Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Lettre au groupe surréaliste sur la mort d'André Breton

29 septembre 1966 · Comité exécutif international (avec le Parti communiste internationaliste) · Le VIIIe Congrès mondial et après (1965-1969) · 441 mots

In English: World Outlook Vol. 4, No. 30, 7 October 1966 (texte anglais publié, pas encore en ligne ici).

Texte lu par machine (OCR) sur le scan de la revue : il contient des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan.

Chers camarades,

La mort d’Ahdré Breton nous a douloureusement frappés et nous vous adressons, au nom de notre Parti et de la IV‘ Internationale tout entière, nos condoléances attristées que nous vous prions de transmettre à sa compagne et à sa fille.

Plus que le grand écrivain, le pur poète, le sourcier qui fit jaillir le surréalisme depuis les courants souterrains les plus riches du patrimoine culturel de l'humanité, le novateur qui laboura si profondément le sol intellectuel de notre temps qu'après lui personne ne pouvait plus créer comme avant, c’est, vous le comprendrez aisé-ment, le lutteur inflexible qui nous était proche et que nous faisions plus qu’admirer, que nous aimions. Son itinéraire intellectuel était un exemple. Des premiers, parmi les surréalistes, il avait compris qu’il ne pouvait œuvrer que dans les chemins de la révolution, et il s’y engagea, entraînant avec lui tout son mouvement, sans humilité ni concession, malgré les rebuffades mesquines et les contestations étroites surgies sous ses pas et manifestant les premières atteintes du mal bureaucratique au sein ‘du mouvement communiste mondial. La dégénérescence stalinienne lui réservait une pire épreuve, celle à laquelle tant d’autres succombèrent, qui n'avaient pas sa rigueur intellectuelle et morale, Dans le raz-de-marée boueux, les insultes et les calomnies, les assassinats et les désertions, il a tenu bon, il a témoigné pour la vérité, il a été l'étoile de minuit qui sonnait dans le siècle. Son génie a rencontré celui de Trotsky et leurs deux noms restèrent liés pour l'Histoire dans ce Manifeste aux écrivains et artistes révolutionnaires qui traçait la frontière de l'heure entre les hommes véritables et les eunuques. Depuis lors, à chaque grande alerte nous savions pouvoir le rencontrer, et aussi à chaque douleur. Nous nous re-trouvions à l'heure du Manifeste des 121 comme sur le cercueil de Natalia Sedova. Nous n'oublions pas que son dernier geste public fut de jeter le poids de son grand nom au bas d’un appel pour la vie de notre camarade, lhéroïque révolutionnaire péruvien Hugo Blanco.

André Breton lui aussi était un révolutionnaire. Nous ne saurions le saluer mieux que par ce titre, à l’heure où il disparaît en même temps qu’il est découvert par des milliers et des milliers de jeunes.

Vous nous permettrez de cultiver sa mémoire et son œuvre comme celles de l'un des nôtres, pour les mêmes raisons que vous considérez Léon Trotsky comme Fun des vôtres. Nous croyons profondément que son souvenir et son exemple assureront la continuité de l'alliance au combat des surréalistes et des trotskystes.

Pour le Comité Exécutif International de la IV‘ Internationale Pierre FRANK

Pour le Parti Communiste Internationaliste Michel LEQUENNE Le 29 septembre 1966.

Source : Quatrième Internationale, n°29, novembre 1966 (4e trimestre) · scan (Radar, 16-014-00109).

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