Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Contre le cours de plus en plus agressif de l'impérialisme américain, il faut étendre l'action révolutionnaire

22 juin 1965 · Secrétariat unifié · La réunification : le VIIe Congrès mondial et après (1963-1965) · 1 983 mots

In English: Documents: Extend the Field of Revolutionary Action — texte anglais publié à l’époque.

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Voici cinq mois que les forces armées de l'impérialisme américain attaquent jour après jour le territoire de la République Démocratique du Vietnam, sans qu'elles ne reçoivent une riposte qui les heurte effectivement, Des hommes, des femmes et des enfants sont tués au Nord-Vietnam, le produit de dix années de reconstruction y est détruit sans qu’un obstacle soit dressé sur la voie d’une amplification constante de l'agression impérialiste américaine.

La Quatrième Internationale attire l'attention des travailleurs et des militants révolutionnaires de tous les pays sur les conséquences d'une gravité incommensurable qui peuvent résulter de cette passivité honteuse ou des réactions insuffisantes des Etats ouvriers et des masses [aborieuses. Loin d'entraîner l'impérialisme dans le guêpier d’une longue guerre d'usure au cours de laquelle il perdrait progressivement ses forces tandis que celles du camp anti-capitaliste resteraient intactes, cette passivité ou cette réaction insuffisante accentueront de plus en plus l'escalade de l'agression, amplifieront de plus en plus celle-ci, feront peser des menaces directes et immédiates sur la République Populaire de Chine, sur Cuba socialiste et même sur l’Union soviétique ; elles risquent d'amener l'humanité à brève échéance au bord de la guerre nucléaire mondiale. 4 QUATRIEME ; INTERNATIONALE

La première agression impérialiste dans le golfe du Tonkin, en août 1964, étant restée sans riposte, l'impérialisme américain s'est vu encouragé à multiplier les actes d'agression sur une échelle sans cesse plus large. Il a commencé à bombarder le Nord-Vietnam, d'abord sous prétexte de représailles, puis de manière régulière en abandonnant tout prétexte, se concentrant d'abord sur des objectifs purement militaires, attaquant ensuite des objectifs industriels et des voies de communication, s'apprétant maintenant à frapper sans merci les grandes villes de ses bombes meurtrières et à s'approcher de plus en plus de la frontière chinoise.

En même temps, il a porté progressivement le nombre de ses troupes stationnant au Sud-Vietnam de 21.000 à 70.000. Il a enfin décidé que celles-ci seraient engagées dans des combats directs contre les héroïques partisans sud-vietnamiens, abandonnant ainsi la fiction qu'il s'agissait simplement de « conseillers ». Ce n'est plus qu'une question de temps pour qu'il transporte la guerre directement sur le territoire du Nord-Vietnam, par son infanterie et son artillerie également, après l'avoir fait précédemment par son aviation.

Pendant la même période, il est intervenu sur le champ en République Dominicaine dès que s'esquissa une révolution populaire ainsi que l'armement du peuple. Il a multiplié ses initiatives contre-révolutionnaires au Congo et dans toute l'Afrique, et il a clairement laissé entendre qu'il est dorénavant résolu à jouer le gendarme dans le monde de manière énergique, frappant avec sa force militaire partout où la révolution ferait de nouveaux progrès.

Cette résolution accentuée, ce cours agressif plus prononcé de l'impérialisme américain, ne peut pas s'expliquer essentiellement par une modification des rapports de forces militaires dans le monde. Il est possible qu'en entreprenant la production en série des fusées intercontinentales, l'impérialisme ait compensé rapidement le retard technique qu'il avait vers la fin des années 1950 dans ce domaine des armements. Mais cela ne modifie pas fondamentalement la situation militaire dans laquelle les Etats-Unis et l‘'Union Soviétique sont tous les deux capables de frapper de manière mortelle l'adversaire aux moyens d'armes nucléaires.

Ce qui a changé, c'est la situation politique, et notamment l'abandon tacite par les dirigeants de la bureaucratie soviétique de la menace de riposte nucléaire à toute agression impérialiste. Ce qui a changé, c'est que le conflit idéologique sino-soviétique s'est transposé du plan des partis sur le plan des Etats. De ce fait, a été créée l'impression pour l'impérialisme que l'alliance militaire sino-soviétique est rompue. et que ces deux Etats sont incapables de ripostes communes et rapides. Ce qui a changé, c'est que la nouvelle direction de la bureaucratie soviétique donne une impression lamentable de faiblesse et de manque de résolution.

Le bilan de la riposte soviétique et de la riposte chinoise devant l'escalade de l'agression impérialiste dans le sud-est asiatique est des plus maigres, des plus insuffisants.

La bureaucratie soviétique a envoyé des fusées anti-aériennes dans le Nord-Vietnam, mais avec un énorme retard et dans des quantités insuffisantes pour influencer le déroulement quotidien des hostilités. Quant à la République Populaire de Chine, malgré des déclarations verbales d'une grande fermeté, elle n’a, elle aussi, accordé jusqu'ici qu'une aide en fait négligeable au combat de l'héroïque peuple vietnamien,

Les apologistes des bureaucraties formulent toutes sortes de raisonnements, fournissent toutes sortes de causes pour justifier cette passivité scandaleuse devant l'agression sans cesse amplifiée de l'impérialisme américain. Les uns affirment qu'une intervention énergique de la bureaucratie soviétique aurait « provoqué » une agression nucléaire, voire le déclenchement de la guerre nucléaire mondiale par l'impérialisme américain. C'est tout à fait faux. La guerre nucléaire mondiale, c'est le suicide certain de la bourgeoisie américaine, qui en a la conscience la plus nette dans ses couches dominantes. Croire que l'impérialisme américain est prêt à se suicider, alors qu'il jouit d'une prospérité économique et d’une puissance militaire inégalée dans le passé, et ce seulement pour effacer une éventuelle « humiliation » dans le sud-est asiatique, c'est vraiment perdre de vue la marge de manœuvre encore très large qui reste à la disposition de cette puissance,

D'autres affirment qu'il s'agit de réagir de manière limitée, afin de permettre à l'impérialisme une « issue honorable », sans laquelle la guerre pourrait « s'éterniser », C'est prendre pour monnaie courante la théorie répandue par l'impérialisme lui-même selon laquelle son agression n'aurait pour but que de provoquer des négociations pour mettre fin à la guerre au Vietnam. C'est oublier que ce qu'il recherche, c'est l’écrasement militaire de la révolution dans le Sud-Vietnam, l'écrasement militaire de toute révolution où que ce soit de par le monde.

On allègue encore que la situation dans le sud-est asiatique « évolue de manière excellente », que l’impérialisme américain « s'isole de plus en plus dans le monde », que les guerilleros sud-vietnamiens accumulent les succès, que l'alliance impérialiste elle-même est ébranlée « jusque dans ses fondements » par l'agression contre le Nord-Vietnam. C'est oublier que la révolution sud-Vietnamienne était sur le point de l'emporter en février quand commença l'intervention américaine sur grande échelle, que la victoire est maintenant considérablement retardée, qu'on ne voit pas très bien comment les partisans pourraient jamais chasser l'impérialisme de quelques têtes de pont puissamment couvertes par la VII° Flotte, que le peuple et la République du Nord-Vietnam payent cette « excellente situation politique » de sacrifices de plus en plus lourds, enfin qu'en même temps un précédent des plus dangereux a été créé, celui de permettre à l'impérialisme d'attaquer impunément le territoire d'un Etat ouvrier, d'un Etat faisant partie du camp anti-capitaliste.

Les Chinois affirment plus particulièrement que leur situation est délicate et qu'ils doivent éviter de donner à l‘impérialisme des prétextes qui faciliteraient une agression de grande envergure contre la République Populaire de Chine, notamment le bombardement atomique du centre chinois de production d'armes nucléaires. Il est vrai que l'impérialisme américain est terriblement tenté de passer à pareille agression, et qu'il a multiplié les « avertissements publics » à l'égard de la République Populaire de Chine. Mais il est clair que la seule riposte efficace devant pareille menace ne consiste pas dans une abstention de fait par rapport au Nord-Vietnam. Elle consiste dans la reconfirmation énergique de l'alliance militaire sino-soviétique. Le gouvernement chinois devrait réclamer du Kremlin qu'il affirme publiquement et solennellement qu'il considérera toute attaque nucléaire contre la Chine comme une attaque contre son propre territoire, qui déclencherait automatiquement des représailles nucléaires contre le territoire des Etats-Unis. C'est le seul moyen de faire reculer l'impérialisme américain, à un moment où celui-ci n'est nullement décidé à jouer le tout pour le tout, et à se suicider.

Plus généralement, le seul moyen d'arrêter l'impérialisme américain dans sa course calculée d'escalade dans l'agression, c'est une riposte énergique et frappante, dans les faits. La seule chose que cet impérialisme respecte, c'est la force. Les débats politiques, l'irritation de l'opinion internationale, les ennuis avec ses alliés, les protestations verbales de Moscou et de Pékin, ce sont pour lui des facteurs de dixième ordre qui l’influencent à peine, et qui ne le feront certainement pas s'arrêter.

La seule chose qui aurait pu arrêter l'agression contre le Nord-Vietnam, c'eût été une intervention instantanée et massive de l'avia-tion soviétique. La seule chose qui aurait pu arrêter l'intervention contre-révolutionnaire contre le Congo et contre la République Dominicaine, c'était une riposte instantanée soviétique, comme lors de l'intervention impérialiste contre l'Egypte.

Bien loin d'augmenter le danger de conflagration nucléaire, une telle intervention l'aurait étouffé dans l'œuf. Bien loin de réduire le danger de conflagration nucléaire, la passivité ou la réaction insuffisante des Etats ouvriers devant l'agression impérigliste encourage l'impérialisme à amplifier sans cesse son agression, à en étendre le rayon d'action, à toucher directement le territoire de la République Populaire de Chine. Ainsi tend à se créer une situation dans laquelle la riposte des Etats ouvriers doit s'élever parallèlement à l'escalade impérialiste. Ainsi tend à se créer une situation dans laquelle l'impérialisme sera tellement engagé qu'il risque de ne voir comme issue que la fuite en avant et l'emploi des « armes nucléaires tactiques ».

C'est pourquoi la Quatrième Internationale, consciente de ses responsabilités, appelle les travailleurs du monde entier à lutter pour que se développent parallèlement les trois ripostes les plus efficaces à l'agression contre-révolutionnaire sans cesse amplifiée de l'impérialisme.

Sans étouffer ou ramener dans le domaine des conciles secrets le débat idéologique sur l'orientation du mouvement communiste international, qui se poursuivra et doit se poursuivre, les gouvernements des Etats ouvriers, et avant tout ceux de l'Union soviétique et de la République Populaire de Chine, doivent constituer un front unique inébranlable contre l'impérialisme, réaffirmer publiquement l'alliance sino-soviétique et l'inviolabilité du territoire de tous les Etats ouvriers, et accorder sur le champ une ample aide à la République Démocratique du Vietnam et au Front National de Libération du Sud-Vietnam, avarit tout une aide en aviation et en défense contre avions, modernes et efficaces.

Dans tous les pays, le mouvement ouvrier, les organisations ouvrières, les masses laborieuses, doivent se mobiliser en permanence, afin de déclencher de vastes actions de protestation contre l'agression impérialiste et de solidarité avec la révolution vietnamienne en butte à la répression contre-révolutionnaire. Suivant l'exemple brillant des dockers australiens, les dockers, les cheminots, les camionneurs doivent refuser de transporter des hommes et du matériel destinés à renforcer les armées d'intervention dans le Vietnam. Des manifestations, des veillées devant les ambassades et consulats des Etats-Unis, des actions d'étudiants et des grèves, doivent harceler sans cesse l'opinion publique et la tenir en haleine, non sous les mots d'ordre de « paix » ou de « négociation », mais: « Hors du Vietnam les troupes américaines ». « Solidarité pleine et entière avec les héroïques guerilleros sud-vietnamiens », qu'il faut aider à remporter rapidement la victoire.

Partout où les conditions le permettent, il faut déclencher des luttes révolutionnaires de grande envergure anti-impérialistes et anticapitalistes, ou déclencher des luttes armées de guerilla qui peuvent relancer le combat révolutionnaire. Plusieurs pays dans le monde connaissent aujourd'hui des conditions favorables soit pour le déclenche-ment de vastes mobilisations révolutionnaires de masse, soit pour le déclenchement d’audacieuses actions de guérilla, Comme l'a précisé Fidel Castro dans son discours du Premier Mai, le développement de la révolution dans un nombre de plus en plus élevé de pays constitue le meilleur moyen d'affaiblir l'impérialisme, de l'obliger à disperser ses forces armées contre-révolutionnaires, de le déborder et de le placer dans des difficultés inextricables. Seule la riposte d'une stratégie révolutionnaire globale à la stratégie contre-révolutionnaire de l'impérialisme permettra de le tenir aujourd'hui en haleine, et créera ainsi les conditions favorables à une reprise et une amplification des forces révolutionnaires au sein même des forteresses impérialistes, forces révolutionnaires qui sont seules capables de désarmer l'ennemi avant qu'il ne cherche à précipiter l'humanité dans un holocauste nucléaire quand il sentira passer le souffle de la mort.

22 juin 1965.

Le Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale

Source : Quatrième Internationale, n°25, juillet 1965 (3e trimestre) · scan (Radar, 16-014-00105).

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