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La revue › n° 27

Résolution politique sur la situation internationale et les tâches des marxistes révolutionnaires

Quatrième Internationale, n° 27 · février 1966 · p. 9-28 · 13 899 mots

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Depuis la crise de Cuba d'octobre 1962, l'impérialisme américain a intensifié son activité contre-révolutionnaire à l'échelle mondiale. D'une manière de plus en plus systématique, il joue le rôle de gendarme mondial du Capital et des classes possédantes, intervenant ouvertement dans l'évolution intérieure de tous les pays où la montée du mouvement de masse risque de faire avancer la cause de la révolution. Que ce soit sous la forme de coups d'Etat manigancés par la CIA ou d'interventions militaires ouvertes, ce rôle de Washington comme centre de la contre-révolution internationale s'est successivement précisé au Brésil, au Congo, au Vietnam, à Saint-Domingue et en Indonésie.

Il s'agit chaque fois de crises ou de guerres « locales », qui se produisent toutefois dans un climat de boom de l'économie américaine et de confiance croissante des impérialistes américains en leurs propres forces. Dans ces conditions, il est douteux qu'ils aient calculé de poursuivre l'action jusqu'au point de risquer un conflit nucléaire qui pourrait impliquer leur perte. Cependant, l'absence de riposte énergique de la part des dirigeants soviétiques et - quoique avec une moindre responsabilité - des dirigeants chinois les encourage à franchir de nouveaux échelons dans leur « escalade », ce qui accroit considérablement les menaces d'une guerre nucléaire mondiale.

La division de plus en plus prononcée du « camp socialiste », la passivité scandaleuse de ses principaux dirigeants devant « l'escalade » de l'impérialisme, l'appui criminel des directions des grandes organisations ouvrières des pays capitalistes à la politique étrangère de la classe dominante et le manque de coordination entre les mouvements révolutionnaires qui s'attaquent directement aux positions impérialistes, font que l'impérialisme a pu marquer des points incontestables dans ses agressions contre-révolutionnaires au cours des dernières années.

Auparavant, des conditions objectives extrêmement favorables avaient permis des victoires spectaculaires de la révolution dans des pays semi-coloniaux, sence d'une direction révolutionnaire, vu l'extrême faiblesse et l'isolement des classes possédantes indigènes que la révolution renversa. L'intervention systématique de l'impérialisme américain met aux prises aujourd'hui la révolution avec un ennemi autrement puissant, ce qui exige des directions beaucoup plus compétentes et beaucoup mieux intégrées internationalement que celles qui existent actuellement pour remporter des succès décisifs.

Mais les succès de l'impérialisme n'ont pu ni enrayer ni refouler la marche de la révolution coloniale, nourrie par des conditions objectives que l'impérialisme s'est montré totalement incapable de modifier de manière tant soit peu adéquate. Nulle part, il n'a réussi à stabiliser la situation ni à briser la volonté combative des masses.

L'exemple de la Grèce a démontré une fois de plus que, dans les pays capitalistes subsiste un potentiel de combativité des masses quii s'exprime périodiquement dans des luttes grandioses.

Enfin — résultat imprévu par l'impérialisme — « l'escalade » du Pentagone a provoqué dès le début de la nouvelle guerre du Vietnam, dans la jeunesse américaine et parmi les intellectuels, une opposition à cette guerre qui a élargi le cercle des anti-impérialistes et anti-capitalistes à l'échelle mondiale. Jointe au mouvement de masse noir de plus en plus explosif, elle démontre l'instabilité fondamentale du capitalisme américain et fournit un avant-goût de la rapidité avec laquelle une crise politique et sociale peut se développer aux Etats-Unis lorsque les conditions de cette crise ont mûri.

Comprenant dès lors que la dynamique mondiale des rapports de forces reste globalement défavorable au capitalisme, les marxistes révolutionnaires doivent s'efforcer de rendre plus efficaces les immenses forces engagées dans la lutte pour la transformation socialiste du globe en se battant conjointement pour un Front Unique antiimpérialiste de défense de la révolution vietnamienne et pour la construction d'une direction révolutionnaire à la hauteur des possibilités de la révolution mondiale à notre époque.

- i -L'EVOLUTION DE LA SITUATION ECONOMIQUE A) Dans le monde capitaliste

La situation économique au cours des trois dernières années a continué à être caractérisée par le contraste entre la stagnation relative de l'économie des pays coloniaux et semi-coloniaux et l'expansion économique qui s'est poursuivie dans les pays impérialistes. Il est vrai que l'accélération de cette expansion dans le principal pays impérialiste - les Etats-Unis - a provoqué un accroissement du volume des ventes de matières premières des pays coloniaux et semi-coloniaux aux pays impérialistes, ce qui a entrainé récemment une hausse des cours de certaines matières premières et même, pour l'année 1964 et le premier semestre de l'année 1965, la disparition du déficit de la balance commerciale des pays coloniaux et semi-coloniaux dans leurs échanges avec les pays impérialistes. Cependant cette légère amélioration de leur situation commerciale (qui a d'ailleurs eu des conséquences sur le plan politique dans plusieurs pays semi-coloniaux) n'a pas modifié l'énorme brèche entre les pays impérialistes et les pays arriérés ; au contraire, cette brèche n'a cessé de s'élargir, notamment en matière de revenu par tête d'habitant. Le fait que cette brèche ne soit plus acceptée par les peuples habitant le « tiers-monde », et le fait que l'impérialisme ne réussisse pas à la combler par des méthodes réformistes, constituent les principaux moteurs qui stimulent la révolution coloniale.

Au cours des dernières années, la conjoncture économique n'a pas évolué parallèlement dans tous les pays impérialistes. Certains d'entre eux (Etats-Unis, Canada, Allemagne occidentale) continuent à vivre une expansion ; d'autres (Grande-Bretagne, Belgique) connaissent une conjoncture plus hésitante qui, pour qui, pour des raisons de déclin initial de la demande extérieure, ou à la suite de mesures de déflation interne, évoquent le spectre de la récession ; d'autres encore (Japon, Italie, France) ont vécu depuis 18 mois une récession réelle qui s'est traduite dans une chute effective de la production de l'industrie manufacturière, des réductions d'horaires et des licenciements massifs.

Ces décalages dans le cycle de l'économie capitaliste — qui étaient apparents depuis plusieurs années déjà (l'Allemagne occidentale et l'Italie n'avaient pas connu de récession en 1957-1958 ; l'Allemagne occidentale avait connu un important ralentissement de sa croissance entre octobre 1962 et octobre 1963, en plein boom américain) - contribuent à atténuer l'effet des récessions dans les ou elles se produisent, et retardent l'éclatement d'une récession générale de l'économie des pays impérialistes.

Cependant cette récession générale reste inévitable. Dans l'ensemble, l'expansion s'est essouflée et ralentie partout ou est sur le point de le faire. La capacité excédentaire qui existe dans une série de secteurs-clés de l'industrie pèse lourdement sur les investissements dans ces secteurs, aussi bien en Europe occidentale Amérique du nord et au Japon. La politique « anti-crise » couramment suivie par les gouvernements impérialistes n'a pas manqué de saper de plus en plus, comme prévu, le pouvoir d'achat de leurs monnaies. Le déficit permanent de la balance des paiements des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne déterminent une détérioration de la position du dollar et de la livre sterling, les deux monnaies qui, ensemble avec l'or, font aujourd'hui fonction de moyens de paiement internationaux, et inquiète de plus en plus la bourgeoisie mondiale. Quelles que soient les solutions immédiates apportées à cette crise, l'économie impérialiste restera placée devant le dilemme : ou bien crise grave de surproduction ou bien inflation croissante liée à des récessions périodiques.

L'accroissement des dépenses d'armement perdra de même son efficacité pour relancer sérieusement une économie impérialiste déjà caractérisée par un niveau

-très élevé de ces dépenses. Une première menace d'essoufflement du boom américain en 1965 semble avoir été en partie conjurée par l'importante augmentation des dépenses militaires découlant de l'agression impérialiste au Vietnam. Mais cette augmentation même limite les possibilités d'empêcher l'éclatement d'une véritable récession par un nouveau bond de ces dépenses dans les années à venir.

D'autre part, la terrible stagnation du niveau de vie des larges masses dans des pays comme Inde ou l'Indonésie, l'échec total de « l'alliance pour le progrès » qui n'a pas stimulée une importante croissance économique Amérique latine, où l'inflation galopante désorganise par ailleurs la vie économique et abaisse le niveau de vie des masses dans des pays comme le Brésil, la Colombie, l'Equateur, etc., ne permettent pas aux pays coloniaux et semi-coloniaux de jouer le rôle d'un véritable relais des mesures anti-crise classiques pour relancer le boom actuel qui s'essouffle. La même remarque s'applique à l'accroissement du volume du commerce impérialiste avec les Etats ouvriers, accroissement qui est un fait et qui déclenche une virulente concurrence inter-impérialiste, mais qui ne porte et ne pourra porter que sur une fraction fort réduite mondial global et et ne représente donc pas un véritable « marché de remplacement » pour l'économie impérialiste.

Ce sont les facteurs sus-mentionnés d'essoufflement partiel du boom dans certains pays, de récession dans d'autres, de disparition progressive de facteurs permettant une relance importante de l'expansion à l'échelle mondiale, qui expliquent en dernière analyse l'exacerbation de la concurrence inter-impérialiste à laquelle nous assistons pour le moment, exacerbation qui constitue en quelque sorte la toile de fond des nombreux conflits politiques qui ont opposé et qui opposent encore les puissances impérialistes (rivalités USA-Europe sur le Marché européen ; rivalité France5 partenaires au sein du Marché Commun ; rivalité Marché Commun-Grande-Bretagne au sein du marché européen ; rivalité Grande-Bretagne-Allemagne occidentaleEtats-Unis dans le sud-est asiatique, au Moyen Orient, au Canada et en Australie, etc.). Mais ces conflits continuent à se placer dans le cadre d'une communauté de vue fondamentale concernant les rapports avec la révolution coloniale et avec les Etats ouvriers, aucune des puissances impérialistes n'étant prête à rompre leur alliance, même si elles proposent des tactiques différentes pour faire face à ce qui est leur ennemi commun.

B) Dans les Etats ouvriers L'économie des Etats ouvriers a continué à progresser à des taux de croissance annuelle en moyenne largement supérieurs à ceux des pays impérialistes, à connaitre des difficultés mais à ignorer les récessions et à démontrer ainsi la supériorité intrinsèque de l'économie fondée sur la nationalisation des moyens de production et la planification, sur le mode de production capitaliste, quelles que puissent être les extrapolations et les conclusions superficielles qu'idéologues bourgeois et petits bourgeois tirent des dernières réformes bureaucratiques introduites dans la gestion de l'économie soviétique au nom du principe de la « rentabilité individuelle des entreprises ».

Cette constatation n'est pas en contradiction avec le ralentissement de la croissance du revenu national qu'ont connu l'URSS, la Tchécoslovaquie et la Pologne. Ceci est dû aux effets d'une crise agricole chronique qui se prolonge, et dans l'industrie aux innombrables freins suscités par la gestion bureaucratique.

Pour sortir de l'impasse, les dirigeants de la bureaucratie soviétique ont une fois de plus cherché à réformer le système de planification et de direction des entreprises, mais sans toucher à l'essentiel. Il n'y a ni participation large et démocratique des masses à l'élaboration, à l'application et au contrôle du plan, ni véritable gestion ouvrière des entreprises, ni véritable démocratie soviétique au niveau de l'Etat. Dans ces conditions, la dernière réforme donnera ce qu'ont donné les précédentes : un redémarrage temporaire et le remplacement d'un groupe d'anciennes contradictions bureaucratiques (hypercentralisation ; particularismes des ministères ; particularismes regionaux) par un groupe de contradictions nouvelles, qui feront de nouveau baisser le taux de croissance quand auront disparu ses effets momentanés.

Les dirigeants bonapartistes de la bureaucratie ont fait quelques concessions aux directeurs d'entreprise qui, depuis des années, réclament des droits accrus à la fois par rapport aux travailleurs et par rapport aux organes centraux. Mais ils ont en même temps renforcé l'appareil central par la reconstitution des la suppression la dynamique propre qu'une décentralisation bureaucratique ne manque pas d'introduire dans une économie planifiée.

Les effets d'un excès de décentralisation sont clairement apparus en Yougoslavie où celle-ci n'a pas seulement augmenté le désordre économique général, l'inflation et l'inégalité sociale, mais a également obligé les dirigeants à opérer une réforme qui signifie un abaissement sévère du niveau de vie des masses et risque même de provoquer des licenciements massifs dans les entreprises.

Trouver une juste combinaison indispensable entre l'autogestion ouvrière au niveau des entreprises et la planification au niveau de l'économie dans son ensemble, n'est pas en premier lieu une question de techniques à découvrir ou de « modèles économiques » à inventer ; c'est avant tout une question de forces sociales à mobiliser et à mettre en valeur. Dans ce sens, la bureaucratie est obligée, de par sa situation sociale, à ne pouvoir appliquer que des réformes de valeur partielle ou carrément douteuse, et ces réformes sont nécessairement appelées à se succéder les unes aux autres, sans donner une solution fondamentale aux problèmes posés par l'économie des Etats ouvriers. Il est nécessaire de tenir compte de ce fait fondamental pour ne pas être surpris périodiquement par de brusques chutes du taux de croissance, qui se produiront également dans le cas de pays comme la République populaire de Roumanie. Ce pays connait actuellement le taux de croissance le plus élevé de l'Europe, moins par une organisation du système de la planification et de la gestion s'appuyant sur la démocratie et l'auto-gestion socialiste des producteurs, que grâce à une combinaison judicieuse de techniques, de crédits et de commandes venues des pays impérialistes et des Etats ouvriers, ce qui est d'une efficacité limitée dans le temps.

La République populaire de Chine a réussi depuis plusieurs années à surmonter les effets les plus graves de la crise agricole déclenchée par les excès du « grand bond en avant ». La production agricole a été rétablie, le niveau de vie des masses a récupéré les pertes des années 1959-1962, la relance de l'industrie est aussi un fait Ce rétablissement de la situation économique en Chine s'est fait sans un retour, même partiel, à l'agriculture privée. Le cadre de la commune reste sauvegardé, mais lorganisation du travail est ramenée au niveau du village, ce qui correspond à la nature actuelle des moyens de production et de la technique agricole. Le travail du paysan est à nouveau, et justement, consacré par priorité aux activités agricoles et non aux activités complémentaires, dont l'hypertrophie, au cours du « grand bond en avant », fut la cause essentielle de l'échec de celui-ci.

L'absence de l'aide soviétique, le repli autarcique de la Chine dont la disparition de cette aide est la cause principale, et les nécessités de la défense du pays contre l'impérialisme américain se font cruellement sentir : le rythme de l'industrialisation a du être ralenti par rapport aux prévisions des années 1957-1959, et les progrès d'assimilation de la technique contemporaine la plus avancée restent très modestes saut dans quelques domaines spéciaux, surtout militaires. S'il a fallu à l'URSS, isolée, plusieurs décennies pour rattraper la technique de base des pays capitalistes industrialisés, l'œuvre exigerait beaucoup plus de temps en Chine, le pays partant d'un niveau beaucoup plus bas. Cette difficulté explique à la fois pourquoi les dirigeants chinois sont incontestablement intéressés à l'expansion internationale de la révolution et pourquoi le boycott partiel de la Chine par la bureaucratie soviétique constitue un coup véritablement criminel porté à la révolution chinoise et à la révolution internationale.

Il n'en est pas moins vrai que, dès maintenant, le niveau de développement économique et le degré de suppression des formes extrêmes de misère et de dégradation humaines atteint en Chine, contrastent de la manière la plus frappante ce qui existe dans le reste de l'Asie et en Afrique. C'est ce qui fait de la Chine un pôle d'attraction pour les masses opprimées de ces deux continents et qui explique fondamentalement la haine que les bourgeois et réactionnaires indiens, indonésiens malais, thailandais, africains, etc. ressentent à l'égard de la révolution chinoise.

L'AGRESSION DE L'IMPERIALISME AMERICAIN CONTRE LE VIETNAM ET SES SUITES L'agression de l'impérialisme américain contre le Vietnam constitue la première attaque ouverte de l'impérialisme contre le territoire d'un Etat ouvrier depuis la fin de la guerre de Corée, c'est-à-dire depuis plus de dix ans. Elle constitue une étape dans « l'escalade » de la lutte contre-révolutionnaire que l'impérialisme américain mène de manière délibérée, à l'échelle mondiale, contre toute nouvelle avance de la révolution. Elle constitue un changement important de la situation internationale, l'impérialisme faisant dans la République démocratique du Vietnam ce qu'il n'a pas osé faire à Cuba en 1960-1962.

Elle démontre la nature complètement illusoire des conceptions khrouchtchéviennes de « coexistence pacifique » et de « collaboration pacifique » avec l'impérialisme américain, conceptions qui avaient atteint leur point culminant lors de la signature du traité de Moscou sur l'arrêt des expériences nucléaires dans l'espace. Elle démonque, contrairement ce qu'affirmaient les apologistes l'impérialisme n'est pas prêt et ne sera jamais prêt à s'abstenir devant la révolution en marche dans le monde, que le « refus d'exporter la contre-révolution » sous-jacent à la • coexistence pacifique », d'après ces apologistes, est un leurre. Malgré l'existence des armes nucléaires et des menaces qu'elle font peser sur le genre humain, le sort du monde dans lequel nous vivons est et restera tranché par la force dans la lutte de classe internationale entre les maitres réactionnaires du capitalisme moribond et la poussée des masses humaines vers une planification économique scientifique et la société sans classe de demain. Tous ceux qui tendent à voiler ce fait, à mettre en sourdine ou à combattre la prise de conscience à son sujet, et à méséduquer les masses dans ce domaine, ne font en définitive que désarmer les prolétaires, au plus grand profit de l'impérialisme et de la bourgeoisie armés jusqu'aux dents.

Comment expliquer le fait que l'impérialisme ait décidé de passer en 1965 à une nouvelle étape de son « escalade » dans l'action contre-révolutionnaire globale ? Plusieurs facteurs y ont sans doute contribué : l'essoufflement progressif de l'expansion dans les pays impérialistes, l'importance économique et stratégique du sud-est asiatique qui risquait d'être pris à rebours et perdu dans son ensemble par une victoire imminente de la révolution sud-vietnamienne. Mais le facteur le plus important qui l'a décidé à agir fut sans aucun doute l'absence de cohésion entre les gouvernements des Etats ouvriers, et la faiblesse, les hésitations et la paralysie de la direction de la bureaucratie soviétique.

La suite des événements a prouvé que, du point de vue des intérêts de l'impérialisme et de la contre-révolution, les chefs de l'impérialisme américain ne se sont pas trompés.

Les excuses avancées dans les partis communistes par les dirigeants soviétiques par leurs avocats, pour justifier l'absence d'une aide suffisante à la République démocratique du Vietnam et au FNL du Sud-Vietnam, méritent à peine d'être réfutées. Il est vrai qu'elles sont un peu plus plausibles dans le cas de la Chine, qui d'une part ne dispose pas du matériel le plus moderne dont a besoin la République démocratique du Vietnam, et, d'autre part, se trouve directement menacée par un bombardement nucléaire, une des étapes suivantes de « l'escalade » américaine si celle-ci ne se heurte à une résistance efficace. Le même argument ne tient pas pour l'URSS, une attaque nucléaire contre l'URSS, capable de riposter sur le plan nucléaire avec des moyens terrifiants contre les USA, étant très improbable dans le contexte international actuel. Mais même les dirigeants chinois auraient pu fournir dès le début une aide matérielle beaucoup plus ample qu'ils ne l'ont fait.

D'autre part, il est faux de dire - comme le font les Chinois — que la tion au Vietnam est « excellente », et que l'impérialisme américain s'y est « enfoncé dans un bourbier ». Le peuple vietnamien a subi des sacrifices énormes, victoire de la révolution, qui paraissait imminente en janvier 1965, est remise à plus tard. Il est faux de dire que « l'isolement » de l'impérialisme dans le monde croit de plus en plus par suite de la condamnation « morale » que son agression provoque de toute part. S'il réussit à saigner à blanc le Nord-Vietnam et à arrêter, ne que temporairement, les progrès de la révolution dans le sud, sa force et sa résolution seront accrues ses alliés impérialistes accepteront plus que jamais sa direction de fait. Il est faux de croire ou de laisser croire, comme le font les khrouchtcheviens et les pacifistes, que des négociations dans les coulisses, des manœuvres diplomatiques ou des pressions de toutes sortes pourront amener l'impérialisme à recu-

: les gangsters impérialistes ne respectent que la force. L'idée de recourir diplomatie secrète pour forcer l'impérialisme à reculer est illusoire. Elle apporte de Teau au moulin de ceux qui voudraient donner à Washington un incapable d'arracher sur le terrain, privant ainsi les masses vietnamiennes des fruits d'une victoire pour laquelle elles ont lutté pendant vingt ans, en payant avec d'innombrables sacrifices un lourd tribut de sang et de privations.

Il est faux d'affirmer comme le font les apologistes du Kremlin qu'une réaction soviétique plus vigoureuse accroitrait aujourd'hui les risques d'une conflagration nucléaire. Jusqu'à quel point la Maison Blanche et le Pentagone pousseront-ils l'agres- sion ? Il faut répondre : jusqu'au point où une résistance solide se sera manifestée ou deviendra imminente. Ainsi, devant une réponse faible à la fois de la part de Moscou et de Pékin, Johnson a continuellement étendu les opérations de sondage des forces militaires américaines. Il en résulte que l'enjeu a constamment augmenté. La menace à l'égard de la Chine et, en dernière analyse, à l'égard de l'Union soviétique s'est constamment aggravée, posant de manière de plus en plus nette le problème de la défense militaire de ces deux Etats ouvriers. De son côté, le Pentagone est de plus em plus tenté de passer à l'emploi d'armes nucléaires et même d'attaquer la Chine, au fur et à mesure que les forces américaines sont de plus en plus profondément impliquées. Ainsi la logique la guerre que Johnson a déclenchée au augmente le risque d'un conflit nucléaire, précisément parce que Moscou et Pékin ont tous deux réagi si faiblement et n'ont pas présenté une riposte de dissuasion efficace.

contraire, une réaction vigoureuse dès le début de l'agression américaine aurait fort probablement obligé l'impérialisme à rééexaminer la situation, à s'abstenir des formes les plus extrêmes d'agression, à hésiter avant de s'engager profondément sur le continent asiatique et peut-être même à reculer. Etant donné ces considérations, et à la lumière de l'expérience pratique de La Havane en défendant la révolution cubaine contre l'agression de l'impérialisme américain, Fidel Castro a demandé dans plusieurs discours une réaction rapide et énergique pour la défense du Vietnam comme moyen le plus efficace d'arrêter à temps « l'escalade ».

Contre l'agression impérialiste au Vietnam, et cherchant à surmonter la passivité et la désorganisation des forces anti-capitalistes face à cette agression, la IVe Internationale réitère avec force une des thèses fondamentales qu'elle défend depuis des années. Seule l'extension internationale de la révolution peut affaiblir l'impérialisme ; seul le renversement de l'impérialisme américain par les travailleurs des Etats-Unis — encouragés et stimulés par les progrès de la révolution dans le monde, ainsi que par les contradictions de la société américaine elle-même - peut définitivement supprimer le danger d'une guerre nucléaire mondiale.

Rien dans l'évolution récente de la situation internationale ne diminue le bienfondé de cette stratégie ; tout ce qui se rapporte à l'agression impérialiste contre la révolution vietnamienne la confirme de la manière la plus nette. C'est dans le cadre de cette stratégie que la IVe Internationale élabore ses propositions précises, à la fois pour défendre les révolutions menacées, alerter le prolétariat international sur les dangers qui pèsent sur lui et sur les peuples coloniaux du fait de « l'escalade » de l'impérialisme, et faire face avec le maximum d'efficacité à ces dangers.

— HI — CRISE DE DIRECTION DANS LA REVOLUTION COLONIALE Depuis 1963, la révolution coloniale tout en ayant progressé et en s'étant étendue vers une série de pays (notamment en Arabie du sud, en Syrie, en République Dominicaine, en Colombie, au Guatemala, dans plusieurs pays de l'Afrique noire), a subi incontestablement une série de défaites graves (Brésil, Congo, Indonésie) ou même, si elles sont moins graves d'un point de vue historique d'ensemble, suffisamment importantes pour modifier l'atmosphère et les rapports de force fondamentaux sur le plan politique (Ceylan, Algérie, Chili). Toutes ces défaites ont ceci de commun qu'elles ont été en large partie causées par l'absence de directions capables d'assurer la transcroissance de la révolution coloniale vers sa phase socialiste.

Au Brésil, après avoir compromis ses chances et usé les forces qu'il possédait par une orientation de bloc avec la « bourgeoisie nationale », le Parti communiste a misé totalement sur Goulart et les forces autour de celui-ci, s'abstenant de toute préparation systématique d'une riposte révolutionnaire des masses alors que l'armée préparait ouvertement un putsch. Il a ainsi étouffé les possibilités excellentes non seulement d'élever le mouvement révolutionnaire des masses à un niveau plus élevé, mais même de diviser profondément l'armée, la « révolte des sergents » ayant montré que la base de celle-ci était disponible pour un véritable mouvement révolutionnaire.

En Indonésie, le Parti communiste misait de même exclusivement sur le rôle bonapartiste de Sukarno, évitait d'éduquer et de préparer systématiquement les masses vers la prise du pouvoir, dans une situation pourtant éminemment favorable.

Ainsi il encourageait objectivement la caste des officiers réactionnaires en n'organisant pas une mobilisation générale des masses au moment où les généraux réactionnaires déclenchaient leur coup de force.

A Ceylan, les syndicats groupant un million de membres avaient exprimé un accord enthousiaste pour un programme de « 21 revendications ». Il aurait fallu lancer une campagne sous le slogan : au pouvoir le front unique des organisations ouvrières (y compris les syndicats, pour associer les ouvriers tamils des plantations) pour appliquer ce programme. Cette campagne aurait dû viser une mobilisation extraparlementaire des masses. Au lieu de cela, la direction réformiste du LSSP s'engagea dans une opération de coalition gouvernementale avec le parti de la bourgeoisie nationale. Cette capitulation ne pouvait que diviser, démobiliser et désorienter les masses, aboutissant au retour au pouvoir du parti pro-impérialiste UNP de la bourgeoisie compradore. Le parti communiste pro-Moscou qui avait défendu la même ligne depuis des années partage évidemment, lui aussi, la responsabilité de cette trahison.

Au Chili, la direction du Parti et celle du parti socialiste se lancèrent dans la campagne des élections présidentielles en répandant l'illusion qu'on pouvait arriver au socialisme par des voies électorales et parlementaires, - tout en s'abstenant d'appuyer leur campagne électorale par une mobilisation systématique des masses. contribuèrent ainsi à préparer la victoire du démocrate-chrétien « réformiste » Frey et sapèrent les positions occupées par le mouvement ouvrier depuis de longues années, au profit des forces démocrates-chrétiennes.

En Algérie, le groupe autour de Ben Bella, avec l'approbation des anciens dirigeants de l'ex-PCA, crut pouvoir trancher les questions fondamentales de la révolution par des manœuvres de sommet, évita toute organisation large, basée sur les masses, de l'aile gauche du FLN (sans parler d'une organisation du pouvoir fondée sur des comités démocratiquement élus), tomba ainsi de plus en plus prisonnier des bureaucrates parmi lesquels l'influence bourgeoise et néocolonialiste est encore grande, retarda la réalisation de la deuxième phase de la réforme agraire, démobilisa de ce fait la majorité de la paysannerie pauvre à laquelle la révolution n'avait encore rien apporté, et rendit ainsi inévitable son propre renversement par Boumedienne, s'appuyant sur une armée dont les sommets se sont transformés en éléments privilégiés, largement coupés des masses.

Au Congo, le problème se pose de manière différente, la crise de direction de la révolution s'expliquant foncièrement par l'état arriéré du pays, le dessein impérialiste d'empêcher toute formation d'une intelligentsia et d'un parti nationaliste pour tout le pays à l'époque coloniale, le niveau idéologique primitif des premiers dirigeants révolutionnaires qui succédèrent à Lumumba, l'absence d'un noyau marxiste sérieux et des rivalités de personnes qui prennent le dessus dans ces conditions. Mais, même au Congo, cette crise s'est traduite par des erreurs opportunistes graves comme la dissolution du gouvernement Gizenga à Stanleyville, qui contrôlait une partie importante du pays, et sa fusion avec le gouvernement de Léopoldville. Ceci a abouti rapidement à la liquidation des forces armées et des organisations gizengistes.

En dépit des particularités de chaque cas concret dans des parties du monde fort éloignées les unes des autres, ces erreurs opportunistes se ramènent au fond à l'incompréhension par les révolutionnaires de la dialectique du front unique antiimpérialiste et de la portée réelle des contradictions sociales entre la bourgeoisie nationale ou « bureaucratique » d'une part et le prolétariat et la paysannerie pauvre d'autre part.

L'expérience a montré que la révolution coloniale ne peut résoudre les problèmes vitaux des masses que si elle aboutit à la création d'un Etat ouvrier qui nationalise la propriété impérialiste et capitaliste — y compris celle de la « bourgeoisie nationale » — qui libère l'économie du pays de l'emprise du marché mondial capitaliste, et qui résout de manière radicale la question agraire. Ces tâches ne peuvent être résolues que par des directions marxistes révolutionnaires capables de mobiliser la masse de la population laborieuse à chaque phase de la révolution pour la faire signifie pas que les marxistes révolutionnaires doivent délibérément tourner le dos ou refuser tout appui aux mesures progressives que la révolution est capable de réaliser, même lorsqu'elle reste encore sous la direction de forces de la bourgeoisie nationale, ou quand elle est dirigée par des forces nationalistes petites bourgeoises. Mais le front unique anti-imperialiste de lait, qui surgit inevitablement en faveur de telles mesures - et surtout en réponse aux efforts de l'impérialisme et de ses agents pour refouler la révolution, même à cette étape — n'est à la longue potame à parait magne si lent marstates en leur atre et os forces panant et politique en son sein ; que si les masses constituent des organismes leur permettant de contrôler le mouvement et de refouler la contre-révolution, et de prendre ensuite le pouvoir (comités de type soviétique) ; que si la vigilance et la combativité des masses sont constamment tenues en éveil ; que si ces masses sont éduquées dans un esprit de large méfiance à l'égard de la bourgeoisie et de compréhension des insuffisances de la petite bourgeoisie nationaliste, dans un esprit de compréhension des tâches finales que la révolution doit accomplir pour triompher.

Ces conditions ont fait défaut, en tout ou en partie, dans toutes les révolutions depuis 1954 à l'exception de la révolution cubaine, où la direction fidéliste a en large partie appliqué les enseignements mentionnés ci-dessus, ainsi que la ligne générale de la révolution permanente. C'est ce qu'elles ont ou bien subi de graves défaites, ou bien stagné au palier néo-colonialiste, ou bien, dans meilleur des cas, progressé sous des directions nationalistes petites bourgeoises jusqu'au seuil de la révolution socialiste, sans pouvoir franchir celui-ci.

La IVe Internationale préconise cette ligne au sein de la révolution coloniale et elle estime que l'emploi de la lutte armée dans une ou plusieurs variantes est inévitable à la phase décisive de la révolution. Ces variantes sont : la lutte des guérillas, la lutte armée de milices ouvrières et paysannes, s'appuyant sur des organisations de masses, la lutte des masses armées des villes. Combinée avec une grève générale, cette dernière forme de lutte vient de redémontrer sa force potentielle à SaintDomingue, où elle a même obligé l'impérialisme américain à opérer un repli tactique et à retarder la réalisation d'une nouvelle dictature militaire qu'il cherchait à imposer au peuple.

La révolution coloniale se développe actuellement mondialement dans cing grands secteurs, au sein desquels progrès et reculs temporaires dans un pays influencent profondément la situation dans les pays voisins. Dans chacun de ces secteurs, les défaites mentionnées ci-dessus n'ont pu provoquer ni une ni une grave perte tivité des masses ni un arrêt prolongé de la révolution, l'impérialisme n'ayant nulle part réussi à stabiliser la situation.

En Amérique latine, la défaite subie au Brésil a eu incontestablement des répercussions profondes à l'échelle continentale. Elle a été suivie six mois plus tard par la victoire électorale de Frey au Chili. Au Venezuela, bien que quatre fronts de gué rillas aient été consolidés avec un soutien paysan sur les terrains d'opération, le FALN n'a pas réussi à passer à un stade supérieur de la lutte. En Argentine, militaires continuent à dominer la situation malgré les succès péronistes, la bureaucratie syndicale évitant une épreuve de force décisive avec le pouvoir. Au Pérou, le régime de Belaunde a déclenché une répression sévère contre tout le mouvement ouvrier et paysan, et les nouveaux noyaux de guérillas n'ont pas réussi à élargir considérablement leur influence ou leurs rayons d'action.

Par contre, la montée révolutionnaire à Saint-Domingue a profondément ébranlé les positions de l'impérialisme et des classes dominantes. Le mouvement de Yon Sosa au Guatémala, le mouvement de guérilla en Colombie et celui de l'Equateur ont progressivement accru leurs forces. Le mouvement ouvrier en Uruguay a riposté sur un plan très ample à l'offensive gouvernementale. En Bolivie, les assauts répétés de la dictature militaire de Barrientos n'ont pas réussi à briser "l'héroique résistance des mineurs, qui ont conservé leur cohésion et leurs armes malgré la perte de certaines conquêtes de la révolution.

La victoire de la révolution cubaine avait entraîné dans l'avant-garde révolutionnaire en Amérique latine un mouvement qui misait essentiellement sur la constitution de petits noyaux de guérillas, isolés des masses et se substituant à la construction d'une nouvelle direction révolutionnaire. L'avant-garde a payé chèrement ces expériences aventuristes qui se sont manifestées jusqu'au sein du mouvement fidé liste lui-même par le sacrifice inutile des éléments les plus dévoués et les plus dynamiques. Mais, petit à petit, une conception plus múre de la lutte armée se substitue à cette tendance putschiste, conception qui intègre à la fois la lutte de guérillas, la

Dans le monde arabe, le recul de la révolution algérienne par suite du coup d'Etat victorieux du colonel Boumedienne, a coincidé avec un arrêt des progres révolutionnaires dans tout ce secteur. Le coup d'arrêt que le compromis égyptoséoudite impose à la révolution yéménite, le recul des forces de gauche en Syrie, la victoire des forces de droite au Soudan après le renversement de la dictature militaire, le déclenchement d'une nouvelle vague de répression anti-communiste en Irak, la reprise de la guerre contre les Kurdes dans ce même pays, le fait que les forces reace stagiats des Fe Musulmans relèvent la tete en Egypte, sont des Signes de , sont des signes de

Par contre, aux deux extrémités de ce secteur, en Arabie du sud et à Aden d'une part, au Maroc d'autre part, la radicalisation des masses se poursuit vigoureusement. Au Maroc, la « semaine sanglante » de février 1965 a agi comme un coup de fouet sur toutes les forces populaires, ramenant l'UMT dans le camp de l'opposition, lui faisant adopter ainsi qu'à la gauche de l'UNFP des positions favorables à l'autogestion ouvrière, empêchant le roi de consolider la situation après avoir suspendu le Parlement, accentuant le gauchissement de l'Union Nationale des Etudiants du

Aden et dans le sud de l'Arabie, les masses résistent vaillamment à la tentative de l'impérialisme britannique, conduit par le cabinet Wilson, de briser par la force leur montée révolutionnaire, et ont réussi à opérer une intégration étroite entre la lutte des guérillas du FNL et la lutte des masses ouvrières d'Aden.

Dans l'Afrique noire, la victoire temporaire remportée par l'intervention impérialiste et les forces néo-colonialistes au Congo, a pesé lourdement sur tout le secteur. Les forces néo-colonialistes ont repris confiance et audace, divisé l'OUA (Orgaplus en plus contre-révolutionnaires — non seulement au sein de l'OCAM (Organisation de Coopération Africaine et Malgache), bastion du néo-colonialisme, mais encore en Afrique orientale avec le gouvernement du Malawi — et placé ainsi les masses africaines sur la défensive au moment où s'engage l'épreuve de force autour de la Rhodésie, ce qui facilite les manœuvres de Wilson pour trouver un compromis favorable aux racistes blancs. Ce nouveau test a, une fois de plus, confirmé les divisions au sein de l'OUA, les menaces à l'égard de l'impérialisme britannique n'étant suivies d'actes que de la part d'une minorité de gouvernements. Les révolutionnaires africains et leurs amis dans les pays impérialistes devraient toutefois se méfier d'une intervention militaire britannique, qui n'aurait pour but que d'empêcher une action militaire africaine, et devraient réclamer des armes pour les Africains plutôt que de réclamer une action militaire impérialiste contre Smith.

Par contre, en Afrique du sud mûrit progressivement une crise révolutionnaire de grande dimension. La tactique dilatoire de l'opposition blanche pro-impérialiste et les sabotages inopérants organisés par l'ANC et le parti communiste ont échoué.

ainsi préparé pour la lutte révolutionnaire des masses dans laquelle la guérilla jouera un rôle-clef. La révolution sud-africaine relancera la révolution dans l'ensemble de l'Afrique noire. Le mouvement ouvrier s'éveille et prend de l'ampleur en Nigéria : la différenciation et la radicalisation se poursuivent dans des pays comme la Tanzanie et le Kenya ; l'impérialisme et ses agents s'avèrent incapables de stabiliser la situation au Congo qui connaîtra bientôt une nouvelle vague de luttes de masse, non seulement dans les zones de plantation les plus pauvres du pays, terrain classique des guérillas, mais aussi dans les zones urbaines et plus industrialisées.

En Orient, la paralysie du mouvement de masse en Inde et son niveau encore très bas au Pakistan ont permis aux bourgeoisies de ces deux pays de déclencher la guerre indo-pakistanaise, qui a renforcé considérablement le poids et les positions impérialistes dans ce secteur. L'acceptation de la position de défense nationale par toutes les tendances du mouvement ouvrier indien à l'exception des trotskystes ; la création d'une vague chauvine par la bourgeoisie, qui a ainsi réussi à étouffer la première vague d'agitation paysanne et d'émeutes de la faim, extrêmement dangereu ses de son point de vue ; le glissement politique vers la droite et la menace d'une ictature militaire ont placé le mouvement révolutionnaire dans la position la plu elavorable depuis la conquete de l'indépendance politiqu

A Ceylan, le mouvement de masse est politiquement sur la défensive, pour la première fois depuis des années, par suite de la victoire de l'UNP.

Par contre en Iran se réveille et se regroupe progressivement une opposition de tendance socialiste, anti-impérialiste et anti-capitaliste, au développement de laquelle le déclin du Front National de Mossadegh, la compromission du Parti Tudeh par le flirt entre le Shah et la bureaucratie soviétique, et une certaine démagogie réformiste du Palais avaient imposé un temps d'arrêt.

Au Pakistan, la conscience de classe prolétarienne s'éveille lentement et s'exprime déjà dans des grèves importantes. En Inde, la montée actuelle de la réaction crée des conditions objectives intolérables pour les masses, qui provoqueront de nouveaux conflits sinon des explosions, dans la mesure même où la course ments, l'inflation accentuée et la pénurie des vivres aggravent encore une situation de privations et de misère déjà insupportable.

Dans l'Asie du sud-est, les deux pôles révolutionnaires étaient le Sud-Vietnam et l'Indonésie. Dans le Sud-Vietnam, la lutte révolutionnaire des masses héroïques poursuit et s'amplifie. Mais l'intervention de l'impérialisme certain renforcement du pouvoir du général fasciste Ky, alors qu'à la veille de cette américain a permis un se intervention, le pouvoir réactionnaire était manifestement en train de se désagréger. Du même fait, la lutte des masses dans les villes, qui était en pleine montée tout au long de l'année 1964, a connu un temps d'arrêt, cependant que la perspective d'une victoire rapide des guérillas a reculé. En Indonésie, la politique opportuniste et vacillante de la direction du parti communiste a entraîné une grave défaite le mouvement de masse.

Par contre les réactions contre l'agression impérialiste au Vietnam ont stimulé la Iutte des masses dans plusieurs pays de cette partie du monde, notamment au Thailande où un mouvement de guérilla se développe, et aux Philippines où l'on assiste à un réveil du mouvement des masses. Les réactions à la création de la Grande-Malaisie par l'impérialisme britannique ont stimulé la lutte des masses à Singapore et provoqué une lutte des guérillas dans le Nord-Kalimantan. En Indonésie même, il est plus probable que les forces les plus décidées et les plus aguerries du PKI riposteront vigoureusement, avec au moins un secteur du mouvement de masse, contre la contre-révolution momentanément triomphante. La victoire de Nasution pourra fort bien, à terme, s'avérer être une victoire à la Pyrrhus.

- IV -

LA CRISE DE LA BUREAUCRATIE SOVIETIQUE S'APPROFONDIT

Ainsi que la IV° Internationale l'avait prévu au moment où s'est produite chute de Khrouchtchev, celle-ci n'a pas inauguré une modification profonde de la politique intérieure ou extérieure de la bureaucratie soviétique. Quelles que puissent être les divergences internes de cette bureaucratie, les grandes lignes de la politique khrouchtchévienne ont été maintenues. Ceci porte notamment sur les concessions au désir des masses d'accroître leur consommation et de conserver le niveau relatif de sécurité individuelle obtenue par l'abolition des pires formes de la terreur policière stalinienne ; l'étouffement y compris par la répression de toute tentative d'organisation d'une opposition politique tant soit peu articulée ¡ la recherche d'une « coexistence pacifique » avec l'impérialisme américain, dans le cadre d'un accord de partage de zones d'influence ; la tentative de maintenir un certain contrôle sur son propre camp et sur les partis communistes, fût-ce au prix de nombreuses concessions au « polycentrisme ». Cette politique khrouchtchevienne exprime les intérêts fondamentaux de la bureaucratie, compte tenu des rapports de forces actuels avec les masses soviétiques, avec l'impérialisme et avec la révolution internationale. Les divergences portent non sur cette stratégie mais seulement sur les moyens tactiques de l'appliquer.

La chute de Khrouchtchev a été le résultat d'une série d'échecs de sa politique, qui mettaient précisément en danger les objectifs fondamentaux mentionnés ci-dessus de la bureaucratie soviétique : échec de la politique agricole ; stagnation sinon recul du niveau de vie des masses depuis plusieurs années (le blocage des salaires réels et le renchérissement de plusieurs denrées alimentaires risquaient de provoquer une réaction violente chez les ouvriers) ; retards dans la réalisation du plan de logements ; apparition de nouvelles tendances centrifuges au sein du camp des Etats ouvriers (Roumanie) ; absence totale de réaction devant la première agression de l'impérialisme américain dans le golfe du Tonkin, en août 1964.

Les successeurs de Khrouchtchev ont essayé d'apporter des remèdes plus efficaces à ces différents foyers de crise. Dans le domaine agricole, ils ont accentué un nouveau « cours vers le paysan », en encourageant notamment les lopins et l'élevage privés, en accordant d'importants moyens d'investissements aux kolkhozes, et en annulant les lourdes dettes accumulées par les kolkhozes pauvres. Dans le domaine du niveau de vie des masses, ils ont supprimé le blocage des salaires, accéléré la construction de logements, et cherché à stimuler la quantité et la de consommation. Pour libérer les ressources nécessaires à la réalisation de ces objecqualité des biens tifs, ils ont réorganisé le système de direction des entreprises et de planification, ce qui doit surtout permettre d'atteindre un taux de croissance plus élevé, grâce réduction de la période de mise en service des grands projets d'investissements. à la.

Dans le camp des Etats ouvriers, ils ont mis en sourdine les projets d'intégration progressive de plusieurs branches industrielles, afin de sauver un minimum de cohésion avec la Roumanie, prête à rompre avec le COMECON si elle était obligée de medifier ses plans de développement qui mettent l'accent sur l'industrialisation du pays. Ils ont également essayé de mettre en sourdine les polémiques publiques avec le Parti communiste de Chine - avec des résultats très réduits — et de trouver une base idéologique commune, fût-elle très limitée et fort vague, pouvant réunir l'adhéon de la quasi-totalité des partis communistes. Mais cet effort a jusqu'ici échou émoigne léchec de lait de la conférence des partis communistes c C'est dire que les divergences tactiques entre les différents groupes d'intérêts et tendances de la bureaucratie soviétique, un moment passés à l'arrière-plan quand ils se sont tous mis d'accord pour éliminer Khrouchtchev, resurgissent aujourd'hui et conduiront inévitablement à de nouvelles crises dans la direction de la bureau-

On peut souligner l'apparition au sein des organismes de direction du PCUS d'un groupe d'anciens dirigeants du Komsomol qui semblent incarner surtout les intérêts de l'appareil du parti proprement dit, plus particulièrement de son appareil d'agitprop aujourd'hui hypertrophié.

Face à lui se regroupent de plus en plus les technocrates, représentants de la bureaucratie dite « économique », avant tout préoccupée d'efficacité économique, et revendiquant depuis près d'une décennie des droits accrus pour les directeurs. Cette aile de la bureaucratie qui a pour la première fois accédé aux fonctions suprêmes avec la nomination de Kossyguine au poste de chef de gouvernement, peut apparaître comme plus « libérale » dans le domaine de l'idéologie dans la mesure elle est effectivement en faveur d'un desserrement du contrôle de l'appareil du parti sur l'économie et la société. Mais ce « libéralisme » exprime avant tout un pragmatisme vulgaire et l'indifférence à l'égard du marxisme. Confrontée avec un mouvement revendicatif des masses, cette aile de la bureaucratie peut s'avérer beaucoup plus brutale et moins prête à faire des concessions que l'aile de la bureaucratie du parti, ses intérêts matériels immédiats se heurtant de manière beaucoup plus directe à ceux des ouvriers.

Les documents adoptés au Congrès de Réunification de la IVe Internationale avaient insisté sur l'existence d'un climat « réformiste » au sein du prolétariat soviétique, qui attendait l'amélioration de son sort plus de réformes successives arrachées à la bureaucratie que d'un vaste mouvement révolutionnaire tendant à restaurer la démocratie soviétique et l'exercice du pouvoir par le prolétariat lui-même. Ce climat s'explique moins par des illusions que le prolétariat a pu avoir dans l'équipe khrouchtchévienne — ces illusions existaient beaucoup plus en Occident et au sein de lappareil des divers partis communistes étrangers, qu'au sein de la classe ouvrière soviétique — que par les effets désastreux de l'ère stalinienne.

Il est clair maintenant que l'atomisation, la dépolitisation et la démoralisation imposées aux masses soviétiques par vingt-cinq années de dictature stalinienne, ont eu des effets plus durables que ne l'avaient prévu les opposants révolutionnaires du stalinisme. La destruction physique totale des vieux cadres communistes et des jeunes cadres de l'opposition ; l'arrêt quasi-total de recherches et de pensée marxistes autonomes ; la dégradation du marxisme au niveau d'une religion d'Etat, identifiée avec la couche dominante privilégiée et universellement haïe par les masses : tout cela a créé un vide, une discontinuité de la conscience pour ne pas parler révolutionnaire, que les masses n'arrivent à combler qu'à un rythme fort lent.

Ceci explique pourquoi la « déstalinisation » n'a pas eu pour résultat jusqu'à maintenant une vague d'action révolutionnaire en Union soviétique. Les masses souffrent encore de la dépolitisation, du scepticisme et du cynisme a l'égard de la théorie socialiste, climat dont elles ne se libèrent que graduellement. Leurs actions directes, qui commencent petit à petit à augmenter en nombre et en ampleur (l'apparition de piquets de grève durant les conflits qui ont précédé la chute de Khrouchtchev en sont un indice éloquent), sont encore axées autour de revendications et de préoccupations immédiates, et ne se sont pas encore hissées au niveau d'une critique d'ensemble de la gestion bureaucratique de l'Etat et de l'économie, au niveau de la formulation d'un programme de la révolution politique en URSS.

Seuls des noyaux assez restreints de jeunes, surtout de jeunes intellectuels, dépassent pour le moment ces limites et s'élèvent au niveau d'une critique d'ensemble dans le sens socialiste-révolutionnaire, de la domination de la bureaucratie en URSS. Ce sont les seuls milieux qui conçoivent à présent la perspective d'un dépassement de cette domination par un retour à la démocratie soviétique, qui implique une défense et une consolidation des bases économiques de l'URSS contre leurs ennemis capitaétrangers et contre-révolutionnaires intérieurs. Mais la bureaucratie essaie d'isoler ces milieux de la classe ouvrière, au sein de laquelle l'hostilité à l'égard de l'intelligentsia dans son ensemble, qu'elle identifie avec la bureaucratie, reste fort

Cependant, oate les out se des da eres années, les divarin resse des t de- Cependant, toute l'évolution des dernières années, les divisions successives et de plus en plus apparentes au sions en une amélioration continue du sort des masses, l'amplification des luttes directes, sont autant d'écoles d'une renaissance et d'une politisation progressives du mouvement des masses, au sein desquelles le prolétariat qui en nombre atteint aujourd'hui la force de celui des Etats-Unis, regagnera lentement confiance en lui-même et acquerra une conscience nette des objectifs de la révolution politique qu'il est appelé à réaliser historiquement. La création d'une nouvelle section soviétique de la IVe Internationale, la renaissance de l'organisation bolchévik-léniniste en URSS, jouera un rôle important dans cette reprise de conscience révolutionnaire du prolétariat soviétique.

trale n fion analave se rat des ans et au le rest a pas en dre supe Une évolution analogue se fait jour dans les autres Etats ouvriers d'Europe orientale. En Pologne, monté la démoralisation provoquée par la liquidation progressive des acquits mouvement d'octobre 1956 ; mais des noyaux radicalisés de la jeunesse estudiantine ont politiquement progressé, alors qu'une grande partie des militants de l'octobre polonais sont retombés dans la passivité ou ont sombré dans le scepticisme. En Tchécoslovaquie et dans une certaine mesure en RDA, la « libéralisation » tardive n'a pas modifié jusqu'ici la passivité et l'indifférence politiques des couches les plus larges du prolétariat et de l'intelligentsia. Mais elle a provoqué dans milieux d'avant-garde de la jeunesse l'apparition d'un esprit plus critique, d'une remise question générale de tous les dogmes hérités de l'ère stalinienne, d'un désir de trouver à tous les niveaux des solutions de rechange aux schémas et « solutions » appliqués par la bureaucratie. Ces phénomènes ont facilité à la longue la réapparition d'une pensée marxiste autonome et d'un mouvement marxiste-révolutionnaire.

En Yougoslavie, la gestion bureaucratique a révélé de manière très nette limites et les contradictions d'une autogestion ouvrière enfermée dans le seul domaine des entreprises, en l'absence d'une véritable démocratie socialiste sur le plan politique. Les ouvriers viennent de sentir les effets de ces limites dans leur niveau de vie. Cette expérience en partie décevante a stimulé, là aussi, le scepticisme et le cyhisme à l'égard du socialisme, surtout dans la jeunesse, dont les chefs de la bureaucratie eux-mêmes se sont plaints. Mais, en même temps, elle a clarifié pour les milieux les plus conscients le contenu réel de la démocratie socialiste pour laquelle il faut combattre, créé des conditions de départ plus favorables pour le déclenchement de cette lutte.

Durant toute cette période, à la veille et au lendemain de la chute de Khrouchtchev, la direction centrale de la bureaucratie soviétique sur le camp des Etats ouvriers s'est de plus en plus affaiblie. En résultat du conflit sino-soviétique, elle a perdu le contrôle sur l'Albanie, la Corée du Nord et le Vietnam, et même en Mongolie extérieure son autorité est remise en question. La Roumanie a glissé vers une position de plus en plus analogue à celle de la Yougoslavie dans ses rapports avec le Kremlin. Lors de la chute de Khrouchtchev, les dirigeants hongrois et polonais se sont permis d'exprimer publiquement des doutes aussi bien quant à la nécessité de ce changement de gouvernement que quant aux formes dans lesquelles il s'est effectué. Le groupe Ulbricht en RDA, qui continue à craindre un tournant du Kremlin à l'égard de Bonn, a également pris certaines distances. En Tchécoslovaquie, la vague tardive de « déstalinisation » a multiplié les examens critiques d'un ›assé récent d'alignement systématique sur les positions et les modèles du Kremlin en tin de compte c'est la Bulgarie qui apparait comme le dernier « allié fidèle » de l bureaucratie soviétique.

La multiplication des tendances centrifuges a pris la forme d'un cours de plus en plus nationaliste de la bureaucratie de chacun de ces pays. Si la volonté de se soustraire à un alignement systématique sur le Kremlin, souvent accompagné d'une exploitation ou d'une oppression des masses du pays en question au profit de la bureaucratie soviétique, a sans aucun doute certains aspects progressifs et est en général salué avec satisfaction par ces masses, elle dégénère presque toujours en nationalisme petit bourgeois, baisse d'intérêt pour la cause de l'émancipation mondiale des opprimés, tentative forcenée de développer l'économie sur une base semiautarcique, aussi longtemps que ce mouvement d'indépendance reste fermement diri-

21. gé par la bureaucratie « nationale ». L'ensemble de ce processus aboutit à la création d'obstacles supplémentaires à une intégration internationale progressive des ressources économiques des Etats ouvriers, les masses craignant d'être exploitées par le Kremlin. Pourtant une intégration faite d'une manière rationnelle et scientifique stimulerait fortement la croissance économique dans les Etats ouvriers et l'élévation du niveau de vie. La bureaucratie du Kremlin, par sa politique actuelle, et les autres directions, par leur éducation stalinienne, sont les grands responsables cette détérioration. Seules une nouvelle politisation des masses, et la victoire de la révolution politique dans un ou plusieurs des Etats ouvriers, ou de la révolution prolétarienne dans un pays impérialiste, donnant des exemples pratiques de retour à l'internationalisme léniniste, pourront renverser durablement la vapeur.

- V -LA CRISE DU MOUVEMENT COMMUNISTE INTERNATIONAL L'aggravation du conflit sino-soviétique, surtout après la publication de la « lettre ouverte » du Comité Central du PCUS pendant l'été 1963 suivie de la longue série d'articles du PCC en réponse à cette « lettre ouverte », a profondément accentué la différenciation du mouvement communiste international. La pré-conférence de Moscou du ler mars 1965 n'a pas réussi à dissimuler celle-ci (voir le document spécial du Congrès sur ce sujet).

La rupture du monolithisme n'a pas conduit seulement à la formation d'une tendance pro-Moscou et d'une tendance pro-Pékin. Non seulement il existe un courant castriste indépendant de ces tendances, mais aussi bien la tendance pro-Moscou que la tendance pro-Pékin sont hétérogènes.

Le groupe des formations pro-Pékin s'étend depuis des partis de masse (plus particulièrement en Asie) jusqu'à des organisations aux effectifs peu nombreux et à l'influence réduite. Politiquement il s'étend depuis des formations ultra-staliniennes (comme le PC albanais) jusqu'à des partis assez indépendants du PCC (comme le Parti du Travail vietnamien et le PC de gauche indien).

En dépit de leur approbation des thèmes généraux mis en avant par le PCC dans ses polémiques contre Moscou, les formations pro-Pékin manifestent des orientations dans lesquelles se traduit la nature de rapports qu'ils ont effectivement avec les masses dans leur pays. Dans les petites formations (dont le groupe grippiste en Belgique est particulièrement typique) on observe un sectarisme qui prend des formes caricaturales et entraîne des divisions et une auto-destruction de ce groupements. Pour les grands partis (Indonésie, Japon notamment), l'approbation des thèmes chinois s'accompagne d'une politique opportuniste de collaboration avec la bourgeoisie ou une aile de celle-ci, politique que les dirigeants chinois soutiennent pour des raisons diplomatiques et fractionnelles.

Les partis pro-Moscou sont beaucoup plus différenciés que les organisations proPékin. Le rempart le plus solide des dirigeants soviétiques est constitué par les PC des Etats ouvriers d'Europe orientale. Cependant les dirigeants de ces Etats et partis ont tendance à utiliser l'existence du conflit sino-soviétique pour défendre leurs intérêts « nationaux » et développer dans une mesure variable un cours « indépendant » de Moscou dans une direction « yougoslave ». Dans les pays capitalistes avancés, les directions des PC ont réagi pour la plupart contre les positions chinoises. Mais ce fut souvent l'occasion pour elles d'accentuer une évolution droitière qui va même jusqu'à une dégénérescence néo-réformiste profonde. Cette évolution a été la plus poussée par le PC italien.

Le courant castriste qui exerce son influence essentiellement en Amérique latine constitue un courant autonome, fondamentalement révolutionnaire. Il n'a aucune allégeance idéologique envers Pékin et Moscou, et ceci se manifeste notamment par son attitude envers les bourgeoisies nationales des pays d'Amérique latine. Cependant, la direction de l'Etat et du Parti cubain a des possibilités d'action objectivement limitées en raison du blocus exercé par l'impérialisme américain, qui l'oblige à tenir compte du fait que Cuba dans conditions dépend énormément de l'aide économique et militaire de l'URSS. Cette situation a en outre été aggravée par l'attitude hyperfractionnelle adoptée par la direction du PCC.

Une autre manifestation nouvelle de la désintégration du mouvement commu- niste officiel a été fournie par l'autodissolution de certains partis communistes dont les membres se sont intégrés individuellement dans des mouvements de masse non communistes (Algérie, Egypte). Ces opérations n'ont pas été faites pour des raisons d'ordre tactique, mais à la suite de considérations équivalant à une liquidation théorique et politique totale, les PC en question ayant renoncé à ce qu'ils avaient jusqu'alors défendu comme étant leur rôle historique et attribuant au FLN algérien et à l'USA égyptienne précisément ce rôle d'instrument de la classe ouvrière pour l'édification d'une société socialiste.

- VI -LES NOUVEAUX COURANTS OPPOSITIONNELS AUX ETATS-UNIS

Johnson a été nommé président des Etats-Unis en novembre 1964 par la plus grande majorité connue dans l'histoire du pays. Il a battu Goldwater, le candidat républicain, grâce à une coalition de forces sociales hétérogènes qui s'étendait d'un secteur important du big business jusqu'à la masse écrasante des ouvriers blancs et du peuple noir. Cette coalition a favorisé Johnson, en grande partie par peur de Goldwater qui s'orientait en direction des courants les plus réactionnaires et les plus anti-Noir dans le pays, et qui demandait une intensification des engagements américains dans la guerre civile au Vietnam, même au risque d'une guerre avec la Chine. Johnson l'emporta sur le cynique Goldwater en se présentant comme un homme de civiques, à la « guerre contre la pauvreté », et à la construction d'une « grande société » aux Etats-Unis.

A peine Johnson était-il installé à son poste que survint la première faille dans son soutien populaire. Etudiants et intellectuels, choqués par son « escalade » dans la guerre du Vietnam, lancèrent un mouvement de protestation qui se répandit rapidement dans les collèges. De l'huile fut jetée sur le feu quand Johnson ordonna l'intervention d'environ vingt mille hommes de troupe pour arrêter un soulèvement populaire contre les héritiers de la dynastie Trujillo en République dominicaine. Les « teach-ins » et des actions conjointes culminèrent dans les manifestations à l'échelle nationale du 16 octobre 1965 qui réussirent à mobiliser plus de cent mille participants.

Ce mouvement a pour fer de lance des éléments radicalisés dans la jeunesse estudiantine, forte de cinq millions de personnes dans le pays. Ces militants antiguerre appartiennent à une nouvelle génération qui n'est entrée dans sa période de formation qu'après le dépassement du point culminant de la chasse aux sorcières mac carthyste et qu'après la victoire de la révolution cubaine. Ils adhèrent sincèrement aux principes de justice, d'égalité et de démocratie qui leur sont constamment prêchés comme les valeurs guides du « monde libre ». Ils se sentent étrangers à des traits de la société américaine tels que système éducationnel taillé taillé aux besoins des industriels et des militaristes, la commercialisation de la culture et par les perspectives écœurantes liées aux carrières et aux emplois qui leur sont ouverts. Ils sont dégoûtés par les contradictions et les maux les plus criants de la société capitaliste et éprouvent vis-à-vis d'eux une répulsion humanitaire et morale. Ils ont été stupéfiés et indignés par l'hypocrisie et les mensonges des hommes au pouvoir et ils sont profondément perturbés par l'opposition entre ce que disent ces hommes sur la démocratie et la paix, et la façon brutale avec laquelle ils les piétinent.

La résistance actuelle à la politique étrangère belliqueuse de Johnson diffère des vieilles croisades anti-guerre dirigées par des pacifistes. Elle a surgi au début même de l'escalade de Johnson dans la guerre au Vietnam et a grandi en ampleur et en intensité avec l'expansion du conflit. Une telle opposition anti-guerre précoce et vaste n'a pas de précédent dans l'histoire de l'impérialisme américain au XX• siècle. Elle introduit un nouveau facteur exaltant non seulement sur la scène politique américaine, mais dans le monde entier.

Mances preaen de attes extreme, le titre est Les participants de ce mouvement ont des attitudes extrêmement diverses. Outre les pacifistes traditionnels qui exercent une certaine influence, marqué par deux tendances principales qui tendent à se diriger dans des directions opposées. Une grande partie, en dépit de ses désillusions quant aux aspects bellicistes de la politique étrangère de Johnson, conserve cependant encore sa confiance dans une politique de coalition, ne parvenant pas à comprendre qu'en pratique cela signifie la subordination au Parti démocrate et aux dirigeants capitalistes qui sont derrière celui-ci. Elle est en faveur de « négociations » entre Washington, Hanoï et le Front

National de Libération du Sud-Vietnam comme seule proposition « réaliste » dans les circonstances actuelles. La revendication « des négociations » fournit un terrain de ralliement commun à quelques voix critiques dans la classe capitaliste, aux libéraux de gauche, aux dirigeants conservateurs du mouvement anti-nucléaire, aux sociaux-démocrates et au Parti communiste lui-même.

L'aile radicale plus militante des nouvelles forces anti-guerre comprend que demander « des négociations », c'est faire le jeu de la diplomatie démagogique de Johnson et de Rusk qui, également, prétendent être pour des « négociations ». En opposition aux appels pour « des négociations », l'aile radicale demande le retrait immédiat de toutes les troupes américaines du Vietnam afin d'assurer au peuple vietnamien l'indépendance et le droit d'établir un gouvernement et un système économique de son propre choix dans une nation unie.

Le caractère politique et l'orientation du prometteur seront en dernière analyse décidés par le résultat de l'épreuve actuelle entre tendances libérale et radicale.

Si Johnson persiste dans son cours d'extension de la guerre en Asie du sudest, ainsi qu'il ressort de toutes les indications qu'il donne, les sentiments anti-guerre grandiront dans le peuple américain, peut-être d'une façon considérable. Au fur et à mesure que davantage de jeunes seront enrôlés et envoyés se battre dans la sale guerre de conquête coloniale, que le nombre des victimes de guerre croîtra, et que les frais s'élèveront et seront ressentis par la population, le camp anti-guerre recevra des forces nouvelles et acquerra une base de masse plus large.

Cette perspective perturbe déjà l'administration Johnson. En plus des risques qu'elle prend face à l'impopularité de l'aventure dans le sud-est asiatique parmi ses alliés et dans un secteur plus prudent de la classe capitaliste américaine, elle doit constamment tenir compte du malaise et de l'anxiété sur la question de la guerre qui imprègnent le peuple américain.

Nombre des jeunes qui prirent l'initiative d'organiser le mouvement anti-guerre avaient été d'abord entrainés dans une action de masse par leur participation à la lutte pour les droits civiques aussi bien dans le nord que dans le sud des EtatsUnis. Les jeunes attirés par le mouvement Freedom Now appliquèrent ce qu'ils y avaient appris dans leur nouvelle arène de lutte contre la politique de la guerre de Johnson.

Le mouvement Freedom Now des Noirs américains qui commença à se développer avec une orientation militante sur une échelle massive il y a dix ans continue de grandir.

L'exigence de plus en plus insistante du peuple noir pour acquérir l'égalité et l'émancipation est devenue une question primordiale dans toute la caine. Le potentiel éminemment explosif de cette force sociale en marche peut être mesuré par le fait que les Noirs pauvres, entassés dans des ghettos, forment près de la moitié et parfois davantage de la population des plus grandes villes, y compris de la capitale elle-même, Washington.

La révolte des Noirs est une conséquence de la double exploitation et oppression qu'ils subissent dans la société américaine actuelle : l'exploitation comme prolétaires rélégués aux plus bas échelons de la structure sociale ; l'oppression comme Noirs exclus des droits et des possibilités dont jouissent même les couches les plus misérables des ouvriers blancs. La réaction des masses noires se développe donc nécessairement d'une façon double en correspondance avec la double forme d'oppression dont elles sont l'objet. Elles mènent une lutte simultanée à la fois sur un plan socio-économique et sur un plan nationaliste.

Dans ces circonstances, le nationalisme noir joue un rôle très progressif dans la dynamique de la lutte sociale et il a des implications révolutionnaires. Les efforts irrésistibles du peuple noir pour parvenir à la dignité humaine, pour unifier ses forces et pour exercer le pouvoir inhérent à plus de vingt millions d'êtres luttant pour leurs propres objectifs, nourrissent ce qui est devenu connu sous le nom de révolte noire. La possibilité que les éléments les plus militants, clairvoyants et courageux parmi les nationalistes noirs sympathisent avec les idées socialistes fut indiquée par l'évoJution de Malcolm X dont l'assassinat constitue une perte tragique pour cette force.

En raison de sa double exploitation, du taux élevé de chômage qui le frappe (il est, pour certaines catégories, proche de celui de la classe ouvrière américaine dans son ensemble pendant la grande dépression de 1929-1932), du fossé entre ce qui lui est promis et ses présentes conditions d'existence, peuple noir constitue maintemant le secteur le plus rebelle de la société américaine.

La colère et l'impatience des masses noires révoltées entrent constamment en conflit avec les efforts des réformistes et pacifistes dirigés par le pasteur Luther King pour maintenir le mouvement dans le cadre de la collaboration l'administration démocrate en échange de quelque menues concessions. direction ne peut surmonter la résistance des racistes à l'intégration dans le sud. Les mesures superficielles pour les droits civiques votées par le Congrès n'améliorent nullement la situation dans le nord. Dans les grands ghettos qui s'étendent de New York à Los Angelès, et de Chicago à Birmingham, les logements, l'éducation, le chómage, le manque débouchés, la discrimination et les brutalités policières devien-

Men plus insupportables. Aucune proposition réformiste ni aucun de remède réformiste ne peuvent extirper ces maux ; ils sont inhérents à la fonction spéciale remplie par les Noirs dans l'économie capitaliste où ils servent comme partie décisive de l'armée industrielle de réserve et source principale de main-d'œuvre non qualifiée et bon marché. L'incapacité des dirigeants noirs modérés et du programme gouvernemental soit à éviter les effets soit à éliminer les causes griefs du peuple noir fut démontrée de la façon la plus dramatique par l'explosion du district de Watts à Los Angelès pendant l'été de 1965, explosion qui après des explosions semblables à Birmingham en 1963 et à Harlem en 1964. La violence de cette explosion réprimée par la police et les troupes de l'Etat de Californie, est un témoignage à la fois de la puissance contenue dans le mouvement Freedom Now et de l'échec de ce mouvement à créer jusqu'à présent une direction, un programme et une organisation capables de le conduire sur une ligne juste.

Le mouvement anti-guerre et la lutte Freedom Now ont grandi alors que les Etats-Unis ont atteint le point le plus élevé d'une prospérité économique jamais connue et un taux de croissance jamais atteint depuis la première guerre mondiale. Mais ces mêmes conditions économiques servent à renforcer le conservatisme et l'inertie des ouvriers blancs les plus privilégiés et contribuent à les isoler des mouvements anti-guerre et pour les droits civiques. Cette lourde carence du mouvement ouvrier organisé nuit à ces deux mouvements et restreint leur association à la puissance potentielle de la classe ouvrière.

Les sommets de la bureaucratie syndicale conduits par Meany et Reuther sont les soutiens les plus venimeux et les plus bruyants de la politique étrangère impérialiste de Johnson et ils ne font que payer de mots la cause des combattants de la libération des Noirs. Malgré le traitement dédaigneux accordé par les administrateurs officiels de la classe dirigeante à ces représentants d'environ seize millions de travailleurs organisés, ils restent les suiveurs les plus serviles des dirigeants du Parti démocrate.

L'extrême inégalité du développement de la lutte de classe aux Etats-Unis crée des difficultés exceptionnelles aux marxistes révolutionnaires américains. Tandis que le radicalisme dans la jeunesse universitaire et parmi les combattants pour la libération des Noirs ouvre des perspectives de croissance et d'influence des idées socialistes, limmobilité de la classe ouvrière organisée établit des limites relativement étroites aux chances de conquérir dans l'avenir immédiat une base de masse parmi les ouvriers américains. Elle constitue également un grand obstacle à la progression vers le but stratégique qui consiste dans l'unification de la lutte des Noirs pour la liberté et l'égalité et du mouvement anti-guerre des jeunes et des intellectuels, avec la force de classe anticapitaliste qui est, en dernière instance, décisive aux Etats-Unis.

Il est difficile de prédire le temps pendant lequel le mouvement ouvrier américain restera tranquille. Les cercles dirigeants du pays ne considèrent certainement pas qu'on ait affaire à une caractéristique permanente de la force de travail blanle montrent leur politique constante d'enchainement des dirigeants ouvriers à l'Etat, l'intervention du gouvernement dans les conflits syndicaux et dans les négociations de quelque importance, et le renforcement de la législation antiouvrière.

Un développement particulier ou, plus probablement, une combinaison de différents développements peut mettre un terme à l'apathie du mouvement ouvrier, stimuler de nouveaux courants oppositionnels dans celui-ci et fournir une base pour une solution de rechange au système des deux partis bourgeois.

Sur le plan économique, ces développements peuvent provenir d'un accroissement possible de la peur du chômage ou du changement d'emploi par suite de l'automation ; de la pression engendrée par l'inflation grandissante, en particulier celle-ci est liée à des tentatives patronales et gouvernementales de bloquer les efforts des ouvriers pour maintenir ou améliorer leur standard de vie ; et de la venue d'une nouvelle récession.

Sur le plan de la conscience et des perspectives politiques, les échecs répétés des démocrates et des républicains à tenir leurs promesses d'une vie meilleure engendrent de l'impatience à l'égard de la politique capitaliste. Le résultat final en est de la désillusion et l'intensification des profonds sentiments d'insécurité qui existent chez les ouvriers américains. Les agressions impérialistes répétées des Etats-Unis aul dehors ont un effet cumulatif similaire. Chaque nouvelle aventure militaire renforce la crainte que puisse être déclenchée une réaction en chaine se terminant dans une guerre nucléaire. Les condamnations prononcées dans le monde entier contre la politique impérialiste de Washington renforcent les effets de cette crainte sur la conscience populaire.

L'imbrication de ces processus intensifiera les dispositions à se tourner vers les solutions radicales qui offrent une véritable issue. Ceci accélèrera les changements dans la pensée politique et dans les rapports des forces qui ont été déjà mises en mouvement par les facteurs ayant engendré la révolte des Noirs et le mouvement anti-guerre. Les conséquences ultimes en seront d'ébranler de haut en bas le système des deux partis, d'ouvrir la voie à une politique ouvrière vraiment indépendante et d'accroitre considérablement les perspectives d'une progression rapide du marxisme révolutionnaire aux Etats-Unis.

- VII -L'EVOLUTION DE LA LUTTE DE CLASSE DANS LES AUTRES PAYS IMPERIALISTES La lutte de classe a évolué dans les autres pays impérialistes sous l'effet dialectique combiné de la situation objective socio-économique et du rôle des organisations ouvrières.

Au Japon, le Parti socialiste a connu un processus de radicalisation, qui l'a conduit vers une situation de front unique de fait, à la fois avec la centrale syndicale SOHYO - dont l'interpénétration avec ce parti s'est accentuée — et avec le Parti communiste pro-Pékin. La détérioration de la situation économique, l'offensive contre le droit de grève des travailleurs du secteur public, le chômage croissant, y ont joué un rôle, ensemble avec une opposition large à l'agression impérialiste au Vietnam, au pacte nippo-sud-coréen et à l'occupation américaine d'Okinawa.

Cette évolution conduit vers une lente polarisation des forces politiques, le parti gouvernemental libéral-démocratique s'effritant progressivement au profit du Parti socialiste, sans que celui-ci ne pose cependant le problème de la conquête du poucomme objectif aux luttes extra-parlementaires des masses ni ne formule un programme anti-capitaliste de transition vers le renversement du capitalisme.

En Europe capitaliste, où les partis communistes de masse ont poursuivi leur cours de plus en plus droitier, la social-démocratie a traversé de nouvelles étapes de sa dégradation politique, qui sont analysées en détail dans le document consacré à la situation en Europe.

Ainsi la social-démocratie belge a partagé en 1964 la responsabilité de l'intervention des paras au Congo, renversant le pouvoir révolutionnaire de Stanleyville ; la social-démocratie allemande a organisé en septembre 1965 une campagne électorale dans laquelle la différence politique avec le principal parti de la bourgeoisie, la CDU, avait été effacée, tout ayant été subordonné à la « conquête » d'une coalition avec ce parti ; le Parti socialiste italien nenniste, hier encore si « gauchiste » et si intégré dans le « camp socialiste », s'est identifié allègrement avec l'OTAN ; le Parti travailliste britannique revenu au pouvoir en automne 1964 a organisé la répression impérialiste sur grande échelle contre le mouvement révolutionnaire des masses d'Aden et d'Arabie du sud, après avoir couvert et justifié l'agression de l'impérialisme américain au Vietnam.

Cette évolution, combinée avec le cours droitier des partis communistes, a favorisé l'apparition de formations centristes nouvelles, se situant soit entre la socialdémocratie et les partis communistes, soit carrément à gauche de ceux-ci. Les conditions d'affirmation et les perspectives de ces formations sont analysées dans la résolution consacrée à l'Europe.

Ce sont surtout certaines organisations syndicales, conservant un minimum d'autonomie par rapport à l'appareil réformiste et sa politique favorable à la collabora- tion de classe, qui ont dans ces conditions joué le rôle objectif de véhicule des tendances les plus avancées des masses, opposées à l'intégration du mouvement ouvrier dans l'Etat bourgeois. Ce fut le cas de l'IG Metall et de l'IG Chemie en Allemagne occidentale, de la T & GWU et partiellement d'ASSET et de l'AEU en Grande-Bretagne, de la Régionale FGTB de Liège et partiellement de la CPSP en Belgique.

La baisse du taux de profit, l'aggravation de la concurrence inter-impérialiste, Pessoufflement du boom, les besoins intrinsèques qui découlent de l'accélération du renouvellement du capital fixe, tous ces facteurs déterminent une offensive croissante contre l'autonomie et les libertés syndicales, de la part du patronat et de l'Etat, offensive qui culmine dans des législations antigrève ou antisyndicales diverses. Le fait que même le gouvernement Wilson cherche à imposer pareille législation en Grande-Bretagne indique qu'il s'agit d'une tendance générale pour tout le capitalisme européen.

Les réactions de la classe ouvrière de l'Europe capitaliste à cette offensive, ainsi qu'aux efforts patronaux de limiter ou de supprimer périodiquement les augmentations des salaires, restent pourtant très vives, comme l'ont indiqué l'opposition en Belgique aux « lois antigrève » votées en 1963, l'opposition des syndicats ouest-allemands aux lois d'exception proposées au dernier Bundestag, et l'opposition des syndicats italiens aux tendances analogues. Si le gouvernement Wilson veut appliquer effectivement pareille législation en Grande-Bretagne, il se heurtera également à une résistance opiniatre de la classe ouvrière.

Celle-ci s'est trouvée par contre beaucoup plus désarmée devant la brusque réapparition du chômage, des réductions d'horaires et des licenciements, en Italie France, en 1964-1965. C'est précisément dans une bataille défensive à un moment moins favorable du cycle que le rôle de la direction est déterminant, et l'absence de toute stratégie d'ensemble de la part des syndicats et partis ouvriers de ces deux pays y a été chèrement payée par le prolétariat.

A l'exception de la France, où le prolétariat a subi une grave défaite par l'arrivée au pouvoir de de Gaulle et la manière dont les deux partis traditionnels l'ont acceptée, la classe ouvrière de l'Europe occidentale a pourtant partout conservé son potentiel de résistance et de combativité. Et lorsque se produit une conjonction de divers facteurs favorisant un combat d'envergure, celui-ci peut éclater sur une échelle égale ou supérieure à tout ce qu'on avait vu dans le passé. On l'avait déjà constaté en 1960-1961 en Belgique. On l'a encore vécu dans l'été 1965 en Grèce.

L'ampleur et la dynamique des manifestations grandioses des masses contre le complot de la Cour pour se défaire du gouvernement Papandréou, dont la politique « libérale » était jugée trop risquée par la clique militaire, les grands armateurs et certains milieux de l'impérialisme américain, ont surpris et pour un moment même désemparé la réaction. Celle-ci a cependant pu marquer un succès tactique en obtenant la majorité pour le cabinet réactionnaire Stéphanopoulos, après l'échec de deux tentatives précédentes. Ce succès est avant tout dû au crétinisme parlementaire et à l'opportunisme de la direction du Parti communiste et de l'EDA, qui a enfermé délibérément les manifestations des masses dans un cadre de simple pression sur le Parlement, se refusant même à lancer les mots d'ordre de référendum et de République, sans parler de celui de comités et d'organes d'auto-défense des masses, ou de slogans nettement anticapitalistes. La combativité des masses a été ainsi simplement émoussée, toutes les perspectives se concentrant sur les élections législatives.

Mais cette vague n'est pas restée sans effet sur le niveau de conscience d'organisation de l'avant-garde ouvrière. Une des tâches des marxistes-révolutionnaires grecs est d'expliquer toutes les leçons de ce qui ne sera qu'une première phase d'un combat plus long, et de faire en sorte que les prochaines phases aboutissent à d'éclatants succès du mouvement des masses.

- VIII -NOS TACHES 1. La tâche immédiate la plus urgente des marxistes révolutionnaires est de stimuler à l'échelle mondiale la lutte contre l'agression impérialiste au Vietnam, pour l'aide à la révolution vietnamienne :

La) en stimulant des manifestations de plus en plus amples pour le droit du peuple vietnamien à disposer de lui-même, pour le retrait inconditionnel des troupes impérialistes du Vietnam.

Seules des manifestations qui mobilisent une partie considérable de la masse des travailleurs peuvent avoir un effet décisif sur l'issue de la lutte. Mais partout où la bureaucratie du mouvement ouvrier empêche encore de telles manifestations, il est cependant possible de partir de comités représentant des forces plus restreintes et de les associer dans des actions de front unique aussi larges que possible. Des campagnes vigoureuses par de tels comités, y compris l'organisation de manifestations qu'ils sont capables de déclencher, peuvent accélérer le processus d'association d'une masse importante de travailleurs à cette lutte.

Mb) en propageant inlassablement la nécessité d'un front unique anti-impérialiste à l'échelle internationale. Pareil front unique devrait réunir tous les Etats ouvriers au niveau gouvernemental, quelles que soient leurs divergences à d'autres niveaux. Il devrait y associer toutes les grandes organisations ouvrières du monde capitaliste, tout le moment révolutionnaire des pays coloniaux et semi-coloniaux, autour d'un seul objectif central : opposition à l'agression impérialiste au Vietnam et mobilisation de l'aide militaire et matérielle efficace pour la République Démocratique du Vietnam.

Gc) en organisant, partout où cela est efficace, des mouvements d'aide matérielle et médicale pour la révolution vietnamienne, surtout dans des pays d'Europe occidentale et dans des pays entrainés dans la révolution coloniale où de telles campagnes ont des chances réelles d'obtenir des succès importants.

Pd) en propageant inlassablement et en expliquant cette vérité fondamentale que le moyen le plus efficace d'affaiblir l'agression impérialiste au Vietnam, c'est l'intensification des luttes révolutionnaires dans d'autres pays.

La IVe Internationale estime que des actions et des campagnes éducatives de ce genre ne sont pas seulement conformes aux principes de solidarité internationale à l'égard d'une lutte de la plus grande importance, mais qu'elles peuvent encore avoir un effet puissant pour neutraliser les effets de l'attitude opportuniste des PC proMoscou et de l'attitude fractionnelle sectaire des PC pro-Pékin en ce qui concerne l'aide à la révolution vietnamienne. Elles peuvent ainsi contribuer à rassembler des forces d'un poids suffisant pour obliger l'impérialisme à retirer ses armées du continent asiatique, renversant ainsi un glissement aujourd'hui fort dangereux vers la guerre nucléaire.

Alors que la lutte contre l'agression impérialiste au Vietnam représente aujourd'hui la tâche prioritaire la plus urgente, d'autres tâches continuent à être d'une importance centrale. Ces tâches ne en contradiction avec le travail de défense de la révolution vietnamienne ; la défense active de cette révolution n'est qu'un des moyens courants pour poursuivre leur réalisation.

2. La défense inconditionnelle de tous les Etats ouvriers, à par l'Union soviétique et la République populaire de Chine, contre l'impérialisme. La défense de Cuba révolutionnaire est d'une importance spéciale à ce propos, du fait de sa situation géographique exposée et des mesures extrêmes prises par l'impérialisme pour l'écraser.

3. La défense des conquêtes révolutionnaires de l'Algérie contre la pression impérialiste et la réaction indigène.

4. La défense de mouvements révolutionnaires en cours comme ceux du Congo, de Saint-Domingue, du Venezuela, etc., contre l'intervention impérialiste.

5. L'appui au mouvement pour le désarmement nucléaire unilatéral des pays impérialistes.

La IV° Internationale estime que le mouvement anti-nucléaire devrait s'élargir et Elle s'efforcera de défendre en son sein l'idée-maîtresse que seule la prise du pouvoir par le et l'abolition du capitalisme dans les forteresses impérialistes, y compris aux Etats-Unis, permettra de libérer le monde définitivement du cauchemar d'une guerre nucléaire.

6. Appui aux efforts pour assurer une issue positive à la crise qui ébranle le mouvement communiste international.

Aux questions que les militants communistes les plus avancés sont de plus en plus amenés à se poser, la IV° Internationale s'efforcera de présenter objectivement les réponses incluses dans son programme. La IV° Internationale a adopté une position indépendante dans cette crise, et elle maintiendra cette position indépendante. Elle continue comme par le passé à appuyer de manière critique l'opposition chinoise à l'opportunisme khrouchtchévien sur des questions-clés comme la social-démocratisation de certains partis communistes ; l'abandon de la théorie léniniste de l'Etat et du parti ; la présentation de la « coexistence pacifique » comme « ligne stratégique principale du mouvement communiste international » ; les illusions concernant une « voie pacifique vers le socialisme », - tout en critiquant sans réticence aucune les aspects opportunistes ou ultragauchistes de la politique de Pékin (réhabilitation de Staline ; appui à la politique opportuniste des directions des PC indonésien et japonais ; défense de la théorie de la « révolution par étapes », en opposition flagrante avec la conception de la révolution ininterrompue ; propagande déplacée sur les à la cause révolutionnaire qui découleraient de l'approfondissement de l'intervention de l'impérialisme américain au Vietnam, etc.).

7. La IVe Internationale attachera une importance particulière au problème de la jeunesse ouvrière et estudiantine, qui marche aujourd'hui à l'avant-garde dans un grand nombre de pays. Les revendications sociales et politiques de cette jeunesse présentent le plus grand intérêt pour la IV• Internationale, et cet intérêt est aussi réciproque pour l'avant-garde de la jeunesse, dont un nombre croissant rejoint les rangs de la IV° Internationale.

8. La direction de la IVe Internationale attachera en outre une importance particulière à la solution de problèmes organisationnels et politiques spécifiques d'une série de sections, problèmes qui sont définis dans un document intérieur.

La situation politique mondiale est devenue si complexe et se modifie avec une telle rapidité que seules les lignes générales de l'évolution courante, qui sont d'une importance spéciale du point de vue international, peuvent être indiquées dans un document comme celui-ci. Cela s'applique encore davantage aux problêmes tactiques qui surgissent des particularités nationales et locales. Les graves événements qui se posent à tous les peuples du monde impliquent la nécessité plus impérative que jamais de construire une direction socialiste révolutionnaire dans chaque pays, capable d'élaborer à temps les solutions correctes de classe pour les problèmes politiques et tactiques avec lesquels les travailleurs et la grande masse de l'humanité sont aujour d'hui confrontés. 223E E2E22

Mais si les responsabilités devant lesquelles les directions nationales se trouvent placées ont considérablement augmenté dans les années récentes, cela veut égale ment que la nécessité d'une Internationale réellement marxiste-révolutionnaire se fait. elle aussi, sentir de manière plus impérieuse que jamais. Il n'est plus possible de découvrir des solutions strictement « nationales » aux problèmes économiques, sociaux et politiques majeurs. Toutes les luttes vitales se déroulent aujourd'hui à

Contre les forces contre-révolutionnaires internationales formidables qui défendent et appuyent les intérêts du système capitaliste, la classe ouvrière et ses alliés ont eux aussi, besoin d'une direction internationale, d'un parti mondial a eux.

Le programme fondamental de ce parti et une sélection importante de ses cadres à l'échelle mondiale existent déjà dans la IV° Internationale. Renforcer la IV• Internationale, cela signifie accélérer la construction d'une direction socialiste révolutionnaire capable de guider les masses qui se rassemblent aujourd'hui vers la civilisation socialiste de demain.

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