Dans le rapport du Comité Central du Parti au 20° Congrès, dans un certain nombre de discours de délégués au Congrès et aussi formellement dans les sessions plenieres du C.C. du P.C. de l'Union, on a dit bien des choses sur le culte de la personnalité et ses conséquences néfastes. Après la mort de Staline, le Comité Central du Parti a commencé à mettre en application une politique d'explication précise et conséquente qu'il est étranger et inadmissible pour l'esprit du marxisme-léninisme d'élever une personne, de la transformer en surhomme possédant des caractéristiques surnaturelles semblables a celles d'un dieu. Un tel homme serait supposé connaissant tout, voyant tout, pensant pour tous, sachant tout taire, etant infaillible dans sa conduite. Une telle croyance en ce qui concerne un homme, à savoir Staline, a été cultivée chez nous pendant de nombreuses années. L'objet du présent rapport n'est pas de faire une réévaluation totale de la vie et de l'activité de Staline. En ce qui concerne les mérites de Staline, un nombre tout à fait suffisant de livres, de brochures, d'études a déjà été écrit de son temps.
Le rôle de Staline dans la préparation et dans la réalisation de la révolution socialiste, dans la guerre civile et dans la construction du socialisme dans notre pays est universellement connu. Tout le monde le connait bien (1).
Ce qui nous préoccupe à présent,
Marx, Engels, Lénine contre
Permettez-moi tout d'abord de vous rappeler comment les fondateurs du marxisme-léninisme ont sévèrement dénoncé toute manifestation du culte de la personnalité. Dans une lettre au militant politique allemand Wilhelm Bloss, Marx déclarait :
« A cause de mon hostilité au culte de toute personnalité, je n'ai jamais rendu publiques pendant l'existence de l'Internationale les nombreuses adresses provenant de différents pays qui reconnaissaient mes mérites et qui m'ennuyaient. Je ne leur répondais c'est une question qui a une importance immense pour le parti maintenant et dans l'avenir — c'est de savoir comment le culte de la personne de Staline s'est graduellement développé et est devenu à une certaine étape la source de toute une série de perversions extrêmement graves et sérieuses des principes du parti, de la démocratie du parti et de la légalité révolutionnaire.
Etant donne que tous ne réalisent pas encore complétement les conséquences pratiques provenant du culte de la personnalité, le grand mal causé par la violation du principe de la direction collective du parti et l'accumulation d'un pouvoir immense et illimité dans les mains d'une seule personne, le Comité Central a estimé absolument nécessaire de mettre à la disposition du 20ª Congrès du P.C. de l'Union soviétique le matériel relatif à cette question.
(1) Cette affirmation est contraire à ce que dit Khrouchtchev à la fin de son discours quand il apostropha Vorochilov et lui demanda de dire la « vérité » sur le role de Staline pendant la Révolution. D'autre part, les seules sources sur ce rôle dont disposent jusqu'à maintenant les citoyens soviétiques et les membres des P.C. sont celles écrites du vivant de Staline. souvent par Staline lui-même, comme l'admet du reste Khrouchtchev vers la fin de son discours. On peut en conclure que « personne ne connait pas encore très bien » le rôle de Staline pendant la Révolution. (Consulter l'ouvrage capital de L. Trotsky, Staline, Editions Grasset, Paris.) le culte de la personnalité même pas, sauf parfois pour tancer leurs auteurs.
« Engels et moi avions rejoint la Ligue secrète des communistes à la condition que tout ce qui pourrait engendrer un culte superstitieux de l'autorité soit supprimé des statuts. Par la suite Lassalle fit exactement le contraire. »
Quelque temps plus tard, Engels écrivait :
«Marx et moi avons tous deux toujours été contre toute manifestation publique à légard d'individus, sauf dans le cas où elle pouvait avoir un objet important; nous nous sommes très fortement opposés à de telles manifestations qui pouvaient nous concerner personnellement dans notre vie.»
La grande modestie du génie de Lénine est connue. Lénine a toujours souligné le róle du peuple comme le créateur de l'histoire, et le rôle de direction et d'organisation du parti en tant qu'organisme créateur vivant, ainsi que le rôle du Comité Central.
Le marxisme ne nie pas le rôle des dirigeants de la classe ouvrière pour conduire le mouvement révolutionnaire de libération.
Tout en attribuant une grande importance au rôle des leaders et des organisateurs des masses, Lenine en même temps stigmatisait impitoyablement toute manifestation du culte de la personnalité, combattait infatiguablement les vues étrangères au marxisme sur le « héros » et la « foule » et s'opposait à tous les efforts visant à opposer le « héros » aux masses et au peuple.
Lénine enseignait que la force du parti dépendait de son union indissoluble avec les masses, sur le fait que le parti était suivi par le peuple des ouvriers, des paysans et de l'intelligenzia.
« Seul conquerra et gardera le pouvoir celui qui croit dans le peuple, qui se plonge dans la source de l'esprit créateur vivant du peuple», dit Lénine.
Lénine parlait avec fierté du parti bolchevik comme le dirigeant et l'éducateur du peuple ; il demandait que toutes les plus importantes questions soient présentées à l'opinion des ou-
En plus des grandes œuvres de V. I. Lénine pour assurer la victoire de la classe ouvrière et des paysans travailleurs, la victoire de notre parti et l'application des idées du communisme scientifique à la vie, son esprit pénétrant s'exprima aussi dans le fait qu'il détecta à temps chez Staline ces traits négatifs qui devaient plus tard avoir des conséquences graves.
Craignant pour le sort futur du parti et de l'Etat soviétique, V. I. Lénine fit une caractérisation tout à fait correcte de Staline, soulignant qu'il était nécessaire d'examiner la question de le remplacer au poste de secrétaire général du fait que Staline était extrê22 vriers, à l'opinion du parti. Il dit: « Nous croyons en elle, nous voyons en elle la sagesse, l'honneur et la conscience de notre epoque. »
Lénine se dressa résolument contre toute atteinte à affaiblir ou diminuer le rôle directeur du parti dans ha structure de l'Etat soviétique. Il élabora les principes bolcheviks de direction du parti et les règles de fonctionnement du parti, insistant que le principe directeur de la direction du parti est celui de la direction collective. Déjà dans les années antérieures à la révolution, Lénine désigna le Comité Central du parti comme un organe collectif de dirigeants, cardien et interprete des principes du parti.
« Dans la période qui sépare les congrès, souligna Lénine, le Comité central défend et interprète les principes du Parti. »
Soulignant le rôle et l'autorité du Comité Central du parti, Vladimir Ilytch souligna : « Notre Comité Central s'est constitué en un groupe fortement centralisé et disposant d'une grande autorité ».
Du vivant de Lénine, le Comité Central du parti fut lexpression réelle d'une direction collective du parti et de la nation. Etant un militant marxiste révolutionnaire, ne cédant jamais en matière de principes, jamais Lénine n'imposa de force ses points de vue à ses collaborateurs. Il s'efforçait de les convaincre, il expliquait patiemment ses opinions aux autres. Lénine observa toujours avec vigilance les règles de la vie du parti, l'application des statuts du parti et il veilla a ce que les congrès du parti et les sessions plénières du Comité Central aient lieu à des intervalles convenables. mement grossier, qu'il n'avait pas une attitude correcte envers ses camarades, qu'il était capricieux et abusait du pouvoir.
En décembre 1922, dans une lettre au Congrès du parti, Vladimir Ilytch écrivit : « Le camarade Staline, en devenant secrétaire général, a concentré dans ses mains un pouvoir immense et je ne suis pas convaincu qu'il puisse toujours en user avec suffisamment de prudence ».
Cette lettre - un document politique d'importance considérable connu dans lhistoire du parti comme le « testament » de Lénine — a élé distribuée aux délégués au 20ª Congrès
Le testament de Lénine
Le testament de Lénine
(2). Vous l'avez lue et vous la relirez sans doute plus d'une fois. Vous réfléchirez aux simples mots de Lénine dans lesquels s'exprime l'angoisse de Vladimir Ilytch quant au sort du parti, du peuple, de l'Etat, et de la future direction de la politique du parti.
Vladimir Ilytch dit :
• Staline est trop brutal et ce défaut, pleinement supportable dans les relations entre nous, communistes, devient intolérable dans la fonction de secrétaire général. C'est pourquoi je propose aux camarades de réfléchir au moyen de déplacer Staline de ce poste et de nommer a sa place un homme qui, sous tous les rapports, se distingue du camarade Staline par une supériorité, c'est-à-dire qui soit plus patient, plus loyal, plus poli et plus attentionné envers les camarades, moins capricieux, etc. »
Ce document de Lénine fut porté à la connaissance des délégués au 13- Congrès du parti qui discutèrent la question de retirer à Staline le poste de secrétaire général. Les délégués se prononcèrent en faveur du maintien de Staline à ce poste, car ils espéraient qu'il tiendrait compte des critiques de Vladimir Ilytch et qu'il serait capable de corriger les défauts qui causèrent à Lénine beaucoup d'anxiété.
Camarades, le Congrès du parti doit être informé de deux autres documents qui confirment le caractère de Staline tel que souligné par Vladimir Ilytch Lénine dans son & testament ». Ces documents sont une lettre de Nadejda Konstantinovna Kroupskaya à Kamenev qui était à l'époque président du Bureau Politique, et une lettre personnelle de Vladimir Ilytch Lénine à Staline.
Je vais maintenant lire ces documents (3).
1. « Lev Borisovitch,
En raison d'une courte lettre que j'avais écrite en termes que m'avait dictés Vladimir Ilytch avec la permission des docteurs, Staline s'est permis hier une explosion étrangèrement grossière envers moi. Ce n'est pas un jour que je suis dans le parti. Pendant toutes ces 30 années, je n'ai jamais entendu un mot grossier d'un camarade
(2) Le « testament de Lénine » que Staline avait caché au P.C. de l'U.R.S.S, fut divulgué des 1926 à l'étranger par l'écrivain américain Max Eastman, alors sympathisant de l'Opposition de gauche. Les staliniens avaient toujours nié l'existence de ce document et l'avaient caractérisé comme un « faux des trotskystes ».
(3) Voir l'article de L. Trotsky : le « testament de Lénine », publié dans cette brochure.
quelconque. La cause du parti et de Nytch ne m'est pas moins chère qu'a Staline. J'ai besoin maintenant du maximum de contrôle de moi-même. Ce que l'on peut et ce que l'on ne peut pas discuter avec Ilytch, je le sais mieux que n'importe quel docteur parce que je sais ce qui le rend nerveux et ce qui ne le rend pas nerveux, en tout cas je le sais mieux que Staline.
« Je me tourne vers vous et vers Grégory comme à des camarades très proches de V. I. et je vous demande de me protéger contre toute interférence grossière dans ma vie privée et contre toutes invectives et menaces viles.
« Je n'ai pas de doute de ce que serait la décision unanime de la commission de controle dont sialine a juge bon de me menacer; mais je n'ai ni force ni temps à perdre dans cette querelle stupide. Je suis un étre vivant et mes nerfs sont tendus à l'extrême. - N. Kroupskaya »
Nadejda Konstantinovna écrivit cette lettre le 23 décembre 1922. Deux mois et demi plus tard, en mars 1923, Vladimir Ilytch Lenine adressa a staline la lettre suivante:
Lettre de V.I. Lénine au camarade Staline,
Copies à Kamenev et à Zinoviev.
« Cher camarade Staline,
Vous vous êtes permis d'appeler grossièrement ma femme au téléphone et de la réprimander grossièrement. Bien qu'elle vous ai dit qu'elle acceptait d'oublier ce qui a été dit, néanmoins Zinoviev et Kamenev l'ont appris par elle. Je n'ai pas lintention d'oublier si facilement ce qui a été fait contre moi, et je n'ai pas besoin de souligner ici que je considère comme dirigé contre moi ce qui a été fait contre ma femme. Je vous demande par conséquent que vous examiniez sérieusement si vous êtes disposé à retirer vos paroles et à vous excuser ou si vous préférez la rupture des relations entre nous. (Stupeur dans la salle). Lénine. »
Camarades, je ne commenterai pas ces documents. Ils parlent avec éloquence par eux-mêmes. Etant donné que Staline a pu agir ainsi du vivant de Lénine, agir ainsi envers Nadejda Konstantinovna Kroupskaya que parti connaît bien et estime hautement comme le loyal ami de Lénine et un combattant actif pour la cause du parti depuis sa fondation, nous pouvons imaginer aisément comment Staline traita d'autres personnes. Ses traits négatifs se développèrent constamment et acquirent dans les dernières années un caractère insupportable.
Les craintes de Lénine se justifièrent
Comme les événements ultérieurs l'ont prouvé, l'angoisse de Lénine était justifiée. Dans la première période qui suivit la mort de Lénine, Staline tit attention a son avis, mais pius tard il commença à dédaigner les remarques sérieuses de Vladimir Ilytch (4).
Quand nous analysons la pratique de Staline en ce qui concerne la direction du Parti et du pays, quand nous réfléchissons sur tout ce que Staline a perpétré, nous devons nous convainere . que les craintes de Lemine étaient justifiées. Les traits négatifs de Staline qui, du vivant de Lénine, n'étaient que latents se transformerent dans les dernières annees en de graabus de pouvoir par Staline qui causèrent un mal inoui à notre parti.
Nous devons considérer sérieusement et analyser correctement cette question afin que nous puissions empêcher toute possibilité de répétition sous une forme quelconque de ce qui se passa du vivant de Staline, lequel ne toléra absolument aucun esprit collectif dans la direction et le travail, et qui employa la violence brutale non seulement contre tout ce qui s'opposait à lui, mais aussi contre tout ce qui semblait, à son caractère despotique et capricieux, contraire à ses conceptions.
Staline agissait non par persuasion, explication et coopération patiente avec les gens, mais en imposant ses points de vue et en exigeant la soumission absolue à son opinion. Quiconque s'opposait à son point de vue ou tentait de prouver le sien et la justesse de ses positions était condamné à été éliminé de l'organisme dirigeant et à une destruction morale et physique ultérieure.
Ce fut particulièrement vrai dans la période qui suivit le 17° Congrès du parti, quand beaucoup de dirigeants éminents du parti et de militants de base, honnêtes et dévoués à la cause du communisme, tombèrent victimes du despotisme de Staline.
Nous devons affirmer que le Parti eut à mener une lutte sérieuse contre les trotskystes, les droitiers et les nationalistes bourgeois et qu'il désarma idéologiquement tous les ennemis du léninisme. Cette lutte idéologique fut menée avec
(4) C'est une affirmation complètement gratuite. La mort de Lénine le libéra de tout frein et lui permit de commencer immédiatement à la fois la lutte contre le « trotskysme » et la révision du léninisme (voir nos commentaires qui accompagnent le rapport Khrouchtchev). 24 succès et le parti en fut fortifié et trempé. Staline joua là un rôle positif (5).
Le Parti mena une grande lutte idéologique et politique contre ceux qui, dans ses propres rangs, proposèrent des theses antiléninistes, une ligne politique hostile au parti et à la cause du socialisme.
Ce fut une lutte difficile et opiniâtre, mais nécessaire, parce que tant la ligne du bloc Trotsky-Zinoviev que celle des boukhariniens menait réellement à la restauration du capitalisme et à la capitulation devant la bourgeoisie mondiale (6).
Examinons un instant ce qu'il serait advenu si en 1928-1929 avait triomphé chez nous la ligne politique des déviationnistes de droite, l'orientation sur le « socialisme à pas de tortue » ou sur le koulak, ete. Nous n'aurions pas maintenant une puissante industrie lourde, nous n'aurions pas de kolkhoz, nous nous trouverions désarmés et faibles dans un encerclement capitaliste (7).
C'est pour cette raison que le parti a mené une lutte idéologique inexorable et a expliqué à tous les membres du parti et aux masses sans parti la nocivité et le danger des propositions antiléninistes de l'opposition trotskyste et des opportunistes droitiers. Et ce grand travail d'explication de la ligne du parti a porté ses fruits; aussi bien les trotskystes que les opportunistes de droite furent politiquement isolés, la majorité écrasante du parti soutint la . ligne léniniste et le parti fut capable d'éveiller et d'organiser les masses laborieuses pour appliquer la ligne léniniste du parti et construire le socialisme.
Le fait mérite d'être noté que, même pendant le déroulement de la lutte idéologique acharnée contre les trotskystes, les zinoviévistes, les boukhariniens et autres, d'extrêmes mesures de répression ne furent pas utilisés contre eux (8). La lutte resta sur le terrain idéologique.
(5) et (6) Voir nos commentaires.
(7) Ici Khrouchtchev commet un amalgame typiquement stalinien. Il attribue la position commune de Staline et Boukharine des années 1925-1928 à Boukharine exclusivement. auquel laisse-t-il entendre. Trotsky était également allié! (Voir nos commentaires.)
(8) Il faut apprécier la délicatesse de l'expression mesures extrêmes Khrouchtchev veut dire que, dans cette lutte. l'extermination physique n'a pas été encore employée contre les opposants comme cela fut fait par la suite. Mais la violence et l'arbitraire bureaucratiques sévissaient par contre déjà pleinement. (Voir nos commentaires.)
La lutte se faisait sur des bases idéologiques. Mais quelques années plus tard, lorsque le socialisme dans notre pays fut fondamentalement édifié, quand les classes exploiteuses furent généralement liquidées, quand la structure sociale de l'Etat soviétique fut radicalement modifiée, quand la base sociale pour des mouvements et des groupes politiques hostiles au parti se fut fortement réduite, longtemps après que les adversaires idéologiques du parti eurent été battus politiquement, alors commença la répression dirigée contre eux.
C'est précisément pendant cette période (1935-1937-1938) que naquit la pratique de la répression de masse par l'appareil gouvernemental, d'abord contre les ennemis du léninisme -les trotskystes, les zinoviévistes, les
Staline crée la notion
Staline fut a l'origine du concept de ‹ l'ennemi du peuple ». Ce terme rendait automatiquement superflu de faire la preuve dans une controverse des erreurs idéologiques d'un on de lusieurs hommes; ce terme permi emploi de •la répression la plus cruelle, la violation de toutes les régles de la légalité révolutionnaire contre quiconque, d'une manière quelconque, était en désaccord avec Staline, contre ceux qui furent seulement soupçonnés d'intention hostile, contre ceux qui avaient mauvaise réputation.
Ce concept « d'ennemi du peuple » élimina effectivement la possibilité d'une lutte idéologique quelconque et de faire connaitre ses positions sur telle ou telle question, même celle d'un caractère pratique. En général, et effectivement, la seule preuve de culpabilité utilisée, contre toutes les règles de la science juridique courante, était « l'aveu » de laccusé lui-même; et comme des vérifications ultérieures l'ont montré, les « aveux » furent obtenus par des pressions physiques sur les accusés.
Ceci entraina des violations éclatantes de la légalité révolutionnaire, et au fait que beaucoup de personnes
A ce propos, les délérués au Congrès du parti doivent connaitre une note inédite de V. I. Lénine adressée au Bureau Politique du Comité Central en octobre 1920. Soulignant les devoirs de la commission de contrôle, Lénine écrivait que la commission devait se transformer en un véritable boukhariniens, depuis longtemps litiquement vaincus par le parti (9), et ensuite contre beaucoup de communistes honnêtes, contre ces cadres du parti qui avaient porté le lourd fardeau de la guerre civile et des premières années, des plus difficiles années de l'industrialisation et de la collectivisation, qui avaient activement combattu les trotskystes et les droitiers pour défendre la ligne léniniste du parti.
(9) Khrouchtchev devrait préciser « administrativement vaincus » et non politiquement. Si cela était vraiment le cas. comment expliquer l'acharnement montré par Staline dans les années 1936-1939 pour exterminer physiquement les « cadavres politiques » de l'Opposition de gauche et de la droite? Khrouchtchev ne donne à cela aucune explication tant soit peu satisfaisante. « d'ennemi du peuple » totalement innocentes, qui avaient dans le passé défendu la ligne du parti, en furent les victimes.
Nous devons affirmer qu'en ce qui concerne ces personnes qui en leur temps avaient fail de l'opposition a la ligne du parti, il n'y avati souvent pas de raisons suffisamment sérieuses pour les détruire physiquement. La formule « ennemi du peuple » fut spécifiquement introduite dans le but de détruire physiquement ces personnes. (10).
C'est un fait que beaucoup de personnes qui furent ensuite détruites comme ennemis du parti et du peuple, avaient travaillé avec Lénine du vivant de celui-ci. Quelques-unes de ces personnes avaient commises des erreurs du vivant de Lénine, mais malgré cela, Lénine profita de leur travail, il les corrigea, et il fit tout le possible pour les garder dans les rangs du parti, il les persuadait de le suivre.
(10) L'aveu de Khrouchtchev est de taille et en contradiction avec son affirma ion précédente (voir note 9). La formule « ennemi du peuple » fut introduite par Staline spécialement pour permettre l'extermination physique des opposants. « organe de la conscience du prolétariat et du parti ».
‹ Comme un devoir particulier de la commission de controle, on recommande des rapports profonds, personnels et parfois même une sorte de thérapeutique, avec les représentants de ladite opposition, avec ceux qui ont
Comment Lénine dirigeait
Comment Lénine dirigeait connu une crise psychologique en raison de la faillite de leur activité dans les Soviets ou le Parti. Il faut taire un effort pour les apaiser, pour leur expliquer la question d'une manière de camarade, pour trouver pour eux (en évitant la méthode de donner des ordres), une tâche pour laquelle Is seraient psychologiquement aptes. Un avis et des règles sur cette question doivent etre formules par le Bureau d'organisation du Comité Central, elc... »
Chacun sait combien Lénine était intransigeant envers les ennemis idéologiques du marxisme et envers ceux qui déviaient de la ligne correcte du parti. Mais en même temps, Lénine, ainsi qu'il ressort de ce document, exigeait dans la pratique de direction du parti le contact le plus intime avec les gens qui avaient montré de l'indécision ou un non-conformisme temporaire envers la ligne du parti, à qui il était possible de revenir sur la voie du narti. Lénine conseilla d'éduquer patiemment de telles personnes, sans appli uer des méthodes extrêmes.
La sagesse de Lénine dans les raports avec les personnes apparait evilente dans son travail avec les cadres
Ce sont des rapports tout à fait différents avec les gens qui caractérisaient Staline. Les traits de Lénine -le travail patient avec les gens, l'éducation opiniâtre et appliquée de ceuxci, la capacité à amener les gens à le suivre sans emploi de l'obligation, mais par l'influence idéologique de toute l'organisation - étaient entièrement étrangers à Staline.
Il rejetait la méthode léniniste de persuasion et d'éducation, il abandonna la méthode de la lutte idéologique pour recourir à celle de la violence administrative, des répressions de masse et de la terreur. Il agit sur une échelle allant en s'étendant et plus opiniâtrement par les organes de coercition, souvent même en violant toutes les règles existantes de moralité et les lois soviétiques.
L'attitude arbitraire d'une seule personne encouragea et permit l'arbitraire de la part d'autres. Les arrestations de masse et les déportations de plusieurs milliers de gens, l'exécution sans jugement et sans instruction normale, créèrent des conditions d'insécurité, de peur et même de désespoir
Ceci ne contribua pas évidemment à l'unité du parti et de toutes les couches de la population laborieuse, au contraire ceci entraina la destruction et l'exclusion du parti de militants qui étaient loyaux mais qui e convenaient pas à Staline. 26
Notre parti lutta pour la mise en application des plans de Lénine pour la construction du socialisme. Ce fut une lutte idéologique. Si les principes léninistes avaient été respectes aul cours de cette lutte, et si le dévouement du parti aux principes avait été combiné avec art à une préoccupation soigneuse et attentionnée des personnes, si celles-ci n'avaient pas été repoussées et abimées mais plutôt attirées à nos côtés, nous n'aurions certainement pas eu une violation aussi brutale de la légalité révolutionnaire et plusieurs milliers de personnes ne seraient pas tombees victimes des methodes de terreur. Des méthodes extraordinaires n'auraient alors été employées que contre ceux qui auraient effectivement commis des actes criminels contre le système soviétique.
Rappelons quelques faits historiques. Dans les jours qui précédèrent la
Jours qui precederent la Révolution d'Octobre, deux membres du Comité Central du Parti bolchevik, Kamenev et Zinoviev, se prononcérent contre le plan de Lénine pour un soulèvement armé. En outre, le 18 actobre, ils publièrent dans le journal menchevik « Novaia Jizn » une déclaration disant que les bolcheviks faisaient des préparatifs pour un soulévement et qu'ils considéraient cela comme une aventure.
Ainsi Kamenev et Zinoviev firent connaître à l'ennemi la décision du Comité Central d'organiser l'insurrection et que ce soulèvement était préparé pour avoir lieu dans un très proche avenir.
C'était une trahison du parti et de la révolution. A ce sujet, Lénine écrivit : & Kamenev et Zinoviev ont révélé la décision du Comité Central du Parti pour l'insurrection armée à Rodzianko et Kerensky..» Il soumit au Comité Central la question de lexclusion de Linoviev et Kamenev du parti.
Mais après qu'eut lieu la grande révolution socialiste d'Octobre, on sait que Zinoviev et Kamenev reçurent des postes dirigeants. Lénine les plaça à des postes où ils purent effectuer les tâches les plus responsables du parti et ils participèrent activement aux travaux des organismes dirigeants du parti et des Soviets.
On sait que Zinoviev et Kamener ont commis un certain nombre d'autres erreurs graves du vivant de Lénine.
Dans son « testament ». Lénine nous avait averti que « l'épisode d'Octobre de Zinoviev et de Kamenev n'a évidemment pas ete occasionnel ». Mais Lénine ne posa pas la question de leur arrestation et certainement pas celle de leur fusillade.
Les trotskystes
Prenons l'exemple des trotskystes. A présent, après une période historique suffisamment longue, nous pouvons parler de la lutte contre les trotskystes avee un calme complet et nous pouvons analyser cette affaire avee suffisamment d'objectivité. Après tout, autour de Trotsky il y avait des gens dont l'origine ne peut d'aucune façon être ramenée à la société bourgeoise.
Une partie d'entre eux appartenait à l'intelligenzia du parti et une autre fut recrutée parmi les ouvriers (11). Nous pouvons désigner beaucoup de personnes qui, à une époque, rejoignirent les trotskystes; cependant, ces mêmes personnes participèrent activement au mouvement ouvrier avant la révolution, pendant la révolution socialiste d'Octobre même et aussi à la consolidation de la victoire de cette très grande revolution (12).
Nombre d'entre elles se séparérent du trotskysme et retournèrent à des positions léninistes (13). Etait-il nécessaire de détruire ces personnes? Nous sommes profondément convaincus que si Lénine avait véeu. une méthode aussi extrême n'aurait pas été utilisée contre beaucoup d'entre elles.
(11) C'est-à-dire les deux meilleures sources de recrutement pour une tendance
Ce ne sont que quelques faits historiques. Mais peut-on dire que bénine ne se montra pas décidé à recourir même aux moyens les plus sévères contre les ennemis de la révolution quand cela était réellement nécessaire ? Non, on ne peut pas le dire. Vladimir Ilytch exigeait qu'on traita de manière intransigeante les ennemis de la révolution et de la classe ouvrière et, quand cela était nécessaire, il recourut impitoyablement à de telles méthodes.
Vous vous rappelerez seulement la lutte de V.I. Lénine contre les sociaistes révolutionnaires organisateurs du soulèvement antisovietique, avec les koulaks contre-révolutionnaires en 1918 et avec d'autres, lorsque Lénine employa sans hésiter les méthodes les plus extrêmes contre les ennemis.
Mais Lenine n'employa ces methodes que contre de vrais ennemis de classe et non contre ceux qui se trompaient, erraient, et qu'il était possible de guider au 1 moyen de l'influence idéologique et même de garder dans la direction.
Lénine n'employa les méthodes sérévolutionnaire. Khrouchtchev admet ainsi implicitement le caractère d'élite de la tendance de l'Opposition de gauche.
Elle contredit la version que Staline voulut accréditer spécialement à partir de 1936 en ce qui concerne les « trotskystes ». « bande enragée de saboteurs, de destructeurs au service de l'ennemi, d'espions et d'assassins ». Il ajoutait: « Considérons par exemple la IV Internationale trotskyste contre-révolutionnaire formée pour les deux tiers d'espions et d'agents actifs de l'ennemi. N'est-il pas évident que cette Internationale d'espions formera des cadres de l'action d'espionnage et de sabotage des trotskystes? ».
Son syllogisme était comme souvent une tautologie. L'Internationale d'espions formera des espions !
« N'est-il pas évident ». se demandait Staline en plein premier procès de Moscou. c'est-à-dire au moment précis où luimême commençait la plus sinistre purge de toute l'histoire (de l'aveu même maintenant de Khrouchtchev).
Cela n'a pas empêché les Thorez, les Togliatti et tous les dirigeants de partis communistes de répéter en chœur les mêmes calomnies tout en applaudissant aux vrais crimes qu'accomplissait alors Staline.
(12) L. Trotsky en premier.
(13) Khrouchtchev se réfère à ceux qui ont capitulé devant Staline après avoir appartenu pendant toute une période à l'Opposition de gauche ou de la droite (voir nos commentaires). vères que dans les cas les plus nécessaires, lorsque les classes exploiteuses existaient encore et s'opposaient avec vigueur à la révolution, quand la lutte pour la survie prenait les formes les plus aigues, y compris la guerre civile.
D'autre part, Staline recourut aux méthodes extrêmes et aux répressions de masse à un moment où la révolution était déjà victorieuse, quand l'Etat soviétique était déjà consolide, quand les classes exploiteuses étaient déjà liquidées et quand les rapports socialistes étaient déjà solidement implantés dans toutes les sphères de l'économie, quand notre parti était politiquement consolidé et s'était renforcé numériquement et idéologiquement. Il est clair que Staline montra dans toute une série de cas son intolérance, sa brutalité et ses abus de pouvoir. Au lieu de prouver qu'il avait raison politiquement et de mobiliser les masses, il choisit souvent la voie de la répression et de la destruction phvsique, non seulement contre de véritables ennemis, mais aussi contre des personnes qui n'avaient commis aucun
Lénine et l'emploi de la violence
Lénine et l'emploi de la violence crime contre le parti ou le gouvernement soviétique. Nous ne voyons là aucune sagesse, mais seulement la démonstration de la force brutale qui avail tant alarmé V. I. Lénine.
Récemment, surtout après avoir démasqué la bande de Béria, le Comité Central s'est occupé d'une série d'affaires fabriquées par cette bande. Il apparut un tableau très affreux de l'arbitraire brutal, en liaison avec le comportement incorrect de Staline.
Comme les faits Font montre, Staline usant de son pouvoir illimité s'est permis lui-même de nombreux abus, agissant au nom du Comité Central, sans demander l'opinion des membres du C.C. ou même celle des membres du Bureau Politique du C.C. ; souvent il ne les informait même pas de ses décisions personnelles concernant de très importantes questions du parti et du gouvernement.
En ce qui concerne la question du culte de la personnalité, nous devons tout d'abord montrer à tous , le mal qu'il a causé aux intérêts de notre parti.
Vladimir Ilytch Lénine a toujours
Des Congrès réguliers
On sait que Lénine lui-même donna un exemple de l'observation la plus soigneuse de ces principes. Il n'y avait pas de question tant soit peu importante que Lénine ne décidait sans prendre l'avis et l'approbation de la majorité des membres du C.C. ou des membres du Bureau Politique du C.C.
Dans la période la plus difficile pour notre parti et notre pays. Lénine estimait nécessaire de convoquer régulièrement les Congrès, les conférences du Parti et les sessions plénières du C. C. où toutes les questions majeures étaient discutées et où des résolutions, soigneusement élaborées nar un collectif de direction, étaient approuvées.
Nous pouvons par exemple ranneler l'année 1918 quand le pays fut menacé d'attaques de la part des interventionnistes impérialistes. Dans cette situation, le 7° Congrès fut réuni afin de discuter une question vitale, importante, qu'on ne pouvait différer, la question de la paix.
En 1919, tandis que la guerre civile faisait rage, le 8 Congrès convoqué, adopta un nouveau programme parti et décida sur des questions aussi importantes que les rapports avec les masses paysannes, l'organisation de 28 souligne le role du parti et son importance dans la direction du gouvernement socialiste des ouvriers et paysans, il y voyait la précondition essentielle d'une construction victorieuse du socialisme dans notre pays.
Soulignant la grande responsabilité du parti bolchevik comme parti dirigeant dans l'Etat soviétique, Lénine demandait qu'on observe très méticuleusement toutes les règles de la vie du parti, il demandait que soient réalisés les principes de collectivité dans la direction du parti et de l'Etat.
La nature collective de la direction découle de la nature même de notre parti, bâti sur les principes du centralisme : démocratique. « Cela signifie, disait Lénine, que toutes les questions du part sont réalisées par tous les membres du parti — directement ou par leurs représentants — qui, sans aucune exception, sont soumis mêmes regles. En outre, tous les membres d organismes administratifs, tous les collèges de direction, tous ceux qui ont des postes dans le parti, sont élus, ils doivent rendre compte de leurs activités et sont destituables.» pendant la guerre civile l'Armée Rouge, le rôle dirigeant du Parti dans le travail des Soviels, la rectification de la composition sociale du Parti et d'autres questions. En 1920, le 9° Congrès fut convoqué pour établir des principes directeurs relatifs au travail du parti dans le domaine de la construction économique. En 1921, le 10° Congrès accepta la N.E.P. de Lénine et la résolution historique intitulée « Sur l'unité du parti ».
Du vivant de Lénine, les Congrès du parti furent convoqués régulièrement ; chaque fois qu'un tournant radical se produisait dans le développement du parti et du pays, Lénine considérait absolument nécessaire que le partı discute longuement toutes les questions relatives à la politique intérieure et extérieure et les questions ayant trait au développement du parti et du gouvernement.
Il est très caractéristique que Lénine adressa au Congrés du parti comme organe suprême du Parti ses derniers articles, lettres et remarques. Dans l'intervalle entre les Congrès, le Comité Central du parti agissant comme son organisme collectif le plus qualifié observait méticuleusement les principes du parti et réalisait sa politique.
Il en fut ainsi du vivant de Lénine.
Pas une seule session du Comité Central pendant la guerre
Nos principes léninistes de parti si sacrés furent-ils observés après la mort de Vladimir Ilytch ?
Tandis que dans les quelques premières années qui suivirent la mort de Lénine les Congrès du parti et les plenums du Comité central eurent lieu plus ou moins régulièrement, ces principes furent brutalement violés quand Staline commença de plus en plus à abuser de ses pouvoirs (14).
Ce fut particulièrement évident pendant les quinze dernières années de sa vie. Les événements exigeaient impérativement que le parti adopte des résolutions relatives à la défense du pays pendant la guerre patriotirue et à la construction de paix après la guerre. Même après la fin de la guerre, un Congrès ne fut pas convoqué pendant plus de sept ans.
On convoquait à peine des plénums du Comité Central, Il suffit de rappeler que, pendant toutes les années de la guerre patriotique, il n'y eut pas un seul plénum du Comité Central.
Il est vrai qu'il y eut une tentative de convocation d'un plénum du Comité Central en octobre 1941, quand des membres du Comité Central provenant de tout le pays furent convoqués à Moscou. IIs attendirent pendant deux jours l'ouvertude du plénum, mais en vain. Staline ne voulut même
Les grandes
La commission a eu connaissance d'une grande quantité de matériaux des archives du N.K.V.D. et d'autres documents, et elle a établi beaucoup de faits relatifs à la fabrication d'affaires contre des communistes, à des accusations fausses, à des abus éclatants de la légalité socialiste — ce qui eut pour résultat la mort de personnes innocentes. Il est apparu que de nombreux militants du parti, des soviets et de l'économie qui furent accusés en 1937-1938 d'être des « ennemis », en fait, avaient toujours été d'honnêtes communistes ; elles furent ainsi stigmatisées et souvent, ne pouvant souffrir davantage des tortures barbares, elles s'accusérent (sous les ordres de juges d'instruction faussaires) de toutes sortes de crimes graves et impossibles.
La Commission a présenté au presidium du Comité central de longs et copieux documents relatifs à des répressions de masse contre les délégués au 17 Congrès et contre des membres du Comité central élus à ce Congrès. Ces documents ont été étudiés par le presidium du Comité central.
Il a été établi que sur les 139 mempas rencontrer et parler aux membres du Comite Central. Ce tait montre comment il traitait hautement et dédaigneusement les membres du Comité Central.
Pratiquement Staline ignora les règles de la vie du parti et piétina le Printepe ll piniste de la direction colprincipe léniniste de la direction col-
L'arbitraire de Staline vis-à-vis du parti et de son Comité Central devint tout à fait évident après le 17° Congrès qui eut lieu en 1934.
Disposant de nombreuses informations qui montraient l'arbitraire brutal envers les cadres du parti, le Comité Central a créé une commission du parti agissant sous le controle du présidium du Comité Central. Elle fut chargée d'investiguer ce qui rendit possible les répressions de masse contre la majorité des membres et des suppléants du C.C. élus au 17° Congrès du P.C. de l'Union soviétique.
(14) Khrouchtchev s'exprime très vaguement à ce propos pour ne pas indiquer l'espacement de plus en plus grand des congrès du parti à partir de la mort de Lénine, significatif de la bureaucratisation continue et accélérée: 13° congrès en 1924, 14* congrès en 1925, 15° congrès en 1927. 16 congrès en 1930, 17° congrès en 1934, 18° congrès en 1939, 19° congrès en 1952. épurations bres et suppléants du C.C. du parti élus au 17° Congrès, 98 personnes, soit 70 %, furent arrêtées et fusillées (la plupart en 1937-1938). (Indignation dans la salle)
Quelle était la composition des délégués au 17° Congrès ? On sait que 8 % des délégués à titre délibératif au 17° Congrès adhérèrent au parti dans les années de clandestinité, avant la révolution et pendant la guerre civile. C'est-à-dire avant 1921. Par l'origine sociale, la majorité des délégués au Congrès étaient des ouvriers (60 % des délégués ayant le droit de vote).
Il n'y a pas de raison possible pour au'un Congrès ainsi composé élise un C.C. dont la majorité s'avérerait être des ennemis du parti. La seule raison pour laquelle 70 % des membres et suppléants du Comité Central furent stigmatisés comme des ennemis du parti et du peuple, c'est parce que d'honnêtes communistes furent calomniés, que des accusations furent fabriquées contre eux, et que la légalité révolutionnaire fut sérieusement com- promise.
C'est le même sort qu'ont subi non seulement les membres du C.C. mais aussi la majorité des délégués au 17° Congrès du Parti. Des 1956 délégués avec voix délibératrice ou consultative, 1108 furent arrêtés, sous l'inculpation de crimes contre-révolutionnaires, c'est-à-dire plus de la moitié. Ce fait même montre combien fantastiques et contraires au sens mun étaient les accusations de.commes contre-révolutionnaires comme nous le voyons maintenant, portées, contre la majorité des participants au 17° Congrès. (Indignation dans la salle)
Nous devons rappeler que le 17° Congrès est historiquement connu comme le Congrès des vainqueurs. Les délégués à ce Congrès étaient des participants actifs à la construction de notre Etat socialiste. Beaucoup d'entre eux avaient souffert et combattu pour les intérêts du parti dans les années prérévolutionnaires dans la clandestinité et sur les fronts de la guerre civile. Ils avaient combattu leurs ennemis vaillamment et avaient souvent vu la mort devant eux. Comment pouvonsnous donc croire que de telles personnes étaient des « hypocrites » et avaient rejoint le camp des ennemis du socialisme dans Père qui suivit la liquidation politique des zinoviévistes, des trotskystes et des droitiers et après les grandes réalisations de la construction socialiste.
Ce fut le résultat des abus de pouvoir par Staline qui commenca à recourir à la terreur de masse contre les cadres du parti.
Quelle est la raison que les répressions de masse contre les activistes s'aggravèrent de plus en plus après le 17° Congrès du Parti ?
C'est parce qu'à cette époque Staline s'était tellement élevé au-dessus du parti et de la nation qu'il cessa de tenir compte du Comité central ou du parti. Cependant qu'avant le 17º Congrès il tenait encore compte de l'opinion collective, après la liquidation politique complète des trotskystes, des zinovievistes et des boukhari-
Il faut dire qu'à ce jour les circonstances qui entourent le meurtre de Kirov dissimulent beaucoup de choses qui sont inexplicables, mystérieuses et qui exigent un examen très attentif. Il y a des raisons pour que l'on soupçonne que Nikolaiev, l'assassin de Kirov, a été aidé par l'une des personnes dont le devoir était de protéger la vie de Kirov. 30 niens, lorsque en résultat de cette lutte et des victoires socialistes le parti parvint à l'unité, Staline cessa de plus en plus de tenir compte des membres du Comité central du parti et même des membres du Bureau politique. Staline pensa alors qu'il pouvait désormais décider seul de toute chose et qu'il avait seulement besoin de statisticiens; il traita les autres de telle manière qu'ils pouvaient seulement l'écouter et le louanger.
Après le meurtre criminel de S.M. Kirov, commencèrent les répressions de masse et les actes de violation brutale de la légalité socialiste. Le soir du 1°* décembre 1934, sur l'initiative de Staline (sans l'approbation du Bureau Politique qui fut obtenue deux jours plus tard de manière formelle), le secrétariat du présidium du Comité Exécutif Central Enukidze signa la directive suivante :
« 1. Les organismes d'investigation sont chargés d'accélérer les affaires de tous ceux qui sont accusés de prémaration ou d'exécution d'actes terroristes.
2. Les organes juridiques sont chargés de ne pas réserver les exécutions des sentences de mort se rapportant à des crimes de cette catégorie, en vue de prendre en considération la possibilité d'une grâce, parce que le Présidium du Comité Exécutif Central de I'U.R.S.S. ne considère pas cu'il soit possible de recevoir de telles pétitions.
3. Les organes du Commissariat aux Affaires intérieures sont chargés d'exécuter les sentences de mort contre les criminels de la catégorie ci-dessus mentionnée immédiatement après prononciation des sentences. »
Cette directive devint la base pour des actions massives abusives de la légalité socialiste. A de nombreuses affaires de justices, les accusés furent inculpés de « préparation » d'actes terroristes ; cela les privait de toute possibilité de voir leurs cas réexaminés même quand ils déclaraient devant la cour que leurs aveux avaient été obtenus par la force et quand ils réfutaient de manière convaincante les accusations portées contre eux,
Un mois et demi avant le meurtre, raisons de conduite suspecte, mais is Nikolaiev avait été arrêté pour des fut relâché et même pas fouillé. C'est une circonstance extraordinairement suspecte que lorsque le tchékiste chargé de la protection de Kirov fut amené pour un interrogatoire le 2 décembre 1934 il fut tué dans un « acci-
Les circonstances étranges du meurtre de Kirov
Les circonstances étranges du meurtre de Kirov dent » d'auto dans lequel aucun autre occupant de l'auto ne fut blessé.
Après le meurtre de Kirov, de hauts fonctionnaires du N.K.V.D. de Léningrad reçurent de taibles condamnations, mais ils furent fusilles en 1937. Nous pouvons penser qu'ils furent fusillés afin d'effacer les traces des organisateurs de l'assassinat de Kirov. (Mouvements dans la salle) (15).
Les répressions de masse s'acerurent à partir de la fin de 1936.
Un télégramme fut envoyé par Staline et Jdanov, de Sochi, •le 25 septembre 1936 à Kaganovitch, Molotov et autres membres du Bureau Politique. Voici le contenu de ce télégramme :
« Nous considérons absolument nécessaire et urgent que le camarade Yissaire i nPeuple aux Astaides Com- Yejov soit nommé au poste de Comrieures. Yagoda s'est définitivement montré etre incapable de demasquer le bloc trotskyste-zinoviéviste. Le Guépéou a quatre ans de retard dans cette question. Ceci est observé par tous les militants du parti et par la majorité des représentants du N.K.V.D.»
A proprement parler, nous devons souligner que Staline ne rencontra pas de militants du parti et ne pouvait par conséquent pas exprimer leur opinion.
Cette formulation de Staline que « le N.K.V.D. a quatre ans de retard » dans l'application des répressions de masse et qu'il est nécessaire de « rattraper » le travail négligé poussa directement les hommes du N.K.V.D. sur la voie des arrestations et des exécutions de masse.
Nous devons aussi déclarer que cette formulation fut également imposée au Plénum du Comité Central de février-mars du C.C. du Parti communiste de l'Union soviétique en 1937.
La résolution du plénum l'approuva sur la base du rapport de Yejov sur «les leçons découlant des activités nuisibles, les diversions et l'espionnage des agents japano-germano-trotskys-
(15) Dès les premiers mois de 1935, Léon Trotsky démasquait la provocation du Guépéou dans l'affaire Kirov. Il publia une brochure intitulée « L'assassinat de Kirov et la bureaucratie soviétique ». Il y relatait les , conditions étranges qui avaient entouré cet assassinat, et il y indiquait déjà que Staline avait décidé de Taire du cadavre de Kirov un capital. I annonçalt la sanglante purge a venir avec les procès de Moscou commencés en 1936.
Plus tard, en 1937, dans son livre « Les crimes de Staline » (Editions Grasset), L. Trotsky écrivait : « Il est parfaitement établi par des documents officiels que le Guépéou fut au courant de la préparation de l'assassinat de Kirov ».
tes », déclarant : « Le Plénum du C.C. du Parti communiste de l'Union soviétique (bolchevik) considère que tous les faits révélés au cours des investigations dans les questions du centre trotskyste antisoviétique et de ses adeptes dans les provinces montrent que le Commissariat du Peuple aux Affaires Intérieures avait au moins quatre ans de retard dans la tentative de démasquer ces ennemis du peuple les plus inexorables ».
A cette époque, les répressions de masse furent faites sous le mot d'ordre de la lutte contre les trotskystes. Les trotskystes constituaient-ils vraiment à l'époque un tel danger contre notre parti et l'Etat soviétique? Nous devons rappeler qu'en 1927, à la veille du 15ª Congrès du parti, il n'y eut qu'environ 4.000 voix en faveur de l'opposition Trotsky-Zinoviev, tandis qu'il y en avait 724.000 pour la ligne du parti.
Au cours des dix années qui s'écoulèrent entre le 15° Congrès du parti et le Plénum de février-mars du Comité Central, le trotskysme avait été complètement désarmé ; beaucoup d'anciens trotskystes avaient abandonné leurs positions d'autrefois et travaillé dans divers secteurs de la construction du socialisme. Il est évident que dans une situation de vietoire socialiste il n'y avait pas de base pour une terreur de masse.
Le rapport de Staline au | Plénum du Comité Central de février-mars 1937 sur « les insuffisances du travail du parti et les méthodes pour liquider les trotskystes et autres hypoerites » contient une tentative de justification théorique de la terreur policière de masse sous le prétexte que plus nous avançons vers le socialisme, et plus la guerre de classe devrait s'intensifier. Staline déclara que l'histoire aussi bien que Lénine le lui avaient enseigné.
En réalité Lénine enseigna que l'application de la violence révolutionnaire est nécessitée par la résistance des classes exploiteuses, et ceci se rapporte à la période dans laquelle les classes exploiteuses exislaient et étaient puissantes. Aussitôt que la situation politique de la nation s'améliora, quand en janvier 1920 PArmée Rouge s'empara de Rostov et remporta ainsi la plus importante victoire sur Denikine, Lénine instruisit Dzerjinsky la et aper ate mene politique. d'arrêter la terreur massive et de supprimer la peine de mort. Lénine justide l'Etat soviétique dans son rapport à la session du Comité Exécutif Central de toute l'Union le 2 février 1920 en ces termes :
« Nous avons été contraints d'utiliser la terreur à cause de la terreur pratiquée par l'Entente, quand les puissances mondiales jetaient leurs hordes contre nous et n'évitaient aucun moyen. Nous n'aurions pas tenu deux jours si nous n'avions pas répondu à ces tentatives des officiers et des gardes blanes d'une facon impitoyable. Cela voulait dire l'emploi de la terreur, mais cela nous fut imose par les méthodes terroristes de
Montente
« Mais aussitôt que nous avons obtenu une victoire décisive, même avant la fin de la guerre, immédiatement après avoir pris Rostov, nous avons renoncé à la peine de mort, prouvant ainsi que nous entendions exécuter notre programme de la facon que nous avions promise. Nous disons que l'application de la violence provient de la décision de rendre impuissants les exploiteurs, les grands propriétaires fonciers et les capitalis tes. Des que ceci a été accompli, nous avons renoncé à l'emploi de la terreur extraordinaire de masse.»
Cette terreur fut effectivement dirigée non contre les restes des classes exploiteuses battues, mais contre d'honnêtes ouvriers du parti et de l'Etat sovietique, contre lesquels furent lancées des accusations absurdes, calomnieuses et mensongères d'« hypocrisie », « d'espionnage », de « sabotage », de préparation de « complots » fictifs, ete...
Au plénum du Comité Central en evrier-mars 195/, plusieurs membres mirent en doute la justesse du cours fixé au sujet des répressions de masse sous le prétexte de combattre « l'hypocrisie ».
Le camarade Postychev exprima ces doutes de la manière la plus qualifiée. Il dit:
« J'ai réfléchi que les années sévères ont passé, les membres du Parti qui ont perdu leur épine dorsale se sont soit affaissés ou ont rejoint le camp de l'ennemi, Les éléments sains ont combattu pour le Parti. Ce furent les années de l'industrialisation et de la collectivisation.
«Je n'ai jamais pensé qu'après cette severe période, Karpov et d'autres gens comme Il se trouveraient dans le camp de l'ennemi. (Karpov etait un collaborateur du Comité Central ukraimien que Postychev connaissait bien.) Et maintenant, selon le témoignage, il apparait que Karpov aurait été recruté en 1934 par les trotskystes.
«Je ne pense pas personnellement qu'en 1934 un honnête membre du Parti qui a un long passe de lutte incessante contre les ennemis du parti et du socialisme se trouverait maintenant dans le camp des ennemis.
* Je ne le crois pas... Je ne puis 32 imaginer comment il serait possible de marcher avec le Parti pendant les années difficiles et alors, en 1934, de rejoindre les trotskystes. C'est une chose étrange... » (Mouvements dans la salle).
Utilisant la formulation de Staline, à savoir que plus nous sommes près du socialisme et plus nous aurons d'ennemis, et utilisant la résolution du Plénum du C.C. de février-mars adoptée sur la base du rapport de Yejov, les provocateurs qui, ainsi que des carriéristes dépourvus de conscience, s'étaient infiltrés dans les organismes de la Sécurité de l'Etat commencèrent à couvrir du nom du parti la terreur de masse contre les cadres du parti, de l'Etat soviétique et des citoyens soviétiques ordinaires. Il suffit de dire que le nombre des arrestations effectuées sur l'accusation de crimes contre-révolutionnaires avait décuplé entre 1936 et 1937.
On sait que l'arbitraire brutal fut pratiqué contre des cadres dirigeants du parti. Les statuts du parti adoptés par le 17° Congrès étaient basés sur les principes léninistes énoncés au 10° Congrès du parti.
Ils déclaraient que pour appliquer un moyen aussi extrême que l'exclusion du parti à un membre du Comité Central ou à un suppléant du Comité Central ou à un membre de la Commission de Contrôle du parti, « il fallait convoquer un plénum du Comité Central et inviter à ce plénum tous les membres suppléants du Comité Central et tous les membres de la Commission de Contrôle du parti » et c'est seulement dans le cas où les deux tiers des membres d'une telle assemblée générale de dirigeants responsables du parti le jugeraient nécessaire qu'un membre ou un suppléant du C. C. pouvait être exclu.
La majorité des membres et suppléants du C.C. élus au 17° Congrès et arrêtés en 1937-38 furent exclus du parti illégalement par un abus brutal des statuts du parti, parce que la question de leur exclusion ne fut jamais étudiée au Plénum du Comité Central.
Quand on a examiné les cas de quelques-uns de ces soi-disant « espions » ou « saboteurs », on a trouvé que tous leurs cas ont été fabriqués. Les aveux de beaucoup de ceux qui furent arrêtés et accusés d'activité ennemis furent obtenus à l'aide de tortures cruelles et inhumaines.
En même temps, Staline ainsi que nous en avons été informés par des membres du Bureau Politique de l'époque ne leur montra pas les déclarations de beaucoup de militants politiques accusés lorsque ceux-ci rétracté- rent leurs aveux devant le tribunal militaire et demandèrent un examen objectif de leurs cas. Il y eut beaucoup de déclarations de ce genre et Staline les connut sans aucun doute.
Le Comité Central considère absolument nécessaire d'informer le Congrès de plusieurs de ces fabrications de « cas » contre des membres du Comité Central élu au 17° Congrès du Parti.
Un exemple de vile provocation, de falsification odieuse, et de violation criminelle de la légalité révolutionnaire est fourni par le cas de l'ancien suppléant au Bureau Politique du C.C un des plus éminents artisans du parti et du gouvernement soviétique, le camarade Eikhe, membre du parti depuis 1905. (Stupeur dans la salle).
Le camarade Eikhe a été arrêté le 29 avril 1938 sur la base de matériaux calomnieux, Procureur de l'Union soviétique qui sans Tautorisation du ne fut enfin reçue que quinze mois après l'arrestation.
L'instruction du cas Eikhe fut faite d'une manière qui violait le plus brutalement la légalité soviétique et fut accompagnée d'arbitraire et de falsification.
Sous la torture, Eikhe fut forcé de signer à l'avance un procès-verbal de ses aveux préparé par les juges d'instruction, procès-verbal dans lequel lui et d'autres éminents militants du Parti étaient accusés d'activité anti-soviétique.
Le 1° octobre 1939, Eikhe envoya sa déclaration à Staline, déniant toute culpabilité et demandant un examen de son cas. Dans cette déclaration il écrivit :
«Il n'y a pire misère noire pour moi que de me trouver dans la prison d'un gouvernement pour lequel j'ai toujours combattu. »
Une seconde déclaration de Eikhe a été conservée qui fut envoyée à Staline le 27 octobre 1939 ; dans celle-ci il citait des faits trés convaincants et repoussait les accusations calomnieuses dirigées contre lui, arguant que cette accusation provocatrice était, d'une part l'œuvre de vrais trotskystes dont il avait sanctionné les arrestations comme premier secrétaire du comité du parti de Sibérie occidentale et qui conspiraient afin de se venger de lui, et d'autre part le résultat de l'infâme falsification de matériaux par les juges d'instruction. Eikhe écrivit dans sa déclaration :
« ...Le 25 octobre de cette année, je fus informé que l'instruction de mon cas était terminée et que je pouvais connaître les matériaux de cette instruction. Si j'avais été coupable du centième des crimes dont je suis inculpé, je n'aurais pas osé vous envoyer cette déclaration préliminaire; mais je n'ai jamais été coupable de même une seule des choses dont je suis accusé, et mon cœur est pur de lombre même d'une vilenie. Je ne vous ai jamais dit dans ma vie un mot mensonger et maintenant, me trouvant les deux pieds dans la tombe, je ne mens pas. Tout mon cas est un exemple typique de provocation, de calomnie et de violation de la base élémentaire de la légalité révolutionnaire...
« Les aveux qui font partie de mon dossier non seulement sont absurdes, mais ils contiennent des calomnies envers le Comité Central du P.C. de l'Union soviétique et envers le Conseil des Commissaires du Peuple, qui ne furent pas prononcées sur mon initia-. tive et qui, en dehors de ma participation, sont présentées comme des actes hostiles d'organisations contre-révolutionnaires qui auraient été accomplis sous ma suggestion...
«Je fais maintenant allusion à la partie la plus honteuse de ma vie et à ma sérieuse culpabilité réelle contre le Parti et contre vous. Voici ma confession d'activité contre-révolutionnaire... Tel est le cas : étant incapable de supporter les tortures auxquelles je fus soumis par Uchakov et Nikolaiev - notamment par le premier - qui se servirent du fait que mes côtes brisées n'avaient pas été correctement rétablies et qu'elles me causaient une grande douleur, j'ai été obligé de m'accuser et d'en d'autres. accuser
« La plus grande partie de mes aveux a ete suggérée ou dictée par Uchakov et le reste est ma reconstruetion de matériaux du N.K.V.D. de Si-. bérie occidentale pour laquelle j'assume toute la responsabilité. Lorsque certaines parties de l'histoire fabriquée par Uchakov et que je signai ne se reliaient pas correctement, j'étais obligé de signer une autre variation. La même chose fut faite pour Rukhimoviteh qui fut d'abord désigné comme un membre du réseau de réserve et dont le nom fut ensuite enlevé sans que quoi que ce soit me fut dit; il en fut de même pour le dirigeant du réseau de réserve qui aurait été prétendument créé par Boukharine en 1935. Tout d'abord j'inserivis mon nom dedans et ensuite je fus obligé d'y mettre Mejlauk. Il y eut d'autres incidents semblables.
*Je vous demande, je vous prie de réexaminer à nouveau mon cas. non pour m'épargner mais pour dé- masquer la vile provocation qui, comme le serpent, s'enroule autour de plusieurs personnes, en grande partie à cause de ma bassesse et de calomnies criminelles. Je sais que je péris à cause du travail infâme et vile d'ennemis du parti et du peuple qui ont fabriqué la provocation contre moi.»
Il pourrait sembler qu'une telle déclaration méritait d'être examinée par le Comité Central. Mais ceci ne fut pas fait et la déclaration fut transmise à Béria, tandis que se poursuivait le terrible traitement du suppléant au Bureau Politique, le camarade Eikhe.
Le 2 lévrier 1940, Eikhe fut placé devant la Cour. La il n'avoua aucune culpabilité et déclara ce qui suit :
«Dans tous les prétendus aveux provenant de moi il n'y a pas une seule lettre écrite par moi à l'exception de ma signature au bas des procès-verbaux qui me fut imposée.
« J'ai avoué sous la pression du juge d'instruction qui, au moment de mon arrestation, me tortura. Après quoi j'écrivis toutes ces stupidités... Ce qui est le plus important pour moi est de dire à la Cour, au parti et à Staline que je ne suis pas coupable.
« Je n'ai jamais été coupable d'aucune conspiration. Je mourrais en croyant à la vérité de la politique du parti, comme je l'ai fait durant toute ma vie. »
Le 4 fevrier, Eikhe fut fusille (ndignation dans la salle). Il est maintenant définitivement établi que le cas de Eikhe fut fabriqué; il a été réhabilité de manière posthume.
Le camarade Routzoutak, suppléant • du Bureau Politique, membre du parti depuis 1905, qui passa dix ans dans un camp de travaux forcés du tsarisme, rétracta complètement devant la Cour les aveux qui lui avait été imposés. Le procès-verbal de la session de la Cour militaire suprême contient
Le Guépéou fabrique des
La manière par laquelle d'anciens hommes du N.K.V.D. fabriquerent divers «centres anti-soviétiques » fietifs à l'aide de méthodes provocatrices se voit dans les aveux du camarade Rosenblum, membre du Parti depuis 1906, qui fut arrêté en 1937 par le N.K.V.D. de Léninigrad.
Pendant l'examen du cas Konarov en 1955, Rosenblum révéla le fait suivant :
Quand Rosenblum fut arrêté en 1937, il fut soumis à de terribles tortures au cours desquelles il reçut l'or34 la déclaration suivante de Roudzoutak :
« La seule chose qu'il plaide devant la Cour est que le C.C. du Parti Communiste de l'Union soviétique soit informé qu'au N.K.V.D. il y a un centre non encore liquidé qui fabrique malicieusement des cas, qui force des innocents à avouer; il n'y a aucune possibilité de prouver sa non participation a des crimes que reconnaissent les témoignages de diverses personnes.
« Les méthodes d'instruction sont telles qu'elles obligent les gens à mentir et à calomnier des personnes tout à fait innocentes en plus de celles qui sont déjà accusées. Il demande à la Cour qu'il soit autorisé à informer le C.C. du Parti Communiste de l'U.R.S.S. de tout cela par écrit.
«Il assure la Cour que personnellement, il n'avait jamais eu aucun dessein méchant envers la politique du parti parce qu'il avait toujours été d'accord avec la politique du parti relative à toutes les sphères de l'activité économique et culturelle. »
Cette déclaration de Roudzoutak fut ignorée, bien que celui-ci avait été en son temps le chef de la Commission Centrale de Contrôle créée conformément aux préceptes de Lénine en vue de lutter pour l'unité du parti... C'est ainsi que tomba le chef de cet organisme extrêmement qualifié du Parti, victime de l'arbitraire brutal. Il ne fut même pas appelé devant le Bureau Politique du C.C. parce que Staline ne voulait pas lui parler. La sentence fut prononcée contre lui au bout de vingt minutes et il fut fusillé (Indignation dans la salle).
Après avoir étudié soigneusement le cas en 1955, il a été établi que l'accusation contre Roudzoutak était fausse et qu'elle se basait sur des matériaux calomnieux. Roudzoulak a été réhabilité de manière posthume. « centres antisoviétiques » dre d'avouer de fausses informations le concernant lui ainsi que d'autres personnes. Il fut alors amené au bureau de Zakovsky qui lui offrit la liberté à la condition qu'il fit devant la Cour un aveu mensonger fabriqué en 1937 par le N.K.V.D. concernant « le sabotage, l'espionnage et la diversion de la part d'un centre terroriste à Léningrad ». (Mouvements dans la salle).
Avec un cynisme incroyable Zakovsky raconta le vile « mécanisme » em- ployé à la création de « complots antisoviétiques ».
« Pour me l'illustrer, déclara Rosenblum, Zakovsky me soumit plusieurs variantes possibles de l'organisation de ce centre et de ses filiales. Après m'avoir détaillé l'organisation, Zakovsky me dit que le N.K.V.D. nréparerait le cas de ce centre, en observant que le jugement serait public.
* Devant la Cour on amena quatre ou cinq membres de ce centre : Chudov, Ugarov, Smorodine, Pozern, Chapochnikova (femme de Chudov) et d'autres, avec deux ou trois membres des filiales de ce centre...
«Le cas du centre de Léningrad devait être construit solidement pour cela il fallait des témoins. L'origine sociale (dans le passé, bien sür) et la situation du témoin dans le parti ne jouerait pas un petit rôle.
« Vous même, dit Zakousky, n'aurez pas besoin d'inventer quoi que ce soit. Le N.K.V.D. préparera pour vous un schéma tout prêt pour chaque filiale du centre. Vous devez létudier soigneusement et vous rappeler bien toutes les questions et réponses que la Cour pourrait vous demander. Cette affaire sera prête dans quatre ou cinq ou peut-étre six mois. Pendant tout ce temps, vous vous préparerez, de sorte que vous ne comprometterez ni l'instruction ni vous-mêmes. Si vous parvenez à le subir, vous sauverez votre tête et nous vous nourrirons et vêtirons aux frais du gouvernement jusqu'à votre mort. »
Telles étaient les sortes de viles choses que l'on pratiquait alors. (MouDements dans la salle.)
La falsification des cas se faisait encore plus grossierement en province. Le quartier général du N.K.V.D. du district de Sverdlovsk « découvrit » le soi disant « état-major d'insurrection de l'Oural» — un organisme du bloc des droitiers, des trotskystes, des socialistes révolutionnaires de chefs ecclésiastiques — dont le chef supposé était le secrétaire du comite de district du parti de Sverdlovsk, membre du C.C. du Parti communiste de l'Union soviétique, membre du parti depuis 1914. Les matériaux d'instruction de cette époque montrent que dans presque tous les cantons, districts et républiques, il y aurait paraît-il existé « des organisations de sabotage, de diversion, de terreur et d'espionnage » des trotskystes et droitiers qui, en regle generale -pour aucune raison connue — étaient dirigées par les premiers secrétaires des comités centraux ou des comités de parti des distriets et des républiques (Mouvements dans la salle).
Beaucoup de milliers de communistes honnêtes innocents sont morts en résultat de cette monstrueuse falsification de tels « cas », en résultat du fait que toutes sortes d'« aveux » calomnieux furent acceptés, et en résultat de la pratique de fabrication d'accusations contre soi-meme et contre d'autres. De la même manière furent fabriqués des « cas » contre des membres éminents du parti et de l'Etat, Kossior, Chubar, Postychev, Kosarev et d'autres.
Au cours de ces années, les repressions sur une grande échelle furent employées qui ne reposaient sur rien de tangible et qui ont eu pour résultat de lourdes pertes de cadres pour le parti.
On encouragea la pratique vicieuse selon laquelle le N.K.V.D. préparait des listes de personnes dont les cas étaient soumis à la juridiction militaire et dont les sentences étaient préPistes St avance. Yejoy envoyait ces parées par avance. Yejov envoyait ces
Staline personnellement pour que les punitions proposées soient approuvées par lu. En 1937 de telles listes contenant les noms de plusieurs milliers de membres du Parti, des Soviets, de la Jeunesse communiste, de l'Armée et de l'économie furent envoyées à Staline. Il approuva ces listes.
Un grand nombre de ces cas sont revus à présents et un grand nombre sont annulés parce qu'ils étaient infâmes et falsifiés. Il suffit de dire que, depuis 1954 jusqu'à ce jour, le collège militaire de la Cour suprême a réhabilité 7.679 personnes, dont beaucoup l'ont été de manière posthume.
Les arrestations de masse de membres du parti, des soviets, de l'économie et de l'armée ont causé un mal énorme à notre pays et à la cause du progrés socialiste.
Les répressions de masse ont eu une influence négative sur la condition morale et politique du parti, créant une situation d'incertitude, contribuant à la diffusion de soupçons malsains, et semant la discorde entre communistes. Toutes sortes de calomniateurs et de carriéristes étaient à l'œuvre.
Les résolutions de la réunion du C. C. du Parti communiste de l'Union soviétique de janvier 1938 apportèrent une certaine amélioration aux organisations du parti. Mais en 1938 il y eut aussi des vastes répressions.
C'est seulement parce que notre le qui frand parti disposait d'une si grande force politique et morale qu'il lui fut possible de survivre aux événements diffi- ciles de 1937-38 et d'éduquer de nouveaux cadres. Mais il n'y a pas de doute que notre marche en avant vers le socialisme et pour la préparation de la défense du pays aurait été bien meilleure s'il n'y avait pas eu les pertes immenses de cadres subies par suite des répressions infâmes et mensongères de masse en 1937 et 1938.
Nous accusons justement Yejov des pratiques dégénérées de 1937. Mais nous devons répondre à ces questions: Yejov aurait-il pu arrêter par exemple Kossior sans que Staline le sache ? Y avait-il un échange de vues et une décision du Bureau Politique à ce sujet ? Non, il n'y en avait pas, il n'y en eut pas d'autres cas de ce genre. Yejov aurait-il pu décider des questions aussi importantes que le sort de ligures aussi éminentes du parti ? Non, ce serait une manifestation de naïveté de penser que ce fut l'œuvre de Yejov seul, Il est clair que ces quesions étaient décidées par staline, el que sans ses ordres et son approbation Yejov n'aurait pas pu le faire.
Nous avons examiné les cas et réhabilité Kossior, Roudzoutak, Postychev, Kossarev et d'autres. Pour quelles raisons furent-ils arrêtés et condamnés ? La révision des documents montre qu'il n'y avait aucune raison pour le faire. Eux, comme beaucoup d'autres, furent arrêtés à l'insu du procureur. Dans une telle situation il n'y avait pas besoin d'aucune approbation, quelle sorte d'approbation y aurait-il ou y avoir quand Staline décidait de toute chose. Il fut le procureur en chef dans ces cas. Non seulement Staline était d'accord, mais il lança des ordres d'arrêt de sa propre initiative. Nous devons dire cela pour que les délégués au Congrès puissent clairement saisir cela, l'apprécier et en tirer les conclusions adéquates.
Staline ordonne les
Quand la vague d'arrestations en masse commença à reculer en 1939 et que les dirigeants des organisations territoriales du parti commencèrent à accuser les hommes du N.K.V.D. d'employer des méthodes de pression physiques sur les gens arrêtés, Staline envoya le 20 janvier 1939 un télégramme chiffré aux secrétaires des comités de cantons et de districts, aux comités centraux des partis communistes des républiques, aux commissaires du peuple aux Affaires intérieures et aux directions des organisations du N.K. V.D.
Ce télégramme disait :
« Le Comité Central du P.C. de PU36
Les faits prouvent que de nombreux abus furent commis par ordre de Staparti et de la légalité soviétique. Stasans tenir compte des règles du line était un homme tres melant, maladivement suspicieux. Nous le savions de notre travail avec lui. Il regardait un homme et disait: « Pourquoi vos yeux sont-ils si mouvants auiourd'hui ? > ou « Pourquoi vous remuezvous tant aujourd'hui et évitez-vous de me regarder directement dans les yeux ?» La suspicion maladive créait en lui une méfiance générale même envers les membres éminents du parti qu'il connaissait depuis des années. Partout et en toute chose il vovait des « ennemis », des « hypocrites » et des « espions ».
Possédant une puissance illimitée, il se plaisait dans l'arbitraire le plus grand, heurtant une personne moralement et physiquement. Ainsi était créée une situation dans laquelle on ne pouvait exprimer sa propre volon• Quand Staline disait que tel ou tel devait être arrêté, il fallait admettre en confiance qu'il s'agissait d'un « ennemi du peuple». En attendant, la bande de Béria qui dirigeait les organes de sécurité de l'Etat se surpassait en prouvant la culpabilité des gens arrêtés et la vérité des matériaux qu'elle avait falsifié.
Et quelles étaient les prueves présentées ? Les aveux des gens arrêtés, et les juges d'instruction acceptaient ces « aveux ». Comment était-il possible qu'une personne avoue des crimes qu'elle n'a pas commise ?
D'une seule façon — par l'application de méthodes physiques de pression, de tortures, l'amenant à un état d'inconscience, la privant de son jugement, lui otant sa dignité humaine. C'est de cette façon que des « aveux » furent obtenus. tortures physiques nion soviétique (bolchevik) explique que l'application de méthodes de pression_physique dans la pratique du N. K.V.D. est autorisée depuis 1937 conormement à lautorisation donnée par e C.C. du Parti communiste de l'Union soviétique (bolchevik).
« On sait que tous les services bourgeois de police emploient les méthodes d'influence physique contre les représentants du prolétariat socialiste et ils les emploient dans des formes les plus scandaleuses. La question se pose de savoir pourquoi le service de police socialiste serait plus humanitaire envers les agens forcenes de la bourgeoigeoisie, contre les ennemis mortels de la classe ouvrière et des travailleurs kolkhoziens.
* Le C.C. du Parti communiste de PUnion soviétique (bolchevik) considère que la pression physique doit encore être employée obligatoirement, comme une exception applicable aux ennemis du peuple connus et obstinés, comme une méthode à la fois justifiée et appropriée. »
Ainsi, au nom du Comité Central du P.C. de l'Union soviétique (bolchevik), Staline sanctionna la violation la plus brutale de la légalité socialiste.
la torture et l'oppression qui amenèrent, comme nous l'avons vu, des innocents à se calomnier et à s'accuser.
l y a peu de temps — quelques jours seulement avant ce Congrès -nous avons fait venir et interroger au présidium du C.C. le juge d'instruction Rodos qui, à l'époque, enquêta et interrogea Kossior, Chubar et Kosarev. C'est un etre vile, avec un cerveau d'oiseau et d'une moralité complètement dégénérée. Et c'est cet homme qui décidait du sort des membres éminents du parti ; il rendail aussi des jugements d'ordre politique dans ces tourist asie les manal di questions parce que, ayant établi le « crime > qu'ils avaient commis,
La puissance accumulée aux mains d'une seule personne, Staline, eut de sérieuses conséquences pendant la grande guerre patriotique.
En regardant beaucoup de romans, de films et « d'études scientifiques » historiques, le rôle de Staline dans la guerre patriotique y apparait tout à fait improbable. Staline aurait tout prévu. Les armées soviétiques, sur la base d'un plan stratégique établi depuis longtemps par Staline, employérent la tactique dite de « défense active », c'est-a-dire une tactique qui permit, comme on le sait, aux Allemands d'avancer jusqu'à Moscou et Stalingrad.
Recourant à cette tactique, les armées soviétiques seraient, parait-il, sessens at oriensave enerdie st vane. cu l'ennemi. L'épopée victorieuse gagnée par la force armée du pays des soviets, par notre peuple héroique, est dans ce type de romans, de tilms, et « d'études scientifiques » complètement attribuée au génie stratégique de Staline.
C'est une question que nous devons analyser soigneusement parce qu'elle a une énorme signification, non seulepouvaient etre tirees d'importantes implications politiques.
La question se pose de savoir si un homme ayant cette intelligence pouvait seul faire une enquete de manière à prouver la culpabilité de gens comme Kossior et autres. Non, il n'aurait pas pu le faire sans avoir reçu des directives appropriées. A la session du présidium du C.C., il nous a dit : « On m'avait dit que Kossior et Chubar étaient des ennemis du peuple et, pour cette raison, moi en tant que juge d'instruction, je devais leur faire (Indignation dans la salle). avouer qu'ils étaient des ennemis ».
Il put le faire seulement en recourant longuement a la torture, sur des instructions détaillées qu'il reçut de Béria. Nous devons dire qu'à la cession du présidium du C.C., il déclara cyniquement: « Je pensais que j'exéculais les ordres du parti ». C'est de cette manière que les ordres de Staline concernant l'emploi de méthodes de pression physique contre les personnes arrétées furent mis en pratique.
Ces faits et bien d'autres montrent que toutes les règles d'une solution correcte par le parti des problèmes étaient annulées et que tout dépendait de l'arbitraire d'un homme. ment d'un point de vue historique mais surtout d'un point de vue politique, éducationnel et pratique,
Quels sont les faits dans cette question ?
Avant la guerre, notre presse et tout notre travail d'éducation politique étaient caractérisés par un ton vantard ; si un ennemi violait le sol sacré des soviets, alors à chaque coup de l'ennemi nous répondrons par trois coups et nous combattrons l'ennemi sur son territoire et nous gagnerions ces déclarations affirmatives ne reposans grand dommage pour nous. Mais saient pas dans tous les domaines sur les faits concrets qui auraient garanti réellement l'immunité de nos fronfrontières.
Pendant la guerre et après celle-ci, Staline a mis en avant la thèse que la tragédie que notre nation a subie dans la première partie de la guerre était le résultat de l'attaque « imprévue » des Allemands contre l'Union soviétique. Mais, camarades, ceci est tout à fait faux.
Des son arrivée au pouvoir en Allemagne, Hitler se fixa pour tâche la liquidation du communisme. Les fas-
Le « génie militaire » de Staline
Le « génie militaire » de Staline cistes le disaient ouvertement; ils ne cachaient pas leurs plans. Pour atteindre ce but agressif, ils constituèrent loutes sortes de blocs et de pactes. tel le fameux axe Berlin-Rome-Tokio. Beaucoup de faits de la période d'avant guerre montrent clairement qu'Hitler était orienté sur le déclenchement d'une guerre contre l'Etat soviétique et qu'il avait concentré de nombreuses unités armées, des divisions blindées, près des frontières soviétiques.
Des documents qui ont maintenant été publiés montrent que le 3 avril 1941, Churchill, par l'intermédiaire de son ambassadeur en U.R.S.S., Cripps, avertit personnellement Staline que les Allemands avaient commencé à regrouper des unités armées dans l'intention d'attaquer l'Union soviétique. Il va de soi que Churchill ne fit pas cela du tout pour des raisons d'amitié envers la nation soviétique. Il avait dans cette question en vue ses propres buts impérialistes. à savoir amener l'Allemagne et PU.R.S.S. dans une guerre sanglante et ainsi fortifier la position de l'Empire britannique.
Quoiqu'il en soit, Churchill affirmait dans ses écrits qu'il cherchait « à avertir Staline et à attirer son attention sur le danger qui le menaçait ». Churchill le souligna à nouveau dans ses dépêches du 18 avril et des jours suivants.
Cependant, Staline ne tint pas compte de ces avertissements. Plus encore, il donna l'ordre de n'attacher aucune valeur à des informations de cette sorte, afin de ne pas provoquer le déclenchement d'opérations militaires.
Nous devons affirmer que des informations de cette sorte relatives à la menace d'une invasion armée allemande du territoire soviétique arrivaient également de nos propres sources d'information diplomatiques et militaires. Mais, comme la direction était hostile à de telles informations, celles-ci n'étaient envoyées qu'avec crainte et sous une forme réservée.
Par exemple, une information envoyée le 6 mai 1941 de Berlin par l'attaché militaire soviétique, le capitaine Vorontsov, déclare : « Le citoyen soviétique Bozer... a communiqué à l'adjoint de l'attaché naval que, conformément à une déclaration d'un certain officier allemand appartenant au quartier général d'Hitler, l'Allemagne se .prépare a envahir U.R.S.S. prépare à envahir TO.R.S.S le 14 mai par la Finlande, les Etats baltes et la Lettonie. En même temps, moscou el beulgrad seront fortement Moscou et Leningrad seront fortement 38 bombardées et des troupes parachutées dans les villes frontières...» . Dans son rapport du 22 mai 1941, l'adjoint à l'attaché militaire à Berlin, le capitaine Khlopov, communique que * ...lallaque de l'armée allemande serait prévue pour le 15 juin, mais il est possible qu'elle commence dans les premiers jours de juin... ».
Un câble de notre ambassade à Londres du 18 juin 1941 déclare : « Dès maintenant, Cripps est profondément convaincu de l'inévitabilité d'un conflit armé entre l'Allemagne et P'U.R.S.S. qui ne commencera pas plus tard que dans le milieu de juin. Selon Cripps, les Allemands ont à présent concentré 147 divisions (y compris des unités de l'aviation et des services) le long des frontières soviétiques... »:
En dépit de ces avertissements particulièrement graves, les mesures nécessaires pour préparer le pays convenablement à sa défense et l'empêcher d'être pris au dépourvu ne furent pas prises.
Avions-nous le temps et les capacités pour faire de tels préparatifs ? Oui, nous avions le temps et les capacités. Notre industrie était déjà si développée qu'elle était capable d'approvisionner complètement les armées soviétiques de tout ce dont elles avaient besoin.
Ceci est prouvé par le fait que, bien que pendant la guerre nous ayons perdu près de la moitié de notre industrie et des régions importantes tant pour l'industrie que pour la production d'aliments, par suite de l'occupation par l'ennemi de l'Ukraine, du nord du Caucase et d'autres parties occidentales du pays, la nation soviétique fut encore cependant capable d'organiser la production de l'équipement militaire dans les parties orientales du pays, d'y installer l'équipement retiré des régions industrielles de l'Ouest, et de fournir à nos forces armées tout ce qu'il fallait pour détruire l'ennemi.
Si notre industrie avait été mobilisée convenablement et en temps voulu pour fournir à l'armée le matériel nécessaire, nos pertes du temps de guerre auraient été certainement plus petites. Mais une telle mobilisation n'avait pas été commencée à temps. Et dès les premiers jours de la guerre, il devint évident que notre armée était mal armée, que nous n'avions pas assez d'artillerie, de tanks et d'avions pour repousser l'ennemi.
La science et la technique soviétiques avaient produit d'excellents modèles de tanks et de canons avant la guerre. Mais la production en masse de tout cela n'était pas organisée et, en faits, nous avons commencé à moderniser notre équipement militaire seulement à la veille de la guerre.
Il en résulta qu'au moment de l'invasion par l'ennemi la situation en défense antiaerienne était particulièrement mauvaise; nous n'avions organisé la production de munitions anti-tanks. Beaucoup de régions fortifiées s'avérèrent indéfendables.
Ceci s'appliquait, hélas, pas seulement aux tanks, à l'artillerie et aux avions. Lors du déclenchement de la guerre, nous n'avions même pas suffisamment de fusils pour armer les hommes mobilisés. Je me souviens que dans ces jours-là, je téléphonais de Kiev au camarade Malenkov pour lui dire : « Les gens se présentent comme volontaires pour la nouvelle armée et demandent des armes. Vous devez nous envoyer des armes. »
Malenkov me répondit: « Nous ne pouvons vous envoyer des armes. Nous envoyons tous nos fusils à Léningrad et vous devez vous armer vousmêmes. » (Mouvements dans la salle.)
Telle était la situation au sujet des armements.
Sous ce rapport, nous ne pouvons pas oublier par exemple le fait suivant. Peu avant l'invasion de l'Union soviétique par l'armée hitlérienne, Korponos, qui était le commandant du district militaire spécial de Kiev (et fui lut plus tard tue sur le front), crivit a Staline que les armées allemandes, sur la rivière Bug, se préparaient pour une attaque et qu'elles passeraient à l'offensive probablement dans un très proche avenir. A ce sujet, Korponos proposa d'organiser une forte défense, d'évacuer 300.000 personnes des zones frontières et d'y organiser quelques forts bastions : tranchées anti-tanks, tranchées pour les soldats, etc.
Moscou répondit à cette proposition en affirmant que ce serait une provocation, qu'il ne fallait entreprendre aucun travail défensif aux frontières, qu'il ne fallait donner aux Allemands aucun prétexte pour déclencher une action militaire contre nous. Ainsi nos frontières furent insuffisamment préparées en vue de repousser l'ennemi.
Lorsque les armées fascistes avaient déjà effectivement envahi le territoire sovietique et que les opérations militaires avaient commencé, Moscou lonna Tordre de ne pas repondre au leu des Allemands. Pourquoi ? C'est parce que, malgré les faits, Staline pensait que la guerre n'avait pas encore commencé, que c'était seulement une action de provocation de la part de quelques sections indisciplinées de l'armée allemande et que notre réaction pouvait servir de prétexte aux
Allemands pour commencer la guerre.
Le fait suivant est également connu.
A la veille de l'invasion du territoire soviétique par l'armée hitlérienne, un certain citoyen allemand franchit notre frontière et déclara que les armées allemandes avaient reçu l'ordre de commencer l'offensive contre l'Union soviétique dans la nuit du 22 Juin a s heures. Staline en fut informé immédiatement, mais même cet avertissement fut ignoré.
Comme vous le voyez, tout fut ignoré : avertissements de certains chefs militaires, déclarations de déserteurs de l'armée ennemie, et même le déclenchement des hostilités par l'ennemi. Est-ce l'exemple de la vigilance du chef du parti et de l'Etat en ce moment historique particulièrement important ?
Et quels furent les résultats de cette altitude légère, de cette négligence des faits évidente ? Le résultat en fut que des les premiers jours et heures, l'enfrontières une grande partie de notre nemi avait detruit dans nos regions aviation, de notre artillerie et d'autres équipements militaires, il détruisit un grand nombre de nos cadres militaires et désorganisa notre direction militaire. Par conséquent, nous n'avons pas pu empêcher l'ennemi de pénétrer profondément dans notre pays.
En raison de son esprit de suspicion et d'accusations calomnieuses, Staline détruisit de 1937 à 1941 beaucoup de commandants militaires et de commissaires politiques et ceci eut de très graves conséquences, particulièrement au début de la guerre.
Au cours de ces années, des répressions furent exercées contre certaines parties des cadres militaires, littéralement depuis le niveau de commandant de bataillon ou de compagnie jusqu'aux plus hautes sphéres militaires; au cours de cette période, les cadres dirigeants qui avaient acquis une expérience militaire en Espagne et en Extrême-Orient furent presque complètement liquidés (16).
(16) Khrouchtchev se réfère implicitement à l'exécution en 1937 de Toukhatchevsky, Gamarnik, « les vrais dirigeants de l'armée rouge au cours des dernières années » (L. Trotsky) et autres généraux. sacres d'officiers qui suivirent, Trotsky Commentant cette exécution et les masécrivait en 1937: « Staline a porté l'Armée rouge un coup terrible. La nouvelle imposture judiciaire a rabaissé cette armée de plusieurs têtes. Au moral elle est ébranlée jusque dans ses fondements. Les intérêts de la défense du pays ont été sacrifiés à la conservation de la coterie dirigeante ».
La politique de répression sur une grande échelle contre nos cadres militaires entraina aussi Un affaiblissement de la discipline militaire parce que, pendant plusieurs années, les officiers de tout grade et meme les soldats furent instruits dans les cellules du parti et des Jeunesses qu'ils devaient & démasquer » leurs supérieurs comme des ennemis cachés. (Mouvements dans la salle.)
Il est naturel que ceci provoque un eflet négatif sur l'état de la discipline militaire dans la première période de la guerre.
Et, comme vous le savez, nous avions avant la guerre des cadres militaires excellents qui étaient indiscutablement loyaux envers le parti et la patrie. Il suffit de dire que ceux d'entre eux qui sont parvenus à survivre, en dépit des sévères tortures auxquelles ils furent soumis en prison, se sont montrés des les premiers jours de véritables patriotes et ont combattu héro Jee mense ier la glos cate la des heroiquement pour la gloire de la pacomme Rokossowky (qui, comme vous le savez, fut emprisonné), Gorbatov, Maretskov (qui est un délégué à ce Congrès), Podlas (un excellent commandant qui mourut sur le front) et à beaucoup, beaucoup d'autres. Mais beaucoup de ces commandants périrent dans des camps et des prisons et l'armée ne les vit jamais plus.
Tout ceci provoqua la situation qui existait au début de la guerre et qui constitua la menace la plus grande pour notre patrie.
Il ne serait pas correct d'oublier qu'après les premiers graves désastres et défaites sur le front, Staline pensait que c'était la fin. Dans un de ses discours en ce temps-la, il dit: « Tout ce que Lénine a créé, nous l'avons perdu à jamais ».
Après quoi, Staline, pendant longtemps, ne dirigea pas effectivement les opérations militaires et cessa de faire quoi que ce soit. Il reprit une direction politique active seulement quand quelques membres du Bureau politique lui rendirent visite et lui dirent qu'il était nécessaire de prendre immédiatement certaines mesures pour améliorer la situation sur le front.
Par conséquent, le danger menaçant qui était suspendu sur notre patrie dans la première période de la guerre était largement dû aux méthodes défectueuses de direction de la nation et du parti par Staline lui-même.
Toutefois, nous ne parlons pas seulement du moment où la guerre commença, qui conduisit à une grave désorganisation de notre armée et entraîna de sévères pertes. Même ulté40 rieurement, la nervosité et l'hystérie que manifesta Staline, en interférant dans les opérations militaires effectives, provoquérent de graves dommages a notre armée.
Staline était très loin de comprendre la situation réelle qui se développait sur le front. Cétait normal parce que, pendant toute la durée de la toute la durée de guerre patriotique, il ne visita aucun secteur du front ni aucune ville libérée, à l'exception d'un court voyage sur la grand-route de Mojaisk, quand la situation sur le front avait été stabilisée.
A cet incident furent dédiés de nombreux travaux littéraires pleins de fantaisies de toutes sortes et de nombreuses peintures. En même temps, Staline se mêlait aux opérations militaires et donnait des ordres qui ne prenaient pas en considération la situation réelle sur un secteur donné du front, et qui ne pouvaient que contribuer à donner de lourdes pertes dans les combats.
A ce sujet, je me permettrais de citer un fait caractéristique qui illustre comment Staline dirigea les opérations sur les fronts. A ce Congres se trouve le maréchal Bagramyan qui fut a une époque chef des opérations au quartier général du front du sud-ouest, et il peut corroborer ce que je vais vous dire.
Quand il se produisit une situation exceptionnellement grave en 1942 dans la région de Kharkov, nous avions correctement décidé d'abandonner une opération dont l'objectif à l'époque aurait menacé notre armée de conséquences fatales si l'on avait poursuivi cette opération.
Nous le communiquâmes à Staline, déclarant que la situation exigeait des changements dans les plans des opérations afin d'empêcher l'ennemi de liquider une concentration appréciable de notre armée.
En dépit du bon sens, Staline" repoussa notre suggestion et donna l'ordre de continuer l'opération destinée à encercler Kharkov, bien qu'à ce moment, plusieurs concentrations de nos armées étaient effectivement menacées d'être encerclées et liquidées.
Je téléphonais à Vasilevsky et l'implorais :
* Alexandre Mikhailovitch, prenez une carte (Vasilevsky est ici présent) et montrez au camarade Staline la situation qui se développe. Nous devons noter que Staline faisait des plans d'opérations sur une mappemonde. (Stupeur dans la salle.)
Oui, camarades, il avait l'habitude de se servir d'une mappemonde et de marquer la ligne du front sur celle-ci. Je dis au camarade Vasilevsky :
* Montrez-lui la situation sur une carte ; dans la situation actuelle nous ne pouvons continuer l'opération qui avait été prévue. Il faut changer l'ancienne décision pour le bien de la cause. »
Vasilevsky répondit pour dire que Staline avait déjà étudié cette question et que lui, Vasilevsky, ne verrait plus Staline à ce sujet, parce que ce dernier ne voulait plus entendre aucun argument au sujet de cette opération.
Après ma conversation avec Vasilevsky, je téléphonais à Staline à sa villa. Mais Staline ne répondit pas au téléphone et c'était Malenkov qui était à l'écouteur. Je dis au camarade Malenkov que je téléphonais du front et que je voulais parler personnellement à Staline. Staline m'informa par l'intermédiaire de Malenkov que je devais parler a Malenkov. Je declarais pour la seconde fois que je souhaitais informer Staline personnellement de la situation grave qui avait surgi au front. Mais Staline ne jugea pas opportun de prendre le téléphone et répéta que je devais lui parler par l'intermédiaire de Malenkov, bien qu'il ne fut qu'à quelques pas du téléphone.
Après avoir « écouté » de cette manière notre demande, Staline dit : « Que tout reste comme il en a été décidé ».
Et quel en fut le résultat ? Ce que nous escomptions de pis. Les Allemands encerclèrent nos concentrations et par suite nous avons perdu des centaines de milliers de soldats. Tel était le « génie » militaire de Staline. Et c'est ce qu'il nous a coûté. (Mouvements dans la salle.)
Après la guerre, en une certaine oecasion à une réunion de Staline, avec des membres du Bureau politique, Anastase Ivanovitch Mikoyan mentionna que Khrouchtchev devait avoir eu raison quand il avait téléphoné au sujet de l'opération de Kharkov et qu'il était dommage que sa suggestion n'eut pas été acceptée.
Vous auriez dû voir la fureur de Staline. Comment pouvait-on supposer que lui, Staline, n'avait pas eu raison ! Il était un « génie » après tout, et un génie ne peut qu'avoir raison ! Tout le monde peut se tromper, mais Staline considérait qu'il ne se trompait jamais, qu'il avait toujours raison.
Il n'a jamais admis à personne qu'il avait fait une erreur, grande ou petite, bien qu'il commit plus d'une erreur, dans le domaine de la théorie et dans son activité pratique.
Après le Congrès du parti, nous aurons probablement à réévaluer nombre de nos opérations militaires : du temps de guerre et à les presenter dans leur véritable lumière.
La tactique sur laquelle Staline insista dans l'ignorance de l'essence de la conduite des opérations de guerre nous a coûté beaucoup de sang jusqu'à ce que nous sommes arrivés à arrêter l'ennemi et à passer à l'offensive.
Les militaires savent que, à la fin de 1941, au lieu de procéder à de grandes manœuvres tactiques sur le flanc de l'ennemi, pénétrant sur ses arrières, Staline exigeait d'incessantes attaques frontales et la capture de village après village.
A cause de cela, nous avons subi de grandes pertes, jusqu'a ce que nos généraux, sur les epaules de qui reposait tout le poids de la conduite de la guerre, réussirent a changer la situation et à passer à des opérations manœuvrières souples, qui entraînérent immédiatement de sérieux changements sur le front en notre faveur.
Ce qui fut d'autant plus honteux, c'est lé fait qu'après notre grande victoire sur l'ennemi qui nous a tant coûté, Staline commença à discréditer beaucoup de commandants qui avaient tant contribué à la victoire sur l'ennemi, parce que Staline éliminait toute idée que les services rendus sur le front pouvaient être mis au crédit à d'autres que lui.
Staline était très intéressé dans l'estimation qu'on pouvait avoir de Joukov comme chef militaire. Il me demanda souvent mon opinion sur Joukov. Je lui disais alors : « Je connais Joukov depuis longtemps, c'est un bon général, un bon chef militaire. »
Après la guerre, Staline commença à raconter toutes sortes de stupidités sur Joukov, entre autres ceci : « Vous louez Joukov, mais il ne le mérite pas. On dit qu'avant chaque opération au front, Joukov avait l'habitude d'agir ainsi, il prenait une poignée de terre, la sentait et disait : Nous pouvons commencer lattaque », ou au contraire : « L'opération prévue ne peut être réalisée. » Je déclarais à l'époque : « Camarade Staline, je ne sais qui a inventé cela, mais ce n'est pas vrai. »
Il est possible que Staline lui-même ait inventé ces choses dans le but de minimiser le rôle et les talents militaires du maréchal Joukov.
A ce sujet, Staline se popularisa très énergiquement comme un grand leader. Par divers moyens, il chercha a inculquer au peuple la version que toutes les victoires gagnées par la nation soviétique pendant la grande guerre patriotique étaient dues au courage, à l'audace et au génie de Staline et à personne d'autre. Tout comme
Kuzma Kruychkov (ce Cosaque fameux qui accomplit des exploits héroïques contre les Allemands), il mit un manteau sur sept personnes en même temps. (Animation dans la salle.)
Dans le même sens, prenons par exemple nos films historiques et militaires et quelques créations littéraires; ils nous rendent malades. Leur véritable objectif est de propager le thème de la louange de Staline comme génie militaire. Rappelons le film & La chute de Berlin ». Dans celui-ci, seul Staline agit, il donne des ordres dans une salle où il y a de nombreuses chaises vides et seul un homme s'approche de lui et lui rapporte quelque chose, c'est Poskrebychev, son , fidèle garde de corps. (Rires dans la salle.)
Et ou se trouve le commandement militaire ? Où est le Bureau politique ? Où est le gouvernement ? Que font-ils et de quoi s'occupent-ils ? Il n'y a rien sur eux dans le film. Staline agit pour tout le monde. Il ne compte avec personne. Il ne demande à personne un avis. Tout est montré à la nation dans cette lumière fausse. Pourquoi ? Afin d'entourer Staline de gloire, contrairement aux faits et contrairement à la vérité historique.
Non, ce n'est pas Staline, mais le parti dans son ensemble, le gouvernement soviétique, notre armée héroïque, ses dirigeants de talent et ses braves soldats, toute la nation soviétique, ce sont ceux-la qui ont assuré la victoire dans la grande guerre pagrande guerre patriotique. (Applaudissements prolongés el enthousiastes.)
Les membres du Comité central, les ministres, les dirigeants de Teconomie, les leaders de la culture soviétique, les dirigeants des organismes locaux du parti et des , soviets, les ingénieurs et les techniciens — chacun d'eux à son propre poste de travall a donné généreusement ses forces et son cerveau pour assurer la victoire sur l'ennemi.
Un héroïsme exceptionnel fut montré par nos cadres les meilleurs. La
Camarades, passons à quelques autres faits. L'Union soviétique est considérée à juste titre comme un modèle d'Etat multinational, parce que nous avons pratiquement assuré l'égalité et l'amitié de toutes les nations qui vivent dans notre grande patrie.
D'autant plus monstrueuses furent les actions dont Staline fut l'initiateur et qui constituaient de grossières violations des principes léninistes fonda42 gloire enveloppe toute notre classe ouvriere, nos termiers collectils, intelligenzia soviétique qui, sous la direction des organisations tomes des daticules partis et du parti, ont surmonté des qui, supportant les souffrances de la guerre, ont donné toutes leurs forces à la cause de la défense de la patrie.
Des actions grandes et braves ont été accomplies pendant la guerre par nos temmes sovietiques qui ont porté le lourd fardeau de la production dans les usines, dans les fermes collectives, et dans divers secteurs économiques et culturels. Beaucoup de femmes ont participé directement à la grande guerre patriotique sur les fronts. Notre brave jeunesse a immensement contribué sur le front et à l'arrière à la défense de la patrie soviétique et à la destruction de l'ennemi.
Immortels sont les services rendus mandants et nos commissaires polipar les soldats soviétiques, nos comtiques de tout grade. Après la perte d'une partie considérable de notre armée dans les premiers mois de la querre, 1ls ne perdirent pas la tête et Turent capables de se réorganiser dans le cours du combat. Ils créèrent et fortifièrent au cours de la guerre une armée forte et héroïque et non seulement ils ont tenu en face de la pression d'un ennemi fort et rusé, mais ils l'écrasérent.
Les actions magnifiques et héroïques de centaines de millions de personnes à l'Est et à l'Ouest pendant la lutte contre la menace du joug fasciste qui se profilait devant nous vivront pendant des siècles et des millénaires dans la mémoire de l'humanité reconnaissante. (Tonnerre d'applaudissements.)
Le rôle principal, le crédit essentiel pour la fin victorieuse de la guerre appartiennent à notre Parti communiste, aux forces armées de l'Union soviétique et aux dizaines de millions de soviétiques élevés par notre parti. (Tonnerre d'applaudissements prolongés.) mentaux de la politique des nationalités de l'Etat soviétique. Nous nous référons aux déportations de masse de nations entières, y compris tous les communistes et les jeunes communistes sans exception, de leur pays natal. Ces actions de déportation n'étaient pas dictées par la moindre considération militaire.
Ainsi, déjà à la fin de 1943, alors qu'il y avait déjà eu une percée per-
Les déportations de nations entières
Les déportations de nations entières manente sur les fronts de la grande guerre patriotique au profit de l'Union soviétique, la décision fut prise et exécutée de déporter tous les Karachai des terres sur lesquelles ils vivaient. Dans la même période, à la fin de décembre 1943, la même chose survint à toute la population de la République autonome des Kalmouks.
En mars 1944, les peuples Tchétchène et Ingouche furent déportés et la République autonome tchétchéneingouche fut liquidée. En avril 1944, tous les Balkars furent déportés de la République autonome kabardino-balkare vers des lieux éloignés et la république fut dénommée alors République autonome kabardinienne (17).
Les Ukrainiens ont évité de connaitre un tel sort seulement parce qu'ils étaient trop nombreux et qu'il n'y avait pas de place pour les déporter.
Les « affaires »
Après la fin de la guerre patriotique, la nation soviétique soulignait avec fierté les magnifiques victoires gagnées au prix de grands sacrifices et d'énormes efforts. Le pays connaissait une période d'enthousiasme politique. Le parti sortit de la guerre encore plus uni. Dans le feu de la guerre, -les cadres du parti avaient été trempés et fortifiés. Dans de telles conditions, personne n'aurait même pu penser à la possibilité d'un complot quelconque dans le parti.
Et c'est précisément à ce moment que naquit ladite « affaire de Léningrad ». Comme nous l'avons prouvé maintenant, elle fut fabriquée. Ceux qui, innocents, y perdirent la vie comprennent les camarades Vosnessensky, Kouznetsov, Rodionov, Popkov, et d'autres.
Comme on le sait, Vosnessensky et Kouznetsov étaient des dirigeants éminents de talent. A un moment ils furent proches de Staline. !! suffit de mentionner que Staline fit de Vosnessensky le premier adjoint au Président du Conseil des ministres et que Kouznetsov fut élu secrétaire du Comité central. Le fait même que : Staline confia à Kouznetsov la supervision des organes de sécurité de l'Etat montre la confiance dont il jouissait.
Comment arriva-t-il que ces personnes furent stigmatisées comme des ennemis du peuple et liquidées ?
Les faits montrent que « l'affaire de Léningrad » est aussi le résultat de l'arbitraire de Staline à l'égard des cadres du parti.
Si une situation normale avait existé
Sinon, ils auraient aussi été déportés. (Rires et animation dans la salle.)
Il n'est pas nécessaire d'être un marxiste-léniniste, aucun homme de bon sens ne peut comprendre comment il est possible de rendre des nations entières, y compris les femmes, les enfants, les vieux, les communistes et les jeunes communistes, responsables d'activités inamicales, d'employer une répression de masse contre elle, et de les soumettre à la misère et à la souffrance en raison d'actes hostiles commis par des individus ou par certains groupes de personnes.
(17) La liste des populations déportées n'est pas complète. Khrouchtchev omet de mentionner différents autres cas, celui des Allemands de la République de Volga entre autres. Comme il omet également de mentionner les mesures prises de 1948 à 1952 contre les Israélites en U.R.S.S., et l'extermination de tous les écrivains de langue yiddich. de l'après-guerre lans le comite enque du C.C, des le Comité central du parti el affaires de cette sorte y auraient été étudiées conformément à la pratique du parti et tous les faits appropriés jugés, Il en aurait résulté qu'une telle affaire, tout comme d'autres, ne se serait pas produite.
Nous devons dire qu'aprés la guerre la situation devint encore plus compliquée. Staline devint encore plus capricieux, plus irritable et plus brutal. Sa suspicion notamment grandit. Sa manie de la persécution atteignit des dimensions incroyables. Beaucoup de militants devenaient des ennemis à ses yeux. Apres la guerre, Staline se tint encore plus à lécart d'un organisme collectif. Tout était décide par lui seul sans aucune considération pour quiconque ou quoi que ce soit.
Cette suspicion incroyable fut intelligemment utilisée par Béria, le provocateur abject et le vil ennemi, qui a assassiné des milliers de communistes et de citoyens soviétiques loyaux. La montée de Voznessensky et de Kouznetsov alarma Béria. Comme nous avons pu le prouver à présent, c'est précisément Béria qui « suggéra » à Staline la fabrication par lui et ses hommes de confiance de matériaux sous la forme de déclarations et de lettres anonymes et sous la forme de diverses conversations et rumeurs.
Le Comité central du Parti a examiné ladite « affaire de Léningrad » ; les personnes innocentes qui ont souffert sont à présent réhabilitées l'honneur a été rendu à la glorieuse organisation du parti de Léningrad.
Abakoumov et d'autres qui ont fabriqué cette affaire ont été jugés, leur procès a eu lieu à Léningrad et ils ont eu ce qu'ils méritaient.
La question se pose : pourquoi ne voyons-nous la vérité que maintenant et n'avions-nous rien fait plus tôt, du vivant de Staline, pour empêcher la perte de vies innocentes ? C'est parce que Staline personnellement contrôla « l'affaire de Léningrad » et que la majorité des membres du Bureau politique à l'époque ne connaissaient pas toutes les circonstances de ces affaires et par conséquent ne pouvaient pas intervenir.
Quand Staline reçut certains matériaux de la part de Béria et Abakoumov, sans procéder à un examen de ces matériaux, il ordonna une enquête de « l'affaire » de Voznessensky et Kouznetsov. Avec cela, leur sort était scellé.
Le cas de l'organisation nationaliste mingrélienne qui aurait parait-il existé en Géorgie est également intéressant. On le sait, des résolutions du Comite central du P.C. de l'Union soviétique furent adoptées sur cette affaire en novembre 1951 et en mars 1952. Ces résolutions furent prises sans discussion prealable au Bureau politique.
Staline les avait personnellement dictées. Elles portaient de graves accusations contre de nombreux communistes locaux. Sur la base de documents falsifiés, il était prouvé qu'il existait en Géorgie une prétendue organisation nationaliste dont l'objectif était la liquidation du pouvoir soviétique dans cette république avec laide des puissances imperialistes.
A ce propos, on arreta en Géorgie un certain nombre de responsables du parti et des soviets. Comme cela fut prouve plus tard, c'était une calomnie à l'adresse de l'organisation du parti en Géorgie.
Nous savons qu'il y a en à certaines époques des manifestations de nationalisme bourgeois local en Géorgie comme dans plusieurs autres républiques. La question se pose de savoir s'il était possible que, dans la période à laquelle les résolutions ci-dessus se référaient, les tendances nationalistes aient tellement grandi qu'il y avait un danger que la Géorgie quitte l'Union soviétique et rejoigne la Turquie. (Animation dans la salle, rires.)
C'est évidemment stupide. Il est impossible d'imaginer comment une telle idée pourrait venir à l'esprit de n'importe qui. Tout le monde sait que la Géorgie s'est considérablement développée économiquement et culturellement sous le régime soviétique. 44
La production industrielle de la République de Géorgie est 27 fois plus grande qu'elle ne l'était avant la révolution. Beaucoup d'industries nouvelles ont été créées en Géorgie qui n'existaient pas avant la révolution : fonderie de fer, pétrole, construction de machines, etc. analphabetisme qui, avant la révolution, s'étendait a
% de la population, a été depuis longtemps liquidé.
Les Géorgiens, comparant la situation de leur république à la condition très dure des masses laborieuses en Turquie, pouvaient-ils aspirer à rejoindre la Turquie? En 1955, la Georgie a produit 18 fois plus d'acier par personne que la Turquie, neuf fois plus d'énergie électrique.
Selon le recensement disponible de 1950, 65 % de toute la population turque sont illettrés, chiffre atteignant 80 % en ce qui concerne les femmes. La Géorgie possède 90 institutions d'enseignement supérieur avec environ 39.000 étudiants, soit 8 fois ce qui existe en Turquie par millier d'habitants. La prospérité du peuple travailleur s'est considérablement développée en Géorgie sous le régime soviétique.
Il est evident que plus léconomie et la culture se développent, plus grandit la conscience socialiste des masses travailleuses en Géorgie, et plus tarit la source d'ou le nationalisme bourgeois tirait sa force.
A vrai dire, il n'y avait pas d'organisation nationaliste en Georgie. Des milliers d'innocents sont tombes vie. times de l'arbitraire et de l'illégalité. Tout cela s'est produit sous la direction « géniale » de Staline, « le grand fils de la nation géorgienne », comme les Géorgiens aimaient parler de Staline. (Animation dans la salle.)
L'arbitraire de Staline ne se montra pas seulement dans les décisions concernant la vie intérieure du pays mais aussi dans les relations internationales de l'Union soviétique.
Le plénum de juillet du Comité central a étudié en détail les raisons pour lesquelles se développa le conflit avec la Yougoslavie. Staline y a joué un rôle honteux. « L'affaire yougoslave » ne contenait aucune question qui n'aurait pu être réglée par des discussions entre camarades de parti.
Il n'y avait pas de base importante pour que cette « affaire » se développe. Il était tout à fait possible de prévenir la rupture des relations avec ce pays. Cela ne veut pas dire que les dirigeants yougoslaves n'ont pas commis d'erreurs ou qu'ils sont sans défaut. Mais ces erreurs et ces défauts ont été grossis par Staline d'une façon monstrueuse, ce qui a eu pour résultat la rupture des relations avec un pays ami.
Je me souviens des premiers jours lorsque le conflit entre l'Union soviétique et la Yougoslavie commença à être gonflé artificiellement. Un jour où je m'étais rendu de Kiev à Moscou, je fus invile à voir Staline qui, me montrant la copie d'une lettre récemment envoyée à Tito, me demanda: « Avez-vous lu cela ? ».
Sans attendre ce que je répondrais, il ajouta : « Je remuerai mon petit doigt et il n'y aura plus de Tito. Il tombera. »
Nous avons payé cher pour ce « remuement de petit doigt ». Cette déclaration reflète la manie de grandeur de Staline, mais c'est ainsi qu'il agissait : « Je remuerai mon petit doigt, et il n'y aura plus de Kossior », « Je remuerai mon peut doigt une fois de plus, et il n'y aura plus de Postychev et de Chubar », « Je remuerai à nouveau mon petit doigt, et Voznessensky, Kouznetsov et beaucoup d'autres disparaitront. >
Mais ceci n'arriva pas à Tito. Que Staline ait peu ou prou remué non seulement son petit doigt, mais bien d'autres choses, Tito ne tomba pas. Pourquoi ? La raison en est que, dans le cas du désaccord avec les camarades yougoslaves, Tito avait derrière lui un Etat et un peuple qui étaient passés par une sévère école de lutte pour la liberté et l'indépendance, peuple qui soutint ses dirigeants.
Vous voyez à quoi a conduit la manie de la grandeur de Staline. Il avait complètement perdu conscience de la réalité. Il démontrait sa suspicion et son caractère hautain non seulement dans ses rapports avec des individus en U.R.S.S., mais dans les rapports avec des partis et des nations entières.
Nous avons soigneusement examiné le cas de la Yougoslavie et nous avons trouvé une solution correcte approuvée par les peuples de l'Union soviétique et de Yougoslavie, ainsi que par les masses travailleuses de toutes les démocraties populaires et par toute l'humanité progressiste. La liquidation des rapports anormaux avec la Yougoslavie a été faite dans l'intérêt de tout le camp du socialisme, dans le but de renforcer la paix dans le monde entier.
Rappelons aussi « l'affaire du complot des médecins ». (Animation dans la salle.) En fait, il n'y avait pas « d'affaire » en dehors de la déclaration d'une doctoresse Timachouk qui, probablement, a subi l'influence ou reçu les ordres de quelqu'un (elle était après tout une collaboratrice non officielle des organes de la sécurite d'Etat) d'écrire une lettre à Staline dans laquelle elle déclarait que les médecins appliquaient des méthodes prétendument incorrectes de traitement médical.
Une telle lettre a suffi à Staline pour venir aussitôt à la conclusion qu'il y avait des médecins comploteurs en Union soviétique. Il donna les ordres pour faire arrêter un groupe de méde cins soviétiques qui étaient d'éminents spécialistes. Il donna personnellement des avis sur la conduite de l'enquête et la méthode d'interrogation des personnes arrêtées.
Il dit que l'académicien Vinogradov devait etre enchaîné, qu'un autre devail etre battu. A ce Congrès se trouve délégué Tancien ministre de la Securité d'Etat, le camarade Ignatiev, Staline lui dit sèchement : « Si vous n'obtenez pas d'aveux , des médecins, je vous raccourcirais d'une tête. » (Tumulte dans la salle.)
Staline appela personnellement le juge d'instruction et le conseilla sur les méthodes d'enquête à employer; ces méthodes étaient simples — frapper, encore frapper, et encore frapper.
Peu après l'arrestation des médecins, nous — membres du Bureau politique — avons reçu les procès-verbaux des médecins: des aveux de culpabilité. Après la remise de ces procèsverbaux, Staline nous dit : « Vous êtes aveugles comme des, chatons ; qu'arrivera-t-il sans moi ? Le pays périra parce que vous ne savez pas comment reconnaître les ennemis. »
L'affaire fut ainsi présentée que personne ne pouvait vérifier les faits sur lesquels l'instruction se basait. Il n'y avait pas la possibilité de vérifier les faits en contactant ceux qui avaient passé des aveux de culpabilité.
Nous sentions, cependant, que laffaire des médecins arrêtés était douteuse. Nous connaissions personnellement certaines de ces personnes qui nous avaient parfois soignés. En étudiant cette « affaire » après la mort de Staline, nous l'avons trouvée fabriquée du commencement à la fin.
Cette « affaire » ignominieuse fut confectionnée par Staline. Mais il n'eut pas le temps de la mener à bonne fin (comme il en entendait la fin), et pour cette raison les médecins sont encore vivants. Ils travaillent aux mêmes lieux où ils exerçaient avant; ils soignent des personnes éminentes, y compris des membres du gouvernement. Ils ont notre pleine confiance, et ils font leur devoir honnêtement, comme ils l'avaient toujours fait.
Béria
Dans l'organisation de diverses affaires honteuses et sales, un rôle très infâme fut joué par l'ennemi enragé de notre parti, un agent des services d'espionnage étrangers, Beria, qui avait pénétré dans la confiance de Staline. De quelle manière ce provocateur a-t-il pu gagner une telle position dans le parti et l'Etat, pour devenir le premier président adjoint du Conseil des ministres de l'Union soviétique et un membre du Bureau politique du C.C. ? Il a été maintenant établi que ce gredin s'est élevé sur l'échelle gouvernementale au-dessus d'un nombre inconnu de cadavres.
Y avait-il des indications que Béria était un ennemi du parti? Oui, il y en avait.
Déjà en 1937, à un Plénum du Comité central, l'ancien commissaire du peuple a la Santé, Kaminsky, déclara que Beria travaillait pour le service d'espionnage du Moussavat. Mais le Plénum du C.C. était à peine terminé que kaminsky fut arrete et fusillé.
Staline avait-il étudié la déclaration de Kaminsky ? Non, parce que Staline croyait en Béria et cela était suffisant pour lui. Et quand Staline croyait en quelqu'un ou en quelque chose, personne ne pouvait dire quoique ce soit de contraire à son opinion ; qui aurait osé exprimé une opposition aurail eu le même sort que Kaminsky.
Il y avait aussi d'autres indications. La déclaration faite par le camarade Snegov au C.C. du parti est intéressante (entre parentheses, il a été réhabilité récemment, après 17 ans de détention dans des camps). Dans cette déclaration, Snegov écrit :
« En relation avec la réhabilitation proposée de l'ancien membre du G.C. Kartvechvili-Lavrentiev, jai remis aux mains du représentant de la Commission de sécurité d'Etat une déposition détaillée sur le rôle de Béria dans Taffaire Kartvelichvili, relativement aux mobiles criminels qui ont guidé Béria.
» A mon avis, il est indispensable de rappeler un fait important relatif à cette aflaire et de le communiquer au dere parce que je n'avais pas consi qu'il convenait dans les documents de l'enquête.
› Le 30 octobre 1931, à la session du Bureau d'organisation du C.C. du P.C. de l'Union soviétique, Karivelichvili, secrétaire du comité de Transcaucasie, fit un rapport. Tous les membres de ce comité étaient présents ; je suis le seul survivant. 46
» Pendant cette session, J.-V. Staline présenta une motion à la fin de son discours concernant l'organisation du secrétariat du comité de Transcaucasie composé comme suit : Premier secrétaire, Kartvelichvili; second secrétaire, Béria (c'était pour la première fois dans l'histoire du parti que le nom de Béria était mentionné comme celui d'un candidat à un poste du parti).
» Kartvelichvili répondit qu'il connaissait bien Béria et pour cette raison il refusait catégoriquement de travailler avec lui. Staline proposa alors que cette question reste pendante et qu'elle soit résolue au cours du travail même. Deux jours plus tard, on arriva à la décision que Béria recevait le poste du parti et que Kartvelichvili serait déplacé de la Transcaucasie.
• Ce fait peut étre confirmé par les camarades Mikoyan et Kaganovitch, qui assistaient à cette session.
» Les rapports inamicaux de longue date entre Kartvelichvili et Béria étaient largement connus. Ils datent du temps ou le camarade Sergo (Ordjonikidze) militait en Transcaucasie ; Kartvelichvili était le plus proche collaborateur de Sergo. Les relations inamicales obligérent Béria à fabriquer une « affaire » contre Kartvelichvili.
» Il est caractéristique que dans cette « affaire », Karivelichvili fut accusé d'un acte terroriste contre Béria.
• Le réquisitoire dans l'affaire Béria contient une discussion de ses crimes. Cependant, il faut rappeler certaines choses, car il est possible que tous les délégués à ce congrès n'aient pas lu ce document. Je désire rappeler la maniere bestiale dont Beria disposa des affaires de Kedrov, Golubiev, et de la mere adoptive de Golubiev, Saturina, jui désiraient informer le C.C. en ce qui concerne l'activité traitresse de Béria. Ces personnes furent fusillées sans jugement et la sentence fut prononcée post facto, apres l'exécution. »
Voici ce qu'écrivit le vieux communiste, le camarade Kedrov, au C.C., par l'intermédiaire du camarade Andréiev (qui était alors un secrétaire du C.C.) :
* Je fais appel à vous pour m'aider de la sombre cellule de la prison Lefortovsky. Que mon cri d'horreur parvienne à vos oreilles ! Ne restez pas sourd, prenez-moi sous votre protecion, s'il vous blait. aidez-mois sunprimer le cauchemar des interroga- toires et montrez que tout ceci est une erreur.
» Je souffre innocemment. Croyezmoi. Le temps témoignera de la vérité. Je ne suis pas un agent provocateur de l'Okhrana tsariste, je ne suis pas un espion, je ne suis pas un membre d'une organisation anti-soviétique, comme j'en suis accusé sur la base de dénonciations. Je ne suis également pas coupable de n'importe quel autre crime contre le parti et le gouvernement. Je suis un vieux bolehevik, libre de toute tache. J'ai combattu honnetement pendant près de 40 ans dans les rangs du parti pour le bien et la prospérité de la nation.
» Aujourd'hui, à l'âge de 62 ans, je suis menacé par des juges d'instruction de méthodes de pression physique les plus sévères, les plus cruelles, les plus dégradantes. Ils ne sont plus capables de voir l'erreur qu'ils commettent et de reconnaître qu'ils s'occupent de mon cas d'une manière illégale et inadmissible. Ils essayent de justifier leurs actions en me dépeignant comme un ennemi coriace et enragé et ils veulent une répression plus forte. Mais que le parti sache que ie suis innocent et qu'il n'y a rien qui puisse transformer un fils loyal du parti en un ennemi, même à son dernier souffle de vie.
» Mais je n'ai pas d'issue. Je ne puis détourner de moi les nouveaux et puissants coups qui viendront bientôt.
» Mais tout a des limites. Ma torture est au paroxysme. Ma santé est brisée, mes forces et mon énergie se dissipent. La fin approche. Mourir dans une prison soviétique, marqué comme un vil traitre à la patrie, que peut-il y avoir de plus monstrueux pour un honnête homme ? Comme cela est monstrueux ! Une amertume et des douleurs insupportables saisissent mon cœur.
› Non, non ! Cela n'aura pas lieu, cela ne peut pas avoir lieu. Je le crie.
Staline et
Camarades, le culte de la personnalité a acquis une dimension si monstrueuse principalement parce que Staline lui-même, utilisant toutes les méthodes imaginables, appuya la glorification de sa propre personne. Ceci est prouvé par de nombreux faits. Un des exemples les plus caractéristiques de l'autoglorification de Staline et de son manque de modestie même élémentaire est l'édition de sa « courte biographie » publiée en 1948.
Ce livre est une expression de la
Ni le parti, ni le gouvernement soviétique, ni le Commissaire du Peuple, L.P. Béria, ne permettront cette cruelle et irréparable injustice. Je suis fermement certain que s'il y a un examen serein, objectif, sans aucune extravagance et sans les effrayantes tortures, il serait facile de prouver l'infâmie des accusations. Je crois profondément que la vérité et la justice triompheront. Je le crois. Je le crois. »
Le vieux bolchevik, le camarade Kedrov, fut trouvé innocent par le Collège militaire. Mais malgré cela, il fut fusillé sur les ordres de Béria. Indignation dans la salle.)
Béria traita aussi cruellement la famille du camarade Ordionikidze. Pourquoi ? Parce que Ordjonikidze avait cherché à empêcher que Béria réalise ses plans honteux. Béria ôta de sa route tous ceux qui pouvaient éventuellement lentraver.
Ordjonikidze fut toujours un adversaire de Béria, c'est ce que ce dernier dit à Staline. Au lieu d'examiner cette affaire et de prendre les mesures appropriées,
Staline permit de liquider le frère d'Ordjonikidze et amena Ordjonikidze luimême à un tel état qu'il fut obligé de se tuer (Indignation dans la salle). Voilà comment était Béria.
Béria fut démasqué par le C.C. du parti peu après la mort de Staline. Le résultat d'une procédure légale particulièrement détaillée a été que Béria avait commis des crimes monstrueux et Béria fut fusillé.
La question se pose de savoir pourquoi Béria qui avait liquidé des dizaines de milliers de membres du parti et des soviets ne fut pas démasqué du vivant de Staline. Il ne fut pas démasqué plus tôt parce qu'il avait très habilement utilisé les faiblesses de Staline ; alimentant ses suspicions, il aida
Staline en toute chose et agit avec son appui. la vanité *flatterie la plus dissolue, un exemple de transformation d'un homme en divinité, en un sage infaillible, « le plus grand dirigeant », « le stratège sublime de tous les temps et de toutes les nations ». Finalement, on ne pouvait plus trouver d'autres mots pour élever Staline jusqu'au ciel.
Nous n'avons pas besoin de donner ici des exemples de l'adulation méprisable qui remplit ce livre. Tout ce que nous avons besoin d'ajouter c'est qu'ils furent tous approuvés et revus personnellement par Staline et que quelques-uns d'entre eux furent ajoutés de sa propre écriture au projet du livre.
Qu'est-ce que Staline trouva d'essentiel à écrire dans ce livre ? Voulut-il calmer l'ardeur de ses courtisans qui composaient sa « courte biographie »?
Non, il indiqua les endroits mêmes où il pensait que ses services n'étaient pas loués.
Voici quelques exemples caractéristiques de l'activité de Staline ajoutés de la propre main de Staline :
« Dans cette lutte contre les sceptiques et les capitulards, les trotskystes, les zinovievistes, les boukharimens, les kamenevistes, fut définitivement soudé, après la mort de
Lénine, le noyau dirigeant du parti...
qui maintint la grande bannière de
Lénine, rallia le parti derrière les ordres de Lénine et qui amena le peul'industrialisation du pays et de la ple soviétique sur la large route de collectivisation de l'économie agricole. Le dirigeant de ce noyau et la force dirigeante du parti et de l'Etat était le camarade Staline. »
C'est ainsi que Staline écrit sur luimême ! Puis il ajoute :
« Bien qu'il accomplit la tâche de dirigeant du parti et du peuple avec un art consommé et qu'il jouissait du soutien sans réserve de tout le peuple soviétique, le camarade Staline ne permit jamais à son travail d'être troublé par le moindre signe de vanité, d'orgueil ou d'auto-adulation. »
Où et quand a-t-on vu un dirigeant se louanger lui-même ? Est-ce digne d'un dirigeant de type marxiste-léniniste ? Non. C'est précisément contre cela que Marx et Engels prirent une vigoureuse position. Ce fut aussi âprement condamné par Vladimir Ilytch Lénine.
Dans le projet de ce livre se trouvait la phrase suivante :
« Staline est le Lénine d'aujourd'hui. » Cette phrase parut à Staline comme étant trop faible de sorte qu'il la changea ainsi de sa propre écriture:
• Staline est le digne continuateur de l'œuvre de Lénine ou, comme on le dit dans le parti, Staline est le Lénine d'aujourd'hui. » Vous voyez comment cela est bien dit, non par la nation, mais par Staline lui-même.
On pourrait donner beaucoup d'appréciations, d'autolouanges, écrites dans le projet de ce livre qui furent écrites de la main de Staline. Il s'attribue particulièrement avec générosité en louanges pour son génie militaire, pour son talent de stratège. 48
Je vais citer encore une insertion faite par Staline sur ce thème. Il écrit :
soviétique fit de nouveaux progres dans les mains de Staline. Le cama- « La science progressive nouveaux militaire rade Staline élabora la théorie des facteurs opérant en permanence qui décident de l'issue des guerres, de la défense active, et des lois de la contreoffensive et de offensive, de la cooperation de tous les services et de toutes les armes dans la guerre moderne, du rôle des grandes masses de chars et des forces aériennes dans la guerre moderne, et de l'artillerie comme du plus formidable des services armés.
Aux diverses étapes de la guerre, le génie de Staline trouva les solutions correctes qui prenaient en considération toutes les circonstances de la situation. > (Mouvements dans la salle.)
Et plus loin, Staline écrit :
« La maîtrise militaire de Staline se deplova à la fois dans la défense et dans l'offensive. Le génie du camarade
Staline lui permit de deviner les plans de l'ennemi et de les défaire. Les batailles dans lesquelles le camarade Staline dirigea les armées soviétiques sont des exemples brillants de l'art des opérations militaires. »
C'est de cette manière qu'était célébré Staline comme un stratège. Qui le fit ? Staline lui-même, non dans le rôle d'un stratège, mais dans le rôle d'un auteur-éditeur, un des principaux créateurs de sa propre biographie adulatrice.
Camarades, tels sont les faits. Nous devrions plutôt dire les faits honteux.
Et un autre fait de la même « courte biographie » de Staline. Comme on le sait « l'histoire du Parti communiste de Y'U.R.S.S. (b) » fut écrite par une commission du comité central du parti.
Ce livre, entre parentheses, était aussi imprégne du culte de la personnalité et fut écrite par un groupe d'auteurs désignés à cet effet. Ce fait se traduisit dans la formulation suivante sur les épreuves de la « Courte biographie de Staline » :
Une commission du Comité central du P.C. de T'E.R.S.S. (b), sous la direclion du camarade Staline et avec sa participation la plus active, a préparé une « courte histoire du P.C. de TU.R.S.S. (b) ».
Mais même cette phrase ne donna pas satisfaction à Staline. La phrase suivante la remplaça dans la version finale de la e courte biographie » : En 1938 parut le livre « Histoire du P.C. de T'U.R.S.S. (b) » éerit par le camarade Staline et approuvé par une camarade Stali commission du C.C. du P.C. de I'U.R. S.S. (b). Faut-il ajouter quoi que ce soit ? (Animation dans la salle.)
Comme vous le voyez, une métamorphose surprenante transforma le livre créé par un groupe en un livre écrit par Staline. Il n'est pas nécessaire de dire comment et pourquoi cette métamorphose eut lieu.
Une question pertinente vient à l'esprit : si Staline est l'auteur de ce livre, pourquoi avait-il besoin de tant louanger la personne de Staline et de transformer toute la période historique qui suit Octobre de notre glorieux parti communiste seulement en une action du « génie de Staline ».
Ce livre réflétait-il correctement les efforts du parti dans la transformation socialiste du pays, dans la construction de la société socialiste, dans l'industrialisation et la collectivisation du pays, et aussi dans d'autres mesures prises par le parti qui suivit sans dévier la voie tracée par Lénine ?
Ce livre parle surtout de Staline, de ses discours, de ses rapports. Tout, sans la moindre exception, est lié à son nom.
Et quand Staline affirme qu'il a lui-même écrit «l'Histoire du P.C. de TU.R.S.S. (b.) », ceci provoque all moins de la stupeur. Un marxiste-léniniste peut-il écrire ainsi de lui-même, célébrant sa personne jusqu'au ciel ?
Ou bien prenons la question des prix Staline (Mouvements dans la salle). Même les tzars ne créèrent pas de prix portant leur nom.
Staline reconnu comme le meilleur texte d'un hymne national de l'U.R. S.S. celui qui ne contenait pas un mot du Parti communiste: par contre il contenait la louange sans précédent de Staline :
Staline nous a élevé dans la loyauté envers le peuple. Il nous inspire à de grandes actions.
Dans ces lignes de hymne national tout lactivite éducationnelle, de direction et d'inspiration du grand parti léniniste est attribuée à Staline. C'est évidemment une nette déviation du marxisme léninisme, un avilissement et un amoindrissement du rôle du parti. Nous devons ajouter pour votre information que le présidium du C.C. a déjà adopté une résolution concernant la composition d'un nouveau texte d'hymne national qui reflétera le rôle du peuple et le rôle du parti. (Applaudissements prolonges el bruyants.)
Et était-ce à l'insu de Staline que beaucoup d'entreprises et de villes furent nommées à son nom ? Etait-ce à son insu que des monuments de Staline furent érigés dans tout le pays, ces « témoignages au vivant».
C'est un fait que Staline lui-même a signé le 2 juillet 1951 une résolution du Conseil des ministres de PU.R.S.S. concernant l'érection sur le canal Volga-Don d'un impressionnant monument de Staline. Le 4 septembre de la même année il donna l'ordre de disposer de 33 tonnes de cuivre pour la construction de cet impressionnant monument.
Qui a visité la région de Stalingrad doit avoir vu l'immense statue qu'on y construit, sur un site que presque personne ne fréquente. De grandes sommes ont été dépensées pour la construire à une époque où les gens construire a dans cette région avaient vécu depuis la guerre dans des cabanes. Considérez vous-mêmes si Staline avait raison quand il écrivit dans sa biographie qu'il « ne se permit pas une ombre de vanité, d'orgueil ou d'autoadulation » ?
En même temps Staline a donné des preuves de son manque de respect envers la mémoire de Lénine. Ce n'est pas une coincidence que, bien que la décision ait été prise depuis plus de 30 ans, de construire un Palais des Soviets comme monument à Vladimir Hytch, ce palais n'a jamais été construit, sa construction a été toujours renvoyée et le projet a pu tomber en désuétude.
Nous ne pouvons manquer de rappeler la résolution du gouvernement soviétique du 14 août 1925 concernant « la fondation de prix Lénine pour le travail éducationnel ». Cette résolution a été publiée dans la presse, mais jusqu'à ce jour il n'y a pas de prix Lénine. Ceci aussi doit être rectifié (Applandissements prolongés et enthousiastes.)
Du vivant de Staline, grâce à des méthodes connues que j'ai mentionnées et en citant des faits, par exemple de la « courte biographie › de Staline, tous les événements ont été expliqués comme si Lénine n'avait joué qu'un rôle secondaire, même pendant la révolution socialiste d'Octobre.
Dans de nombreux films et dans beaucoup d'œuvres littéraires la figure de Lénine a été présentée de manière incorrecte et diminuée de façon inadmissible.
Staline diminua Lénine
Staline aimait à voir le film « 1919, l'année inoubliable » dans lequel il est montré sur les marches d'un train blindé et où il vainc pratiquement l'ennemi avec son propre sabre. Que Klément Yefremovitch (Vorochilov), notre cher ami, trouve le courage nécessaire et écrive la vérité sur Staline. Après tout, il sait comment Staline a combattu. Ce sera difficile pour le camarade Vorochilov de l'entreprendre, mais ce serait bien qu'il le fasse. Tout le monde, le peuple et le parti, l'approuveront. Même ses petits enfants l'en remercieront. (Applaudissement prolongés.)
En parlant des événements de la Révolution d'Octobre et de la guerre civile, l'impression fut créée que Staline a toujours joué le rôle principal, comme si partout et toujours Staline suggérait à Lénine ce qu'il fallait faire et comment le faire. Mais ceci c'est une calomnie envers Lénine (Applaudissements prolongés.)
Je ne pêcherais certainement pas contre la vérité en disant que 99 % des personnes ici présentes avaient entendu et savaient très peu de choses sur Staline avant l'année 1924, tandis que Lénine était connu de tous; il était connu de tout le parti, de toute la nation, depuis les enfants jusqu'aux vieillards (Applaudissements tumultueux prolongés).
Tout ceci doit être complètement révisé de sorte que l'histoire, la littérature et les beaux arts refletent le rôle de V.I. Lénine et les grandes actions de notre Parti communiste et du peuple soviétique — le peuple créateur. (Applaudissements.)
Camarades, le culte de la personnalité a provoqué l'emploi de principes erronés dans le travail du parti et dans l'activité économique. Il entraina de grossières violations de la démocratie intérieure du parti et des soviets, une administration stérile, des déviations de toutes sortes couvrant des défauts et masquant la réalité. Notre nation a donné naissance à de nombreux flatteurs et spécialistes en faux optimisme et tromperie.
Staline se sépara du peuple et ne se rendait jamais nulle part. Cela dura des dizaines d'années. La dernière fois qu'il visita un village, ce fut en janvier 1928 quand il visita la Sibérie en relation avec les distributions de blé. Comment pouvait-il done connai50
Nous ne devons pas oublier aussi qu'en raison des nombreuses arrestations de dirigeants du parti, des Soviets et de l'économie, bien des gens commencèrent à travailler de manière incertaine, montrèrent une prudence exagérée, craignèrent tout ce qui était nouveau, eurent peur de leur propre ombre et commencèrent à montrer moins d'initiative dans leur travail.
Prenons par exemple les résolutions du Parti et des Soviets. Elles étaient préparées de manière routinière, souvent sans prendre en considération la situation concrète. Ceci allait si loin que des militants du parti lisaient leurs discours, même dans les moindres assemblées. Tout cela produisit un danger de formalisation du travail du Parti et des Soviets et de bureaucratisation de tout l'appareil.
La résistance de Staline à considérer les réalités de la vie et le fait qu'il ne connaissait pas l'état réel des affaires en province peuvent être illustrés par sa direction dans l'agriculture.
Tout ceux qui s'y intéressaient même un peu dans la situation tionale voyaient la situation difficile nade l'agriculture, mais Staline ne le vit Jamais.. En avions-nous parlé à Staline ? Oui, nous le lui avions dit, mais il ne nous aida pas. Pourquoi ? Parce que Staline ne voyageait jamais, ne rencontrait jamais de travailleurs des villes et des fermes collectives ; il ne connaissait pas la situation réelle dans les provinces.
Il ne connaissait la campagne et l'agriculture que par les films. Et ces films avaient arrangé et embelli la situation qui existait dans l'agriculture.
Beaucoup de films dépeignaient la vie des fermes collectives avec des tables courbées sous le poids des oies et des dindes. Staline pensait évidemment qu'il en était ainsi.
Vladimir Ilytch Lénine voyait les choses différemment. Il fut toujours proche du peuple. Il recevait les délégations de paysans et parlait souvent dans les assemblées d'usine. Il avait l'habitude de visiter les villages et de parler aux paysans. tre la situation dans les provinces ?
Et quand on lui disait au cours d'une discussion que la situation à la campagne était difficile et que la situation de l'élevage du bétail et de la production de la viande était particulièrement mauvaise, une commission
Staline s'isola du peuple
Staline s'isola du peuple fut chargée de préparer une resoltion intitulée « Moyens de continuer à développer l'élevage des animaux dans les kolkhoz et les sovkhoz ». Nous avons élaboré ce projet.
Bien sûr, nos propositions à l'époque ne renfermaient pas toutes les possibilités, mais nous indiquions les moyens grâce auxquels on pouvait augmenter l'élevage du bétail dans les kholkhoz et les sovkhoz. Nous avions alors proposé d'élever les prix de ces produits pour créer un stimulant matériel pour les travailleurs des kholkhoz, des M.T.S. et des sovkhoz, au développement de l'élevage du bétail. Mais notre projet ne fut pas accepté et, en février 1953, il fut tout à fait mis de côté. jet. Staples ptout en rele les ce propayés par les kolkhoz et les travailleurs kholkhoziens soient elevés à 40 milliards de roubles. Selon Jui, les paysans se trouvaient bien et le travailleur kholkhozien n'aurail qu'à vendre un poulet de plus pour payer ses impôts.
Imaginez ce que cela voulait dire.. Certainement 40 milliards de roubles forment une somme que les travailleurs des kholkhoz ne gagnent pas pour tous les produits qu'ils vendent au gouvernement. En 1952 par exemple, les kholkhoz et les travailleurs kholkhoziens ont reçu 26.280 millions de roubles pour tous les produits qu'ils ont remis et vendus au gouvernement.
La position de Staline reposait-elle sur des données quelconques ? Certainement pas.
Dans ces cas, les faits et les chiffres ne l'intéressaient pas. Quand Staline disait quelque chose, cela voulait dire qu'il en était ainsi — après tout, il était un « génie» et un génie n'a pas besoin de compter, il n'a besoin que de regarder et il peut aussitôt dire comment les choses doivent être. Quand il exprimait son opinion, tout le monde devait la répéter et admirer sa sagesse.
Mais quelle sagesse y avait-il dans la proposition d'élever les impôts agricoles à 40 milliards de roubles ? Aucune, absolument aucune car la proposition ne reposait sur aucune estimation réelle de la situation mais sur les idées fantastiques d'une personne divorcée de la réalité.
Nous sommes en train de nous frayer lentement une voie pour sortir d'une situation agricole difficile. Les discours des délégués au 20° Congrès nous plaisent tous. Nous sommes heureux que de nombreux délégués font des discours, qu'il y a des conditions pour réaliser le 6° plan quinquennal en ce qui concerne le bétail non pas pendant la période de cinq ans mais dans deux ou trois années. Nous sommes certains que les engagements du nouveau plan quinquennal seront atteints avec succès. (Applaudissements prolongés.)
Camarades, si nous critiquons vivement aujourd'hui le culte de la personnalité qui fut si répandu du vivant de Staline et si nous parlons des nombreux phénomènes négatifs engendres par ce culte qui est si étranger au marxisme-léninisme, diverses personnes pourraient demander : comment cela a-t-il pu être ? Staline dirigea le parti et le pays pendant 30 ans et de nombreuses victoires ont été remportées de son vivant. Pouvons-nous le dénier ? A mon avis, la question ne peut être ainsi posée que par ceux qui sont aveuglés et désespérément hypnotisés par le culte de la personnalité, par ceux seulement qui ne comprennent pas l'essence de la révolution et de l'Etat soviétique, par ceux qui ne comprennent pas d'une manière léniniste le rôle du parti et de la nation dans le développement de la société soviétique.
La révolution socialiste fut assurée par la classe ouvrière et la paysannerie pauvre, avee l'appui partiel des paysans moyens. Elle fut assurée par le peuple sous la direction du Parti bolchevik. Le grand service rendu par Lénine consista dans le fait qu'il créa un parti militant de la classe ouvrière, mais il était armé de la compréhension marxiste des lois du développement social et de la science de la victoire prolétarienne dans la lutte contre le capitalisme, Il trempa le parti dans le creuset de la lutte révolutionnaire des masses populaires. Dans le cours de cette lutte, le parti défendit d'une manière conséquente les intérêts du peuple, devint son dirigeant expérimenté et conduisit les masses travailleuses à la conquête du pouvoir, à la création du premier Etat socialiste.
Vous vous souvenez bien des sages paroles de Lénine selon lesquelles l'Etat soviétique est fort en raison de la compréhension par les masses que l'histoire est faites par des millions et des dizaines de millions d'êtres.
Nos victoires historiques ont été obtenues grâce au travail d'organisation du parti, aux nombreuses organisations pro- vinciales et aux sacrifices de notre grande nation, Elles ne sont pas du tout le fruit de la direction de Staline, ainsi que la situation avait été dépeinte dans la période du culte de la personnalité.
Si nous considérons cette affaire en marxiste, en léniniste, nous devons déclarer sans équivoque que la pratique de direction dans les dernières années de la vie de Staline était devenu un sérieux obstacle sur la voie du développement socialiste de l'Union soviétique.
Souvent Staline manquait pendant des mois de s'occuper de quelques problemes extraordinairement importants relatifs à la vie du parti et de de l'Etat et dont la solution ne pouvait être différée.
Sous la direction de Staline, nos rela-
Où étaient les membres
Quelques camarades pourraient nous demander : où étaient les membres du Bureau Politique du Comité Central ? Pourquoi ne se sont-ils pas prononcés contre le culte de la personnalité en temps opportun ? Et pourquoi ne fait-on cela que maintenant seulement ?
Tout d'abord nous devons tenir compte du fait que les membres du Bureau Politique ont vu ces choses d'une manière différente à différents moments. Au début, beaucoup d'entre eux ont soutenu Staline de manière active parce que Staline fut un des plus forts marxistes et parce que sa logique, sa force et sa volonté influencèrent considérablement les cadres et le travail du parti (18).
On sait que Staline, après la mort de Lénine, notamment pendant les premières années, lutta activement pour le léninisme contre les ennemis de la théorie léniniste et contre ceux qui en dévièrent. Partant de la théorie léniniste, le Parti avec son Comité Central à sa tête entreprit sur une grande échelle la tâche d'industrialisation socialiste du pays, de collectivisation agraire et de la révolution culturelle.
A cette époque, Staline acquit beaucoup de popularité, de sympathie et d'appui. Le parti devait combattre ceux qui tentaient d'éloigner le pays de la juste voie léniniste; il devait combattre les trotskystes. les zinoviévistes, les droitiers et les nationalistes bourgeois. Cette lutte fut indispensable.
(18) Khrouchtchev ne peut que se référer à « l'autorité théorique » de Staline pour excuser son propre révisionnisme vulgaire du léninisme. Il veut d'autre part justifier ainsi l'appui donné durant tant d'années par les membres de la direction « collective » actuelle à Staline. 52 tions pacifiques avec d'autres nations furent souvent menacées parce que les décisions prises par un seul homme pouvaient causer et souvent causèrent de grandes complications.
Dans les dernières années, quand nous avons réussi à nous débarrasser de la pratique nuisible du culte de la personnalité et avons pris plusieurs mesures appropriées dans les domaines de la politique intérieure extérieure, chacun a vu comment l'activité s'est développée sous ses probres yeux, comment s'est développée l'activité creatrice des larges masses travailleuses, comment cela a agi favorablement sur le développement de léconomie et de la culture. (Applaudissements.) du Bureau Politique ?
Mais après Staline, abusant de plus en plus de son pouvoir, commença à combattre des dirigeants éminents du parti et du gouvernement, et à employer des methodes terroristes contre d'honnêtes citoyens soviétiques. Comme nous l'avons déjà vu, Staline traita ainsi des dirigeants éminents du parti et du gouvernement comme Kossior, Roudzoutak, Eikhe, Postychev et beaucoup d'autres.
Les tentatives de s'opposer à des suspicions non fondées et aux accusations avaient pour résultat de faire de l'opposant une victime de la répression. Ceci caractérisa la chute du camarade Postychev (19).
(19) En général, Khrouchtchev ne mentionne dans son discours que des personnages secondaires de la direction du P.C de l'U.R.S.S., auxquels il attribue généreusement le titre de « vieux bolcheviks » et de « serviteurs éminents » du pays et du parti.
La plupart d'entre eux furent en réades « anti-trotskystes » acharnés. lité des serviteurs fidèles de Staline Tel et Postychev. « Postychev parvint aux fonctions de secrétaire du Comité central par son zèle à combattre le trotskysme. C'est lui qui, en Ukraine, en 1933, épura le parti et les administrations de « nationalistes », et réduisit au suicide, à force de le pourchasser, le commissaire du peuple Skrypnik « accusé d'avoir protégé » ces « nationalistes ». Ce suicide frappa d'autant plus le parti qu'on avait fête à Moscou et Karkhov l'année précédente le 60° anniversaire de Skrypnik, vieux bolchevik, membre du Comité central et stalinien sans défaut. (L. Trotsky, « Les crimes de Staline »).
Postychev appartenait à la génération de quarante ans, c'est-à-dire à la génération qui aida Staline à se débarrasser de la vieille garde, et qui fut épurée par la suite elle-méme par Staine
Dans un de ses discours Staline exprima son mécontentement de Postychev et lui demanda : « Qui êtes-vous réellement ? ».
Postychev lui répondit clairement :
« Je suis un bolchevik, camarade Staline, un bolchevik ».
Cette affirmation fut tout d'abord considérée comme montrant un manque de respect envers Staline ; ensuite, elle fut considérée comme un acte nuisible et il en résulta la liquidation de
Postychev, marqué sans aucune raison comme un « ennemi du peuple ».
Dans la situation qui existait alors, j'ai souvent parlé avec Nícolas Alexandrovitch Boulganine. Une fois où nous voyagions tous deux dans une auto, il dit : « Il est arrivé quelquefois qu'un • . ві homme se rend chez Staline sur invitation comme à un ami. Et quand il est assis auprès de Staline, il ne sait pas où il sera envoyé ensuite, chez lui ou en prison ».
Il est clair que de telles conditions plaçaient chaque membre du Bureau Politique dans une situation très difficile. Si nous considérons aussi le fait que dans les dernières années, les sessions plénières du C.C. n'étaient pas convoquées et que les sessions du Bureau Politique n'avaient lieu qu'occasionnellement, de temps à autre, alors nous comprendrons comment il était difficile à un membre du Bureau Politique de prendre une position contre telle ou telle procédure incorrecte ou injuste, contre de sérieuses erreurs et les défauts dans les pratiques de la direction.
Comme nous l'avons déjà montré, beaucoup de décisions furent prises soit par une seule personne ou d'une maniere détourpée, sans discussions collectives. Le sort tragique du membre du Bureau Politique Voznessensky qui tomba victime de la répression de Sialine est connu de tous. C'est une chose caractéristique que la décision de l'écarter du Bureau Politique ne fut jamais discutée mais fut obtenue d'une façon oblique. De mème furent prises les décisions concernant l'élimination de Kouznetsov et Rodionov de leurs postes.
L'importance du Bureau Politique du C.C. fut réduite et son travail désorganisé par la création au sein du Bureau Politique de diverses commissions — dénommées « quintet », « sextet », « septet », etc. Voici par exemple une résolution du Bureau Politique du 3 octobre 1946 :
Proposition de Staline :
« 1. La commission du Bureau Politique pour les Affaires extérieures
(sexet) s'occupera à l'avenir aussi des questions de la construction intérieure et de la politique intérieure.
« 2. Le sextet ajoutera à sa composition le Président de la Commission d'Etat de planification économique, le camarade Voznessensky, et sera dénommée septet.
Signé : le secrétaire du Comité Central, J. Staline. »
Quelle terminologie d'un joueur de cartes 1 (Rires dans la salle.) Il est clair que la création au sein du Bureau Politique de ce type de commission - de 5, de 6, de 7, et de 9 -était contre le principe de la direction collective. Le résultat en était que certains membres du Bureau Politique étaient de cette manière écartés . de toute participation dans des décisions sur d'importantes affaires de l'Etat.
Un des plus vieux membres de notre parti, Klément Yefremovitch Vorochilov, se trouva dans une situation impossible. Pendant plusieurs années, il fut privé du droit de participer aux sessions du Bureau Politique. Staline lui interdit d'assister aux sessions du Bureau Politique et de recevoir des documents. Quand le Bureau Politique siegeait et que le camarade Vorochilov l'apprenait, il téléphonait chaque fois à Staline et demandait s'il serait autorisé à y assister. Parfois Staline le permettait, mais il montrait toujours son mécontement.
A cause de son extrême suspicion, Staline s'amusa aussi avec le soupçon ridicule et absurde que Vorochilov élait un agent anglais. (Rires dans la salle.) Oui vraiment, un agent anglais. Un dispositif spécial d'écoute fut installé chez lui pour écouter ce qui y était dit. (Indignation dans la salle.)
Par décision unilatérale, Staline éloigna un autre homme du travail du Bureau Politique, le camarade André Andreievitch Andreyev, Ce fut un de ses actes d'arbitraire des plus débridés.
Examinons le premier Plénum du C.C. après le 19° Congrès quand Staline, dans son discours au Plénum, fit des références à Viaceslav Mikhailovitch Molotov et Anastase Ivanovitch Mikoyan et suggéra que ces deux vieux membres du parti étaient coupables de quelques accusations infâmes.
Il n'est pas exclu que si Staline était resté au gouvernail encore pendant quelques mois, les camarades Molotov et Mikoyan n'auraient probablement pas prononcé de discours à ce Congrès.
Staline préparait la liquidation des anciens membres du Bureau Politique
Staline avait évidemment des plans pour en finir avec les vieux membres du Bureau Politique. Il déclarait souvent que les membres du Bureau Politique devaient être remplacés par de nouveaux.
Sa proposition, après le 19° Congrès, concernant la sélection de 25 personnes pour le Presidium du C.C. avail pour but de retirer les anciens membres du Bureau Politique et d'introduire des personnes moins expérimentées qui le vanteraient de toutes sortes de façon.
Nous pouvons admettre que c'était aussi un projet pour éliminer ultérieurement les membres de l'ancien Bureau Politique et, ainsi, couvrir tous les actes honteux de Staline, que nous examinons maintenant.
Camarades, pour ne pas répéter les erreurs du passé, le Comité Central s'est résolument prononcé contre le culte de la personnalité. Nous considérons que Staline fut vanté de façon excessive. Mais, dans le passé, Staline, a sans doute rendu de grands services au parti, à la classe ouvrière et au mouvement ouvrier international.
Cette question est compliquée du fait que toul ce dont nous venons de discuter fut fait du vivant de Staline sous sa direction et en accord avec lui ; Staline était convaincu que cela était nécessaire pour la défense des intérêts de la classe ouvrière contre les complots de l'ennemi et contre les attaques du camp impérialiste.
Il voyait cela de la position des intérêts de la classe ouvrière, des intéde la victoire du socialisme et du rêts du peuple travailleur, des intérêts communisme.
Nous ne pouvons pas dire que c'étaient les actes d'un despote pris de vertige. Il considérait qu'il devait agir ainsi dans l'intérêt du parti, des masses travailleuses, au nom de la défense des conquêtes de la Révolution. C'est en cela que réside toute la tragédie!
Camarades, Lénine a souvent souligné que la modestie est absolument une partie intégrante d'un véritable bolchevik. Lénine lui-même fut l'incarnation de la plus grande modestie.
Ne lavons pas notre
Nous devons considérer fort sérieusement la question du culte de la personnalité.
Nous ne pouvons laisser sortir cette question hors du parti, et surtout pas 54
Nous ne pouvons pas dire que nous avons suivi l'exemple de Lénine à tous égards. Il suffit de souligner que beaucoup de villes, d'usines, d'entreprises industrielles, de kolkhoz et de sovkhoz, d'institutions soviétiques, d'institutions culturelles, ont été marqués par nous d'un titre — si je puis m'exprimer ainsi — de propriété privée des noms de tels ou tels membres dirigeants du parti ou du gouvernement qui sont encore actifs et en bonne santé. Beaucoup d'entre nous ont participé à des actions de dénomination de leur nom de diverses villes, districts, usines et kolkhoz. Nous devons corriger cela. (Applaudissements.)
Mais ceci doit être fait calmement et lentement. Le Comité Central discutera cette question et veillera soigneusement à empêcher des erreurs et des excès. Je puis me rappeler comment l'Ukraine apprit l'arrestation de Kossior. La radio de Kiev avait l'habitude de commencer son programme ainsi : « Ceci est Radio-Kossior ». Lorsqu'un jour, les programmes commencèrent sans nommer Kossior, chacun était tout à fait certain que quelque chose était arrivé à Kossior, qu'il avait probablement été arrêté.
Aussi si aujourd'hui nous commencions à enlever partout les indications et à changer les noms, les gens penseront que ces camarades en l'honneur de qui les entreprises, les kolkhoz et villes ont été nommés ont aussi subi un mauvais sort et qu'ils ont aussi été arrêtés. (Animation dans la salle.)
Comment juge-t-on l'autorité et l'importance de tel ou tel dirigeant ? Sur la base du nombre de villes, d'entreprises industrielles et d'usines, de kolkhoz et de sovkhoz portant son nom. N'est-il pas temps d'éliminer cette « propriété privée » et de « nationaliser » les usines, les entreprises industrielles, les kolkhoz et les sovkhoz ? (Rires, applaudissements, cris : « C'est juste ».) Cela profitera à notre cause. Après tout le culte de la personnalité se manifeste aussi de cette façon. linge sale en famille dans la presse. C'est pour cette raison que nous l'examinons ici à une session à huis clos du Congrès. Nous devons savoir où se trouvent les limites. Nous ne devons pas fournir de munitions à l'ennemi.
Nous ne devons pas laver notre linge sale sous ses yeux. Je pense que les délégués au Congrès comprendront et apprécieront correctement toutes ces propositions (Applaudissements tumultueux).
Camarades, nous devons abolir décisivement le culte de la personnalité, une fois pour toutes ; nous devons tirer les conclusions adéquates concernant à la fois le travail théorique idéologique et le travail pratique.
Dans ce but il est cependant nécessaire :
D'abord, de condamner et de déraciner de manière bolchevique le culte de la personnalité comme étant étranger au marxisme-léninisme et non conforme aux principes de la direction du parti et aux règles de la vie du parti, et de lutter inexorablement contre toutes les tentatives de ramener cette pratique sous une forme ou une autre.
De revenir et de pratiquer récllement dans tout notre travail idéologique aux très importantes thèses de la science marxiste-léniniste sur le peuple créateur de l'histoire et créateur de tout le bien matériel et spirituel de l'humanité, sur le rôle décisif du parti marxiste dans la lutte révolutionnaire pour la transformation de la société, pour la victoire du communisme.
A ce sujet, nous serons obligés de faire beaucoup de travail pour examiner critiquement du point de vue du marxisme-léninisme et corriger les vues erronées largement répandues liées au culte de la personnalité dans les domaines de l'histoire, de la philosophine, de l'économie et d'autres sciences, ainsi que dans la littérature et les beaux arts.
Il est particulièrement nécessaire que, dans l'avenir immédiat, nous établissions un sérieux manuel de l'histoire de notre parti écrit conformément à l'objectivité marxiste scientifique, un manuel de l'histoire de la société soviétique, un livre relatif aux événements de la guerre civile et à la grande guerre patriotique.
Deuxièmement, de poursuivre systématiquement et de manière conséquente le travail fait par le C.C. du parti dans les dernières années, un travail caractérisé par une observation minutieuse dans tous les organismes du parti, de bas en haut, des principes de direction du parti, caracterises avant tout par le principe principal de la direction collective, par observation des regles de la vie du parti, décrites dans les statuts de notre parti et caractérisés enfin par la pratique répandue de la critique et de l'autocritique.
Troisiemement, de restaurer completement les principes léninistes de la démocratie socialiste soviétique, la démocratie exprimée dans la Constitution de l'Union soviétique, de combattre l'arbitraire d'individus abusant de leur pouvoir. Le mal qui a été causé par des actes violant la légalité révolutionnaire socialiste qui se sont accumulés pendant si longtemps par suite de l'influence négative du culte de la personnalité doit être complètement corri Camarades, le 20° Congrès du Parti
Camarades, le 20° Congrès du Parti communiste de l'Union soviétique a manifesté avec une force nouvelle l'unité inébranlable de notre parti, sa cohésion autour du Comité Central, sa volonté résolue d'accomplir la grande tâche de construction du socialisme. (Tempête d'applaudissements.) Et le fait que nous présentions dans toutes leurs implications les problèmes fondamentaux pour surmonter le culte de la personnalité qui est étranger au marxisme-léninisme, ainsi que le problème de la liquidation de ses conséquences onéreuses est une preuve de la grande force morale et politique de notre parti. (Applaudissements prolongés.)
Nous sommes absolument certains que notre parti, armé des résolutions historiques du 20" Congrès, conduira le peuple soviétique sur la voie léniniste vers de nouveaux succès, vers de nouvelles victoires. (Applaudissements prolongés et enthousiasles.)
Vive la bannière victorieuse de notre parti, vive le Léninisme 1 (Applaudissements prolongés, enthousiastes. Ovation. Le Congrès se lève.)