement de la révolution au Congo, en Afrique du Sud, au Vietnam, à Saint-Domingue, un révolutionnaire peut jouer un rôle vital en Europe ou en Amérique du Nord dans son syndicat ou dans une autre organisation de masse en solidarité avec les camarades de ces pays. Inversement, des camarades dans les pays coloniaux peuvent avoir un rôle énormément valable pour faire progresser le mouvement révolutionnaire dans les pays impérialistes par la poursuite de leur propre lutte révolutionnaire chez eux.

La Quatrième Internationale n’a jamais permis que son programme reste une pure abstraction. Ses membres dans les pays coloniaux peuvent fièrement souligner ieur participation aux grandes luttes chez eux. Pour la période récente, on peut citer le Pérou où Hugo Blanco a acquis une renommée de dirigeant paysan à travers toute l'Amérique latine, la Bolivie où les trotskystes constituent une tendance dirigeante dans la classe ouvrière, l’Afrique du Sud où de nombreux trotskystes ont été condamnés à de longues années de prison en raison de leur rôle dans l’opposition politique, On pourrait étendre cette liste à beaucoup d’autres pays. Dans les métropoles, les trotskystes ont été à l'avant-garde dans l'organisation d’actions de solidarité envers la révolution coloniale. Leur rôle en Europe occidentale et en Amérique du Nord pour la défense des révolutions algérienne et cubaine dès leur début fournit un exemple stimulant. Quant à l'idée que les marxistes révolutionnaires devraient quitter leur place dans ce difficile front de lutte et se rendre dans les pays celoniaux, elle se justifie là où il est question de volontaires nécessaires pour renforcer une lutte militaire ou de techniciens nécessaires pendant la consolidation de l'indépendance et la construction du socialisme, mais c’est une caricature de lin-ternationalisme que de la concevoir comme étant capable de se substituer à une direction politique indigène basée sur un parti marxiste révolutionnaire indigène.

Les rapports du mouvement trotskyste avec le processus de « déstalinisation » ne sont pas du tout tels que Pablo les décrit. La vérité est que les vieilles calomnies staliniennes sur le trotskysme se sont effondrées à l'échelle mondiale. Là où, comme en Amérique latine, les courants révolutionnaires progressent puissamment, le mouvement trotskyste est de plus en plus accepté à sa juste valeur dans l'avant. garde. Il compte de nombreux anciens membres des partis communistes dans ses rangs, il a de bons rapports avec d’autres et il éprouve de moins en moins de difficultés avec ceux chez lesquels l'hostilité du passé persiste encore. Ces nouveaux rapports ne s'étendent pas, bien entendu, à ceux qui n'ont pas encore surmonté le culte de la personnalité de Staline ou aux éléments bureaucratiques de variété maoiste, khrouchtchévienne ou titiste. C’est peut-être dans ce dernier domaine que Pablo voudrait bien « réorienter » le mouvement trotskyste mondial.

Dans le conflit sino-soviétique, la Quatrième Internationale a donné un soutien critique à Pékin contre Moscou sur des questions spécifiques. Le militantisme de Pékin est plus favorable au développement de la révolution mondiale que l’insistance de Moscou sur la « coexistence pacifique » (qui signifie le maintien du statu quo par rapport à l'impérialisme et à la lutte de classe). En même temps, les limites des positions de Pékin, et en particulier son effort pour maintenir le culte de Staline, ont été sévèrement critiqués par la Quatrième Internationale. La position trotskyste dans ce conflit est indépendante et s’est attirée les foudres des deux bureaucraties.

En ce qui concerne les divergences parmi les tendances nationalistes dans le mouvement de libération angolais, la Quatrième Internationale ne fait dépendre sa position ni de la direction de Holden Roberto en tant que tel ni de celle ce ses adversaires, elle se détermine selon la tendance qui est la plus engagée dans une lutte effective contre l'impérialisme portugais sur les lieux. L’analogie de Pablo avec le M.N.A. et le F.L.N. algériens est totalement erronée, La Quatrième Internationale a donné un soutien critique au F.L.N. parce qu'il combattait effectivement en Algérie, ce qui n’était pas le cas pour le M.N.A. Et notre soutien au FLN. n’impliqua jamais la confiance politique aux dirigeants algériens de l’époque, Ferhat Abbas et Belkacem Krim.

Les insinuations de Pablo sur la position de la Quatrième Internationale à l'égard du gouvernement de Ben Bella est à peine digne d’être notée. Les membres de la Quatrième Internationale en Æurope occidentale ont été poursuivis par l'impérialisme français pour avoir soutenu la révolution algérienne pendant les années les plus difficiles. Certains ont été emprisonnés, d’autres ont été visés par les attentats de l'OAS. Une solidarité active envers la révolution algérienne fut manifestée par toutes les tendances de la Quatrième Internationale, indépendamment de leurs divergences sur différentes questions. Depuis la victoire de la lutte de libération de l'Algérie, la Quatrième Internationale a fortement défendu le gouvernement de Ben Bella contre tous ses ennemis contre-révolutionnaires — et contre les propres faiblesses et le manque d'orientation marxiste-léniniste de ce gouvernement, qui font également partie de la situation. Tout ceci est bien connu de l'avant-garde algérienne.

Arrétons-nous là sur la tentative de Pablo pour justifier son orientation hors de la Quatrième Internationale vers un milieu non spécifié.

Au Congrès de Réunification, en 1963, le mouvement trotskyste mondial représenté par le Secrétariat International et la majorité du Comité International réussit à guérir une rupture datant de plus de dix ans, sur la base d’un programme principiel comportant à la fois les principes fondamentaux du mouvement trotskyste remontant à 1923 et les progrès reflétant les développements mondiaux depuis lors. Seuls des groupements secondaires (Healy, Lambert, Posadas) refusèrent de se join-äre au Congrès de Réunification, bien qu’ils furent invités à envoyer des délégués soit comme participants, soit comme observateurs. Pablo vota pour la réunification et la salua comme un grand pas en avant. On espérait qu’une direction collective, incluant Pablo, pourrait être établie en dépit des différences ou réserves importantes qu’il exprima.

Mais il est maintenant clair que Pablo n'était pas sincère quand il soutint la réunification. Il commença aussitôt à organiser une fraction à l'échelle internationale. Conformément aux traditions de la Quatrième Internationale qui a toujours mené et nourri une vie intérieure hautement démocratique, cette fraction se vit accorder des pleins droits. Mais le programme de Pablo était tel qu’il le contraignit à des violations de plus en plus graves de la discipline. En tant qu’avertissement, lui et d’autres avec lui furent suspendus de leurs places dans la direction. Au lieu de changer leur cours, ils s’engagèrent de plus en plus délibérément vers une scission, pratiquant une sorte de marche fractionnelle « sur le bord de l’abîime », comportant des prédictions réitérées pendant un an et demi sur l'exclusion imminente de Pablo par les soins de la majorité.

L’explication politique du cours de Pablo consiste dans sa position droitière sur des problèmes majeurs. Dans le conflit sino-soviétique, son groupe se situait auelque part entre Tito et Khrouchtchev, jusqu’à la chute de ce dernier, Depuis lors, il semble avoir accepté Kossyguine-Brejnev comme un remplacement raisonnable. Cette position droitière l’a amené dans le cas du Chili à envisager la possibilité d’un gouvernement socialiste accédant au pouvoir par la voie électorale. A Ceylan il a envisagé une montée révolutionnaire centrée autour du gouvernement de coalition bourgeois de Bandaranaïke. Ses préjugés khrouchtchéviens ou titistes dans le conflit sino-soviétique l’ont amené, pendant l'escalade de Johnson dans la guerre äu Vietnam, à aller aussi loin que de donner à entendre publiquement que Pékin aurait au moins une part de culpabilité dans la crise, ïl a fait la déclaration inadmissible que « la Chine, faisant cavalier seul, peut contribuer à précipiter une catastrophe mondiale. »

Dans le même numéro de « Sous le Drapeau du Socialisme » où a paru la déclaration de scission, Pablo excuse la carence de Kossyguine-Brejnev à venir aussitôt à l'aide du Nord-Vietnam d'une façon effective quand celui-ci subissait l'assaut de l'impérialisme américain. Trois mois après que Johnson ait commencé les raids de bombardements, Pablo pouvait encore écrire : « Une certaine prudence de la part des Etats ouvriers et de l’U.R.S.S. en particulier est dans ces conditions absolument nécessaire. » Ceci après que le Pentagone avait effectué 8.863 bombardements sur le Vietnam pendant les mois de février, mars et avril ! Et, comme pour indiquer son rapprochement de la théorie de la coexistence pacifique du Kremlin à l'égard de Jimpérialisme, Pablo ajoutait : « Il s'agirait de donner le temps à tous les facteurs d'intervenir afin d’'obliger l'impérialisme américain de se retirer, tout en lui ménageant cette retraite. »

Quant aux conséquences pratiques de la position droitière de Pablo, cette frac tion s'est elle-même privée de la possibilité de s'intégrer dans les courants militants qui préfèrent la voie révolutionnaire à la « coexistence pacifique » avec l'impérialisme. Le fait est que, sans mentionner d’autres parties du monde où ses partisans ne sont qu’une poignée, en Afrique où Pablo prétend avoir le plus de forces et d'influence, son groupe est bien dépassé par les forces loyales à la Quatrième Internationale, et il n’a pratiquement pas de membres africains. Pour dissimuler la faiblesse de sa fraction, Pablo prétend avoir « un grand nombre d'organisations, » C'est un pur bluff, comportant la création sur le papier de la « Commission africaine » et de la « Commission européenne » de la « tendance marxiste révolutionnaire ».

Une des raisons pour lesquelles la fraction Pablo a choisi ce moment pour publier sa déclaration de scission, c’est précisément qu’au prochain Congrès Mondial où une confrontation politique avec elle était à l'ordre du jour, il était évident qu'elle aurait représentée une partie encore plus faible du mouvement réunifié que les quelque 10% qu’elle avait obtenus au Congrès de Réunification deux ans avant.

Tandis que ce groupe diminuait, la Quatrième Internationale dans son ensemble a été capable d'enregistrer des succès encourageants dans un certain nombre de régions depuis le Congrès de Réunification. Le recrutement dans quelques sections a été particulièrement réconfortant ainsi que certaines possibilités qui se sont ouvertes au mouvement trotskyste mondial.

Le Secrétariat Unifié ne rejette pas les membres du groupe Pablo, en dépit de” la direction politique très défavorable dans laquelle ils se meuvent, comme n’ayant plus aucun intérêt. Ce sont fondamentalement des partisans du socialisme révolutionnaire. Mais ils commettront l'erreur de leur vie s’ils continuent à suivre le cours esquissé par le dirigeant de leur fraction. Nous espérons qu’ils stopperont ce cours et refuseront de rompre avec la Quatrième Internationale. Le sort de scissions seni-blables dans le passé offre de sévères leçons quant aux perspectives d’un groupe comme celui-ci s'efforçant d'« agir tout seul ».

Le 24 mai 1965.

Source : Quatrième Internationale, n°25, juillet 1965 (3e trimestre) · scan (Radar, 16-014-00105).

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