L'élection du Président de la République française ne peut être considérée comme un incident. Se produisant dans un pays qui, depuis Mai 68, connait une crise sociale profonde, elle a mis en lumière : 1) - l'effondrement du gaullisme sans que la bourgeoisie ait mis en place des structures politiques stabilisées : 2) —une forte poussée des masses qui. dans le miroir si défiguré des élections en démocratie bourge mises sidé le rade sur un pian déo cai comme ce ne fut jamais le cas dans le passé: 3) - même dans ce miroir électoral qui tend à réduire considérablement l'extrême-gauche, celle-ci a atteint un chiffre plus qu'appréciable. Cette élection ne manquera pas d'accélérer dans quelque temps tout une série de processus qui conduiront la France à de très grandes crises.
montée des masses et polarisation de classe
La politisation de pays s'est exprimée entre autres par un taux d'abstention plus faible que jamais (12,06 %). Sur près de 26 millions de votants dans la métropole, la différence de voix entre les deux candidats n'a été que de 342.000. Du côté de Giscard se sont rassemblées toutes les forces bourgeoises, depuis le « centre-gauche » (JJ. Servan-Schreiber) jusqu'à l'extrême-droite (Ordre Nouveau, CFT, anciens de l'OAS, pétainistes) en passant par la vieille droite (Pinay, Bidault, etc.). La poussée des masses peut étre soulignée par quelques chiffres : au premier tour, Mitterrand obtient environ 700.000 voix de plus que tous les candidats Union de la Gauche aux élections législatives de mars 73, et au deuxième tour, il retrouve non seulement toutes les voix de la gauche et de l'extrême-gauche du premier tour, mais encore près d'un million de voix supplémentaires.
Encore ne faut-il pas oublier que les jeunes de moins de vingt et un ans n'avaient pas le droit de vote et il y a aussi en France trois millions de travailleurs « étrangers » qui n'ont ni droit de vote, ni droit tout court.
Près de 75 % des ouvriers d'usine ont voté Mitterrand, deux tiers des moins de trente-cinq ans ont voté Mitterrand. Dans les quartiers bourgeois (16° arrondissement de Paris, Neuilly...) Giscard autour de 70 % des voix; c'est le chiffre de Mitterrand dans les communes ouvrières (Bobigny 75 %, Bagnolet 72 %, Saint-Denis 69 %).
La campagne de Mitterrand a été marquée par des meetings monstres dans toutes les grandes villes. Les places fortes de Giscard, ce sont les vieux départements réactionnaires de l'Ouest et de l'Est de la France, et même là, il est en recul.
Les centrales syndicales CGT, CFDT, la FEN ont 2 pris part à la campagne. Force Ouvrière qui a refusé de prendre position, admettait que 80 % de ses membres votaient Mitterrand. A l'exception d'une poignée de maoïstes et de spontanéistes, l'extrême-gauche a voté Mitterrand au deuxième tour ( nous reviendrons là-dessus plus loin). L'apport des Radicaux de Gauche s'élevait l'an dernier à environ 2% (par la grâce des socialistes qui n'avaient pas présenté de candidats contre eux). Les appels entre le premier et le second tour aux électeurs gaullistes de Chaban ont eu peu de succès : environ 80 % de ceux-ci ont voté Giscard, 10 % se sont abstenus et 10 % ont voté Mitterrand (soit 1,5 % du total des voix).
De nombreux observateurs bourgeois ont reconnu que, sociologiquement, le vote Mitterrand apparaissait comme un vote de classe, survenant dans le contexte des mouvements qui se sont produits depuis quelques années et il n'est aucun homme politique ou journaliste bourgeois en France qui ait poussé des cris de joie à l'annonce du résultat du 19 mai.
Les TOM-DOM (territoires et départements d'Outre-mer) sont traditionnellement des pays de fraude électorale. Comme, pour la bourgeoisie, le premier tour devait servir à départager Giscard et Chaban, on y envoya plusieurs milliers de magistrats chargés de contrôler les élections. Cette opération de contrôle poursuivie au deuxième tour a donné des résultats également intéressants : Mitterrand obtient la majorité en Guadeloupe (56,4 %), à la Réunion (50,46 %) ou Debré se faisait élire, en Polynésie dite française (51,23 %), près de la moitié en Guyane (46,93 %), en Martinique (42,90 %), en NouvelleCalédonie et aux Nouvelles Hébrides (49,73 %). La fraude totale ou quasi-totale se trouve confinée à Djibouti, aux Comores et à Wallis et Futuna.
mort du gaullisme
Au premier tour du scrutin, le candidat gaulliste Chaban-Delmas n'a obtenu que 14,55 % des voix. C'est pour le gaullisme la fin d'une agonie qui avait commencé en Mai 68, qui s'est prolongée à la fois en raison de la couardise et de la trahison des directions traditionnelles du mouvement ouvrier, hésitations de la bourgeoisie qui avait utilisé Pompidou comme un expédient pour assurer une transition vers elle ne savait quoi. Même tout au début de la campagne présidentielle, les hésitations restaient grandes dans la bourgeoisie, le patronat ne savait qui soutenir de Giscard et de Chaban. Mais, maintenant, il ne peut y avoir le moindre doute: bien que le groupe parlementaire UDR soit encore le plus fort numériquement à l'Assemblée nationale, la décomposition du gaullisme est plus que commencée et ira s'accentuant. C'est au sein même de ce groupe que débutèrent, avec la formation du « groupe des 43 » les manœuvres qui sapèrent la candidature Chaban.
Présidentielle
Grandes Crises
-GISCARD D'ESTAING 2/ PRECONT VA-YOUS PHARE PRYER L'animateur de ce groupe, Chirac, est devenu le Premier Ministre de Giscard pour mieux démolir l'UDR. Mais si la bourgeoisie française a aujourd'hui un président qui représente bien une droite conservatrice politiquement, technocratique économiquement, elle n'a pas de véritables structures politiques. Il y a les Républicains Indépendants, divers groupes dits centristes, mais ce sont tout au plus des clubs qui peuvent s'associer pour faire un groupe parlementaire, plus ou moins uni, mais cela ne fait pas un véritable parti politique. Certes, le régime capitaliste peut, dans certains cas, fonctionner dans de telles conditions ; ce fut le cas en France sous la II|° République ou même le Parti Radical était surtout un assemblage de comités électoraux. Mais nous ne sommes plus sous la III° République, la [V° est morte largement de la fragmentation politique qui la caractérisait. Le capitalisme français, plus concentré que jamais, menacé d'énormes difficultés économiques et de graves crises politiques, a besoin d'instruments politiques valables. Giscard peut trouver des ministres (il y a toujours des candidats aux portefeuilles), il pourra mener quelques temps une politique au jour le jour mais pour les échéances qui, inéluctablement, viendront, il aura besoin d'une politique et d'un instrument politique pour la réaliser.
En même temps, il aura à réorganiser l'appareil d'Etat qui reste truffé de gaullistes, qui est mal en point et où se produisent des luttes sourdes et d'autres quasiment ouvertes. A ce propos, parmi les statistiques sur la répartition des voix du 19 mai, on a mentionné que « près de 50 % des militaires (officiers et sous-officiers) auraient voté pour la gauche » (Le Figaro, 27 mai), que dans plusieurs groupes de logements habités par des policiers ( des « Flicville » selon un terme employé par les policiers eux-mêmes) plus de 40 % auraient voté Mitterrand. Nous nous garderons de prendre ces chiffres au pied de la lettre, mais ils traduisent certainement des tendances effectives dans l'appareil de coercition de l'Etat. En fait, nous assistons, sur le plan des forces politiques et sur le plande l'appareil d'Etat au résultat final de seize années de gaullisme. Celui-ci, qui a rendu des services nombreux au capital, l'a fait au détriment des vieilles formations bourgeoises et de la stabilité de l'appareil d'Etat.
Depuis Mai 68, la bourgeoisie a été largement paralysée, aussi de nombreuses échéances se télescoperont. Les problèmes qui se posent ne sont pas seulement ceux de l'inflation qui s'amplifie, du chômage qui apparait déjà, du commerce extérieur qui se heurte à des difficultés croissantes. Les problèmes qui se posent sont aussi ceux qui viennent de la volonté des masses de « changer la vie », de rejeter les cadences infernales dans les usines, d'obtenir des transports adéquats, des logements et des équipements collectifs pour le moins décents, de mettre un terme à la pollution et à tant de choses qui rendent la vie de plus en plus insupportable. Problèmes d'une jeunesse hostile à l'enseignement qu'on lui donne et à la vie de caserne qu'on lui fait subir. Problèmes des femmes aspirant à sortir d'une oppression millénaire. C'est aussi la révolte contre un régime policier, une centralisation étouffante, des mass-média conformistes et ennuyeux.
le score de l'extrême-gauche
Les chiffres du second tour ont un peu fait passer à l'arrière-plan les résultats obtenus au premier tour par l'extrême-gauche et leur importance politique. Près de 700.000 voix se sontportéessur Alain Krivine et Arlette Laguiller. Le vote pour René Dumont, candidat écologiste, était sans aucun doute un vote de gauche sur lequel il est par contre peu probable que se soient portées de nombreuses voix d'extrême-gauche. On peut dire avec certitude que l'extrême-gauche ne se limite pas à ces chiffres. Nous rappelons que les jeunes de moins de vingt et un ans n'ont pas le droit de vote et, dans cette catégorie, l'extrême gauche est particulièrement forte. Mais il faut aussi savoir que de très nombreux électeurs qui gravitent dans la périphérie des organisations d'extrême-gauche, qui partagent ses vues sur la politique réformiste des organisations traditionnelles et qui aspirent à une politique révolutionnaire, ont dès le premier tour voté pour Mitterrand, non par confiance pour l'Union de la Gauche, mais pour « voter utile », pour assurer sa victoire si possible au premier tour et ainsi débloquer la situation et parce que, après tout, les candidats d'extrême-gauche avaient dès le début de leur campagne, annoncé le désistement au second tour. Ainsi, on peut dire sans risque d'erreur, que l'extrême-gauche possède un score électoral qui n'est pas loin du million de voix, face à environ douze millions de voix de gauche. Autrement dit, dans une situation de montée révolutionnaire des masses travailleuses, si la très grande majorité est encore sous la direction des réformistes qu'ils soient socialistes ou staliniens, il existe déjà une partie importante — généralement plus jeune et plus militante - d'environ 7% qui constituent une avant-garde dont le rôle ne peut que grandir dans l'avenir . D'autant plus qu'il n'existe pas une coupure absolue entre cette extrême-gauche et la masse des travailleurs qui ont voté Union de la Gauche. L'enthousiasme engendré par celle-ci était certes grand, mais ne manquait pas d'esprit critique : ce n'était pas l'emballement irraisonné qu'on avait connu par exemple pour le Front Populaire en 1936 où l'extrême-gauche était numériquement insignifiante et sa voix non-entendue.
Il est à remarquer qu'à l'exception d'une poignée de spontanéistes ou de mao-staliniens qui a préconisé l'abstention, l'écrasante majorité de l'extrême-gauche, y compris des groupes qui. jusqu'alors avaient eu des positions abstentionnistes aux élections, a appelé à voter Mitterrand au second tour (1) : Cette position n'a pas toujours été comprise l'étranger, soit que certains ne comprennent pas que le désistement pour un candidat ne signifie pas qu'on renonce à la dénonciation de son programme, soit qu'ils invoquent des considérations « doctrinaires », Mitterrand n'étant pas le candidat du « front unique » des partis ouvriers, mais de l'Union de la Gauche qui serait un « Front populaire » plus ou moins embryonnaire du fait de la présence des Radicaux de Gauche et de l'appui relativement sollicité des gaullistes de gauche. Faire une différence en l'occurence entre candidat des partis ouvriers et candidat de l'Union de la Gauche, nous parait oiseux, les radicaux de gauche ne représentant ni force sociale (aucune fraction réelle de la bourgeoisie ne soutenant Mitterrand et l'Union de la Gauche) ni force politique et ne constituant qu'un groupuscule parasitaire qui n'entre vraiment pas dans les caractéristiques de l'Union de la Gauche. L'appeler « Front populaire, c'est étendre cette notion qui caractérise une certaine forme de la politique des partis réformistes dans une période donnée (montée du fascisme, menace de l'Allemagne hitlérienne contre l'Union Soviétique) à d'autres formes de la politique des partis réformistes et à se priver ainsi de comprendre ce à quoi correspond effectivement l'Union de la Gauche pour pouvoir la dénoncer. L'Union de la Gauche est en fait une réponse des partis ouvriers à la montée 4 ouvrière qui se développe depuis Mai 68 et qui tente de canaliser celle-ci en lui présentant « Programme Commun » qui, par sa victoire, permettrait d'aller selon des voies parlementaires pacifiques au socialisme. A moins de vouloir faire preuve d'infantilisme politique, les révolutionnaires se doivent d'aider les masses travailleuses à faire si possible leur expérience de l'Union de la Gauche comme le meilleur moyen de les débarasser de leurs illusions électoraliste, parlementaires, réformistes, l'intervention des révolutionnaires dans expérience aidant. C'est ce qu'expliquait Lénine dans « La Maladie Infantile.. » en termes que chacun peut lire, et c'est pourquoi il fallait voter Mitterrand au second tour. Ne pas le faire eût été se couper des travailleurs pour de longues années, sans le moindre espoir que l'avenir apporterait une quelconque justification de l'abstention.
Mais, nous demandera-t-on, si Mitterrand avait été élu ou s'il l'était demain, ne ferait-il pas un gouvernement coalition avec partis bourgeois ? Vous dites que l'Union de la gauche n'est pas une solution de rechange pour la bourgeoisie puisqu'aucun courant bourgeois appréciable ne la soutient, êtes-vous sûrs qu'elle ne sera pas demain une solution de rechange pour la bourgeoisie ? Sans hésiter, nous répondrons qu'il est certain que l'Union de la gauche deviendra une solution de rechange pour la bourgeoisie, avec ou sans ministres bourgeois, dans le cas où la montée révolutionnaire deviendrait impétueuse et menacerait l'ordre bourgeois. C'est ce qui a été développé dans la campagne faite par le Front communiste révolutionnaire; mais une campagne propagandiste de cette nature, si elle peut éveiller l'attention des masses, les alerter au danger, n'arrachera pas leur conviction. Celle-ci ne viendra que de l'expérience, de la lutte de classe même et elle se fera de la manière la plus claire avec les partis réformistes au pouvoir.
LES PERSPECTIVES APRES
Dans l'immédiat, Giscard qui a fait d'imprudentes promesses et qui n'est passé que de justesse devra faire preuve de prudence. Nous pouvons tirer de la composition de bric et de broc de son ministère que sa tâche de recomposition des structures politiques bourgeoises ne sera pas aisée. Nous allons assister dans les mois qui viennent non seulement à un fractionnement de l'U.D.R. mais aussi à des ruptures et à des regroupements au sein de l'Assemblée nationale et des divers groupes politiques bourgeois. Sauf imprévu, il faudra une certaine remise en ordre dans ce domaine et surtout une décomposition plus avancée du groupe U.D.R. avant que Giscard puisse procéder à des élections législatives. En attendant, sur les autres plans, il fera quelques gestes, comme un petit relèvement du S.M.I.C., le droit de vote aux jeunes à 19 ans, un abaissement de l'âge de la retraite, etc., qui coûteront peu. Mais, dès qu'il s'agira d'aller un peu plus loin, de répondre davantage aux revendications des masses, le pseudo libéralisme des premiers jours du nouveau Président disparaitra et il recourra à la politique de sa classe, du grand capital. une politique de répression. Symbolique en la matière est que, pour son service d'ordre au cours de la campagne électorale, il a pris les anciens de l'O.A.S., les bandes d'« Ordre nouveau », de la C.F.T. Ceux qui viennent de perdre leurs anciens patrons du pouvoir. les SA.C., les C.D.R., ne manqueront pas de les rejoindre nous*- ros des, immigrés ndefens AUT
L'Union de la gauche était essentiellement un bloc pour parvenir électoralement au gouvernement. Qu'en adviendra-t-il maintenant qu'il n'y a formellement pas d'élections avant 1978 ? S'il y avait eu une véritable défaite électorale, on aurait très vraisemblablement assisté au bout de quelques mois à un relâchement puis à une dissociation de ce bloc. Mais personne ne considère qu'il y a eu défaite, les dirigeants du P.S. et du P.C. estiment que la victoire est désormais à portée de la main. Les dirigeants du P.C. ont même la satisfaction de voir que la présence éventuelle de ministres communistes au gouvernement ne constitue plus un épouvantail. Tous les dirigeants socialistes portent Mitterrand au pinacle pour avoir réussi, en s'associant au P.C., à renforcer leur parti au-delà de toute espérance . D'autre part, s'il y a eu déception dans les masses, il n'y a chez elles nul découragement. Chacun s'attend, se prépare meme pour de grandes luttes revendicatives d'abord et personne ne doute que le nouveau régime, si l'on peut parler de régime pour ce qui vient de succéder à l'Etat U.D.R., n'est pas du tout stable. La perspective de grandes luttes, de luttes généralisées, n'est pas exclusive, dans les masses et dans les états-majors de l'Union de la gauche, d'une perspective d'élections anticipées, bien au contraire. Le scrutin du 19 mai n'aura donc pas de répercussions négatives sur l'Union de la gauche. Les appels d'un Lecanuet aux socialistes pour rompre avec le P.C. resteront sans effet. La pression des masses reste si forte que Mitterrand lui-même s'est vu obligé, au lendemain de l'élection, de dire que la lutte se poursuivra et qu'il n'y aura pas de trêve. Cela ne veut évidemment pas dire que les réformistes du P.S. et du P.C. ont changé ou changeront. C'est la situation qui les pousse s'exprimer ainsi. (2)
Cette situation dans laquelle les travailleurs. même les moins politisés, se savent forts, veulent que ça change, ont une perspective crédible pour eux d'un gouvernement de leurs organisations, est pleine de possibilités pour les marxistes-révolutionnaires. A gauche de ces organisations, il existe déjà une force appréciable. S'il se produit des déplacements et des crises dans la grande masse des travailleurs et leurs organisations, c'est beaucoup plus vers la gauche que vers la droite qu'il se produiront. C'est sur la perspective de grandes crises sociales et politiques que les marxistes-révolutionnaires aligneront plus que jamais leur politique. Ils prépareront ainsi les masses pour les grands affrontements qui s'annoncent.
Il faut aussi se souvenir que l'élection présidentielle s'est produite dans le cadre d'une montée quasi générale du mouvement ouvrier en Europe occidentale: la grève des mineurs britanniques qui a largement contribué à la chute du gouvernement tory. la chute de la dictature salazariste au Portugal, l'échec de la démocratie-chrétienne dans le referendum sur le divorce en Italie, les grandes grèves du Danemark, etc. Les gouvernements européens sont tous très faibles, les crises de direction de la bourgeoisie s'accentuent. Les rapports de force permettraient aux travailleurs d'aller très loin, n'étaient leurs directions. De telles situations ne peuvent se dénouer que dans des luttes gigantesques. Ce n'est pas seulement en France que des affrontements approchent. L'Europe occidentale est à présent un des points les plus brülants de la révolution mondiale. La tâche des marxistes-révolutionnaires de France n'est pas seulement leur tâche, c'est celle de tous les marxistes révolutionnaires d'Europe et du monde de préparer la généralisation, l'unification des combats de quelques centaines de millions de travailleurs sur une partie du globe où l'heure du socialisme a sonné.
Le 1°* juin 1974 (1) L'extrême-gauche ne forme pas du tout un corps politiquement homogène et ne se calque pas non plus sur les organisations existantes Par exemple, alors qu'on peut classer comme électeurs d'extrême-gauche de nombreux sympathisants du P.S.U. et ceux qui appartiennent ou gravitent autour de I'O.C.I., deux organisations qui ont appelé à voter Mitterrand dès le 1ª tour, le P.S.U n'est véritablement plus guère qu'un ap pendice du Parti socialiste (Rocard a été officiellement déchargé de ses tâches pour devenir un proche collaborateur de Mitterrand dans la campagne), et I'O.C.I. une fois de plus témoigne qu'en dépit du vocabu laire trotskyste qu'elle utilise, elle est avant tout un groupe de pression sur les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier, un groupe de pression très faible et trés maladroit dans cette fonction.
Cette hétérogénéité de la nouvelle avant-garde qui est à la gauche des organisations traditionnelles explique aussi la différence des scores d'Alain Krivine et d'Arlette Laguiller. Les campagnes furent très différentes à maints égards. Alain Krivine a fait une campagne d'organisation, celle du F.C.R., la personne ayant été aussi effacée que le permet une campagne électorale de ce type. IL a associé aux émissions T.V. et de radio. un Antillais, un soldat, des femmes, des travailleurs, un ancien député communiste du temps du Front populaire, déporté pendant la guerre. La campagne Laguiller a été personnalisée à outrance, le nom du journal Lutte Ouvrière ne figure meme pas sur la profession de foi, ce texte que l'Etat diffuse à près de 30mllons l'exerplaires Laguiller seule est apparue sur les mass-media. Des milliers de bandeaux ont été collés portant seulement la mention « Votez Arlette ».
Les deux campagnes ont comporté une dénonciation du régime capi taliste, mais celle de Laguiller se limitait à cela, tandis que celle de Krivine consacrait une très grande partie à donner les voies et moyens révolu tionnaires pour parvenir au socialisme (comités, milices, etc.). Laguiller dénonçait essentiellement le passé de Mitterrand « faux politicien de gauche , mais ne comporta aucune critique fondamentale de l'Union de la gauche
Il s'ensuit que le vote Krivine a été un vote plus politisé, plus militant que celui de Laguiller. Les meetings organisés par Lutte Ouvrière n'étaient pas plus fréquentés que ceux du F.C.R., y compris aprés le premier tour, quand les résultats étaient connus. Nous ne voulons en aucune manière amoindrir la valeur du résultat obtenu sur la candidature Laguiller, mais on ne saurait tirer de la différence des scores des conclusions en ce qui concerne la force des deux organisations et leur influence effective dans la lutte de classe quotidienne. Elles restent essentellement ce qu'elles étaient avant l'élection.
(2). Aprés le second tour, ceux qui continuent à attaquer les trotskystes et les accusent plus ou moins nettement d'avoir entravé, pour ne pas dire davantage la candidature Mitterrand, ce sont Rocard du P.S.U. et Maire de la C.F.D.T. Ils savent fort bien que les candidats trotskystes n'ont pas plus nui à la candidature de Mitterrand au second tour que ne l'a fait la candidature de René Dumont, qui si nous sommes bien renseignés est membre du Parti socialiste et mème de sa tendance de gauche, le C.E.R.E.S Ce que les campagnes trotskystes ont génê, ce n'est pas l'élection de Mitterrand, mais la politique de Rocard et de Maire, une politique pseudo-gauche « autogestionnaire » qui s'évanouit à la moindre senteur électorale. La campagne de R. Dumont ne les gênait pas et c'est pourquoi ils ne disent rien sur elle.