La dernière «émotion» de Lénine
Aucun historien sérieux ne peut mettre en doute aujourd'hui que, dans la toute dernière période de sa vie, Lénine préparait, en accord avec Trotsky, la lutte contre la bureaucratie de l'Etat et du Parti sous la forme spécifique d'une lutte pour éliminer Staline de la direction du Parti. Tous les textes de Trotsky sur ce point que bien des gens avaient longtemps ignorés ou contestés ont été confirmés, entre autre dans les OEuvres complètes de Lénine lorsqu'elles furent complétées après la mort de Staline. On y trouva ainsi les textes de Lénine qui avaient été mis sous le boisseau du vivant du « père du peuple », comme le « testament » de Lénine, la lettre sur les nationalités, les fonctions du Gosplan, aussi le Cahier des secrétaires de Lénine, etc. Ces OEuvres complètes sont publiées par l'Institut du marxisme-léninisme près du C.C. du P.C.U.S., c'est-à-dire avec l'estampille la plus officielle des autorités soviétiques, mais avec des tirages infiniment plus réduits que ceux des publications calomnieuses du temps de Staline. Sur le plan politique général, il n'y a certainement plus grand chose à découvrir sur ce sujet. Mais, sur le plan plus particulier des petits faits de l'histoire, ces OEuvres complètes apportent des détails inconnus très révélateurs. L'ouvrage se termine par une Chronologie de Lénine qui indique ce que Lénine a lu, vu et écrit jour par jour. Il est intéressant de comparer la chronologie de la Sème édition avec celle de la 4ème édition qui s'étend du 9 mars 1923, date à laquelle Lénine est frappé par la troisième attaque, celle qui le prive entre autre de la parole, jusqu'au jour de sa mort. Citons intégralement les deux textes que nous plaçons côte à côte (1).
(1) Nous reproduisons à gauche le texte de la 4è édition tel qu'il a paru dans l'édition française (tome 33, pp. 569-570). La Sè édition n'ayant pas encore paru en français, nous en donnons à droite une traduction faite sur l'édition russe. Notre attention sur ce dernier texte avait été attirée par l'important livre de M.Lewin
Le dernier combat de Lénine, car on y mentionne certains faits révélés par cette chronologie. Toutefois l'auteur n'a pas procédé à la comparaison que nous faisons.
Chronologie de la 4ème édition
1923
9 mars
Troisième attaque du mal.
Chronologie de la Sème édition
1923 10 mars Nouvelle attaque de la maladie de Lénine qui provoque un renforcement de la paralysie de la partie droite du corps et la perte de la parole. 14 mars Les Izvestia publient un communiqué du gouvernement qui annonce que l'état de santé de Lénine s'est considérablement détérioré et que le gouvernement juge indispensable de publier des bulletins médicaux sur le cours de la maladie de Lénine. Février-mars En prenant pour guide les indications données par Lénine dans ses derniers articles et lettres, le C.C. du P.C. (b) élabore pour le 12ème Congrès du parti les projets de résolutions sur les problèmes d'organisation, sur la réorganisation de l'Inspection ouvrière et paysanne et de la Commission Centrale de Contrôle, sur la question nationale et d'autres questions. 17 avril Ouverture du 12ème Congrès du P.C.R. (b) ; le Congrès adresse un salut à Lénine. 18 avril La réunion du Presidium du 12eme Congrès du P.C.R. (b) décide de rendre publique la lettre de Lénine sur « la question des nationalités » à la réunion des présidents des délégations à la fin de la session du soir du 18 avril et ensuite aux assemblées des délégations. 25 avril A la l6ème session du 12ème Congrès du P.C.R. (b), Lénine est élu à l'unanimité membre du C.C. du parti.
15 mai
Lénine est transporté à Gorki.
Seconde quinzaine de juillet
La santé de Lénine s'améliore.
131 26 avril Le Plenum du C.C. du P.C.R. (b) élit Lénine membre du Bureau Polilique du C.C. 15 mai Lénine est transporté à Gorki. 24 mai Le B.P. du C.C. du P.C.R. (b) décide la publication immédiate des articles de Lénine De la coopération et Sur notre révolution (A propos des mémoires de N.Soukhanov). 4 juin Le B.P. du P.C.R. (b) décide d'envoyer aux membres et suppléants du C.C. la lettre de Lénine sur l'« attribution de fonctions législatives au Gosplan », transmise au C.C. le 2 juin par N. K. Kroupskaia. 26 juin Le Plenum du C.C. du P.C.R. (b) examine le problème de la coopération en liaison avec la nouvelle approche du problème contenue dans l'article de Lénine De la coopération. 6 juillet Le Comité Exécutif Central de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques constitue le gouvernement de celle-ci : le Conseil des Commissaires du Peuple, avec à sa tête Lénine. Deuxième moitié de juillet L'état de santé de Lénine connaît une amélioration, il commence à marcher et s'exerce à écrire de la main gauche. 21 juillet Lénine rend visite au directeur du sovkhose Gorki, A.A. Preobrajensky, et passe trois jours chez lui.
19 octobre
Lénine vient à Moscou pour quelques heures, passe dans son bureau :
en rentrant à Gorki, il visite l'exposition agricole.
Du 10 août 1923 au 20 janvier 1924 Lénine parcourt chaque jour la Pravda et, par la suite, les Izvestia ainsi que d'autres journaux et revues, marque les textes que lui lit ensuite N.K. Kroupskaïa. 11 septembre Lénine écoute le récit que lui fait l'administrateur économique du sovkhose Gorki sur l'exposition panrusse qui s'est ouverte à Moscou. 8 octobre Lénine demande qu'on lui dresse et envoie périodiquement les listes des livres nouveaux. 18 octobre Lénine se rend de Gorki à Moscou. 19 octobre Lénine circule en auto dans le Kremlin, dans les rues de Moscou et sur l'emplacement de l'exposition agricole, il revient au Kremlin, choisit des livres de la bibliothèque puis retourne à Gorki. 2 novembre Lénine reçoit une délégation des ouvriers de l'usine de Glukhov qui lui transmet le salut des ouvriers et, en cadeau, des plants de cerisiers. Entre le 24 novembre et le 9 décembre Lénine reçoit la visite de N.I. Boukharine, A.A. Preobrajensky et M.G. Bronsky. 29 novembre Lénine regarde un film documentaire, Le 6ème anniversaire de la Révolution d'Octobre. Il rencontre I.I.Skvortsov-Stepanov et O.A. Piatnitsky, il manifeste un grand intérêt pour leur récit du déroulement des réélections au Soviet de Moscou, sur la situation en Allemagne, etc.
1924
21 janvier, 18h50
Mort de Lénine à Gorki.
133 16 décembre A.K. Voronsky, directeur de la revue Krasnaia Nov, et N.N. Krestinsky rendent visite à Lénine.
1924 7 janvier Lénine assiste à l'arbre de Noël organisé pour les enfants des ouvriers et employés du sovkhose et du sanatorium Gorki. 17-18 janvier N. K.Kroupskaïa lit à Lénine le compte-rendu publié dans la Pravda du déroulement de la lème Conférence du P.C.R. (b). 19 janvier Lénine sort en traîneau dans la forêt et suit une partie de chasse. 19-20 janvier N.K. Kroupskaïa lit à Lénine les résolutions de la lème Conférence du P.C.R. (b) publiées dans la Pravda. « Quand le samedi, écrivit par la suite N.K. Kroupaskaïa, Lénine se mit visiblement à s'émouvoir, je lui dis que les résolutions avaient été adoptées à l'unanimité. Le samedi et le dimanche furent consacrés à la lecture des résolutions. Vladimir Illitch écoutait très attentivement, posant parfois des questions ». 21 janvier Brutale aggravation totalement inattendue de l'état de santé de Lénine. 18h50 Lénine meurt.
Les différences et leurs causes
Quelle différence de longueur entre ces deux chronologies ! La deuxième est beaucoup plus riche que la précédente. Pourquoi cela ? Les différences ne peuvent provenir de découvertes faites par des historiens dans des archives jusque là inconnues. Comme Staline avait été chargé par le BP de suivre l'état de santé de Lénine, il avait certainement auprès de Lénine des personnes de confiance qui l'informaient quotidiennement, et tout était soigneusement noté. Les différences tiennent à la nécessité qu'avait Staline de dissimuler des faits qui contredisaient l'histoire telle qu'il voulait la présenter. Nous ne ferons pas une analyse détaillée de ce que l'on trouve de nouveau dans la Sème édition et qui ne manque pas d'intérêt ; nous nous limiterons à quelques constatations pour montrer ce que Staline avait besoin de dissimuler.
Tout d'abord, il ne pouvait autoriser de mentionner dans la chronologie les textes de Lénine qu'il dissimulait et qui valaient, pour ceux qui en possédaient copie, la déportation et même la mort. Il ne pouvait non plus permettre des mentions qui faisaient savoir que le BP décidait la publication ou non de textes de Lénine et même leur circulation parmi les membres du C.C. Il ne voulait pas que soit connu le fait que, lors d'une amélioration temporaire de sa santé, Lénine assista à un arbre de Noël de son entourage à Gorki. Il ne pouvait pas permettre que soient connues les visites que Lénine avait eues des opposants de gauche Krestinsky et Preobrajensky, de l'opposante de droite Boukharine, du membre de la propre fraction de Staline, Piatnitsky, qui avaient tous été «purgés» dans les années 1936-1938.
Les heures qui précédèrent la mort de Lénine
Mais ce qui nous a particulièrement frappé dans la chronologie de la Sème édition, ce sont les mentions portées pour les deux derniers jours de la vie de Lénine. Le 19 janvier, il put suivre en voiture une chasse dans la forêt ; mais ce jour-là, son activité principale fut consacrée aux résolutions adoptées par la 13ème conférence du Parti. Kroupskaia lui en donna lecture, il « écoute très attentivement » et il manifeste son « émotion » (en russe volnovatsia) à ce propos. Nous ne savons pas à quelle date Kroupskafa écrivit les mots qui lui sont attribués dans la Sème édition. Ils contiennent une petite erreur : la résolution « sur la démocratie ouvrière et les tendances petites bourgeoises dans le PCR » (Lenine la lit dans la Pravda les 19 et 20 janvier) fut adoptée le 18 janvier non à l'unanimité mais à l'unanimité moins deux voix. Ceci dit, que contenait-elle qui provoqua « l'émotion » de Lénine au cours des 24 heures précédant sa mort ? En voici quelques extraits typiques :
« L'opposition » présidée par le camarade Trotsky a donné comme mot d'ordre la destruction de l'appareil du Parti en cherchant à reporter le centre de gravité de la lutte contre le bureaucratisme de l'Etat au Parti. Une critique à ce point superficielle et la tentative de jeter le discrédit sur l'appareil du parti peuvent avoir objectivement pour résultat que l'Etat se soustraira à l'influence du parti et que les organes de l'Etat se détacheront de nous...
« L'opposition » actuelle... nous met en présence non seulement d'une tentative de révision du bolchévisme et d'une déviation directe du léninisme, mais encore d'une déviation petite bourgeoise dans le vrai sens du terme. Il n'est pas douteux que « l'opposition » reflète objectivement la pression exercée par la petite bourgeoisie sur les positions et la politique du parti prolétarien.
(Correspondance Internationale, février 1924, n° 13, pp. 142-143)
Il suffit de comparer ces lignes à ce que Lénine avait écrit depuis moins d'un an pour comprendre son « émotion ». La résolution de la 13ème Conférence était encore relativement prudente : on y parle du « camarade Trotsky », on n'y invente pas encore le « trotskysme ». Cela ne viendra que quatre mois plus tard. Cette « émotion » explique mieux la lettre que Kroupskaia, déjà importunée par Staline, adressa à Trotsky quelques jours après les obsèques de Lénine, où elle dit :
« Cher Lev Davidovitch, je vous écris pour vous raconter qu'environ un mois avant sa mort, parcourant votre livre, Vladimir Illitch s'arrêta au passage où vous donnez une caractéristique de Marx Hersh Mendel : Erinnerungen
Dans sa préface aux Souvenirs d'un révolutionnaire juif, de Hersch Mendel (1), Isaac Deutscher écrit : « Nulle part je n'ai retrouvé le large horizon politique, l'idéalisme, la disposition au sacrifice et le courage qui étaient ceux des ouvriers juifs d'Europe orientale ». Les mémoires de Hersch Mendel sont une saisissante illustration de cette réflexion.
Né dans une famille très pauvre du prolétariat juif de Varsovie à la fin du XIXème siècle, Mendel adhère au Bund en 1911. Il devient rapidement un des principaux organisateurs du prolétariat juif à Varsovie, puis dans la partie de la Pologne rattachée à l'Empire tsariste et, à ce titre, anime de nombreuses grèves, organise des manifestations, participe activement au développement du mou- el de Lénine, et me pria de lui relire encore une fois ces lignes, et les écouta très attentivement et ensuite voulut les revoir encore une fois de ses yeux.
Et voici ce que je veux encore vous dire : les sentiments que Vladimir Illitch a conçus pour vous lorsque vous êtes venu chez nous à Londres, arrivant de Sibérie, n'ont pas changé jusqu'à sa mort.
Je vous souhaite, Lev Davidovitch, de garder vos forces et votre santé et je vous embrasse bien fort ».
(Publiée dans L. Trotsky, Ma Vie, chap. XLI)
Ainsi la Sème édition des OEuvres complètes de Lénine nous révèle que, dans les heures qui précédèrent sa mort, Lénine manifesta sa dernière « émotion » en apprenant la première victoire de la bureaucratie montante contre la tendance du parti qu'il avait voulu constituer avec Trotsky.
Pierre Frank. eines jüdischen Revolutionärs vement syndical juif. Emprisonné, condamné, il doit, après sa libération, s'exiler à Paris où il se trouve au début de la Première Guerre Mondiale.
A l'annonce de la Révolution de Février, en Russie, il se rend à Pétrograd et prend une part active à la guerre civile. Il se définit à cette époque comme anarchiste. La lecture de L'Etat et la Revolution de Lénine le convainc d'adhérer au Parti communiste. Il reprend le travail révolutionnaire en Pologne, est à nouveau arrêté, regagne Moscou après sa libération - où il suit les cours de l'Université Lénine -, est témoin des horreurs de la collectivisation forcée au début des années 30. De nouveau en Pologne, il s'oppose au cours ultragauche suicidaire de la direction du PCP et fonde, avec Deutscher, une fraction qui jouit d'une grande audience dans la classe ouvrière de Varsovie. Ce groupe devient l'organisation trotskyste polonaise, section du mouvement pour la IVème Internationale, mais s'opposera à Trotsky sur la question de la création de la IVème Internationale.
En 1937, alors que commence l'extermination de la direction du PC polonais par Staline, Mendel regagne les rangs du Bund. Par la suite, il s'orientera vers le « sionisme prolétarien », considérant
Oscar Hippe, qui vient de fêter son 80ème anniversaire, est le trotskyste le plus âgé en Europe, celui qui a participé le plus longtemps au mouvement ouvrier. Fils d'une famille d'ouvriers agricoles, ouvrier lui-même, ses mémoires, qui viennent de paraître aux Editions Junius, à Hambourg, sont un témoignage dont notre mouvement peut être fier. C'est toute l'épopée et toute la tragédie de la classe ouvrière allemande au 2Oème siécle qu'on retrouve dans ce récit de la vie d'un ouvrier révolutionnaire, militant de Spartacus, militant du PC, militant Dick Roberts : American
Nationalization
Pathfinder Press à New York vient de publier un petit livre de notre camarade américain Dick Roberts qui, pour des militants ouvriers en dehors des EtatsUnis, est tout aussi utile que pour ceux des Etats-Unis mêmes. Car il leur révèle un aspect du capitalisme américain qui est trop peu connu dans d'autres continents, et qui est une des clés pour comprendre les particularités de ce capitalisme : le sous-développement systématique des services publics, qui restent que « le seul espoir du peuple juif est d'avoir son propre pays ». Il est mort en Israël, en 1968.
Miroir de la tragédie du prolétariat juif d'Europe orientale, le récit de cette existence peu commune nous mène droit au cœur du tournant obscur qui décida de notre histoire. Un livre dont l'absence d'édition française se fait cruellement sentir.
A.B. trotskyste dès la première heure, resté fidèle au trotskysme jusqu'à ce jour. Victime de la répression sous la République de Weimar, durement frappé par la répression nazie, puis victime de la répression stalinienne (kidnappé à BerlinOuest puis longuement emprisonné en RDA), Hippe a résisté à toutes les pressions, à toutes les misères, à toutes les déceptions, et continue à incarner la conscience de classe prolétarienne à son niveau le plus élevé.
E.M. Railroads, The Case for largement sinon exclusivement dominés par le capital privé.
Le système ferroviaire des Etats-Unis explique en partie l'essor extraordinaire de l'industrie automobile à partir de la première guerre mondiale, appuyé par des dépenses somptuaires, aux frais des contribuables, d'un système d'autoroutes hors pair. Entre 1930 et 1980, plus de 150 000 km de lignes de chemin de fer ont été supprimées. Même pour le trans-
Oskar Hippe : ...und unsere Fahn' ist rot
Oskar Hippe : ...und unsere Fahn' ist rot port de marchandises, la part de la route est passée de moins de 15% en 1947 à plus de 40% en 1977.
Le sous-équipement, le vieillissement et la gabegie du système ferroviaire américain - dont l'expression la plus sensationnelle fut la faillite de la Penn Central en 1970 - constituent une mise en accusation du capitalisme qui devrait faire rougir les idéologues de la bourgeoisie selon lesquels l'initiative et la gestion privées seraient plus efficaces que l'entreprise publique. Il n'y a pas une seule société nationalisée des che-
Le camarade Adolfo Gilly a fait paraître à la maison d'édition Nueva Imagen de Mexico un des premiers sinon le premier livre qui cherche à cerner le processus révolutionnaire au Nicaragua avant et après le renversement de la dictature somoziste. Bien que le livre se ressente du fait qu'il a été rédigé «à chaud » (sa rédaction est achevée le 15 septembre 1979), après un bref séjour au Nicaragua qui précède la décantation inévitable qui conduit aux choix décisifs avec lesquels le FSLN est actuellement confronté (on assiste incontestablement, au cours des dernières semaines, à un début de rupture de la coalition, dans un climat de crise et de sabotage économiques exacerbés), il offre tous les éléments d'analyse marxiste révolutionDr. Hikmet Kivilcimi :
Un des fondateurs du Parti Communiste Turc, le Dr. Hikmet Kivilcimi, a passé vingt-deux ans de sa vie en prison. Eliminé du PC par la fraction stalinienne, fondateur d'un parti proléta- mins de fer en Europe qui soit tombée aux niveaux d'inefficacité qui caractérisent les chemins de fer aux Etats-Unis.
Dick Roberts relie la dénonciation de ces tares et la revendication de la nationalisation à une description de la tradition militante des cheminots américains, de leurs grandes luttes du passé et de leur combat actuel contre les licenciements, contre des taux d'accidents effarants, et pour la démocratie syndicale.
P.G. Antiimperialismo naire des forces motrices et des contradictions de cette révolution. Il reste, certes, prudent sur l'aboutissement du processus. Mais à juste titre il met le lecteur en garde contre toute attitude sectaire et surtout contre toute identification abusive du processus de lutte anti-impérialiste avec une révolution purement prolétarienne dans un pays impérialiste avancé, et contre le maniement indiscriminé de formules comme « front populaire » appliquées à ce processus, qui évacuent allègrement la problématique national-démocratique et anti-impérialiste, c'est-à-dire qui nient en fait la base de départ de la théorie de la révolution permanente.
P.G. Eine streitbare These zur rien-révolutionnaire qui reste axé sur la lutte contre l'opportunisme et contre la bureaucratie, pour un Etat ouvrier fondé sur la libre association des producteurs immédiats, le Dr. Kivilcimi,
Adolfo Gilly : La Nueva Nicaragua y lucha de clases
Geschichte
Adolfo Gilly : La Nueva Nicaragua y lucha de clases
Geschichte intellectuel aux intérêts et connaissances encyclopédiques, mort en 1971 (au moment ou le régime militaire réclama contre lui la peine de mort) a laissé une œuvre théorique énorme, dont seuls quelques textes épars existent dans d'autres langues que la langue turque. Nous avons pu prendre connaissance récemment de la petite brochure publiée en allemand sous le titre Une thèse combative au sujet de l'histoire. Elle résume l'apport principal du Dr.Kivilcimi au marxisme.
Kivilcimi part en guerre contre le transfert - catégoriquement nié par Marx lui-même - du schéma linéaire « société esclavagiste - féodalisme - capitalisme » aux sociétés autres que celles de l'Europe occidentale. Tout en réhabilitant en partie la notion de mode de production asiatique, il insiste surtout sur un autre phénomène, que Marx et Engels avaient mis en évidence par rapport à la décadence de l'Empire romain mais qui, selon Kivilcimi, a une signification quasi universelle : l'opposition et le combat entre les premières sociétés de classe et les sociétés « barbares », ignorant encore la propriété privée, qui les entouraient.
Selon l'auteur, il y a un véritable mouvement cyclique dans ce combat incessant, qui a duré des milliers d'années et qui couvre toute l'histoire antique. Dans une première phase, les « civilisés » prennent le dessus grâce à leur supé- riorité technique et financière (corruptrice !). Dans une deuxième phase, lorsque les sociétés civilisées sont déchirées par des contradictions de classe de plus en plus violentes, elles tombent en décadence et les « barbares » conquièrent leurs empires. Dans une troisième phase, ils assimilent eux-mêmes les fruits (décadents) de la civilisation, voient se développe. a propriété privée en leur sein, et le cycle recommence. D'autres « barbares » vont alors les menacer à leur tour. Kivilcimi appelle ce phénomène celui de la « révolution historique », en opposition à la « révolution sociale », différence due au fait qu'en l'absence d'une socialisation suffisamment avancée du travail, les producteurs directs des sociétés civilisées (esclaves, ou paysans et artisans libres) n'avaient pas la capacité de rétablir la propriété collective à un niveau plus élevé que celui des « barbares ».
Le moins qu'on puisse dire, c'est que la généralisation du Dr. Kivilcimi cherche à expliquer l'histoire non seulement de la Grèce et de Rome, mais encore des empires de Sumer, des Hittites, des Assyriens, des Babyloniens, de Perse, voire de l'Egypte, de l'Inde et de l'Empire de l'Islam, et qu'elle constitue une base de départ extrêmement fertile pour enrichir le marxisme d'une prise de conscience des particularités de l'histoire ailleurs qu'en Europe occidentale. E.M.