Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 32-33

Discours au XIIe Congrès

Khristian Rakovsky · Quatrième Internationale, n° 32-33 · mai-juillet 1989 · p. 53-62 · 4 536 mots

In English: Speech to the Thirteenth Congress (International Marxist Review Vol. 4, No. 2, Winter 1989).

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

Le XII° Congrès du Parti communiste de l'Union soviétique, auquel se réfère l'un des articles de Trotsky que nous publions, a eu lieu en avril 1923. La question nationale y a été abordée, notamment dans le but de contrecarrer des tendances dangereuses qui étaient apparues à l'occasion de l'affaire géorgienne. Le congrès s'est prononcé fermement contre toutes les manifestations de « chauvinisme de grande puissance ». Il a condamné comme « antiprolétarienne et réactionnaire » l'attitude de tous ces responsables centraux et locaux par lesquels « l'Union des républiques n'est pas considérée comme une union d'unité d'Etat égale, avec le mandat de garantir le libre développement des républiques nationales, mais comme un pas vers la liquidation des républiques comme le début d'une prétendue république "une et indivisible"». Plusieurs orateurs avaient expliqué, par ailleurs, que la solution de la question nationale devait impliquer des pouvoirs accrus des républiques dans le domaine économique. Par exemple, le géorgien Mdivani avait dit, entre autres : « La question nationale ne se limite pas, comme le pensent malheureusement beaucoup de camarades qui occupent des postes importants, à des questions de langue ou d'autonomie naitonale et culturelle... Le facteur economique ne doit dans aucun cas être exclu de la question nationale. Au contraire, ce facteur doit constituer le contenu de la question nationale... Nous pouvons discuter du niveau maximal ou minimal de l'activité économique qui serait confiée aux différentes nationalités, mais nous devons avant tout affirmer ici que le facteur économique est le point de départ pour la solution de la question nationale. »

L'un des principaux discours a été celui prononcé par Khristian

Rakovsky qui était à l'époque président du Conseil des commissaires du peuple de la république d'Ukraine et qui avait déjà eu, en 1922, de vives polémiques avec Staline et Ordjonikidzé sur la question nationale. Nous reproduisons une grande partie de ce discours (une version française intégrale est apparue en mars 1984 dans les

Cahiers Léon Trotsky). L'amendement, dont il est question dans le discours, fut repoussé après une intervention de Staline.

Je dois dire franchement que, quand je vois le calme avec lequel en particulier la partie russe de notre parti réagit à des arguments qui ont malheureusement un peu trop de couleur locale, j'ai des craintes pour l'avenir de notre parti. En fait, camarades, c'est une des questions qui touche les bases de la Russie soviétique et de notre parti. Il faut le dire ouvertement et honnêtement dans un congrès du parti :

la question nationale est l'une de ces questions qui nous promettent une guerre civile si nous ne manifestons pas la sensibilité et la compréhension indispensables dans notre attitude à son égard. Il s'agit de I'« union » entre le prolétariat russe et les soixante millions de paysans non russes qui exigent de participer à la vie économique et politique de l'Union soviétique sous leur drapeau national. Et ainsi je dis que Lénine nous expliquait la situation avec l'autorité d'un dirigeant et toute la pénétration de son génie.

Camarades, pourquoi la question nationale a-t-elle été soulevée pour la troisième fois ? Je crains que cela ne se reproduise une quatrième et une cinquième fois; dans un an ou deux, nous discuterons encore la question nationale. Je dois avouer que, pendant quelque temps avant le congrès, nous avons nourri l'espoir que la question nationale serait placée au centre du congrès, comme Lénine l'avait proposé. Mais elle en a été la queue. Nos camarades supportent impatiemment ce débat sur la question nationale. Je ne fais de reproche à personne, car, sur cette question, nous sommes tous coupables. Et quand je vois combien il est dur pour nos organisations d'Ukraine, qui travaillent dans les conditions d'une lutte nationale, quand je vois combien il est dur pour nous de leur faire comprendre la signification de la question nationale, je commence à avoir des craintes pour le pouvoir soviétique. Et cette question est encore plus difficile en Russie.

UN DISCOURS DE KHRISTIAN RAKOVSKY 55

De quoi s'agit-il ? Camarades, pourquoi soulevons-nous pour la troisième fois la question nationale ? Parce que, plus nous la posons et plus nous nous éloignons d'une compréhension et d'une solution communistes de la question nationale. Dans la façon dont nous abordons la question des nationalités, nous avons un préjugé, un préjugé profond et d'autant plus dangereux que c'est un préjugé communiste, parce qu'il a l'air communiste, parce qu'il a des racines dans notre programme et parce qu'il masque notre ignorance sur la question des nationalités. Je me souviens d'une remarque caractéristiques du camarade Staline. Quand je rentrai de l'étranger après l'adoption du programme sur l'Union, le camarade Staline me dit : « Vous savez, beaucoup de gens m'ont demandé : est-ce à long terme, n'est-ce pas une initiative diplomatique ? » Oui, camarades, toute la politique des nationalités, toutes les relations internes à l'Union de notre gouvernement, ont été comprises par la majorité en Ukraine et par des gens plus nombreux encore en Russie comme une espèce de jeu stratégique diplomatique : « Au nom du ciel, nous avons déjà réglé la question nationale dans la révolution d'Octobre. Notre pays est communiste; nous sommes tous pour l'internationalisme ». Dites-moi, camarades, combien d'entre vous peuvent expliquer de quelle façon la révolution d'Octobre a résolu la question des nationalités ? N'oublions pas qu'en 1919 des camarades autorisés ont déclaré au congrès du parti qu'il n'y avait plus de question des nationalités, et l'un de ces camarades l'a redit ici devant vous avant-hier. Ce n'était pas sa première erreur - nous faisons tous des erreurs — mais cela a été dit ; et si des camarades autorisés, les auteurs de l'ABC du communisme avouent s'être trompés sur la question nationale, alors, que doit faire la base ? Et il y a une foule de camarades responsables qui considèrent la question nationale en souriant, en souriant de façon sarcastique. « Mais nous sommes dans un pays qui a dépassé l'étape des nationalités », comme a dit un camarade, « nous sommes dans un pays où la culture matérielle et économique s'oppose à la culture nationale. La culture nationale, c'est pour les pays arriérés de l'autre côté de la barricade, pour les pays capitalistes, et nous, nous sommes un pays communiste ». Et je dois vous rappeler les justes paroles prononcées hier par le camarade Makharadzé: « Le pouvoir d'Etat n'est pas créé pour les communistes; il existe pour tous les ouvriers et paysans. » Nous parlons sans arrêt de l'alliance entre ouvriers et paysans. Bon, je vous demande : sur 140 millions, combien y a-t-il d'internationalistes ? Et si on ne prend que le parti communiste, alors j'ignore le pourcentage d'enracinement de l'internationalisme et le pourcentage de cas où l'internationalisme coexiste avec le nationalisme. Et s'il s'agit des masses sans-parti, des masses paysannes, sous quel drapeau vont-elles accéder à la vie politique et culturelle ? Allons-nous vraiment obliger les Géorgiens à apprendre le russe comme le faisaient les gendarmes du tsar ? Cela se passait à l'époque du tsarisme et personne ne peut y revenir. Allons-nous vraiment envoyer les tchekistes pour verifier que les non-Russes apprennent le russe ? Après tout, la langue indigène et l'école indigène mènent à la conscience nationale et la conscience nationale conduit à désirer savoir où va le rouble du paysan. Avant, il nous a fallu prendre au paysan pour défendre le pays contre les seigneurs et les généraux, et les paysans donnaient sans s'interroger parce qu'ils savaient pour quoi. Mais quand la guerre civile a été finie et qu'on a commencé à faire les comptes, chacun a voulu savoir où allaient ses roubles, combien il ou elle en donnait et combien on en touchait. Et, étroitement lié avec la conscience nationale, apparait ce sentiment d'égalité dont parle Lénine, dans sa lettre. Et du fait des siècles de domination tsariste, les nationalités font à nouveau l'expérience de ce sentiment d'égalité de façon plus profonde et plus forte que nous ne le pensons.

Aussi, je dis que quand nous avons ces masses devant nous, quelle est la question à laquelle le parti est confronté ? Il est confronté à la question de savoir comment trouver cette alliance entre notre internationalisme prolétarien et communiste et le développement national de larges couches de masses paysannes avec leurs aspirations à une vie nationale, à leur propre culture nationale, à leur propre état national. C'est essentiellement à travers le développement national des républiques et des territoires — certains ricanent à leur sujet — séparés, autonomes et indépendants, c'est essentiellement à travers ces nouvelles républiques que nous amènerons au pouvoir soviétique et au parti communiste les soixante millions de paysans non-russes qui maintenant s'y sentent étrangers. C'est précisément là la tâche du parti. Je me permettrai de dire que le préjugé communiste qui existe chez tant de communistes, ne nous est pas propre et a existé chez bien des socialistes. Je puis vous rappeler un passage de la correspondance de Marx avec Engels, un passage très caractéristique que Vladimir Illitch a aussi utilisé dans ses vieux articles. Je vais vous le lire. Discutant la guerre austro-hongroise dans une lettre à Engels datée du 20 avril 1866, Marx écrivait :

« Hier a eu lieu une réunion du conseil de l'Internationale sur la guerre actuelle (...) Comme on s'y attendait, on en est venu à la question des "nationalités" et de notre attitude à leur égard (...) Les représentants de "Jeune France" (non ouvriers) ont assuré que toutes les nationalités et même les nations étaient des "préjugés surannés" (...) Les Anglais ont beaucoup ri quand j'ai commencé mon discours en disant que mon ami Lafargue et d'autres, qui en ont fini avec les nationalités, nous ont parlé en français, c'est-à-dire dans une langue qui est incompréhensible aux neuf dixièmes des présents dans la réunion. J'ai suggéré également que, par négation des nationalités, il semblait, presque inconsciemment, comprendre leur absorption par la nation française modèle. »

Je vous demande, camarades communistes russes, combien de fois vous avez expérimenté semblables sentiments dans vos rapports avec d'autres nations ? J'ai entendu des camarades dire que la langue ukrainienne était une invention des Galiciens. Au bout du compte, n'est-ce pas un sentiment de chauvinisme de grande nation qui rampe ainsi à travers tout le peuple russe qui n'a jamais connu l'oppression nationale, mais au contraire, a opprimé pendant des siècles ? Il est regrettable que je ne voie pas ici sur la liste ceux des camarades qui, au plénum sur la question nationale, ont exprimé ces mêmes opinions que Lafargue avait soutenues il y a soixante ans.

Je demande une prolongation de quinze minutes. (Des voix : « Dix minutes. » ou «Cinq minutes. ») Je n'ai pas encore dit le plus important. (Le président : « Mettons au vote ; quinze, dix ou cinq ? Qui est pour quinze minutes ? Pour dix ? La majorité est pour dix. »)

UN DISCOURS DE KHRISTIAN RAKOVSKY 57

Camarades, de quoi s'agit-il? A mon avis, le préjugé communiste est encore une explication insuffisante. Je pense que Staline en est resté au bord d'une explication de la véritable situation sur la question nationale. Je serais allé plus loin et j'aurais demandé : pourquoi posons-nous cette question pour la troisième fois ? Pas seulement en relation avec la Nep ou avec la situation internationale créée par le commencement de la Nep. Il y a une autre raison, plus importante.

Je le répète: il existe une deuxième raison, plus importante, à savoir la discordance qui se crée tous les jours et qui s'agrandit toujours plus, entre notre parti et son programme d'un côté, notre appareil d'Etat de l'autre. C'est la question centrale, la question cruciale. Nous disons souvent qu'il faudrait que le parti dirige et nous l'étayons en ajoutant quelques faits de second ordre. Mais il existe un seul fait pour renforcer cent fois la conviction que notre parti devrait diriger fermement notre Etat. Et c'est précisément le fait que, souvent, particulièrement sur la questions nationale, nos camarades du parti ne sont pas guidés par une psychologie prolétarienne de parti, mais par ce qu'on pourrait appeler, pour le dire de façon modérée, la psychologie des organes d'Etat. Et ces organes centraux de l'Etat, qu'est-ce qu'ils représentent ? Dans ses articles, Vladimir Illitch en a donné une description appropriée. Ils sont un mélange d'une administration tsariste et d'une administration bourgeoise, verni d'un coup de pinceau soviétique et communiste, mais superficiellement et rien de plus.

Vous allez me dire que ce sont des communistes qui sont à la tête des organes soviétiques. Mais ce dont il s'agit, c'est que ces communistes cèdent à la psychologie de leur propre appareil et deviennent eux-mêmes étroits d'esprits. Je vous recommanderais de lire la préface d'Engels à la Guerre civile en France, sa description générale de la bureaucratie. Nos autorités centrales commencent par considérer l'administration du pays tout entier du point de vue du confort des fauteuils de leurs bureaux. Naturellement, c'est fatigant d'administrer vingt républiques ; comme ce serait bien si tout ça était unifié et s'il suffisait de presser sur un bouton pour administrer le pays tout entier. Du point de vue bureaucratique, ce serait plus simple, plus tacile, plus agreable.

Si je devais vous raconter l'histoire de la lutte que les republiques sont obligees de mener contre notre administration centrale, ce serait l'histoire d'une lutte pour survivre. Combien de ces appareils centraux connaissent la Constitution soviétique ? J'ai reçu du Sovnarkhoz un document: « Au président de la République socialiste soviétique ukrainienne ». J'en ai reçu un du comité central : « A tous les comités de gouvernement, de district et aux comités centraux des républiques autonomes ». L'appareil du comité central ne va pas plus loin : pour lui, rien d'autre n'existe en dehors des républiques autonomes. Je ne parle même pas de la lutte que nous sommes obligés de mener contre l'appareil bureaucratique. Camarades, je ne suis pas intéressé ici par le seul sort de l'Ukraine, je parle de toutes ces fautes parce que la justesse ou la fausseté de la ligne sur la question nationale se reflète directement sur le rôle révolutionnaire de notre parti. Que s'est-il passé après la création de l'Union des Républiques? « Union »: de nombreux organes centraux ont compris que cela voulait dire qu'ils pouvaient peser de tout leur poids sur les républiques individuelles. je pourrais prendre bien des exemples pour

T'illustrer. Par exemple, le commissariat du peuple à l'agriculture — et le commissariat du peuple d'ici — a signé un accord international au nom de l'Ukraine, bien que personne ne lui en ait donné le droit. Même à la fondation de la Constitution de l'Union, ils n'avaient pas ce droit. Et qu'arrive-t-il encore ? Je vais vous donner quelques faits supplémentaires. Dès qu'on a eu voté la Constitution de l'Union, les ALTE commissariats ont commencé à centraliser. Une dépêche de presse des Izvestija a indiqué qu'on crée des secrétariats pour diriger les républiques dans les commissariats russes suivants: économie nationale, travail, finances. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que ce sera pire que jamais et que ce n'est que quand le secrétariat du comité central a commencé à les contrôler qu'ils se sont abstenus de faire ce pour quoi ils avaient été créés. Vous allez me dire, camarades, qu'il y a un comité central, mais je dois dire que la tragédie réside pour nous dans le fait que le point de vue de l'étroitesse - pour lequel la direction du pays n'est pas une question politique, internationale, ou intérieure, mais une question de commodité - ce point de vue exerce une telle pression sur le comité central qu'il constitue parfois un obstacle. On a quelques événements typiques extraordinaires. Au plénum du 24 février du comité central, on a décidé que : « Il est confirmé dans la procédure du parti qu'avant d'établir des organes normaux de l'Union, on ne modifierait pas le système existant des rapports entre organes soviétiques. » On a décidé cela en février. Pas de changements dans les rapports mutuels. En mars, on se trouve en présence de toute une série d'actes législatifs signés par l'URSS. Soit dit en passant, le plus typique était celui sur le comité des concessions. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que le comité des concessions va s'occuper de la richesse de toutes les républiques, de l'acier d'Ukraine, du charbon, du pétrole, du manganèse, etc. des zones périphériques. C'est cela, le comité des concessions. Bien sûr, sur le fond, je ne suis pas opposé à la création d'un comité des concessions de toute l'union, et même je la réclamerais. Mais pas en restant indifférent à la façon dont il est décidé de le créer. Le secrétariat du comité central nous a répondu que le congrès Pan-Union des soviêts avait décidé que les fonctions de construction de l'Union seraient placees de taçon temporaire sous le controle du comité exécutif russe, dans lequel il n'y a pas une seule république ou une seule nationalité représentées et qui peut maintenant trancher de tout ce qui touche à la richesse des républiques. Mais je demande si le comité central exécutif Pan-Union connaissait la résolution du comité central ? Je ne sait pas ce que le secrétariat va répondre, mais le fait qu'il n'en a pas été question dans la première réponse est une preuve manifeste. Bien que nous ayions eu dans le passé bien des preuves indiscutables que nos organes centraux soviétiques cédaient à une « psychologie d'étroitesse d'esprit », on leur a donné dix et même vingt fois plus de droits qu'auparavant dans la Constitution de l'Union. Au lieu de limiter leurs droits et de les restreindre, on leur donne au contraire, comme une récompense, une décoration, une prime pour ce gâchis qu'ils ont fait dans la question nationale au détriment de la politique du parti et de l'Etat, au détriment de notre politique étrangère (et j'ai une quantité de matériaux sur la façon dont notre politique est perçue à l'étranger), on leur donne encore plus de fonctions. Après décembre, après le premier congrès de soviêts de l'Union, ils sont devenus maîtres de notre

UN DISCOURS DE KHRISTIAN RAKOVSKY 59 vie à tous. Il n'existe pas d'initiative qui puisse être prise par les républiques nationales dont on puisse dire d'avance qu'elle serait autorisée. Le comité exécutif d'un district connaît mieux ses droits que les républiques nationales.

Ma position, camarades, c'est que la façon dont nous avons construit l'Union n'était pas juste. Vous le savez, ce n'est pas seulement mon opinion, c'est aussi celle de Lenine. J'ai mis en garde contre l'énorme erreur que l'on se préparait à oui cda 2 La conclusion, C faire en septembre, dans un mémorandum particulier au comité central. Camarades, quelle est la conclusion de tout cela ? La conclusion, c'est que nous pouvons écrire dix resolutions supplementaires, mais que, sauf qu'il faudra les classer dans es be dix tresqles en les arehmes, il es en sorqua rien. il ious datesase dant question dans la pratique. Le camarade Staline a déjà déposé ici un autre amendement en faveur d'un système à deux chambres. Mais il faut aller plus loin de façon décisive, il nous faut enlever aux commissariats de l'Union les neuf dixièmes de leur pouvoir et les donner aux républiques nationales. (Applaudissements. ) Camarades, comme je dépose le premier amendement, permettez-moi de l'expliquer. Le camarade Staline, dans son premier discours, pas celui, tout à fait opposé, d'aujourd'hui, mais son premier discours, dans lequel il a manifesté beaucoup d'attention à la question nationale, a indiqué qu'en plus des circonstances intérieures, il y a aussi des circonstances de nature extérieure et il a indiqué en même temps la signification colossale que la question nationale aura dans la révolution qui vient, du fait de l'inévitable confrontation entre les nations d'Orient et les Etats impérialistes d'Occident. On pourrait ajouter aussi un autre aspect, peut-être insignifiant, mais qui oblige à traiter la question nationale intérieure avec un soin particulier, c'est la question nationale en Occident. Mais malheureusement, le camarade Staline n'y a même pas fait référence. Rien n'est dit sur l'Occident et l'Orient ; aujourd'hui, en commission, Staline a dit que, peut-être, si on ajoutait un amendement sur l'Occident, cela affaiblirait les aspects orientaux, comme si ces aspects étaient inclus dans les thèses. Mais cet aspect n'est pas dans les thèses.

Pour cette raison, camarades, je juge nécessaire que, dans ces theses - sous une forme ou sous une autre, je ne veux pas discuter ici de la question de savoir à quelle thèse il faut ajouter, c'est l'affaire de Staline ou du comité central - il soit mentionné ce que Vladimir Illitch nous a dit et répété dans le passé et que nous avons discuté ici, à savoir que, si nous devons être le centre de la lutte des nationalités opprimées en dehors des frontières de l'URSS, il nous faut, à l'intérieur, dans les frontières de l'URSS, prendre une position juste sur la question nationale. Car, si nous parlons d'autodétermination nationale sur le front extérieur, mais ne la permettons pas à l'intérieur, alors, de toute évidence, quelqu'un nous reprochera notre hypocrisie. Je vous rappelle les paroles de Vladimir Illitch : « Nous ne pouvons pas nous permettre la moindre erreur dans de domaine, parce que, tout en sapant notre sincérité principielle - ce sont ses propres paroles - cela peut aussi saper notre lutte de défense des nationalités opprimées contre l'impérialisme. »

C'est pourquoi je propose que vous incluiez la thèse qui suit. Aujourd'hui, en commission, c'etait trop long, nous l'avions pris à nos theses ukrainiennes, mais je l'ai raccourci et je propose ce nouveau texte modifié :

« La signification révolutionnaire colossale qui transforme les luttes des nations orientales et des colonies pour leur libération du joug des Etats impérialistes et aussi la reconstitution des mouvements européens de libération dans diverses provinces occupées, rend plus nécessaire encore pour le parti d'assumer la responsabilité de réaliser une solution théorique et pratique juste à la question nationale dans les frontières de l'Union soviétique.

«Ce n'est que l'accord le plus strict entre notre politique sur la question nationale à l'intérieur et la politique que nous propageons sur la question nationale dans notre ligne du parti et de l'Etat hors de nos frontières, qui peut donner à l'Union soviétique et au parti communiste l'autorité morale et la sincérité principielle qui feront d'eux, au sens le plus large, la base de la lutte du prolétariat mondial contre l'impérialisme. »

(Staline intervient demandant le rejet de l'amendement. Il est rejeté.)

Camarades, mon deuxième amendement a une bien plus grande signification, bien que le premier ait eu aussi une grande importance. Le deuxième amendement concerne notre situation intérieure. Nous considérons - et je parle ici au nom des camarades ukrainiens - que la plus grosse erreur a été commise aujourd'hui dans le groupe où on a accepté la formulation de Staline sur le système à deux étages. Avant tout, camarades, pour éviter de perdre du temps, nous sommes les partisans les plus décidés du système à deux étages. Aussi ce n'est pas la question, mais quelque chose d'autre. Pourquoi a-t-on créé un système à deux étages? Afin de donner des garanties aux républiques individuelles. C'est là la base du système à deux étages. Mais, dans la résolution qui a été adoptée aujourd'hui, non seulement le système à deux étages ne nous donne aucune garantie à nous, républiques individuelles, au contraire, en réalité il renforce encore plus le système déjà existant, un système qui opère de la façon suivante : sur les 360 députés au comité central de l'Union, 280, sinon plus, viennent de la RSFSR et 80 au reste des républiques indépendantes toutes ensemble.

Qu'est-ce que la commission a accepté aujourd'hui ? Que, dans ce que l'on appelle le second étage des nationalités — notez bien ce motles nationalités participeront avec un nombre de voix égal. Ainsi, chacune des républiques et régions autonomes de la RSFSR aura quatre voix. La région centrale en aura quatre, l'Ukraine quatre et la Bielorussie quatre. A quoi arrive-t-on ? En réalité, la RSFSR aura 64 ou 70 voix, l'Ukraine et la Bielorussie quatre chacune. Oui, vraiment, la position du camarade Staline se révèle très confortable et pourtant il dit: « Je reconnais toutes les nationalités et vous ne voulez pas reconnaître les Kirghizes. » (Des voix : « C'est vrai ». ) Si c'est vrai, alors permettez-moi de vous dire : je suis prêt à signer ce projet très radical de Staline s'il est disposé à ce que Kirghize, Turkestan et toutes les républiques autonomes deviennent des républiques indépendantes. Alors chacune pourra entrer dans le second étage sur pied d'égalité.

Mais à quoi aboutissons-nous en réalité ? Pourquoi créons-nous un second étage ? Pour que chaque république individuelle puisse recevoir, en fonction de ses besoins et de ses capacités fiscales, de l'aide de l'allocation centrale. Mais les républiques autonomes ont une seule allocation dans la RSFSR, un seul conseil de

UN DISCOURS DE KHRISTIAN RAKOVSKY 61 ministres général de la RSFSR, un seul commissariat central de la RSFSR — elles sont automatiquement liees à la RSFSR. Ainsi, il arrivera que, dans une seule pièce au comité central exécutif de l'Union, ils poursuivront tous la même ligne unique, puis, dans la seconde pièce, ils diront qu'ils sont des républiques indépendantes et individuelles. Non, permettez-moi, si elles sont indépendantes, alors elles doivent l'être réellement, c'est-à-dire couper leurs liens avec la Fédération. Je considère comme absolument nécessaire, étant donné les différences de niveau de développement politique et culturel, et pour défendre la Fédération, qu'il n'y ait davedans le ecolid la et des nationaites, mandes rides coniquest il y it longtemps que nous avons dit à Staline que nous ne voulions pas avoir le même nombre de voix que la RSFSR. Non, nous sommes bien plus humbles. Nous serions satisfaits si la RSFSR se contentait de n'avoir pas plus de deux cinquièmes des voix dans le second étage et si ces deux cinquièmes étaient divisés entre les républiques. C'est certes son affaire, mais si la RSFSR voulait donner un exemple de libéralisme et de nationalisme démocratique, que Staline utilise contre notre système à deux étages comme argument, alors elle devrait créer, en-dessous de son propre comité central exécutif de l'Union, un second étage où elle inviterait ces républiques.

Si nous nous opposons résolument aux propositions du camarade Staline, ce n'est pas parce que nous avons moins d'attachement que d'autres à l'égalité. S'il faut parler librement et franchement, il n'est pas nécessaire de créer un second étage et il n'est pas nécessaire de dire que cela va développer une base pour la garantie des droits des républiques individuelles. C'est pourquoi je soutiens l'amendement suivant : « Aucune unité étatique unique participant au second etage ne peut avoir plus de trois cinquième des voix. »

Républiques de l'Union soviétique Républiques Population Russie 144 080 000 Arménie 3 362 000 Azerbaïdjan 6 708 000 Biélorussie 10 028 000 Estonie 1 542 000 Géorgie 5 234 000 Kazakhie 16 028 000 Kirghizie 4 051 000 Lettonie 2 622 000 Lituanie 3 } 603 • 000 Moldavie 4 147 000 Ousbekistan 18 487 000 Tadjikie 4 147 000 Turkménie 3 270 000 Ukraine 50 994 000

Une erreur sur cette page ?