Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 3e série n° 14

Editorial : Pierre Frank (1905-1984)

Quatrième Internationale, 3e série n° 14 · juillet 1984 · p. 3-4 · 675 mots

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Le 18 avril dernier est mort à Paris le camarade Pierre Frank, militant du mouvement ouvrier français pendant une soixantaine d'années, de l'Opposition de Gauche et de la Quatrième Internationale depuis la fin des années 1920.

Les publications de la Quatrième Internationale et de ses sections ont évoqué à cette occasion toutes les étapes de sa vie et de son activité révolutionnaire. Des organisations et des personnalités étrangères à notre mouvement ont rendu elles aussi hommage à sa mémoire. Ses obsèques - le 27 avril - ont été, pour tous ceux - très nombreux - qui y ont participé, une manifestation inoubliable, dont la signification a bien été saisie par l'auteur d'une notre remarquable, parue dans Le Monde sous le titre « Eloge militant du temps », et synthétisée de façon pertinente par Alain Krivine : « Une organisation qui ignorerait son passé et les acquis de ses anciens n'aurait pas d'avenir ».

Pierre Frank a été jusqu'à sa mort l'un des collaborateurs les plus assidus et les plus appréciés de cette revue qui a publié d'innombrables articles écrits par lui. Il en a été le responsable pendant les longues années où nous étions durement isolés dans le mouvement ouvrier, les appareils puissants du stalinisme nous combattaient littéralement par tous les moyens et nous ne disposions que de ressources matérielles dérisoires. Il a dû résoudre le plus souvent à lui seul ou avec l'aide d'une poignée de camarades, tous les problèmes qui se posaient à chaque numéro. Il l'a fait avec une ténacité lucide sans jamais se plaindre des difficultés ou prétendre à une reconnaisance quelconque. Il appartenait à cette race de ' militants - plus rare qu'on ne le croit - qui, dès qu'une tâche est décidée, s'efforcent tout simplement de l'accomplir.

C'est dans cet esprit que Pierre a apporté toute sa contribution à la construction du mouvement marxiste révolutionnaire, à partir de l'époque où, encore jeune, il fut secrétaire de Trotsky exilé à Prinkipo jusqu'à la formation et la consolidation de la LCR en France et à la croissance de l'Internationale dans la phase ouverte par les événements de mai 1968 qu'il avait, par ailleurs, su pressentir.

Ceux qui ont connu personnellement Pierre Frank, l'auront parfois trouvé sec dans ses attitudes et tranchant dans ses polémiques. Derrière cette apparence il y avait en positif une volonté d'éviter toute forme d'insincérité et d'hypocrisie, de ne faire aucune concession aux coupeurs de cheveux en quatre ou aux poseurs pressés de courrir derrière la dernière mode, de saisir l'essentiel sans se préoccuper d'être accusé de simplisme, de tirer résolument les conclusions une fois que les termes d'un débat étaient clarifiés.

Une telle rigueur a inspiré ses choix jusqu'aux dernières années de sa vie. A partir d'un certain âge il avait choisi de se consacrer surtout à l'écriture de son livre sur l'histoire de l'Internationale communiste et de ne continuer à contribuer à la construction de sa section et de l'Internationale que par l'apport de ses connaissance et de son expérience lors d'échéances importantes. Dès lors, il n'a plus voulu se laisser impliquer dans des problèmes et des activités qui, à son sens, il appartenait désormais à d'autres d'aborder et d'entreprendre.

En se référant à Trotsky il avait écrit un jour dans cette revue que « sa vie personnelle et son activité révolutionnaire ne faisaient qu'un ». Il avait remarqué en même temps que très peu de gens de la génération de Trotsky, y compris parmi ceux qui avaient participé temporairement à une activité révolutionnaire, s'étaient avérés capables « de résister aux rigueurs du climat provoqué par les montées parallèles du fascisme et du stalinisme ».

Cela s'applique à Pierre Frank aussi. Il a identifié totalement vie personnelle et activité révolutionnaire. Pour reprendre une métaphore qu'il a utilisée lui-même, il a enduré une traversée du désert sans jamais se soucier des difficultés et des risques. Sans jamais fléchir. Sans jamais douter de la portée historique d'un combat qu'il a mené jusqu'à la fin de ses jours avec une intelligence lucide et une conscience intègre.

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