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La revue › nouvelle série n° 3

Brésil : déclaration politique du POC « Combate »

Quatrième Internationale, nouvelle série n° 3 · 15 juillet 1972 · p. 22-26 · 5 166 mots

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1 -La gauche révolutionnaire brésilienne se trouve aujourd'hui dans l'une des situations les plus difficiles qu'aient jamais connues les formations révolutionnaires du continent : réprimée sauvagement par la dictature militaire. isolée des masses travailleuses, elle doit affronter une campagne systématique enclenchée par le gouvernement militaire au pouvoir. Cette situation, incroyablement défavorable aux forces révolutionnaires, doit être comprise tant à partir de raisons objectives que subjectives. Dans cet ensemble de causes, il en existe certaines qui sont décisives pour expliquer la situation actuelle. « Pourquoi y a-t-il a l'heure actuelle un isolement de la gauche révolutionnaire par rapport aux masses travailleuses, principalement la classe ouvrière et les travailleurs ruraux 7 ». Les déviations de la gauche révolutionnaire pendant la montée révolutionnaire de 67-69, ne purent permettre le dépassement de la faiblesse structurelle du mouvement révolutionnaire brésilien, de son isolement des travailleurs de la ville et de la campagne. En ce sens, les victoires obtenues dans la lutte contre la dictature militaire ne se reflètent pas dans une accumulation de forces importantes à la fin de cette période, ce qui limitait dês le départ, le souffle des organisations révolutionnaires. Cet isolement, nous l'héritons de l'époque du réformisme populiste, et il s'explique par la trajectoire que suivit le mouvement de masse au Brésil et particulièrement au sein de, la classe ouvrière. Les travailleurs ruraux et la paysannerie furent toujours (sauf dans la brève période précédant le coup d'Etat de 64) en marge de la vie nationale: jamais ils ne furent syndiqués, mais ils furent toujours en marge du marché de consommation, analphabétes et surexploités, vivant atomisés dans chaque région du Brésil. La classe ouvrière, au contraire, fut, durant toutes les années de politique populiste, un instrument au service de la bourgeoisie industrielle pour acquérir une plus grande marge de mancuvre dans les conflits internes avec la bourgeoisie latifundiste ainsi que contre les secteurs indus. triels les plus monopolistiques liés à l'impérialisme. Durant toute cette période, à partir de la révolution de 1930, la classe ouvrière demeura une espèce de caisse de Tonnance de la vie politique nationale. résonnance de la vie politique nationale. ce . Ce 22 qui l'a toujours empêchée de jouer réellement un rôle important fut le fait que jamais la classe ouvrière brésilienne n'eut une organisation de classe indépendante. Le syndicat brésilien de type fasciste, créé par l'Estado Novo comme appendice de l'appareil de l'Etat bourgeois, ne constitua jamais une organisation de classe pour la défense de ses revendications. La période populiste, le fait que la bourgeoisie tenta d'utiliser les revendications de la classe ouvrière pour accroftre sa marge de manœuvre dans les conflits avec les autres secteurs des classes dominantes, tout cela fit que la structure syndicale de type fasciste restait floue et fut, d'une certaine maniêre, une expression de lutte politique des courants qui luttaient au sein du mouvernent ouvrier, surtout les staliniens et les réformistes bourgeois. Cette situation d'exception se rompit brutalement en 64 quand il suffit à la dictature d'utiliser ses prérogatives légales déjà existantes dans la législation du travail pour rayer de la carte tous les leaders syndicalistes un tant soit peu combatifs et transformer le syndicat en un véritáble organe policier. Durant toute la période pendant laquelle cette structure syndicale était encore floue. jamais les communistes pro-Moscou et les populistes ne se préoccupèrent d'organiser les ouvriers à la base. A partir de 64, la classe ouvrière se retrouva complétement désarmée. Et les militants syndicaux politisés, prisonniers et en butte à la ré pression, perdirent tout contact avec la classe. C'est ce qui explique les énormes difficultés que nous avons rencontrées et c'est vrai pour toutes les organisations, à un plus ou moins grand degré, pour créer des liens avec les travailleurs et principalement avec la classe ouvrière. Cela ne signifie pas qu'il eut été impossible d'établir ces liens. Mais il aurait fallu quelque chose de plus qu'une simple activité empirique au sein de la classe, ou de l'exemple combatif des actions armées d'avant-garde, précisément il aurait fallu comprendre la dynamique du mouvement de masse et particulièrement de la classe ouvrière dans la période clé qui va de 64 à 68, période durant laquelle la dictature ne s'était pas consolidée, n'avait pas résolu la crise économique ni apaisé le mécontentement général de toutes les classes. Dans cette période dont l'apogée est l'année 1968, avec une montée importante du mouvement de masse, il aurait été tout à fait nécessaire de mettre en avant une organisation de masse alternative, ditférenciée du syndicat ouvrier intégré à l'Etat. Ce n'est qu'avec une organisation indépendante de la classe qu'il aurait été possible pour le prolétariat d'opposer une résistance plus grande aux assauts de la dictature et de pouvoir se préserver en tant que classe organisée. Un facteur comme celui-là aurait permis aux organisations de gauche de maintenir des liens avec le mouvement ouvrier et, ce qui est plus important, de maintenir organisé ce mouvement. C'est pour cela que la majeure partie des organisations de gauche (et non seulement les organisations ayant des déviations avant-gardistes ou militaristes] sont composées d'éléments d'origine petite bourgeoise. Ce fut dans le mouvement étudiant et parmi les intellectuels radicalisés que s'épanouit la gauche, surtout dans l'année 68. Cela nous conduit à tenter d'interpréter l'isolement actuel de la gauche révolutionnaire, isolement y compris vis à vis de ce secteur de la classe qui, dans le passé, constitua sa principale base d'appui. Toute la croissance économique actuelle est axée autour des industries dites dynamiques (automobiles, produits chimiques, sidérurgie). Le dilemme auquel s'affrontait la bourgeoisie industrielle avant 64, à savoir comment créer un marché consommateur pouvant absorber la croissance industrielle, fut résolu selon une forme inédite. Si, auparavant, on supposait que l'unique solution permettant le développement industriel était l'élargissement du marché interne par l'incorporation des bas secteurs de la population à la consommation (ouvriers et principalement population travailleuse rurale] plus tard la solution trouvée fut qualitativement différente. Un marché de biens de consommation sélectifs s'approfondit, orienté vers les produits de luxe. Et les secteurs qui bénéficièrent du développement de cette dynamique et qui s'intégrèrent à la consommation de haute production furent non seulement les classes dominantes mais aussi des secteurs modernes de la petite bourgeoise, c'est-à-dire, les secteurs employés dans les branches modernes de la vie économique et concentrés dans les villes les plus importantes du Brésil.

Ce secteur qui auparavant avait constitué le réservoir de cadres et de sympathisants de la gauche révolutionnaire, principalement durant la montée du mouvement étudiant en 68, arriva à étre intégré économiquement, et par là aussi neutralisé politiquement. C'est exactement sur ce secteur que le gouvernement centra sa campagne de démoralisation de la gauche révolutionnaire et de développement d'un nationalisme réactionnaire. Il ne s'agit pas à proprement parler une campagne politique : la seule chose que le gouvernement cherche à prouver à ces secteurs c'est que le produit national croft et que si il y a bien quelqu'un dans la bourgeoisie qui profite le plus de cette croissance, ce sont ces secteurs, qui consomment toujours davantage et vivent dans un luxe croissant. Si nous constatons les facteurs mentionnés ci-dessus, nous tenons à ce que certaines choses soient claires : la première c'est que ce qui a permis à la bourgeoisie de résoudre la crise de 62-67 fut d'avoir pu bloquer les augmentations de salaires dont la constance avait caractérisé la période 61-63, d'avoir pu accumuler suffisamment de capital pour faire de nouveaux investissements, d'avoir pu augmenter le taux de profit transformant par là les conditions d'investissement du capital étranger et attirant les impérialistes. C'est cela qui constitue l'antichambre du développement économique actuel. Cela ne fut possible que grace à l'carrocho » (1) salarial établi depuis le coup d'Etat de 64 et maintenu jusqu'à aujourd'hui. Depuis 64 jusqu'à maintenant, la classe ouvrière a perdu 40 % de son pouvoir d'achat : cela donne bien la mesure de sa marginalisation par rapport au marché de consommation national. Dans cette pé riode, ce qui fut décisif pour la classe ouvrière fut l'inexistence d'une organisation de classe indépendante, une organisation ouvrière et non un organisme officiel contrôlé par le gouvernement comme l'est notre syndicat. La deuxième constatation à faire est que dans ces conditions la répression politique est un élément essentiel pour le gouvernement actuel sans lequel il n'aurait pu résoudre la crise économique ni entrer dans la période de développement économique que nous connaissons, ni maintenir ce développement et l'accroftre. La répression est l'axe de la politique de la bourgeoisie. La transformation de l'armée en parti de la bourgeoisie gouvernant le pays et où toutes les divergences sont interdites (élimination et castration de toutes les institutions bourgeoises typiques) n'est pas un hasard dû à la méchanceté de tel ou tel gorille. Seule une armée bourgeoise avec tout le poids de la violence et de la répression qu'elle porte en elle peut fournir ce qu'une fragile bourgeoisie nationale n'a jamais été capable de faire : développer une économie sousdéveloppée au prix d'une augmentation démesurée de l'exploitation des masses. C'est dans cette situation que vit la gauche révolutionnaire aujourd'hui. Nous avons commis d'innombrables erreurs dont nous devons faire l'auto-critique, tant les secteurs avant-gardistes que • massistes » et aussi ceux qui cherchaient sans y parvenir à intégrer la lutte armée à la mobilisation des masses. Ces erreurs vont accentuer une situation objectivement défavorable. L'absence prolongée d'une avant-garde révolutionnaire tant nationale qu'internationale, fit que nous sommes arrivés à l'approche d'une situation révolutionnaire, avec un énorme retard sur des conditions subjectives qui permettraient la construction d'une avant-garde et sa fusion avec de larges secteurs de masse. Dans ces conditions, nous pouvons dire que certaines de nos erreurs furent fatales. Ce qui en coûta de vies humaines est irréparable. Nous ne pourrons payer le prix de ces erreurs que si nous sommes capables de tirer les leçons de cette période afin de pouvoir intervenir dans la prochaine pé. riode à un niveau supérieur. 2 -Les conditions objectives aggravées par les erreurs que nous avons connues ont permis à la dictature militaire d'augmenter chaque fois plus, tant qualitativement que quantitativement, les méthodes de répression. D'innombrables organisations furent durement touchées, les militants emprisonnés et torturés quand ils n'étaient pas assassinés. Dans ce processus de détérioration du rapport de forces entre le gouvernement et les forces révolutionnaires, notre organisation, le POC, Parti Ouvrier Communiste, a cessé d'exister, durement touchée i par la répression en juillet 71. Nous avions traversé un long processus de discussion politique commencée en 1969 et nous tentions de dépasser tant dans la prad'innombrables organisations furent durement touchées, les militants emprisonnés el torturés quand ils n'étaient pas assassines tique que théoriquement toutes les erreurs et les déviations qui caractérisaient notre organisation. Depuis sa fondation en avril 68 le POC s'était caractérisé par la domination politique de l'ancienne direction de la POLOP (organisation dont le POC est issu). La POLOP représenta dans les années 60, principalement durant l'hégémonie du PC stalinien, le seul pôle qui défendait le caractère socialiste de la révolution, le rôle de l'avant-garde de la classe ouvrière et le principe de la lutte armée pour la prise du pouvoir. Mais au moment de la rupture du PC comme de toutes les autres organisations traditionnelles (1966-68), la POLOP fut incapable de capitaliser sa propagande de combat face au réformisme. Prisonnière de schémas théoriques et assumant un rôle de e conscience critique a du reste de la gauche elle finit par avoir une attitude sectaire qui l'isola des nouveaux regroupements. Cela consolida les tendances intellectualistes qui s'étaient développées pendant les longues années de propagandisme. Le POC surgit exactement au moment où la faillite de la vieille direction de la POLOP devenait claire : la fondation du POC, fusion de ce qui restait de la POLOP avec un secteur peu significatif du PCB exprimait cette faillite. Mais l'essor du mouvement de masse, étudiant et ouvrier en 1968, modifia la composition interne du POC, faisant surgir de l'intérieur des forces qui tentèrent un examen critique du type de pratique qui caractérisait notre organisation. A partir de 1969, surgit une lutte interne contre la direction traditionnelle de la vieille POLOP. lutte interne née de la pression des nouvelles bases recrutées lors de l'essor de 68, surtout à Sao Paulo. A travers cette lutte il s'agissait de modifier notre organisation. Et face à l'intellectualisme caractéristique de la vieille direction qui proposait des mesures correctes d'ordre général mais qui ne se préoccupa jamais de doter l'organisation des instruments matériels et organisationnels permettant de réaliser de telles mesures, nous avons avancé une autre position : une attitude qui permettrait à l'organisation d'assumer intégralement son rôle d'avant-garde et d'assumer concrétement les tâches de la révolution. De cette critique générale nous sommes passés à des propositions concrètes qui allaient depuis la réalisation d'actions avancées d'expro-

DECLARATION POLITIQUE DU POC «COMBATE» priation et de propagande armée en passant par des modifications de structure organisationnelle jusqu'aux questions de tactique du mouvement ouvrier. Voyant son hégémonie menacée par le caractère concret du débat, la vieille direction de la POLOP montra clairement son caractère conservateur, refusant de poursuivre le débat, la discussion, et entama un processus de scission avec les secteurs qui n'avaient pas encore été contaminés par les idées nouvelles. Après la scission de février 1970, l'organisation commença alors ses tentatives pratiques et théoriques de dépasser les conceptions de la vieille POLOP qui avaient été les siennes jusqu'à ce moment. La vie de l'organisation est marquée alors par certains progrès et par certains reculs, non seulement à cause de sa faiblesse interne, qui gênait la poursuite de la révision commencée mais aussi à cause de la détérioration générale du rapport de forces entre la gauche révolutionnaire et le gouvernement qui rendait chaque fois plus difficile la pratique révolutionnaire. Notre faiblesse interne se matérialisa dans l'exis tence d'un secteur plus arriéré dans l'organisation, secteur qui, à mesure que les conditions de militantisme devenaient plus difficiles, retourna aux vieilles conceptions de la POLOP, de manière de plus en plus évidente, avec une forme droitière et liquidatrice. Lors de la lutte contre cette tendance droitière qui représentait la « bon sens », nous avons avancé nos positions et nous en sommes arrivés aux propositions que nous développons à l'heure actuelle en tant que tendance du POC. Avec ces propositions, nous avons prétendu intervenir dans le débat qui commençait en juillet 71. Mais des coups extrêmement durs frappèrent notre organisation, dont l'assassinat de notre camarade Luis Eduardo Merlino, qui rendirent ce débat impossible. Notre tâche aujourd'hui est la reconstruction du POC. Mais il est clair pour nous qu'il ne s'agit pas de faire arrêter l'histoire et de le reconstruire suivant la ligne politique officielle qu'il avait au moment de la répression, ligne qui contenait déjà d'innombrables progrès joints à une série de conceptions sclérosées héritées de la POLOP. Pour nous il est clair que la reconstruction doit se faire sur une ligne politique claire dont une pratique soit l'expression. claire dont une pratique soit expression. 24

SOLIRE FAC ENFERME

D'un autre côté, nous pensons avoir une vision à peu près claire du processus de reconstruction et de sa complexité. Diverses organisations ont déjà été détruites totalement ou partiellement et ont dû centrer leurs activités vers ce travail de reconstruction Certaines y sont arrivées, d'autres peuvent y arriver encore, d'autres se perdront ou s'atomiseront en chemin. Pourtant, nous savons que nous sommes fortement dépendants de nombreuses variables mais ce qui nous permet de tenter cette reconstruction est la nécessité de reprendre notre trajectoire spécifique et la transformer en une pratique plus significative pouvant servir à l'ensemble de la gauche révolutionnaire. C'est-a-dire que certaines des thèses que nous développons. aujourd'hui ne sont que très peu une contribution théorique, fruit d'une évolution sur le plan des idées politiques, mais davantage la théorisation d'une pratique réussie au niveau du travail ouvrier et d'efforts de toute l'organisation sur ce terrain. Ainsi, alors que de vastes secteurs de la gauche paraissent aller vers le dépassement de certains dilemmes artificiels tels que l'opposition travail ouvrier-travail paysan, travail de masse et travail armé, nous, nous pensons que nous avons beaucoup à apprendre de nombreuses organisations, mais nous détenons aussi une parcelle de pratique pouvant aider les autres organisations. D'un autre côté ce travail de reconstruction est extrêmement lié au travail pour l'unification des forces de la gauche révolutionnaire. Des secteurs importants de la gauche semblent avoir atteint aujourd'hui un degré plus élevé de maturité et se débarrasser du sectarisme qui caractérisait toute la gauche en général. Il est essentiel dans les conditions actuelles d'accélérer le processus d'unification politique permettant de mieux armer la gauche révolutionnaire. Il est nécessaire de combattre une conception de l'unité forgée sous la pression de nécessités pratiques ou d'une convergence artificielle. Pour ce type de rapports, nous devons avoir une conception de coopé ration fraternelle avec toutes les organisations politiques sans pour autant abdiquer nos positions politiques. Ce critère est fondamental pour que se construise une unité plus profonde, pouvant résister aux dures épreuves que nous avons à affronter

JEG -MANIE 3 -Le résultat de notre travail actuel de reconstruction de l'organisation, intégré au travail pour l'unification de la gauche n'est donc pas un résultat neutre. Il est orienté de manière décisive par certaines propositions politiques clés contenues dans nos « 5 thèses » et que nous allons tenter de résumer. a) En premier lieu sur le caractère de la révolution qu'il nous faut réaliser. Pour nous il n'y a pas de doute que la révolution brésilienne doit procéder d'une dynamique anti-capitaliste et anti-impérialiste. Le caractère anti-capitaliste et socialiste de la révolution ne provient pas seulement de cette réalité aujourd'hui évidente: le développement capitaliste et industriel du Brésil. Il provient aussi de la compréhension que l'actualité du socialisme ne se mesure pas seulement au niveau national mais international : le capitalisme tente de développer aujourd'hui de façon accrue l'exploitation des grandes masses des pays sous-développés. Plus que jamais nous voyons la contradiction entre le développpement des forces productives et les rapports de production au niveau mondial. C'est surtout cela, outre le dernier stade de développement économique que connait le Brésil, qui déterminera le caractère socialiste de la révolution brésilienne et de la révolution mondiale. Mais, quoique industrialisé et capitaliste, le Brésil continue à être un pays sous-développé, intégré et dépendant de l'économie du centre impérialiste. Et cela doit rester clair à chaque moment pour que le caractère anti-impérialiste de notre lutte s'intégre à la lutte pour la destruction du capitalisme. Cela implique la liaison entre la révolution brésilienne et toutes les autres luttes que développe le monde colonial contre le jeu de l'impérialisme, et en premier lieu celle que mène le peuple vietnamien comme avant-garde de la révolution mondiale. b) Deuxièmement, à propos des classes qui doivent être mobilisées pour la réalisation de la révolution. Défendre le caractère socialiste de la révolution signifie défendre le rôle de l'hégémonie politique de la classe ouvrière dans cette révolution. Mais en aucun cas, cela ne veut dire qu'une révolution socialiste sera menée à bien par la seule classe ouvrière. Le socialisme au Brésil devra être fondé sur la base d'une solide alliance entre les travailleurs urbains et ruraux, appuyée par de larges secteurs radicalisés de la petitebourgeoisie. Le rôle fondamental de la classe ouvrière ne provient pas seulement de son hégémonie politique. Dans la mesure où l'on comprend que le système politique brésilien repose sur une économie basée sur l'industrie, il faut en tirer les conséquences. La position révolutionnaire de ceux qui sont le support de ce succès économique est un facteur décisif pour provoquer l'écroulement de l'appareil d'Etat bourgeois. Mais cela déterminera aussi certaines questions tactiques. Si nous gardons à l'esprit quel est le type de croissance économique que connait le Brésil et sur quel type de production il est fondé, il nous faut comprendre que tactiquement aussi la rébellion de la classe ouvrière contre l'exploitation dont elle est victime est un facteur décisif pour le changement du rapport de forces existant entre le gouvernement et la gauche révolutionnaire. Ce fut l'incapacité de la classe ouvrière à défendre ses salaires contre la politique de la bourgeoisie qui permit à la bourgeoisie de sortir de la crise économique et créa les conditions pour le développement au cours de la période actuelle. La clé de la prochaine étape du processus révolutionnaire est dans l'organisation de la classe ouvrière pour la lutte. Cela signifie qu'il est nécessaire de forger une organisation indépendante de classe, un véritable syndicalisme capable de défendre depuis les revendications immédiates jusqu'aux intérêts historiques de destruction du système capitaliste. Cette organisation ne va pas surgir spontanément et c'est à l'avant-garde de stimuler sa formation. Toutes ces considérations sur l'importance stratégique et tactique de la classe ouvrière ne peuvent servir d'alibi pour ignorer ou minimiser le rôle de la paysannerie agricole dans la Révolution Brésilienne. Elle constitue la grande majorité de la population laborieuse, majorité oubliée et exploitée depuis des siêcles : c'est un énorme potentiel de lutte qu'il nous faut incorporer dès maintenant à nos projets de mobilisation de masse. Aujourd'hui plus que jamais il reste clair que seul le socialisme peut créer les conditions pour en finir avec la ségrégation qui touche les masses de la campagne et pour les intégrer politiquement, econouement économiquement et culturellement à la vie nationale. Si auparavant les réformistes pouvaient dire que l'industrialisation les incorporait at marché des biens de consommation et que par là leurs intérêts étaient identiques à ceux de la bourgeoisie industrielle nationale, cela ne peut plus faire illusion pour quiconque. Le plus important développement industriel commencé dans la période de prospérité 67-68 au lieu d'intégrer les masses de la campagne au marché des biens de consommation exclut la classe ouvrière de ce marché. Aujourd'hui 80 % de la population reste à l'écart du e miracle économique = brésilien. Les masses laborieuses de la campagne et de la ville, les secteurs pauvres de la petite bourgeoisie ne savent rien de la ‹ prospérité ». Ces vérifications montrent clairement que pour tous ces secteurs op primés, dans leurs revendications les plus immédiates, la seule solution est la destruction du régime bourgeois. c) troisièmement, sur la nécessité du parti léniniste d'avant-garde. La gauche brésilienne entame de nombreuses polémiques sur le parti, le « foyer », l'armée, etc... avec en général une vision mécaniste, sinon totalement équivoque, sur la théorie léniniste de l'organisation. Pour nous, défendre la nécessité du parti léniniste d'avant-garde ne signifie pas copier la forme structurelle du parti bolchévique de Lénine. Cela signifie défendre les principes d'organisation qu'il a formulés, principes valides pour toute formation sociale capitaliste. L'essence de ces principes repose sur la nécessité pour l'avant-garde de s'organiser d'une manière rigide et nettement différenciée par rapport aux masses et à leurs organisations. Pourvus d'une organisation d'avant-garde, les révolutionnaires doivent intervenir dans le mouvement de masse qui se dessine, le diriger et élever son niveau de conscience politique, mais ils ne doivent jamais se dissoudre dans la masse, abdiquer leurs positions ou leur indépendance organisationnelle. Cela signifie aussi que ce type d'organisation doit être régi par le centralisme démocratique, devant y cultiver au plus haut degré la démocratie, et à l'extérieur maintenir le principe de l'unité d'action. Mais précisément parce que l'avant-garde doit se maintenir en tant que telle, et que la démocratie est interne à l'organisation, structurée dans un cadre de organisation, structuree défendre le caractère socialiste de la révolution signifie défendre le rôle de l'hégémonie politique de la classe ouvrière dans cette révolution droits et de devoirs établis par l'ensemble des militants, comment est organisé ce parti 7 Il n'y a pas de formule préparée à l'avance pour aucune de ces questions de principes. Justement, le combat que nous devons affronter est de reproduire et d'adapter ces questions de principe aux conditions et aux nécessités concrètes de notre action pratique. Dans ce sens notre organisation a formulé une série de propositions pour appliquer ces principes généraux ( cf. De quelle organisation avons-nous besoin ? Combate No 1] mais ces propositions ne constituent pas une formule magique, mais une réponse à la situation concrète que nous étions en train de vivre, qui doit être comprise comme une expérience concrète et non comme un modèle achevé. d) quatrièmement, sur la stratégie pour le prise du pouvoir. Dans l'étape actuelle de la révolution brésilienne nous pensons qu'il est impossible d'avoir encore une clarté absolue sur le développement précis que prendra la lutte pour la prise du pouvoir. Cependant il existe certaines questions fondamentales déjà clarifiées et qui déterminent dès aujourd'hui notre pratique. Elles se résument fondamentalement dans l'idée que la prise du pouvoir passe par un processus de guerre prolongée de caractère continental, et que la lutte armée est dés maintenant à l'ordre du jour. La con ception du caractère prolongé de la guerre est le pôle opposé à la conception insurrectionaliste et spontanéiste développée par de nombreux secteurs de la gauche. L'analyse de la situation internationale où l'impérialisme se trouve aujourd hui, caractérisée par l'épuisement général des solutions réformistes et populistes et la compréhension qu'a l'impérialisme du danger que représente tout mouvement populaire même sil ne pose pas encore le problème du socialisme, tout cela doit nous faire prévoir une résistance farouche du centre impérialiste et de ses associés nationaux, les gouvernements militaires bourgeois. Depuis la révolution cubaine l'impérialisme sait que toute révolution populaire tend à se radicaliser et à avancer jusqu'au socialisme. Pour cela il a déjà démontré qu'il était disposé à intervenir militairement chaque fois que les secteurs nationaux réactionnaires écrasent un essor des masses. Dans ces conditions l'idée qu'un processus révolu-

DECLARATION POLITIQUE DU POC «COMBATE» tionnaire pourrait résulter d'une montée des masses désarmées, qui au dernier moment s'armeraient et prendraient le pouvoir par une insurrection, ne peut dé. passer une vision spontanéiste, cause de déroutes comme celle que connut le peuple bolivien en août de cette année. Au Brésil il est suffisament clair que le processus ne se fera pas ainsi. Mais, en outre, il est également clair que la lutte armée est dés aujourd'hui à l'ordre du jour, depuis les petits affrontements quotidiens entre les travailleurs en lutte pour leurs revendications les plus immédiates, et les patrons appuyés par la dictature militaire. L'avant-garde doit s'armer pour son autodéfense et défendre son droit à la propagande révolutionnaire, pour aider les masses à se défendre contre la violence réactionnaire qui s'exerce tous les jours dans les fabriques, les campagnes et les écoles. Le processus révolutionnaire est d'ores et déjà un processus armé, même avant que nous nous trouvions face à une véritable guerre révolutionnaire où les masses armées et mobilisées luttent contre le régime. Et si nous ne sommes pas clairs sur le caractère prolongé de la guerre que nous avons à affronter, nous pourrions avoir toujours la tentation de proposer des solutions immédiates de type droitier ou gauchiste. La défaite des régimes bourgeois du continent latino-américain passera par un long processus dans lequel la lutte des différents pays pourra être combinée et intégrée dans la lutte pour l'expulsion de l'impérialisme. Dans cette lutte de longue durée les révolutionnaires doivent construire un instrument indispensable pour la destruction de l'appareil d'Etat bourgeois, l'Armée Révolutionnaires des Travailleurs. Au Brésil la campagne sera le principal terrain de cette guerre prolongée, non seulement parce qu'elle présente les conditions idéales pour une lente accumulation militaire de forces et pour la formation de l'Armée Révolutionnaire, mais aussi parce qu'à travers cette guerre de longue durée à la campagne, la population rurale sera intégrée à la lutte révolútionnaire constituant le principal contingent qui alimentera l'armée en formation. e) cinquiémement, la question de l'internationalisme prolétarien. Pour nous l'internationalisme ne saurait être un vague sentiment de solidarité et 26 l'intuition que la lutte se mène contre un même ennemi partout. Les révolutions nationales ne sont pas des miniatures de la révolution mondiale. La révolution mondiale est un tout dont les parties cons tituantes sont inégales mais se combinent et s'intègrent. Cela signifie que la défaite ou la victoire d'un mouvement national modifie les conditions générales de lutte dans chaque pays. Dans les dernières années le mouvement de masse a subi des revers dans toutes les contrées, à l'exception d'un front de lutte qui, quaiqu"isolé, réussit à bloquer l'avance de l'impérialisme : l'héroique lutte du peuple vietnamien. Maintenant, de même que ces défaites ont favorisé internationalement la réaction, la guerre d'Indochine et la victoire du FNL dans les meilleures conditions possibles sera une grande aide pour la révolution dans chaque pays. Seule la compréhension claire de l'interrelation entre les différents secteurs de la révolution mondiale peut nous faire comprendre la nécessité d'une organisation internationale pouvant analyser les faiblesses de l'impérialisme et coordonner la lutte dans les différents pays. Comprendre la nécessité d'une stratégie, c'est comprendre la nécessité d'une organisation internationale qui élabore et applique cette stratégie. C'est cette compréhension qui nous fait lutter pour la construction d'une Internationale de masse. Selon nous, la manière la plus efficace de lutter pour cette Internationale est de s'organiser déjà internationalement dans une Internationale de cadres. La Quatrième Internationale constitue selon nous l'organisation qui peut nous servir d'instrument pour faire le saut qualitatif et constituer avec les autres forces révolutionnaires une véritable internationale de masse, capable d'avoir une stratégie. de lutte internationale, et elle constitue aujourd'hui cet instrument capable de conserver les acquis du léninisme et du trotskysme, et pour avoir aujourd'hui dans la presque totalité des pays une pratique révolutionnaire, réduite dans beaucoup d'entre eux, significative dans d'autres, mais qui dans tous les cas est une pratique guidée par une conception internationaliste de la Révolution. f) enfin, les critères que nous avons sur l'unité des révolutionnaires. Nous pensons qu'il n'est pas nécessaire que les propositions politiques que nous ébauchons soient partagées intégralement pour qu'il y ait une convergence politique profonde entre nous et d'autres organisations. Exiger cela serait faire table rase de l'évolution particulière de chaque organisation et de nous mêmes, et établir de manière sectaire les critères pour un front. Au contraire, de l'ensemble des éléments politiques qui composent une vision stratégique et tactique de chaque organisation, nous jugeons qu'à l'étape actuelle certains sont fondamentaux et d'autres secondaires. Par exemple faire de la question du caractère socialiste de la révolution brésillenne le critère de base pour un front aujourd'hui nous semble la pierre de touche pour les nécessités de l'étape actuelle. Pour nous, l'élément qui est décisif aujourd'hui est l'accord sur les manières de rompre l'actuelle conjoncture négative pour la gauche révolutionnaire, rompre son isolement d'avec les masses et avoir les conditions pour diriger politiquement et organisationnellement la prochaine montée qui marquera la fin du silence des classes travailleuses. Un tel accord passe par la réaffirmation de la nécessité d'un travail organique de l'avant-garde au sein des masses et d'un travail constant d'actions militaires, surtout de propagande armée. L'accord avec le critère désigné ci-dessus nous semble l'élément clé permettant le développement d'une pratique dans laquelle les divergences d'autrefois pourraient être dépassées. Cela signifie le dépassement des déviations classiques pour nous militants de la Gauche Brésilienne : le massisme et l'avant-gardisme. C'est par conséquent le critère fondamental pour nous à l'étape actuelle.

Tendance Trotskyste du POC (COMBATE) Décembre 1971.

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