Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 27

Contre la stratégie globale de l'impérialisme, une stratégie mondiale de la révolution socialiste

Quatrième Internationale, n° 27 · février 1966 · p. 1-5 · 2 105 mots

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En décembre 1965 s'est tenu, quelque part en Suisse, le Congrès Mondial préparé depuis près un an par les sections de la IV° Internationale.

Ce Congrès qui a passé en revue les progrès — sans pour autant se cacher certaines difficultés — du développement de la IV° Internationale a décidé de s'intituler 2° Congrès depuis la Réunification (8° Congrès Mondial), montrant par là et la continuité du combat mené par la IV° Internationale depuis sa fondation en 1938 et l'importance de la réunification scellée en 1963. fraternels, envoyés par les organisations marxistes révolutionnaires de Il y avait à ce Congrès plus de soixante délégués et observateurs quasi tous les pays d'Europe occidentale, de plusieurs pays d'Afrique, d'Asie ainsi que de l'Amérique du nord et de l'Amérique latine. La lutte que mènent ces organisations et que mène la IV Internationale tout entière, c'est la lutte pour l'organisation de la classe ouvrière en vue de conquérir le pouvoir d'Etat — et ce dans le monde entier. Leur but est un monde socialiste. La IV° Internationale est aujourd'hui la seule organisation du monde à n'avoir jamais douté que cette lutte n'est pas celle d'un avenir lointain, mais celle de notre époque, de son époque.

La période actuelle qui est une période de crise aiguë de la situation mondiale - que ne saurait dissimuler la conjoncture économique des pays capitalistes économiquement développés — est caractérisée avant tout par la nécessité urgente de donner une réponse au problè me-clef du prolétariat et de l'humanité entière : celui de la direction marxiste révolutionnaire. De moins en moins tenable est l'objection de de ceux qui, approuvant les analyses générales de la IV° Internationale estiment qu'elle est, comme organisation, chose superflue, « inutile » Car, sans cette organisation, sans ses congrès comme celui qui vient d'avoir lieu, comment pourraient être élaborées ces analyses ? Elles reposent non seulement sur un programme, fruit des expériences passées du mouvement ouvrier, mais aussi nécessairement sur l'activité quotidienne des marxistes révolutionnaires dans la lutte de classe de leurs pays respectifs et l'intégration de celle-ci par une organisation internationale. L'union de la pensée et de la pratique est tout aussi indispensable à l'échelle internationale qu'à l'échelle nationale, et sans une action menée par une organisation internationale, il ne peut y avoir de compréhension profonde de la marche de la révolution mondiale à notre époque.

En outre, au moment où des reculs temporaires mais importants de la révolution ont eu lieu — qu'il s'agisse du coup d'Etat réactionnaire d'avril 1964 au Brésil ou de la saignée récente en Indonésie — dont la cause essentielle est l'absence d'une direction véritablement reconnue par de larges masses, il est plus que jamais nécessaire de s'atteler à la tâche numéro 1, qui est celle de construire, de développer des partis marxistes révolutionnaires qui sachent s'imposer auprès de l'opinion ouvrière.

Au moment où l'impérialisme américain, gendarme en chef du capitalisme international, exploite toutes les brèches laissées ouvertes, au moment où il intensifie son agression au Vietnam, au moment ou il intervient pour sauvegarder un régime failli, au Brésil, en Indonésie, à Saint-Domingue, dans les républiques de l'Afrique centrale, au moment où il n'hésite pas à recourir aux assassinats de militants comme Patrice Lumumba, Ruben um Niobé, Malcolm X, Mehdi Ben Barka, i! est impératif de lui opposer une stratégie globale, une stratégie qui forme à la fois un gigantesque volant de sécurité pour les Etats ouvriers, une force de solidarité agissante pour les mouvements révolutionnaires actuellement en lutte contre l'impérialisme et une force de prépara tion des mouvements de demain dans les métropoles impérialistes.

Une telle exigence, au moins en ce qui concerne une partie de ces objectifs, devient de plus en plus ressentie. Bien que l'idée de l'Internationale ait été une des plus perverties par la social-démocratie et le stalinisme, la nécessité de cette stratégie globale commence à percer, et les directions les plus « nationales » se trouvent contraintes objective ment à y donner une certaine réponse. Mais, dans les conditions présentes, en raison des traits spécifiques des directions de masse et du poids qu'y jouent les interventions d'Etats, y compris d'Etats ouvriers, les réponses de ces conférences internationales sont limitées, insuffisantes, et n'atteignent jamais une véritable stratégie globale de la révolution socialiste mondiale. Seule la IV° Internationale est à présent en état de donner cette réponse indispensable au mouvement de la classe ouvrière et des masses opprimées du monde entier. Malheur à ceux qui voudraient, au nom d'une prétendue « efficacité », opposer une pratique basée sur la confusion et le pragmatisme à la pensée marxiste révolutionnaire.

Il était naturel qu'une grande partie des discussions auxquelles prirent part les délégués au Congrès Mondial de la IV° Internationale ait été axée autour de la stratégie de solidarité avec la Révolution vietnamienne, et que le Manifeste adressé par le Congrès aux masses travailleuses du monde entier soit également consacré à les appeler à aider la lutte héroïque des masses de ce pays, dressées depuis plus de vingtcinq années, contre les impérialistes français, japonais et américain. Pour la IV° Internationale, la guerre menée par l'impérialisme au Vietnam est une sale guerre qui doit être combattue par tous les moyens, la guerre menée par le peuple vietnamien une guerre juste qui doit être soutenue jusqu'à sa victoire.

Les documents adoptés par le Congrès Mondial sont reproduits dans ce numéro spécial de notre revue. Donnons donc un aperçu des problèmes discutés.

Les débats du Congrès ont surtout porté, à partir de documents préparés par le Secrétariat Unifié sortant, sur quatre ordres de questions différentes. Les débats sur les documents relatifs d'une part aux eveloppements du conflit sino-soviétique, et d'autre part à la situation en Europe occidentale, ont surtout donné lieu à des mises au point et à des précisions sur des questions qui avaient été depuis longtemps débattues et suivies de très près par la IV° Internationale.

Dans la question du conflit sino-soviétique, le rapporteur examina la signification du document paru dans les publications du PC chinois le 11 novembre dernier qui approfondit encore davantage les divergences. Rappelant les positions adoptées au Congrès de Réunification de la IV° Internationale en 1963, donnant un appui critique à l'opposition chinoise au révisionnisme des dirigeants soviétiques, le rapporteur a souligné notre critique de la caractérisation, faite par les dirigeants chinois, de l'évolution de la société soviétique (retour au capitalisme), caractérisation qui n'est pas loin de rappeler les outrances de groupes sectaires, mais dont les conséquences pourraient être beaucoup plus importantes.

Dans ses documents sur la situation en Europe occidentale, la IV° Internationale exprime l'idée essentielle que la victoire socialiste dans les pays copie listes corinale contré helle mondiale la re

Be. Il faut remar quer que seule la IV° Internationale formule consciemment et explicitement cette these, sans laquelle est ouverte une breche par ou peut passer la stratégie de « coexistence pacifique » des dirigeants du Kremlin.

« Progrès et problèmes de la révolution africaine », le troisième document soumis par le Secrétariat Unifié, anaysait en particulier la situation créée et les problèmes posés par la naissance et l'évolution d'un certain nombre d'Etats africains où des transformations révolutionnaires parfois très considérables ont été effectuées, du Mali à l'Egypte en passant par le Ghana ou la Guinée. Pour les marxistes révolutionnaires, il s'agissait de problèmes tout à fait nouveaux, d'une complexite et d'une spécificité résultant du niveau géneral de depart de ces transtormations, des traits particuliers des sociétés dans lesquelles elles se produisent. La théorie de la révolution permanente, élaborée par Léon Trotsky il y a soixante années lors de la première Révolution russe, est indispensable pour s'orienter dans l'étude de ces nouveaux problèmes, mais elle ne suffit pas à saisir un ensemble de phénomènes qui ne sont pas comparables à ceux qui se produisent dans d'autres continents qui ont été colonisés comme l'Afrique, mais avec un tout autre niveau de développement des sociétés et des forces productives.

La discussion de ce document a également porté sur les enseignements à tirer de la crise de la révolution algérienne qui a abouti, le 19 juin 1965, à la concentration du pouvoir entre les mains de Boumedienne. Si le Congrès Mondial a été unanime à y voir un coup à droite qui a accru tous les dangers menaçant les conquêtes acquises, une discussion animée porta sur la caractérisation que l'Internationale avait faite du gouvernement Ben Bella comme gouvernement ouvrier et paysan, dans le sens donné par l'Internationale communiste à ses 3° et 4 Congrès, et par le Programme de Transition de la IV° Internationale. Le Congrès Mondial approuva à la majorité relative l'adoption de cette qualification. Mais il décida que la discussion ouverte sur les progrès et problèmes de la Révolution africaine, y compris sur la caractérisation du gouvernement Ben Bella, ne se trouverait pas close avec l'adoption du document et qu'elle se poursuivrait à la lumière des développements nouveaux inévitables. Au sujet de cette discussion, il faut particulièrement signaler l'intervention d'un camarade nigérien qui constitua certainement une des plus remarquables contributions d'un marxiste africain pour la compréhension de ces nouveaux problèmes.

Le quatrième document, la résolution politique générale, examinait de taçon synthetique les grandes questions de notre époque : les développements dans les Etats ouvriers, en particulier les récentes réformes économiques appliquées dans un certain nombre d'entre eux ; les tendances économiques du capitalisme à l'heure actuelle et l'influence de la guerre du Vietnam sur la conjoncture économique ; les causes des reculs temporaires mais importants de la révolution au Brésil, en Indonésie et dans d'autres pays, etc. Dans les discussions de ce rapport il faut signaler les contributions importantes des délégués du Mexique, du Venezuela, de l'Argentine, à propos du développement de la lutte armée en Amérique latine ; ils ont souligné la nécessité de la participation ou du front unique avec des mouvements de guerilleros, impliquant le droit et même le devoir de critique de certaines tendances aventuristes, critique qui est elle-même subordonnée à l'unité profonde avec ces mouvements contre le réformisme de la plupart des Partis communistes de cette région du monde et leurs bavardages sur la « voie pacifique ».

Une discussion séparée eut lieu à propos de la situation qui existe à Ceylan, depuis que la direction de l'ancien Lanka Sama Samaja Party, conduite par N.M. Perera, L. Gunawardene et Colvin R. de Silva, a capitulé devant la bourgeoisie de « gauche » en collaborant avec elle, d'abord au niveau gouvernemental puis dans l'opposition. Depuis la tenue du Congrès Mondial, on a pu assister au spectacle honteux d'une ancienne direction trotskyste, rivalisant de chauvinisme anti-tamil avec le PC pro-Moscou et le parti de Madame Bandaranaike. Le Congrès a discuté de la tactique de la section trotskyste, le LSSP (Révolutionnaire) et a adopté un texte axé sur la nécessité de provoquer la rupture de la collaboration de classe par l'intervention des masses.

Le rapport d'activité de la direction sortante a enregistré le succès et la consolidation de la réunification effectuée au Congrès précédent.

Sauf un groupe en Angleterre et un groupe en France, l'écrasante majorité des organisations trotskystes se trouve dans la IVe Internationale ou bien, lorsque la législation dans le pays empêche l'adhésion formelle, la soutient chaleureusement. En outre, à aucun moment les discussions à l'intérieur de l'Internationale n'ont fait ressurgir les clivages précédents. Le rapport d'activité a également enregistré le renforcement de nombreuses sections et la création de nouvelles.

Le renforcement numérique a certainement été rendu plus facile par la réunification qui a enrayé les tendances centrifuges qui s'étaient manifestées dans notre mouvement pendant plusieurs années. Ce renforcement s'est traduit entre autre par un très considérable rajeunissement des organisations, des dirigeants et des délégués au Congrès luimême. Aussi, le départ d'une petite tendance groupée autour de Pablo et qui s'était montrée systématiquement indisciplinée depuis le précédent Congrès Mondial, n'a pas affecté l'Internationale, ceux qui l'ont quitté ayant perdu la perspective de son développement.

Le Secrétariat Unifié sortant avait préparé un certain nombre de modifications aux statuts de l'Internationale. Le Congrès a décidé de les soumettre à la discussion de toute l'organisation pour ne les présenter définitivement au vote qu'au prochain Congrès Mondial.

Dans l'ensemble, le Congrès Mondial a donc permis à la IV° Internationale d'aborder ses tâches avec une confiance et des moyens accrus. Loin de contempler de l'extérieur l'action de forces « objectives », elle poursuit sa participation à la lutte révolutionnaire avec une vigueur redoublée. Ses militants savent que la théorie révolutionnaire ne devient une force matérielle que quand elle s'empare des masses. Sur cette voie, ils savent aussi qu'ils n'ont pas de temps à perdre. Le 25 janvier 1966.

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