Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 3e série n° 8

Notes de lecture

Quatrième Internationale, 3e série n° 8 · avril-mai-juin 1982 · p. 117-121 · 2 106 mots

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Leon Trotsky :

The Balkan Wars 1912-13

(Monad Press Editeur, New York)

Entre la défaite de la révolution russe de 1905 et l'éclatement de la Première Guerre mondiale, Trotsky vécut la plupart du temps à Vienne en Autriche. Il assurait alors son existence et celle des siens comme correspondant dans cette ville du journal libéral de gauche Kievskaïa Mysl (la Pensée de Kiev). Comme il l'a écrit dans Ma vie, il ne pouvait pas y dire tout ce qu'il pensait, en raison de la censure tsariste qui s'exerçait sur ce journal, mais il n'y a jamais dit quoi que ce soit qu'il ne pensait pas. Ce journal l'envoya dans les années 1912 et 1913 dans les Balkans pour y suivre, comme correspondant de guerre, les hostilités qui se déroulaient dans cette péninsule. Ses articles ont été rassemblés, avec quelques autres, écrits à la même époque à destination de la presse socialiste sur le même sujet, et publiés en Union soviétique dans la collection des « Oeuvres complètes » de Trotsky (Sotchinenya) décidée par le Comité Central du P.C.U.S. et dont douze volumes environ avaient déjà paru avant qu'elle fut arrêtée en 1927. Ces articles sur les guerres balkaniques se trouvent dans le volume n° 6. A notre connaissance, c'est la première fois qu'ils paraissent dans une autre langue que le russe. Ces articles avaient été mentionnés par Trotsky dans Ma vie et on trouve aussi quelques commentaires à leur sujet dans la biographie écrite par Deutscher (Le prophète armé, chapitre VII).

La lecture de ce livre nous ramène soixante-dix ans en arrière, à des événements qui ont préludé à la guerre de 1914-1918, qui leur ont servi, pour ainsi dire, d'ouverture et qui paraissent assez pâles par comparaison avec les événements qui ont rempli le monde depuis lors. Néanmoins ils sont fort loin d'être dénués d'intérêt même à présent, et les articles écrits par Trotsky leur donnent un relief qui en rend la lecture passionnante.

Ces articles, rappelons-le, étaient destinés à un journal bourgeois, lu par ce qu'il y avait de plus progressiste dans la Russie de ces années-là. Il faut donc les lire comme on lit, par exemple, les articles que Marx, dans les années qui suivirent la défaite de la révolution de 1848, écrivit pour le New York Tribune, c'est-à-dire sans oublier l'arrière-fond sur lequel se développaient les événements qu'ils mentionnent. Est-il besoin de dire que, dans ces articles, le style brillant de Trotsky est déjà présent, même s'il n'a pas la densité que, les circonstances aidant, il aura plus tard. Ces articles sont un modèle de journalisme (précision des faits, recherche minutieuse des détails) qui éclaire et explique les événements et la vie de pays en guerre. Trotsky parcourt la société de haut en bas, depuis les ministres bourgeois qu'il interviewe, lesquels exposent, plus ou moins effrontément, leurs buts et aussi les machinations des grandes puissances qui les manipulent avant d'accéder bientôt à l'avant-scène au nom des grands principes, jusqu'aux masses travailleuses, les ouvriers encore peu nombreux dans ces pays, et, avant tout, ces masses paysannes qui formèrent l'essentiel de la chair à canon. Ces masses qui furent les principales victimes de l'incompétence et de la gabégie des état-majors. Trotsky se penche notamment sur les blessés et les prisonniers, laissés à l'abandon, indépendamment de leur nationalité. Quel démenti ces lignes apportent à ceux qui, plus tard, parleront de Trotsky comme un être dépourvu de sensibilité, indifférent au sort des masses qu'il dirigea au cours de la révolution d'Octobre !

Pendant son activité de journaliste Trotsky aura maille à partir avec la censure qui ne veut laisser passer que ce qui lui convient. Le militant révolutionnaire russe se mettra aussi en avant pour dénoncer avec vigueur la « propagande panslaviste » destinée à aider la pénétration de l'impérialisme tsariste dans les Balkans, propagande qui a reçu le concours du chef des cadets, Milioukov.

On trouvera aussi dans ces articles un tableau du mouvement ouvrier et socialiste des Balkans et des portraits Il s'agit d'un des ouvrages les plus importants consacrés ces dernières années aux problèmes de la révolution sud-africaine. Bien qu'axé sur une analyse de la question nationale en Afrique du sud, il sou- de quelques-uns des militants qui l'animaient. C'est là que Trotsky trace un portrait chaleureux, enthousiaste, passionant et passionné de Christian Rakovsky qu'il avait rencontré à diverses reprises lors de congrès internationaux et qui deviendra probablement dès lors son ami le plus proche, personnellement et politiquement.

Au cours de ces guerres balkaniques où des nationalités et des nations cherchaient d'abord à se libérer du joug ottoman, les partis socialistes se conduisirent encore honorablement, à la différence de ce qui survient environ un an plus tard. A ce propos apparaît aussi dans ces articles quelque chose de l'atmosphère du mouvement ouvrier de l'époque, quelque chose qui se reflète chez les autres fortes personnalités révolutionnaires comme Lénine et Rosa Luxembourg, à savoir les grands espoirs suscités par la montée du mouvement ouvrier européen à la fin du XIX° siècle et au début du XX* siècle, les espoirs de pouvoir faire reculer les menaces de guerre sans soupçonner le chemin ardu, long, épouvantable que l'humanité aurait à traverser depuis 1914.

Pierre Frank lève pratiquement toutes les questions clé de la révolution : analyse de la structure sociale et économique du pays; examen des racines et de la nature du régime de l'apartheid ; attitude des diffé-

No Sizwe:

One Azania, One Nation -

The National Question in South Africa

(Zed Press, London 1979)

No Sizwe:

One Azania, One Nation -

The National Question in South Africa

(Zed Press, London 1979)

rents courants qui, au sein des opprimés, s'opposent au racisme des oppresseurs ; forces motrices et problèmes stratégiques et tactiques de la révolution sud-africaine qui couve. La possibilité de traiter de toutes ces questions sous l'angle de la question nationale résulte du fait que cette question est effectivement la question centrale de la révolution sud-africaine.

No Sizwe analyse les origines du racisme blanc en Afrique du sud, et la manière dont il a abouti aux conceptions et institutions de l'apartheid. Il souligne à juste titre que ces conceptions peuvent se fonder pas seulement sur les vues concernant la « supériorité » et « l'infériorité » des différentes « races » qui habiteraient l'Afrique, mais encore, de manière plus subtile, sur l'idée de deux (ou de plusieurs) nationalités habitant le pays. Dans les conditions concrètes de la société sud-africaine, avec l'imbrication inextricable entre les contradictions sociales et « ethniques », seule l'idée d'une unique nation sud-africaine en gestation rend compte des nécessités objectives et des tâches du processus de révolution permanente qui y mürit.

Christian Le nom de Rakovsky est aujourd'hui surtout connu de ceux qui sont au courant de l'histoire vraie des premières années de la révolution d'Octobre comme celui du Président du Conseil des Commissaires du peuple de l'Ukraine, du « plus grand diplomate soviétique des années 20 » (E.H. Carr), du principal dirigeant après Trotsky de l'Opposition de gauche soviétique. On connaît de lui

No Sizwe rejette les thèses opposées qui ont cours dans le mouvement de libération, notamment celle de la « colonie intérieure » et celle de la « nation noire », ou encore celle de nations opprimées et d'une nation oppresseuse qui cohabiteraient dans le pays. Il croit que le concept de « colour-cast » (« castes-couleur ») rend compte de la réalité actuelle que les maîtres capitalistes du pays désirent perpétuer, et qui sera définitivement transcendée par la vietoire révolutionnaire des masses.

Le livre qui s'inspire en grande partie de la tradition marxiste-révolutionnaire en Afrique du sud, tout en la rénovant parle en passant (pp. 112-113) des « vestiges ultra-gauche de la IVe Internationale » qui s'abstinrent de participer au mouvement de libération nationale. Il s'agit de toute évidence des vestiges d'un groupe en Afrique du sud, non de la IVe Internationale en tant qu'organisation internationale. Celle-ci a maintenu, depuis son 2º Congrès Mondial de 1948, en gros, la ligne correcte de l'importance-clé de la question nationale dans la révolution sud-africaine à venir.

E.M. Rakovsky : un texte remarquable « Les dangers professionnels du pouvoir », »dont Trotsky a dit que c'était ce qu'on avait écrit de mieux sur la bureaucratie. Mais l'essentiel de sa contribution au mouvement ouvrier international est largement méconnue, bien qu'il ait milité dès la dernière décennie du 19° siècle et que son activité se soit exercée dans la plupart des pays européens, notamment dans les

Selected writings on opposition in the USSR 1923-30

(Allison & Busby éditeurs, Londres et New York)

Selected writings on opposition in the USSR 1923-30

(Allison & Busby éditeurs, Londres et New York)

UCE Balkans d'où il était originaire. Sa vie fut un « destin hors série », pour reprendre l'expression d'Anatole de Monzie, longtemps ministre de la 3º République française, qui fut un condisciple de Rakovsky à l'Université de Montpellier et maintient avec lui des relations amicales sa vie durant. Une excellente biographie de Rakovsky a fait l'objet d'une thèse de doctorat présentée par M. Francis Conte à l'Université de Bordeaux en 1973. Une partie seulement de cette thèse (d'environ 900 pages) a été publiée chez l'éditeur Mouton, celle qui a trait à son activité de diplomate soviétique.

Les éditions Allison & Busby ont récemment publié en anglais un recueil de textes de Rakovsky avec une introduction de Gus Fagan résumant la biographie de Rakovsky et présentant les textes publiés dans ce volume. L'ensemble constitue un volume de moins de 200 pages, qui donne un aperçu bien clair des positions de Rakovsky au cours de sa lutte contre les dangers bureaucratiques dès qu'ils prirent corps Le camarade Winfried Wolf (pour le vol. 1 en collaboration avec Steffie Engerl) vient de consacrer un ouvrage de près de 400 pages, sans doute la première analyse d'ensemble, à la révolution politique antibureaucratique en cours en Pologne depuis l'été 1980. L'ouvrage comporte huit grandes parties : un bref aperçu historique de la « question nationale » en Pologne, c'està-dire de la destinée de la nation polonaise depuis le partage de la Pologne jusqu'à la Première Guerre mondiale ; un aperçu de la destinée de la Pologne en Union soviétique. A ce propos il faut particulièrement mentionner son intervention au 12º Congrès du P.C.U.S. en avril 1923, c'est-à-dire environ 6 mois avant qu'éclate publiquement la crise qui aboutit quelques années plus tard à l'expulsion de l'opposition de gauche du parti et à la mort du Parti bolchevik comme parti révolutionnaire du prolétariat de l'Union soviétique. Ce discours de Rakovsky portait principalement sur la question des nationalités et dénonçait les conceptions bureaucratiques qui révissaient déjà et que Staline et les siens allaient développer au-delà de tout ce qu'on pouvait alors imaginer. Nous publions dans ce même numéro de notre revue la partie de ce discours concernant la question des nationalités.

Souhaitons que la publication de ce livre soit le prélude à d'autres publications qui rendront à la memoire de Christian Rakovsky l'hommage que lui doit le mouvement marxiste révolutionnaire international.

P.F. dans l'entre-deux-guerres (« Etat par la grâce de l'impérialisme ») ; l'analyse de la République Populaire depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale (« société de transition par la grâce de Moscou ») ; l'analyse des racines sociopolitiques de la révolution politique, et notamment des trois « précédents » d'actions de masse antibureaucratiques : celui de 1956, celui de 1970 et celui de 1976 ; l'analyse des phénomènes de fermentation et de décomposition de la dictature bureaucratique entre 1976 et 1980 ; une description et une analyse

Winfried Wolf :

Polen. Der lange Sommer der Solidarität

(ISP-Pocket/Francfort 1981, 2 vol.)

Winfried Wolf :

Polen. Der lange Sommer der Solidarität

(ISP-Pocket/Francfort 1981, 2 vol.)

des grandes grèves de l'été 1980 et des accords qui les ont conclues ; l'analyse des confrontations entre le pouvoir bureaucratique et les masses qui ont fait suite à ces accords en 1980 et 1981; finalement la montée de la lutte pour l'autogestion ouvrière et populaire jusqu'à la première session du Congrès de Solidarnose.

Il s'agit à la fois d'une chronique des principaux événements de l'histoire économique, sociale et politique de la Pologne des trente-cinq dernières années, et d'une analyse marxiste révolutionnaire de la signification de ces événements, de leur tendance historique, des promesses qu'ils renferment pour le socialisme en Pologne, en Europe et de par le monde, ainsi que des risques encore graves qu'ils soient détournés de ce but. Cet ouvrage, écrit au feu des événements, restera un instrument de référence important pour tous ceux qui, au-delà de l'indispensable travail de solidarité avec les travailleurs polonais, cherchent à comprendre le pourquoi et le destin de l'explosion présente.

E.M.

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