Documents de la IVe Internationale

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La crise de direction de la bureaucratie soviétique

9 février 1955 · Secrétariat international · Le IVe Congrès mondial et après (1954-1957) · 1 818 mots

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La cerise de direction de la bureaucratie soviétique

La démission spectaculaire de Malenkov de la Présidence du Conseil des Ministres de l'U.R.S.S. marque une nouvelle étape importante dans la crise chronique dont souffre la direction de la bureaucratie soviétique.

Cette crise qui sévissait déjà du vivant de Staline fut particulièrement aggravée à l'approche de sa mort, comme il Appart clairement à l’annonce du « complot des médecins » survenant immédiatement après le 19° Congrès du Parti Communiste qui fut en apparence une grandiose manifestation de solidarité et de l'homogénéité du régime stalinien.

Le « complot des médecins » était l’annonciateur d’une gigantesque épuration sanglante qui devait déferler sur toutes les sphères de la bureaucratie soviétique, répétant sinon dépassant les horreurs de la période 1936-38 et ‘des grands procès de Moscou.

eule la mort de Staline, accidentelle ou fortement aidée par ceux qui ‘étaient directement ou indirectement menacés par le « complot des médecins », -a empêché la nouvelle hécatombe. Sa mort cependant fit disparaître la véritable tête bonapartiste de la direction de la bureaucratie soviétique, celle ui assurait, certes à sa manière, l'équilibre entre les différentes fractions e la bureaucratie, maintenant une certaine cohésion entre elles et jouissant d’un prestige nécessaire et utile à l’ensemble de la bureaucratie. es successeurs « collectifs » se sont trouvés au moment même de sa mort devant une tâche écrasante : colmater la brêche ouverte dans la cuirasse -de la bureaucratie par la disparition de son chef sans que cela tourne au renversement du régime politique de la bureaucratie par l'entrée en action -des masses soviétiques.

Sachant bien à quel point le règne de Staline était haï par les masses,

‘et aussi par de larges couches de la bureaucratie elle-même, qui vivaient

‘QU A 1 R I E M E TONCTSE RNA T I1:0. N°A LE dans la terreur policière, les successeurs de Staline ont voulu s'engager tout d’abord dans une politique d’apaisement intérieur et extérieur afin de mieux asseoir leur pouvoir. Pris entre des pressions contradictoires exarcerbées par la mort même de Staline, pressions des masses soviétiques, des différentes couches de la bureaucratie soviétique, des masses internationales ,de l’impé- .rialisme, ils se sont tout d’abord eflorcés de se présenter comme une « direction collective » s’appliquant à réparer queiques-unes des plus criantes monstruosités et absurdités du règne de Staline : l’omnipotence et la terreur policières ; le très long retard à élever de façon substantielle. le niveau de vie des masses prôvenant entre autre de la longue négligence de l'industrie légère et de l’agriculture par rapport à l’industrie lourde ; la stérilisation sous un strict contrôle bureaucratique et policier de la vie artistique, littéraire «et même scientifique ; les rapports rigides, explosifs établis avec les pays -Satellites et les Partis communistes.

Mais ces intentions qui furent confirmées par la dénonciation de la police comme étant responsable du «< complot des médecins » ; par l'accent mis sur le « bien-être » des masses ; par les efforts pour relever la production -de biens de consommation et de l’agriculture ; par une certaine libéralisation dans le domaine des arts et des sciences ; par les nouveaux rapports établis -avec la Yougoslavie, etc. ont été à gouble tranchant : si elles élargissaient les assises de masses du pouvoir de la nouvelle direction « collective », ce élait que dans la mesure où elles paraissaient pour les masses comme un simple commencement qui devait être poussé plus loin et à fond.

Un tel processus équivaudrait dans ce cas pratiquement au renversement complet du régime politique de la bureaucratie soviétique et au retour à un contrôle et à une gestion de l'Etat et de l’économie par les masses soviétiques, démocratiquement organisées dans les soviets, les syndicats, le parti ou les partis soviétiques .

Des appétits plus vigoureux commencent à naître, des courants plus radicaux à se dessiner, la politisation des masses soviéliques et même de secteurs importants de la bureaucratie à s'accentuer. La vie politique soviétique, depuis si longtemps figée dans le corset de fer du règne de Staline, commençait à se dégeler rapidement. Et ce, avec une force potentielle d’autant plus explosive que les progrès économiques et culturels en U.R.S.S., particu-ae après la guerre, en interaction avec les progrès réalisés par la révolution dans le monde entier pendant cette même période, allaient fondamentalement à l'encontre de la sclérose bureaucratique et policière avancée du régime de Staline. Il a suffi que l'impression soit créée d’une certaine liberté littéraire pour donner une éclosion de pièces de théâtre et de romans stigmatisant la structure bureaucratique du régime instauré par Staline.

La direction « collective » établie par les successeurs de Staline en tant que nécessité primordiale pour leur propre survie dans une première phase, s’est vue vite entraînée par les courants profonds que ces mesures encourageaient objectivement.

Dès ce même moment, les frictions entre ses membres ne pouvaient que s'accentuer et s’exacerber. Il s’agissait de trouver une formule conciliant le prolongement du règne politique de la bureaucratie soviétique avec une situation objective intérieure et extérieure de plus en plus mouvante et explosive.

. La voie à suivre pour éviter un naufrage collectif devenait de plus en plus difficile, ni la situation intérieure ni la situation extérieure ne laissant “un véritable répit aux successeurs pour trouver en toute sécurité les moyens de gouverner « collectivement » en paix et efficacement.

Beria fut la première victime de sa tentative — ou simplement de l’éventualité d’une telle tentative — de s'imposer au sein de la « direction collective » par la force encore grande à l’époque de sa police. Il servit aussi de bouc émissaire le plus commode pour mieux asseoir la popularité du reste de l’équipe, débarrassée de « l’archipolicier » haï.

Mais à peine étaient-ils restés entre eux que les continuateurs de l’équipe se voyaient déjà insensiblement divisés par de nouvelles tendances opposées ‘qui maintenant sont devenues claires. L'une, à laquelle appartenaient Malenkov, Mikoian, représentait la ‘partie libérale de la-bureaucratie, engagée dans ane politique qu'elle voulait consciemment différencier de celle de Staline et apparemment la rattacher à celle de Lénine, d'élévation du bien-être des masses, de libéralisation relative du climat intérieur, d'assouplissement des rapports avec les pays satellites, avec les Partis communistes et, en même temps, avec les pays capitalistes. L'autre, plus rigide, englobant les éléments bureaucratiques du parti « disciples de Staline », incarnée par Khrouchichev, et qui jouit très probablement du soutien d'une importante fraction de l'armée,

Q'EUVARMT Re T EME LENLT ER NA TL O0 N'ALSE cherchait à évoluer en quelque sorte à mi-chemin entre la « ligne Malenkop » et l'ancienne ligne de Staline.

Cest cette dernière tendance qui prit de l'avance durant toute l’année 1954, à la suite de conditions intérieures et surtout de conditions extérieures favorisant provisoirement son développement.

A l’intérieur, la ligne Malenkov — sans satisfaire personne, sans aboutir à une substantielle élévation du niveau des masses ni à une véritable libéra-Jisation — avait renforcé les appétits et réactivé les courants critiques radi-eaux. À l'extérieur, elle avait favorisé objectivement les tendances centrifuges. dans les pays satellites et les Partis communistes et encouragé les impérialistes lancés dans une ratification précipitée des accords de Paris et le réarmement de l’Allemagne de Bonn.

Ce sont, entre autre, les revers subis par la diplomatie soviétique après. . la Conférence de Genève qui ont incité la tendance Khrouchtchev à renforcer son offensive contre une ligne jugée, par sa dynamique, liquidatrice des positions dominantes de la bureaucratie. Les interventions fréquentes de Khrou-ehtchev depuis cette date, dans toutes les grandes occasions d’ordre intérieur et extérieur, que éclipsait de plus en plus la personnalité de Malenkov y eompris dans les domaines relevant de la propre compétence de ce dernier ; Vesquisse d’une contre-offensive de style « jdanoviste » contre les courants de dégel dans les arts, la littérature et les sciences ; la tentative d’une nouvelle mise en valeur du culte de Staline lors de l'anniversaire de sa naissance, devenaient autant de signes de l’avance prise par la tendance Khrouchtchev.

Tout cela atteignit son point culminant à la session du Comité Central du Parti communiste de J'U.R.S.S. de janvier 1955 où fut scellée la défaite de la fraction Malenkov et décidée la convocation du Soviet suprème pour entériner ces décisions. Les motifs de la démission de Malenkov sont choisis pour mieux justifier la fraction victorieuse. Malenkov se voit obligé de faire son « autocritique » en tant que responsable des insuccès de l’agriculture, tout en attribuant à Khrouchtchev le bénéfice des mesures prises en faveur des paysans.

La victoire de Khrouchtchev est celle de la frocior des éléments « comi-lards >» du parti ,appuyée par une fraction de militaires qui ont déjà contribué à la chute de Beria et aux coups portés contre l’omnipotence de la police. Elle s'efforcera d'ériger un barrage plus efficace contre la fluidité de la siluation intérieure, tout en raidissant son attitude à l'extérieur.

Mais elle ne pourra ni revenir purement et simplement au sfatu quo ante ni se stabiliser. Elle est déjà obligée de présenter la primauté à accorder à l’industrie lourde comme indispensable à l'essor qui doit continuer de de l'industrie légère et de l’agriculture. La manière dont s’est dénouée cette fois la lutte des deux fractions est à ce propos significative. Le rapport des forces entre elles a imposé des moyens, en apparence au moins, € idéologiques », de « discussion », « d’auiocritique », sans calomnie ni exécutions. sommaires.

La crise continuera.

Dans le cas d’une nouvelle aggravation de la situation internationale et de la fluidité persistante à l’intérieur, Boulganine qui représente l’ultime-pont du Parti à l’armée pourrait céder la place à un porte-parole plus direct de l’armée.

La question sera tranchée en définitive par la dynamique de la lutte des masses à l’intérieur de l’'U.R.S.S. et internationalement. C’est l’action des masses soviétiques aidées par le prolétariat international qui mettra en échec les bureaucrates, renversera leur pouvoir et fera renaître pleinement la démocratie soviétique.

Un nouveau coup vient d’être porté au prestige de la direction de la bureaucratie soviétique, en U.R.S.S. même et dans les Partis communistes de par le monde attachés au Kremlin. Il en résultera une accentuation des tendances et du climat critiques aussi bien en U.R.S.S. que dans les Partis communistes.

Il n’y a pas actuellement au monde de forces capables d'arrêter le processus révolutionnaire profond et fondamental qui marque la seconde moitié de notre siècle, et dont la dynamique n’aura qu’une conclusion : balayer à la fois le sine social capitaliste et les régimes politiques bureaucratiques instaurés en U.R.S.S. et dans les démocraties populaires à la faveur du caractère arriéré de ces pays et à une période où le potentiel de la révolution prolétarienne était encore limité. … VIVE LE POUVOIR DEMOCRATIQUE DES OUVRIERS ET DES PAYSANS EN U.R.S.S. ET DANS LE MONDE ENTIER !

VIVE LA REVOLUTION PROLETARIENNE MONDIALE !

VIVE LA IVè INTERNATIONALE |!

Le 9 février 1955. Le Secrétariat International de la IVè Internationale.

Source : Quatrième Internationale, Vol.13 N°1-3, mars 1955 · scan (Radar, 16-014-00068).

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