L'arrivée de Hitler au pouvoir, sans la moindre résistance de la part des deux « puissants » partis ouvriers, dont l'un s'appuyait d'ailleurs sur l'URSS, a définitivement dévoilé la pourriture intérieure de la IIe et de la IIIe Internationale. En août 1933, quatre organisations (Ligue communiste internationaliste, Parti socialiste révolutionnaire de Hollande, Parti socialiste indépendant de Hollande, Parti socialiste ouvrier d'Allemagne) formulèrent pour la première fois dans un document programmatique la nouvelle tâche historique : « Créer la IV° Internationale. » Les événements, qui se sont écoulés depuis lors, ont irréfutablement confirmé qu'il n'y a pas d'autre voie.
La IIe Internationale a conduit le prolétariat de catastrophe en catastrophe
L'écrasement du prolétariat autrichien a montré que pour vaincre il ne suffit pas d'appeler au dernier moment, lorsque le parti est acculé dans une impasse, les masses désorientées et accablées par l'opportunisme à l'insurrection. Il faut préparer systématiquement la victoire par une politique révolutionnaire dans tous les domaines du mouvement ouvrier.
La même leçon découle immanquablement de l'écrasement du prolétariat espagnol. Il est impossible en aucune circonstance, et d'autant plus pendant une révolution, de tourner le dos aux travailleurs pour faire bloc avec la bourgeoisie. Il est impossible d'attendre et de réclamer des masses trompées et déçues qu'elles prennent les armes à l'appel d'un parti en qui elles ont perdu confiance. La révolution prolétarienne ne peut pas s'improviser sur l'ordre d'une direction banqueroutière. Il faut préparer la révolution par une lutte de classe incessante et implacable, qui permette à la direction d'acquérir la confiance indéfectible du parti, qui soude l'avant-garde à toute la classe et fasse du prolétariat le dirigeant de tous les exploités de la ville et du village.
Après l'écroulement ignominieux de la principale section du réformisme, la social-démocratie allemande, pourrie de part en part, c'est l'« aile gauche » de la IIe Internationale qui fit faillite en Autriche et en Espagne. Mais ces leçons terribles sont passées sans laisser de traces : les cadres dirigeants du réformisme dans les partis et dans les syndicats sont dégénérés jusqu'à la moelle, liés à la bourgeoisie par des intérêts matériels et des conceptions patriotiques et sont absolument incapables de se placer sur la voie de la lutte de classe.
Les partis de la IIe Internationale s'accommodent fort bien de ce que leur président belge, au premier signe du capital financier, s'est joint aux affairistes catholiques et libéraux pour sauver les banques sur le dos des masses travailleuses. Vandervelde fut suivi par le critique prétentieux de Marx, le créateur du « plan », de Man ; le centriste de « gauche » Spaak n'a pas tardé à trahir l'opposition socialiste pour une livrée de ministre.
Le Parti socialiste français, malgré les leçons et les avertissements, continue à s'accrocher en vain à la bourgeoisie « républicaine » et met plus d'espoir dans l'amitié avec les radicaux que dans la force révolutionnaire du prolétariat. En Hollande, en Scandinavie, en Suisse, dans tous les pays, dans toutes les parties du monde, la social-démocratie, malgré la putréfaction du capitalisme, continue à rester l'agent de la bourgeoisie dans la classe ouvrière et révèle son incapacité totale à mobiliser les masses même pour sa propre défense contre le fascisme.
Si les succès électoraux du Labour Party l'amènent de nouveau au pouvoir, le résultat sera non pas la transformation socialiste de la Grande-Bretagne, mais le rassemblement de la réaction impérialiste, c'est-à-dire une époque de guerre civile, en face de laquelle la direction du Labour Party révélera inévitablement sa carence complète. Les crétins parlementaires et trade-unionistes devront se convaincre que la menace de fascisme n'est pas moins réelle en Angleterre que sur le continent.
Le développement impétueux de la crise aux États-Unis, la chaîne ininterrompue de grandes luttes grévistes et l'organisation de la classe ouvrière américaine, en exploitant les possibilités données par la démagogie du « plan » de Roosevelt, trouvent sur leur chemin dans le mouvement ouvrier des forces profondément conservatrices et bourgeoises. Quant au parti stalinien, il est lié par les déclarations solennelles de Litvinov qui, en récompense de la reconnaissance de l'URSS par l'impérialisme yankee, renia publiquement les communistes américains. Il est corrompu par une dizaine d'années de politicaillerie sans principes et par des expériences avec des partis qui ni par leur composition ni par leurs programmes ne devraient être des partis prolétariens (Parti paysan et ouvrier) et il se borne, selon les ordres de Moscou, au rôle d'un mouvement d'intellectuels d'allure radicale qui ne veut agir, aux États-Unis aussi, que comme auxiliaire de la diplomatie stalinienne. Mais la crise profonde du capitalisme américain réveille de larges couches d'ouvriers de ce pays de leur sommeil semi-provincial, chasse peu à peu les illusions bourgeoises et petites-bourgeoises, pousse le prolétariat vers des actions de classe de grande envergure (grèves de Toledo, Minneapolis, San Francisco) et crée pour un parti révolutionnaire marxiste conscient de ses objectifs la possibilité de gagner une large et profonde influence sur le développement et le rassemblement de la classe ouvrière américaine. C'est pourquoi le rôle historique qui incombe à la IV° Internationale et à sa section américaine, non seulement dans les deux continents américains, mais encore à l'échelle mondiale, est particulièrement important, tout comme l'ébranlement de l'impérialisme américain est d'une importance extrême pour le prolétariat mondial.
La IIIe Internationale est morte pour la révolution sociale
Pendant ce temps, la IIIe Internationale n'a fait que ruiner les derniers restes d'influence et d'autorité qu'elle avait acquises dans les cinq premières années de son existence. En Autriche et en Espagne, l'Internationale communiste, malgré des conditions exceptionnellement favorables, non seulement s'est trouvée incapable de créer une organisation tant soit peu influente, mais encore a systématiquement compromis aux yeux des ouvriers l'idée même du parti révolutionnaire. Le plébiscite de la Sarre a montré que le prolétariat a perdu toute confiance non seulement dans la social-démocratie, mais aussi dans le Parti communiste, qui a capitulé si honteusement devant Hitler. En Grande-Bretagne, en Belgique, en Hollande, en Scandinavie, dans les deux Amériques et en Orient les sections de l'Internationale communiste, accablées par douze années de politique néfaste, ne sont pas capables de sortir du néant.
Certes, après la catastrophe allemande, l'Internationale communiste a substitué à la politique aventuriste de la « troisième période » la politique capitularde du front unique à tout prix. Pourtant l'expérience de la France, où le nouveau tournant a pris le développement le plus étendu, montre que dans toutes ses contradictions et ses zigzags l'Internationale communiste fait tout pour rester le frein de la révolution prolétarienne. En repoussant la création de la milice ouvrière en face du danger fasciste immédiat et en remplaçant la lutte pour le pouvoir par un programme de revendications partielles et par le soutien parlementaire, l'Internationale communiste devient la pépinière des pires illusions du réformisme et du pacifisme, soutient en fait l'aile droite du Parti socialiste contre la gauche, démoralise l'avant-garde prolétarienne et fraie la voie à un coup d'État fasciste.
Enfin, la souche de l'Internationale communiste, le Parti communiste de l'URSS, a été définitivement écrasée dans ces dernières années par une bureaucratie incontrôlée, qui a transformé la dictature du prolétariat en l'absolutisme conservateur de Staline. À l'aide de poursuites, de falsifications, d'amalgames et de répressions sanglantes, la clique dirigeante s'efforce d'étouffer dans l'œuf toute manifestation de la pensée marxiste. Nulle part au monde le véritable léninisme n'est persécuté avec une rigueur aussi brutale qu'en URSS.
La dernière pirouette opportuniste de l'Internationale communiste est étroitement liée au tournant de la politique extérieure de l'URSS vers la Société des nations et l'alliance militaire avec l'impérialisme français. La bureaucratie dirigeante de l'URSS est définitivement arrivée à la conclusion que l'Internationale communiste est incapable d'apporter la moindre aide dans la lutte contre le danger de guerre et qu'en même temps elle gêne le travail de la diplomatie soviétique. La dépendance humiliante, véritablement servile de l'Internationale communiste vis-à-vis des sommets soviétiques apparaît d'une façon particulièrement nette en ce qui concerne la toute récente déclaration de Staline, approuvant la défense nationale de l'impérialisme français.
C'est par l'intermédiaire d'un ministre impérialiste que le chef de l'Internationale communiste s'est prononcé, ordonnant au Parti communiste français de conclure maintenant la trêve patriotique avec la bourgeoisie française. Ainsi la IIIe Internationale, qui n'a pas tenu de congrès depuis presque sept années, est officiellement passée de la position internationaliste à celle du social-patriotisme le plus plat et le plus servile.
Que le VIIe congrès, sans cesse renvoyé, se tienne ou non, la IIIe Internationale n'en sera pas ressuscitée. La déclaration de Staline à Laval est bien son acte de décès.
Entre-temps, les forces destructives du capitalisme impérialiste continuent leur travail infernal. La décomposition de l'économie mondiale, le chômage de dizaines de millions d'hommes, la ruine des paysans mettent impérieusement à l'ordre du jour la tâche de la révolution socialiste. Les travailleurs sont aigris, irrités, cherchent une issue. La prostration, l'écroulement, la putréfaction de la IIe et de la IIIe Internationale laissent le prolétariat sans direction révolutionnaire et poussent les masses petites-bourgeoises dans la voie du désespoir. Les chefs banqueroutiers tentent de rejeter la responsabilité de la victoire du fascisme sur la « passivité » du prolétariat : ainsi la trahison politique se complète d'une calomnie.
Se débattant dans l'étau de contradictions sans issue, le capitalisme prépare un nouveau carnage des peuples. Ministres et diplomates délibèrent ouvertement pour savoir si la guerre éclatera dans un an ou dans trois ans. Tous les gouvernements, à qui mieux, préparent les moyens les plus destructifs et ainsi rapprochent de tous côtés l'explosion, qui peut être incomparablement plus terrible que la guerre de 1914-1918.
Les chefs des partis prétendus ouvriers et des syndicats glorifient les avantages de la paix, bavardent sur le « désarmement », exhortent leurs gouvernements à s'entendre entre eux, sollicitent l'espoir des masses dans le travail de la Société des nations et, en même temps, ils jurent fidélité à la cause de la domination bourgeoise avec ses guerres inévitables.
La diplomatie soviétique, sous le couvert du « front unique » et même de l'« unité organique », prépare, derrière le dos des ouvriers conscients, l'union sacrée des sections des deux Internationales avec les bourgeoisies qui se trouvent en alliance militaire avec l'État soviétique.
Ainsi, l'explosion de la nouvelle guerre doit conduire à une nouvelle trahison qui éclipsera le 4 août 1914 .
La trahison par la bureaucratie soviétique de la cause de la révolution internationale a rejeté le prolétariat mondial loin en arrière. Les difficultés qui se posent à l'avant-garde révolutionnaire sont incroyables. Et malgré tout sa situation est actuellement incomparablement plus favorable qu'à la veille de la dernière guerre. Alors le capitalisme semblait puissant, presque inébranlable. La chute de l'Internationale dans le patriotisme fut tout à fait inattendue, même pour Lénine. Les éléments révolutionnaires se trouvèrent pris à l'improviste. La I re conférence internationale — très peu nombreuse et dans sa majorité indécise — se tint seulement un peu plus d'un an après le début de la guerre. La formation des cadres allait lentement. La possibilité de la révolution prolétarienne était écartée même par la majorité des « zimmerwaldiens ». C'est seulement la victoire d'Octobre en Russie, après quarante mois de guerre, qui changea l'état des choses, en donnant une puissante impulsion à la formation de la IIIe Internationale.
Actuellement, la faiblesse et la pourriture internes du capitalisme sont si évidentes qu'elles constituent même le thème principal de la démagogie fasciste. Dans la formidable crise des États-Unis, dans un chômage non moins formidable, dans l'aventurisme économique de Roosevelt, dans l'essor de la lutte gréviste, dans la fermentation à l'intérieur de toutes les organisations ouvrières sont pour la première fois incluses les conditions pour un développement puissant du mouvement révolutionnaire en Amérique du Nord. L'exemple de la première révolution prolétarienne victorieuse vit dans la mémoire des masses. L'expérience des grands événements des vingt dernières années s'est gravée dans la conscience des meilleurs combattants. Des organisations ou, au moins, des groupes véritablement révolutionnaires existent dans tous les pays. Ils sont liés entre eux par l'idéologie, partiellement aussi par l'organisation. Dès maintenant ils présentent une force incomparablement plus influente, plus homogène, mieux trempée que la « gauche de Zimmerwald » qui prit sur elle à l'automne de 1915 l'initiative de préparer la IIIe Internationale.
À l'intérieur des partis et des syndicats réformistes apparaissent et se renforcent des groupements oppositionnels. Certains d'entre eux prennent le caractère d'organisations indépendantes. Dans les sections de l'Internationale communiste, l'opposition, par suite d'un régime de bagne, a un caractère plus sourd et plus caché, mais elle se développe là aussi. Même en URSS la nécessité d'épurations et de répressions toujours nouvelles témoignent du fait que la bureaucratie n'arrive pas à déraciner l'esprit de critique marxiste qui lui est odieux.
La véritable unité ne peut être assurée que sur une base révolutionnaire
Les tendances oppositionnelles ont actuellement un caractère éminemment centriste, c'est-à-dire intermédiaire entre le social-patriotisme et la révolution. Dans les conditions de l'écroulement et de la décomposition des organisations de masse traditionnelles, le centrisme représente dans beaucoup de cas un stade transitoire inévitable, même pour les groupements ouvriers progressifs. Des marxistes doivent savoir aborder tous les courants pour accélérer par l'exemple et la propagande leur passage sur la voie révolutionnaire. Dans cette voie, la condition du succès est de critiquer implacablement la direction centriste, de dénoncer les tentatives de recréer une Internationale 2 1/2, d'expliquer inlassablement que les tâches révolutionnaires de notre époque condamnent par avance les unifications hybrides et confuses à une faillite honteuse.
Le mot d'ordre de l'« unité » de toutes les organisations ouvrières, indépendamment de leur programme et de leur tactique, est actuellement propagé avec zèle par les centristes et est savamment exploité par les réformistes les plus perspicaces qui craignent avec raison d'être jetés par-dessus bord. Les centristes substituent souvent à l'idée de la nouvelle internationale l'idée de la fusion des deux Internationales anciennes. En fait, l'unité avec les réformistes et les sociaux-patriotes, de formation sociale-démocrate ou stalinienne, signifie en fin de compte l'unité avec la bourgeoisie nationale et, par conséquent, la scission inévitable du prolétariat mondial et par suite aussi national, surtout en cas de guerre. La véritable unité de l'Internationale et de ses sections nationales ne peut être assurée que sur une base révolutionnaire marxiste qui, à son tour, ne peut être créée que par la rupture avec les sociaux-patriotes. Se taire sur les conditions principielles et les garanties de l'unité prolétarienne, c'est faire chorus avec les illusions largement répandues, c'est tromper les ouvriers et préparer de nouvelles catastrophes.
A une nouvelle époque il faut une nouvelle Internationale
La situation humiliante et désespérée des deux anciennes Internationales est suffisamment caractérisée par le fait que le président de l'une est devenu l'humble ministre de son roi et que le maître réel de l'autre utilise l'organisation prolétarienne mondiale comme monnaie d'échange dans les transactions diplomatiques. Quelles que soient les manœuvres unitaires des deux bureaucraties également dépravées, ce ne sont pas elles qui créeront l'unité du prolétariat et qui ouvriront la voie du débouché. Sont condamnés par avance les efforts des centristes de concilier l'inconciliable et, en recollant les morceaux, de sauver ce qui est voué à la perte. A une nouvelle époque il faut une nouvelle internationale. La première condition du succès dans cette voie est une étroite soudure nationale et internationale des véritables révolutionnaires prolétariens, les disciples de Marx et de Lénine, sur un programme commun et sous un drapeau commun.
Il serait funeste d'essayer d'établir un itinéraire unique pour tous les pays. Selon les conditions nationales, selon les degrés de décomposition des anciennes organisations ouvrières, enfin selon l'état de leurs propres forces au moment donné, les marxistes (les socialistes révolutionnaires, les internationalistes, les bolcheviks-léninistes) peuvent apparaître, tantôt en tant qu'organisations indépendantes, tantôt en tant que fractions de l'un des anciens partis ou syndicats. Évidemment, à n'importe quel moment et dans n'importe quelle arène, ce travail fractionnel n'est jamais qu'une étape vers la création de nouveaux partis de la IV° Internationale, partis qui peuvent naître soit par le regroupement des éléments révolutionnaires des anciennes organisations, soit par l'action de formations indépendantes. Mais dans quelque arène et par quelque méthode qu'ils agissent, ils sont tentés de se présenter avec tous leurs principes et avec de clairs mots d'ordre révolutionnaires. Ils ne jouent pas à cache-cache avec la classe ouvrière, ils ne dissimulent pas leurs objectifs, ils ne remplacent pas la lutte principielle par la diplomatie et les combinaisons. Toujours et dans toutes les conditions, les marxistes expriment ouvertement ce qui est.
La lutte contre la guerre, c'est la préparation de la révolution
Le danger de guerre, qui est une question de vie ou de mort pour les masses populaires, constitue un grand examen pour tous les groupements et tendances de la classe ouvrière : la « lutte pour la paix », la « lutte contre la guerre », la « guerre à la guerre », tous ces mots d'ordre représentent des phrases creuses et mensongères, si elles ne s'accompagnent pas de la propagande et de l'application des méthodes révolutionnaires de lutte. Le renversement de la bourgeoisie est le seul moyen d'en finir avec la guerre. L'insurrection armée est le seul moyen de renverser la bourgeoisie. Contre le mensonge réactionnaire de la « défense nationale » il faut lancer le mot d'ordre de l'anéantissement révolutionnaire de l'État national. À la maison de fous de l'Europe capitaliste, il faut opposer le programme des États-Unis socialistes d'Europe, comme étape vers les États-Unis du Monde.
Les marxistes rejettent implacablement les mots d'ordre pacifistes de « désarmement », « d'arbitrage », « d'accord des peuples » (c'est-à-dire des gouvernements capitalistes), etc., comme un opium qui sert à tromper les masses populaires. Les combinaisons des organisations ouvrières avec les pacifistes petits-bourgeois (comité Amsterdam-Pleyel et autres entreprises semblables) rendent le meilleur service à l'impérialisme, en détournant l'attention de la classe ouvrière de la réalité avec ses âpres luttes pour la porter vers des parades impuissantes.
La lutte contre la guerre et l'impérialisme ne peut être l'affaire de quelques « comités spéciaux ». La lutte contre la guerre, c'est la préparation de la révolution, c'est-à-dire l'affaire des partis ouvriers et de l'Internationale. Les marxistes posent cette tâche devant l'avant-garde prolétarienne sans la masquer. Au mot d'ordre débilitant de « désarmement » ils opposent les mots d'ordre de la conquête de l'armée et de l'armement ouvrier. C'est ici que passe une des plus importantes lignes de démarcation entre le marxisme et le centrisme. Celui qui n'ose pas nommer à haute voix les tâches révolutionnaires, celui-là n'aura jamais le courage de les résoudre.
La IV° Internationale se dresse sur les épaules de ses devancières
Dans l'année et demie qui s'est écoulée depuis la publication du premier programme de la IV° Internationale, la lutte pour ses principes et ses idées n'a pas cessé un seul jour : le nombre de sections et groupes révolutionnaires nationaux s'est accru ; certains d'entre eux ont étendu leurs rangs et leur influence, d'autres ont atteint une plus grande homogénéité et une plus grande cohésion, des organisations proches se sont unifiées (Hollande, États-Unis) ; un certain nombre de documents programmatiques et tactiques ont été élaborés. Tout ce travail ira, sans aucun doute, beaucoup mieux quand il sera accordé et unifié à l'échelle mondiale sous le drapeau de la IV° Internationale. Le danger de guerre qui approche ne permet pas de repousser ces tâches d'un seul jour.
Il faut construire sur de nouvelles bases de nouveaux partis et une nouvelle Internationale : telle est la clé pour résoudre toutes les autres tâches. À quel rythme et à quel délai s'accomplira la nouvelle édification révolutionnaire, cela dépend, bien entendu, de la marche générale de la lutte des classes, des victoires et des défaites futures du prolétariat. Mais les marxistes ne sont pas des fatalistes. Ils ne rejettent pas sur le « processus historique » les tâches que le processus historique leur assigne. L'initiative d'une minorité consciente, un programme scientifique, une agitation hardie et inlassable, au nom d'objectifs clairement définis, une critique impitoyable de toute ambiguïté, tel est l'un des plus importants facteurs de la victoire du prolétariat. Sans parti révolutionnaire soudé et trempé, la révolution socialiste est inconcevable.
Les conditions sont dures, les obstacles sont grands, les tâches grandioses ; mais il n'y a aucune raison d'être pessimiste, de perdre courage. Malgré toutes les défaites du prolétariat, la situation de l'ennemi de classe reste sans espoir. Le capitalisme est condamné. C'est seulement dans la révolution socialiste qu'est le salut de l'humanité.
La succession même des Internationales a sa logique interne qui coïncide avec la montée historique du prolétariat. La Ire Internationale lança le programme scientifique de la révolution prolétarienne, mais tomba victime de l'absence d'une base de masse. La IIe Internationale fit sortir des ténèbres, éduqua et rassembla des millions d'ouvriers, mais à l'heure décisive se trouva trahie par la bureaucratie parlementaire et syndicale, dépravée par le capitalisme florissant. La IIIe Internationale donna pour la première fois l'exemple d'une révolution prolétarienne victorieuse, mais se trouva broyée entre la bureaucratie de l'État soviétique et la bureaucratie réformiste de l'Occident. À présent, dans les conditions de l'écroulement capitaliste définitif, la IVe Internationale, montant sur les épaules de ses devancières, riche de l'expérience de leurs défaites, rassemblera les travailleurs de l'Occident et de l'Orient pour l'offensive victorieuse contre la forteresse du capital mondial.
Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !
— Parti ouvrier socialiste révolutionnaire de Hollande (RSAP) : P.J. Schmidt
; H. Sneevliet.
— Parti ouvrier des États-Unis (WPUS) : A.J. Muste, James P. Cannon.
— Secrétariat international de la Ligue communiste internationaliste
(Bolcheviks-léninistes) : Crux [Trotsky], Dubois [Alfonso Leonetti],
Martin [Ruth Fischer].
— Groupe bolchevik-léniniste de la SFIO.
— Parti ouvrier du Canada (WPC) : J. Mac Donald ; M. Spector.
(La Vérité, n° 247, 23 août 1935.)
Nous joignons en annexe la « Déclaration des quatre » en faveur de la IV° Internationale. Pas une seule ligne de ce manifeste n'est dépassée. La présente lettre n'est qu'une nouvelle formulation de la « Déclaration des quatre » à la lumière de l'expérience de l'année et demie écoulée.
Nous appelons tous les partis, toutes les organisations, toutes les fractions, dans ou hors des partis traditionnels ou des syndicats, toutes les associations ouvrières révolutionnaires et tous les groupes qui sont en accord avec nous sur les principes fondamentaux et sur la grande tâche que nous nous assignons — la préparation et la construction de la IV° Internationale — à nous envoyer leurs signatures à la Lettre ouverte, ainsi que toutes les propositions ou critiques qu'ils auraient à formuler. Les camarades individuels qui n'ont pas encore été en liaison avec notre travail et qui ont sérieusement l'intention de joindre nos rangs, doivent nous contacter.
Les organisations signataires de la Lettre ouverte ont décidé de créer un comité provisoire de contact entre les partis et groupes qui se placent sur les positions de la IV° Internationale. Le Comité provisoire aura la tâche de publier un bulletin d'information.
Dans l'immédiat le comité doit assurer le travail régulier et collectif d'élaboration des documents programmatiques et tactiques fondamentaux de la IV° Internationale. Nous déciderons de la préparation d'une conférence internationale sur la base des réponses reçues et de déroulement général du travail de préparation.
(Traduit de Documents of the Fourth International.) 4.