Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Le Plénum de l'Opposition internationale (19-21 août 1933) Présentation

19-21 août 1933 · Documents internationaux (1933-1935) · 1 435 mots

In English: Title: The Plenum of the International Opposition (19–21 August 1933) — traduction assistée par machine.

Les 19, 20 et 21 août s'est tenue une session du Plénum, organe de direction de notre organisation internationale constitué par les représentants des six principales sections européennes.

À l'ordre du jour de cette assemblée se trouvaient d'importantes questions, en tout premier lieu la question de nos rapports vis-à-vis de l'Internationale communiste et de ses sections nationales. Le Plénum précédent, tenu au mois de mai s'était prononcé pour l'orientation en Allemagne vers un nouveau parti, mais n'avait pas changé notre position fondamentale traditionnelle de fraction de l'Internationale communiste. Le développement des événements allait placer toutes nos sections devant le même problème, celui du nouveau parti, après s'être posé à notre section allemande. Au cours des dernières semaines, dans diverses sections fut posée la question de la rupture avec la IIIe Internationale ; le Secrétariat international décida la convocation d'un Plénum pour en débattre, diverses thèses et documents étant déjà en discussion dans les sections de l'Opposition de gauche.

Une longue discussion s'institua au Plénum sur le changement d'orientation proposé, d'ailleurs non point tant sur sa nécessité que sur les conséquences qu'il entraînerait, les moyens et les voies de sa réalisation et surtout de la définition précise de la nouvelle orientation.

Nécessité d'une nouvelle orientation ? Chacun des délégués lé marqua en soulignant des faits récents. Par simple interdiction gouvernementale : disparition du PC autrichien, sans susciter la moindre réaction ; élimination des représentations parlementaire et municipale du PC bulgare opérée au milieu de la passivité complète ; en marquant que les résolutions de l'IC et du Comité central allemand confirmant la « justesse » de la ligne qui avait mené à la défaite n'avaient suscité aucun courant hostile dans les sections de l'IC. Tout cela témoignait la coupure profonde des masses, la dégénérescence complète et irrémédiable de l'IC et de ses sections où les intérêts de la bureaucratie soviétique et non du prolétariat dictaient la politique à suivre. Pour concrétiser ce tournant le Plénum décida le changement du nom de notre organisation internationale qui s'intitule désormais : Ligue communiste internationaliste (bolcheviks-léninistes).

Des doutes ou des incertitudes quant à la nouvelle orientation qui avaient pu se manifester dans quelques sections, faute d'éléments d'appréciation sur l'état des divers partis de l'Internationale communiste, ne furent même pas émis au Plénum. La seule question qui souleva quelques difficultés concerna l'Union soviétique. Quelle devait être l'attitude des bolcheviks-léninistes russes après leur rupture avec le parti bureaucratisé par la fraction stalinienne. La discussion aboutit aux points suivants : l'État soviétique est, par ses origines et le caractère dominant de la propriété, un État prolétarien ; celui-ci est en voie de dégénérescence ; la politique de son gouvernement bureaucratique facilite l'œuvre des éléments thermidoriens et affaiblit les positions de l'Union soviétique en face du monde capitaliste. Aussi une des tâches essentielles de la nouvelle Internationale et des nouveaux partis, c'est la défense de l'URSS que les partis staliniens sont aussi incapables d'assurer que de barrer la route au fascisme. La tâche du nouveau parti à constituer en URSS, c'est l'arrêt du développement des forces thermidoriennes et la réforme de l'État soviétique pour le ramener sur ses bases initiales. Toutefois, sur cette question russe, le Plénum n'a pas considéré avoir épuisé la question.

Sur quelles bases créer une nouvelle Internationale, de nouveaux partis ? Autrement dit, quelle internationale, quels partis créer ? Dans les derniers mois, depuis la catastrophe allemande, on peut percevoir parmi ceux qui se réclament du mouvement révolutionnaire, des tendances révisionnistes des principes sur lesquels la IIIe Internationale fut fondée par Lénine et Trotsky. Pour les uns, il faudrait être plus large à la base du regroupement ultérieur du mouvement ouvrier ; pour d'autres, il y aurait quelque chose de faux à la base même du bolchévisme, etc. Aussi la direction de la fraction internationale des bolcheviks-léninistes se devait de se prononcer clairement à ce sujet. Nous avions lutté pendant des années pour ramener l'IC sur la base de ses principes initiaux ; nous n'avons pas réussi à empêcher la dégénérescence de cette organisation de s'accomplir jusqu'au bout ; il nous reste donc à travailler à la création d'une nouvelle organisation internationale sur la base des principes qui menèrent à la victoire d'Octobre, ceux de Marx et de Lénine.

Concrètement, cela s'exprimait ainsi : sur la base des travaux des quatre premiers congrès de l'IC enrichie de l'expérience de l'Opposition de gauche, expérience qui se trouve concrétisée dans les 11 points adoptés par elle à sa préconférence de février 1933 !

À ce propos, le Plénum a décidé de modifier le point 10, dont la rédaction répondait à notre politique de fraction travaillant à la réforme de l'IC « Distinction dans le champ du communisme actuel de trois groupements : marxiste, centriste et droitier... », ce texte correspondait à notre lutte dans l'Internationale communiste pour triompher des courants droitiers et centristes. Actuellement, nous travaillons pour un regroupement dans une nouvelle Internationale des éléments révolutionnaires dispersés et qui pourront être amenés sur la base communiste définie plus haut. La nouvelle rédaction proposée à la ratification des sections est la suivante :

« Lutte pour le regroupement des forces révolutionnaires de la classe ouvrière mondiale sous le drapeau du communisme internationaliste. Reconnaissance de la nécessité de la création d'une véritable internationale communiste capable d'appliquer les principes ci-dessus énumérés. »

Comment opérer ce regroupement ? Par quelles voies ? Quels sont les éléments susceptibles d'être regroupés ? Bien entendu, il reste nombre d'éléments révolutionnaires honnêtes dans les rangs des partis de l'IC ou sous leur influence. Nous n'abandonnons nullement l'intention de les gagner aux véritables principes communistes ; mais au lieu de les inviter à lutter avec nous pour obtenir un changement de cours de leur parti : nous les appellerons à lutter avec nous pour édifier le véritable parti communiste qui, en remplissant ses tâches de parti, débarrassera la scène politique des organisations staliniennes.

Un autre des domaines d'activité de notre fraction en vue de travailler à ce regroupement est constitué par ces organisations socialistes de gauche qui ont abandonné la IIe Internationale et se dirigent vers le communisme ou qui sont en voie d'opérer un processus pareil. Notre presse a déjà traité de cette question. Au Plénum, la question fut concrètement discutée à propos d'une conférence internationale de ces organisations convoquée à Paris pour les 27 et 28 août par l'Independant Labour Party. Devions-nous y assister et, dans l'affirmative, quelle y serait notre position ?

Avec le changement d'orientation décidé, notre participation à une telle conférence ne pouvait pas ne pas être décidée. Ce devait être pour nous un premier pas dans la voie de la création de la IV° Internationale. Et le Plénum décida de signifier notre position dans une déclaration au congrès, marquant la faillite des deux Internationales, la nécessité d'en créer une nouvelle, les bases de celle-ci, ses tâches essentielles.

En ce qui concerne la tactique à suivre à cette conférence, le Plénum décida qu'avant tout notre délégation devait développer le contenu de notre déclaration ; qu'en second lieu, elle devait chercher à obtenir une délimitation des groupements s'orientant ou susceptibles de s'orienter vers la nouvelle Internationale d'avec les groupements absolument incapables de le faire, soit parce que gravitant autour de la IIe Internationale comme le Parti ouvrier norvégien (NAP), soit parce que n'ayant que des rapports douteux avec le mouvement ouvrier comme le Parti d'unité prolétarien (PUP).

La discussion porta également sur la lutte à mener contre le fascisme. Au sujet du boycottage, le Plénum, tenant compte de la réalité, décida de dénoncer la phraséologie des réformistes qui vise à soumettre chaque prolétariat à sa bourgeoisie nationale, au nom de la lutte contre le fascisme : le Plénum se prononça au contraire pour que l'agitation à mener contre le fascisme et sa terreur soit orientée pour aboutir dans des circonstances données à des manifestations puissantes telles que semaine antihitlérienne, boycottage durant un délai déterminé, etc. À cet effet, le Plénum décida l'envoi d'une lettre aux présidiums de l'IC, de l'ISR, de l'IOS (qui tenait à ce moment son congrès), de la FSI, lettre que nous publions dans ce même numéro. Naturellement nous ne nous bornerons pas à un appel aux sommets, mais nous porterons la question devant toutes les organisations.

Finalement le Plénum s'occupa également de questions d'organisation de notre fraction. Il constata que, face à nos tâches, nous ne disposons pas de forces politiques et matérielles suffisantes pour les remplir. Il envisagea diverses mesures et, en particulier, un renforcement de notre organisme international pour qu'il puisse guider et impulser nos sections dans la nouvelle voie où elles s'engagent.

La Vérité, n° 171, (8 septembre 1933.)

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 1, p. 89–92 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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