Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Appel du Secrétariat unifié de la IVe Internationale aux militants révolutionnaires et aux travailleurs de tous les pays : Soutenez l'héroïque révolution vietnamienne !

10 octobre 1966 · Secrétariat unifié · Le VIIIe Congrès mondial et après (1965-1969) · 1 600 mots

In English: Documents: Halt the Escalation -- Statement by the United Secretariat of the Fourth International — texte anglais publié à l’époque.

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Soutenez lhéroïque révolution vielnamienne |

À plusieurs reprises, au cours des vingt derniers mois, la IV: Internationale, Parti Mondial de la Révolution Socialiste, a attiré l'attention sur les conséquences incalculables qui découleraient de l'escalade de l'agression impérialiste au Vietnam, si elle ne rencontrait pas une riposte suffisamment énergique pour l'arrêter net et la refouler .

Aujourd'hui, la IV‘ Internationale s'adresse une nouvelle fois à vous, devant la menace qu'un nouvel échelon soit bientôt franchi dans l'agression impérialiste contre la révolution vietnamienne. Cette agression avait pour premier but d'empêcher une victoire rapide du F.N.L, victoire qui semblait, au début de 1965, inévitable à courte échéance. Malgré un héroïsme inégalé dans l’histoire récente, les révolutionnaires vietnamiens ne sont plus sur le point de renverser le régime pourri du maréchal Ky, cet admirateur d'Hitler, que la puissance militaire colossale des Etats-Unis s'engage à maintenir à tout prix à Saïgon.

L'agression impérialiste avait pour deuxième but d'empêcher une rapide extension de la révolution coloniale dans l’ensemble du sud-est asiatique. Bien que de courageux révolutionnaires aient déclenché la iutte anti-impérialiste au Thaïlande et repris le combat aux Philip-ESS UE, = NV Ch Een "+ ar DR

QUATRIEME INTER ATIONALE k pines, ce but a, lui aussi, été largement atteint. La révolution a subi une très lourde défaite en Indonésie et cesse de s'étendre dans cette partie du monde, ce qui est dû, au moins en partie, à l'agression impérialiste. Celle-ci avait pour troisième but d'intimider la révolution coloniale à l'échelle globale. En intervenant massivement dans la guerre civile vietnamienne, l'impérialisme américain donne aux révolutionnaires du monde entier l'avertissement précis qu'il s’arroge le droit d'intervenir et de faire pleuvoir sur eux des torrents de feu, s'ils mettent en danger le système capitaliste en un point quelconque du globe.

Les révolutionnaires ne se sont pas laissés intimider. Les masses, leurs organisations d'avant-garde, des groupes courageux de guerilleros, poursuivent la lutte anti-impérialiste sur une échelle plus ou moins vaste, avec des résultats variables, dans de nombreux pays du monde, de la Mozambique au Guatemala et de la Colombie à l’Arabie du sud.

Mais le fait que l'impérialisme américain ait pu intervenir impunément au Vietnam et qu'il ait pu élargir sans cesse cette intervention contre-révolutionnaire sans payer d'autre prix qu’une inflation modérée et qu’une opposition croissante contre la guerre au sein de son propre peuple et dans l’opinion internationale, a incontestablement contribué à rendre plus hardis et plus efficaces les réactionnaires, les gorilles et les camarillas oligarchiques de tout acabit.

L’agression impérialiste avait enfin pour but de préparer le « refou-lement » des Etats ouvriers d'Asie, dont le renforcement est considéré comme une menace mortelle pour l'empire impérialiste dans le Pacifique, voire pour la survie du capitalisme dans toute l’Asie, D'où l'atta-que militaire directe contre la République Démocratique du Vietnam. D'où les préparatifs croissants de guerre contre la République Populaire de Chine.

Washington agit à ce propos avec une méthode dont la logique est manifeste du point de vue des intérêts de classe du grand capital. Il ne choisit pas délibérément la voie de la guerre nucléaire mondiale, qui serait une voie de désespoir dans laquelle il ne s’engagerait que le dos au mur. || ne choisit même pas délibérément la voie d'un conflit armé avec la force collective des Etats ouvriers. En avançant pas à pas, il cherche à affaiblir, puis à abattre l’un après l’autre, les obstacles sur la voie du rétablissement de sa domination dans toute l'Asie. Il sera prêt à reculer s'il est brusquement confronté avec une riposte énergique. Mais, tant que cette riposte ne se produit pas, il y a au moins une tendance au Pentagone qui n'a aucune raison de ne pas chercher d'abord à liquider la République Démocratique du Vietnam, puis d'écraser sous les bombes les centres industriels de la Chine, avant tout ses centres nucléaires.

Les dirigeants de la bureaucratie soviétique essayent de justifier leur passivité criminelle devant l'agression impérialiste en invoquant la nécessité de « sauver la paix ». Cette argumentation est spécieuse. L'histoire a démontré de multiples fois qu'en reculant devant l’agresseur, on ne réduit point ses appétits, au contraire, on les aiguise. En retardant la riposte énergique qui pourrait arrêter l'agression impérialiste au Vietnam, le Kremlin facilite objectivement l'extension de la guerre à la fois contre la R.D. du Vietnam et contre la révolution chinoise. I! facilite de même un affaiblissement relatif des masses viet-QUATRIEME INTERNATION;ALE 3 namiennes combattantes, ce qui pourrait finalement permettre à l'impérialisme d'obtenir par la voie diplomatique ce qu'il ne peut obtenir sur le terrain.

Les dirigeants de la bureaucratie chinoise refusent de constituer le front unique indispensable de tous les Etats ouvriers pour l’aide à la révolution vietnamienne en alléguant qu'on ne peut pas s'unir aux « révisionnistes complices de l'impérialisme », et que la victoire révolutionnaire dans chaque pays est essentiellement l'affaire du peuple de ce pays. Ces arguments spécieux cachent le désir compréhensible des dirigeants de Pékin de retarder une agression impérialiste contre leur propre pays. Mais, loin d'atteindre ce but, le refus obstiné de Pékin de mettre au pied du mur les soi-disants « alliés de l’impérialisme», par des propositions de mesures concrètes pour amplifier la lutte anti-impérialiste au Vietnam et dans tout le sud-est asiatique, rend plus difficile l’aide à la révolution vietnamienne et encourage en fait les préparatifs d'agression impérialiste contre la Chine même.

Le bilan est d’ailleurs éloquent quant à l'efficacité de la politique poursuivie tant à Moscou qu'à Pékin. Les ripostes purement verbales, l'aide matérielle accordée au compte-goutte, n'ont jusqu'ici nullement empêché l'impérialisme américain de franchir échelon après échelon de l'escalade. Après avoir mis le Sud-Vietnam à feu et à sang, après avoir empoisonné les rivières, détruit les arbres, massacré les habitants, après avoir impunément bombardé l'Etat souverain qu'est ia République Démocratique du Vietnam et étendu ses bombardements aux grands centres urbains de Hanoï et de Haïphong, il prépare ouvertement, au vu et au su de l'opinion mondiale, l'étape prochaine de l'escalade. Après les élections de novembre aux Etats-Unis, Washington s'apprêterait à débarquer des troupes sur le territoire du Nord-Vietnam, à pénétrer dans les territoires du Laos et du Cambodge, à bombarder les digues qui protègent les rizières de la plaine du Tonkin. En même temps, les incursions répétées au-dessus du ciel de Chine, les bombardements « par erreur » de villages chinois, les attaques nombreuses contre des navires chinois, multiplient les provocations et les coups d'essai pour déterminer jusqu'où il peut aller impunément.

Il est vital pour l’avenir du socialisme, de la révolution, du genre humain tout entier, que les masses laborieuses et les Etats ouvriers réagissent avec vigueur et à temps contre cette escalade, qui risque de précipiter l'humanité dans l'holocauste nucléaire. Si l’on n'arrête pas maintenant l'impérialisme, il poursuivra son escalade, il attaquera la Chine, l'U.R.S.S. elle-même finira pas se trouver isolée d'abord, menacée et attaquée ensuite, et la riposte inéluctable se présenterait dans des conditions telles que les moyens les plus terribles risquent d'être employés de part et d'autre. Une riposte rapide et énergique des Etats ouvriers est le seul moyen d'arrêter l’agression à un moment où les risques de guerre nucléaire sont encore en fait inexistants.

Au cours des derniers mois, d’autres que nous sont arrivés à des conclusions analogues. Fidel Castro a demandé que les Etats ouvriers s'engagent avec toute leur puissance militaire au Vietnam. Des personnalités progressistes comme Bertrand Russell et Jean-Paul Sartre ont demandé que l’U.R.S.S. et la Chine envoient des Migs et des fusées en grand nombre au Vietnam, et ripostent à l'escalade impérialiste par une contre-escalade. Le P.C. de la Corée du Nord a demandé l'envoi immédiat de volontaires en grand nombre de tous les Etats ouvriers au Sud-Vietnam.

Toutes ces voix différentes n'expriment qu'une seule et même indignation devant la passivité de ceux qui se revendiquent du socialisme à l'égard des crimes que l'impérialisme commet quotidienne-ment contre la révolution vietnamienne. Toutes ces voix n'expriment qu'une seule angoisse, celle de voir la passivité encourager l'escalade jusqu'au point de non-retour où la guerre nucléaire mondiale deviendrait inévitable.

Nous réitérons donc une fois de plus notre appel :

— AIDEZ, SOUTENEZ, PAR TOUS LES MOYENS, L'HEROIQUE REVOLUTION VIETNAMIENNE !

— ENVOYEZ-LUI TOUTE L'AIDE EN VOLONTAIRES, EN ARMES, EN MATERIEL, EN MEDICAMENTS, EN ARGENT, QUE VOUS POURREZ RASSEMBLER !

— COMBATTEZ L’AGRESSION IMPERIALISTE PAR DES MOBILISATIONS DE MASSE DE PLUS EN PLUS AMPLES, DES MANIFESTATIONS DE RUE, DES GREVES, DES REFUS DE TRANSPORTER LES SOLDATS ET LES ARMES IMPERIALISTES AU VIETNAM!

— DEVELOPPEZ DE PLUS EN PLUS VOS ACTIONS CONTRE LA GUERRE EN ACTIONS CONTRE L'IMPERIALISME ET LE CAPITALISME, RESPONSABLES DE L'AGRESSION-! AVERTISSEZ AINSI LES RESPONSABLES AMERICAINS QUE PLUS CETTE GUERRE SE PROLONGE, PLUS LES COMBATS REVOLUTIONNAIRES SE MULTIPLIERONT EN DIVERS POINTS DU GLOBE, PLUS LES AGRESSEURS SERONT CONDAMNES A DISPERSER LEURS FORCES !

— EXERCEZ LE MAXIMUM DE PRESSION SUR LE KREMLIN ET SUR PEKIN POUR QU'ILS MULTIPLIENT L'AIDE ACCORDEE AU VIETNAM, POUR QU'ILS Y EXPEDIENT LES ARMES LES PLUS MODERNES EN QUANTITES SUFFISANTES, POUR QU'ILS CONCLUENT UN FRONT UNIQUE D'AIDE A LA REVOLUTION VIETNAMIENNE, indépendamment de leurs différends idéologiques et politiques qui continueront de toute manière à faire l'objet de débats et de luttes politiques.

— PARTOUT ET DANS TOUTES LES CIRCONSTANCES, EXIGEZ DU KREMLIN QU'IL AFFIRME PUBLIQUEMENT ET AVEC FORCE QU'IL SOUTIENDRA SANS RESERVE ET AVEC TOUS SES MOYENS LA R.P. DE CHINE EN CAS D'AGRESSION AMERICAINE !

L'heure est grave. Agissez avant qu'il ne soit trop tard. Il y va du sort de la révolution vietnamienne, du sort de la révolution chinoise, du sort de toutes les révolutions dans le monde, du sort de l'humanité.

10 octobre 1966.

Le Secrétariat Unifié de la IV° Internationale.

Source : Quatrième Internationale, n°29, novembre 1966 (4e trimestre) · scan (Radar, 16-014-00109).

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