Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La nature de classe de la République populaire de Chine

novembre 1954 · Comité exécutif international (XVe Plénum) · Le IVe Congrès mondial et après (1954-1957) · 2 362 mots

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(Résolution adoptée par le 15è Plenum du C.E.F.)

La résolution du 11è Plenum du C-E.I. (juin 1952) sur la 3è Révolution chinoise s'exprimait comme suit sur la nature du gouvernement et les perspectives du pouvoir de Mao Tse Tung :

« La situation de dualité de pouvoir est éminemment transitoire. Le sens de son évolution est déterminé par les rapports de force entre les classes sur le plan

Q U A T R I E ME INTERNATIONALE national et international. Le facteur décisif dans ce sens, c’est'aujourd’hui le rôle du gouvernement central. Ce gouvernement ne reflète pas parallèlement la pression des classes antagonistes, mais il agit malgré ses hésitations centristes fondamentalement dans le sens de la destruction de ce qui subsiste encore de pouvoir de la bourgeoisie, Ce qui est décisif sur ce plan, ce ne sont pas les théories petites bourgeoises de conciliat'on entre le Capital et le Travail mais le sens historique de son action face aux conflits explosifs entre les classes, à l'échelle nationale et internationale. Nous caractérisons ce gouvernement comme un gouvernement ouvrier et paysan parce que, d’une part, il a rompu en pratique avec les intérêts historiques de la bourgeoisie pour s'engager sur la voie de la révolution et parce que, d'autre part, il n’a pas encore achevé la destruction du pouvoir de la bourgeoisie ni liquidé Ja dualité de pouvoir du haut en bas de l'appareil d'Etat. Ce gouvernement ouvrier et paysan ne sera qu’une courte phase transitoire dans la voie de la dictature du prolétariat, vers laquelle le pousse de plus en plus la dynamique de la situation nationale et internationale ».

Depuis lors, tous les développements dans la Chine populaire témoignent de la consolidation, du renforcement et de l’élargissement des conquêtes commencées à la suite de la victoire sur le régime de Tchang Kai Chek. ‘

La résolution des tâches nationales s'achève, en même temps que le nouvel Etat aborde les tâches relevant de la révolution socialiste, ce qui vérifie le caractère permanent de la révolution non seulement avant mais aussi après la conquête du pouvoir. La marche de la révolution a été si puissante que la direction du P.C. chinois, empiriquement, a abandonné toutes ses perspectives sur une longue période de « démocrat:e populaire » d’un type nouveau, indéfini, et s'exprime en termes coïncidant avec ceux de la théorie de la révolution permanente : ES

« La période qui va de la création de la République populaire chinoise à l'édification de la société socialiste est une période transitoire. Les tâches fondamentales de l'Etat dans la période transitoire sont : la réalisation graduelle de l’industrialisation socialiste du pays, l'achèvement graduel des transformations socialistes dans l’agriculture, dans l'industrie artisanale et également dans l'industrie et le commér-ce Capitalistes.. La présente Constitution consacre les conquêtes de la révolution populaire dans notre pays et les nouvelles victoires remportées dans le domaine de la politique et de l'économie depuis la création de la République populaire chinoise. Elle reflôte également les exigen£es fondamentales de l’État dans la période transitoire et les aspirations communes des larges masses populaires à l'édification de la société socialiste... La République populaire chinoise est un Etat de démocratie populaire dirigé par la classe ouvrière et fondé sur l'alliance des ouvriers et des paysans). (Constitution de la République populaire de Chine, 1954) -

La permanence de la révolution, les transformations radicales profondes nécesSaires pour aboutir à la reconstruction socialiste du pays et qui s’étaleront sur toute une période, ranimeront fatalement la lutte de classe aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Il résultera inévitablement des reflets de cette lutte dans l'appareil administratif et dans le P.C. lui-même.

La politique économique du gouvernement tend à correspondre aux possibilités présentes de la Chine, compte tenu de l’aide économique limitée de l'U.R.S.S. et des rapports très réduits avec le marché capitaliste international : industrialisation à un rythme important mais non outrancier ; début de planification ; renforcement du secteur étatique par rapport au secteur privé : politique agricole s’efforçant de maintenir l'alliance avec la paysannerie et de permettre l'industrialisation.

Selon les plus récentes informations fournies par le gouvernement chinois :

a) en 1954, la part des entreprises privées serait de 29 % de la production globale, le reste provenant soit des entreprises nationalisées, soit d'entreprises mixtes à DU LAUS EDEN » appartenant pour moitié à l'Etat et intégrées dans la plani-cation.

b) le commerce d'Etat et le commerce coopératif entrent pour 50 % dans le volume global du commerce de détail et pour 80 % environ du commerce de gros.

C) la paysannerie est orientée vers la constitution de « coopératives de producteurs » qui sont des associations de plusieurs familles paysannes pour la gestion et l'exploitation en commun de leurs terres privées.

Le commerce extérieur constitue un monopole.

Les chiffres de production industrielle sont inévitablement encore très faibles. Etant donné le bas niveau des forces productives, le développement de l’économie doit nécessairement avoir un démarrage lent. Les conditions spécifiques de la Chine tendront à donner naissance à la ville et à la campagne à des forces et des tendances capitalistes. Dans ces conditions la politique de la direction acquiert une importance considérable pour favoriser les forces et les formes économiques socialistes et pour imiter et réduire les forces et les formes économiques capitalistes,

Jusqu'à présent la politique extérieure du gouvernement de la Chine populaire & appuyé les mouvements de libération des peuples asiatiques contre l'impérialisme et ses valets indigènes. Bien qu'on ne puisse exclure la possibilité d’un recul de la part de la direction chinoise, dans sa recherche d'accords avec le monde capitaliste, liés conditions internationales ne lui donnent qu'une marge de manœuvre limitée, notamment en raison de ses intérêts propres, de l'ampleur du mouvement et des une enti-impérialistes dans toute l'Asie, et des exigences de l'impérialisme américain.

La Constitution adoptée par l'Assemblée nationale au 5è anniversaire de la Ré-rublique populaire de Chine traduit la nature du régime : son contenu est celui de la dictature du prolétariat, même si ses rédacteurs recourent encore à la formule dé la « démocratie populaire ».

QU: AT R I E ME IN TERNATIONALE

Mais si le régime est, dans le fond, celui de la dictature du prolétariat s'appuyant. sur la paysannerie, un problème des plus importants — celui d'une véritable démocratie ouvrière — fait effectivement défaut dans la société chinoise et dans le P.C. ehinois. À

Les problèmes relatifs à la démocratie ouvrière — aussi bien la question des organismes de masses que celle de la démocratie du parti — qui sont d'une grande importance dans la marche vers la société socialiste, Se posent toutefois à présent en Chine dans des circonstances concrètes particulières. Le prolétariat chinois n'a connu qu'une montée restreinte en 1945-47, est retombé dans la passivité et, comme classe, n'a pas joué un rôle actif dans la conquête du pouvoir qui à été assurée principalement par les armées paysannes dirigées par un parti ouvrier. 11 commence à s’augmenter de nouvelles couches d’origine paysanne. Aussi se trouve- {il dans des conditions très différentes du prolétariat soviétique en 1921-23 au lendemain de plusieurs années d’activité politique intense. Le prolétariat chinois enregistre avant tout à présent une amélioration de ses conditions de vie et de travail par rapport au passé le plus récent, sa politisation ne peut en être qu'à ses débuts et il en résulte qu’il doit être momentannément peu sensible aux problèmes de la démocratie socialiste. :

De même la situation du P.C. chinois ne rappelle en rien celle du Parti bolche_ vick en 1923. Le P.C. chinois est aujourd'hui le parti ouvrier rassemblant derrière lui la majorité de la classe, y compris son avant-garde (à l'exception d'une toute petite minorité trotskyste). La direction du Parti est centriste, agit empiriquement, mais il n'y'a pas à présent de lutte systématique d’une tendance bureaucratique contre une aile ou des courants révolutionnaires. La répression contre nos camarades ne fait pas partie d’une politique générale contre le prolétariat mais provient avant tout d'un héritage des méthodes d'organisation et de préjugés idéologiques staliniens non encore surmontés. Les grands problèmes d’orientation politique tant sur le plan national qu'international, ne peuvent à présent que préoccuper une_couche réduite de membres de ce parti. Les premières années du P.C. chinois et la atale politique stalinienne de 1925-27 ne sont connues que d'une toute petite couche du P.C. chinois. Toutefois la direction du P.C. chinois a, au cours de l'année 1954, manifesté des craintes sur « l'unité du parti » (4 session du C.C., février 1954) que menaceraient des éléments bureaucratiques « gonflés d'orgueil » et dénoncé des éléments » trotskystes et tchendousiuistes » (Liu Shao Shi, septembre 1954), ce qui indique que, dès maintenant, les problèmes qui se posent aux membres du P.C. chinois provoquent des divergences politiques, tant sur la droite que sur la gauche.

L'ensemble des conditions dans lesquelles se trouve actuellement la Chine indique une consolidation des rapports entre le pouvoir politique et les larges masses ouvrières et des couches importantes de la paysannerie.

Bien que des éléments bourgeois subsistent dans les institutions du nouvel Etat,. le pouvoir réel, effectif, est exercé par le P.C. chinois. La révolution a déjà brisé le pouvoir du capitalisme sur le pays. Les capitalistes chinois n’exercent plus aucun rôle dirigeant sur la politique du pays, mais pèsent par la place économique qu’ils occupent encore dans la société chinoise et qui leur est reconnue dans la constitution actuelle.

Le pouvoir en Chine se trouve done consolidé dans les mains d’un parti ouvrier qui occupe un rôle de direction dans un processus de révolution permanente, où le pouvoir bourgeois a été détruit. C’est pourquoi le 15è Plenum du C.E.I. considère que la Chine est un Etat ouvrier, lequel se trouve marqué de déformations bureaucratiques.

Ayant pleinement assimilé l'importance historique de la République populaire de Chine, la IVè Internationale la défend inconditionnellement contre tous ses ennemis de classe, Elle dénonce les manœuvres’et les pressions économiques, politiques et militaires de l'impérialisme tendant à empêcher la stabilisation du nouveau régime et préparant en fait une guerre d'intervention en Chine. Elle appuie pleinement la demande du gouvernement de Mao Tse Tung pour que soient retirées les troupes. impérialistes ou à la solde de l'impérialisme, de Formose et des régions limitrophes de la Chine : Corée, Vietnam, Birmanie. Elle exige l'abolition des derniers traités inégaux liant la Chine à la Grande-Bretagne et au Portugal, ce qu‘ implique le retour à la Chine des dernières enclaves étrangères sur son territoire : Hong-Kong, Macao... Elle appuie la campagne du gouvernement de Mao pour sa reconnaissance de jure et de facto par tous les Etats du monde et pour son entrée immédiate: comme représentant du peuple chinois dans l'O.N.U. Elle demande la levée du blocus de fait de la Chine et l'établissement de relations commerciales sur un pied d'égalité entre tous les pays et la Chine. Elle appelle tous les gouvernements des pays asiatiques et toutes les organisations ouvrières et syndicales du monde entier à élaborer un plan d'ensemble de développement économique et d’industrialisation de l’Asie sans paiement de tribut aux impérialistes, et sur la base de l'aide récipro-que entre pays ayant échappé au contrôle de l'impérialisme. Elle appelle notamment les organisations ouvrières d'Europe occidentale à inscrire dans leur programme le principe d'une aide désintéressée d'équipement industriel à la Chine révolutionnaire et à la réaliser dès l'établissement de gouvernements ouvriers (ouvriers et paysans) dans leur pays. Il va de soi que les membres chinois de la IVè Internationale se trouveront à l'avant-garde de la défense des conquêtes de la révolution chinoise contre toute attaque contre-révolutionnaire et qu'ils participeront également à l’avant-garde dans la lutte de toute réalisation révolutionnaire déclenchée par le nouveau régime ou par les masses. É

La IVè Internationale et les trotskystes chinois accordent un soutien critique:

QUS ANT RLI EME TENTE REN TA TINO N ASLUE au gouvernement de Mao Tse Tung. Ceci implique une critique vigoureuse de l'orientation de ce gouvernement sur les points suivants : ns a) sur la structure de l'Etat et le régime du parti. Le gouvernement de s'appuie pas essentiellement sur les comités d'ouvriers et de paysans démocratiquement élus. .La structure bureaucratique du Parti à influencé celle de l'appareil d'Etat. La ré-DErAOR des éléments d'opposition révolutionnaire doit être particulièrement con-amnée, b) sur l'identification de la fonction des syndicats, du parti et de l'Etat dans le domaine industriel. Il est du devoir des syndicats ouvriers de défendre les intérêts de classe des ouvriers contre les capitalistes privés et même, le cas échéant, à l'égard de l'Etat ouvrier.

c) sur les conceptions erronées relativement aux coopératives, notamment dans les campagnes, qui ne constituent pas des formes socialistes, tout en étant indispensables dans la voie de construction du socialisme. F d) sur l'absence de revision théorique de leurs anciennes conceptions fausses -Sur la « révolution par étapes », le « capitalisme démocratique », etc.

La critique doit être avancée en général de façon constructive et avec une conscience nette de la réalité économique et sociale du pays. De toute facon, la dictature du prolétariat en Chine devra être accompagnée d’une période de N.E.P. beaucoup plus large et plus longue qu'en Russie, sans suppression complète de la propriété privée dans le domaine de la petite industrie urbaine et villageoise, du commerce, de l'artisanat, etc... Le rythme d'accumulation industrielle par tête d’habitant sera, pendant une période transitoire, relativement bas et essentiellement fonction du rythme de développement des forces productives à la campagne et de l'aide étrangère,

Afin de réaliser l'orientation de défense inconditionnelle de la République populaire chinoise et de soutien critique du gouvernement Mao, les militants chinois de la IVè Internationale devront s'intégrer complètement dans le mouvement de masse de leur pays, tel que cela a été décidé par le 38 Congrès Mondial de la IVè Internationale. Cette intégration a pour but de se lier aux couches les plus combattives et les plus conscientes du Parti communiste chinois et des autres organisations de masse, afin de les pousser en avant vers un parachèvement de la révolution permanente en Chine et de lutter pour la démocratisation de ces organisations et du pouvoir.

Les formes tactiques de cette orientation seront établies par la section chinoise ‘n consuliation étroite avec le Comité Exécutif International.

Novembre 1954.

Source : Quatrième Internationale, Vol.13 N°1-3, mars 1955 · scan (Radar, 16-014-00068).

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