Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 6, n° 8-9

Les livres

Quatrième Internationale, vol. 6, n° 8-9 · août-septembre 1948 · p. 46-47 · 1 312 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

Histoire du Parti Communiste français

Dans ce volume de près de 400 pages consacré à l'histoire du PCF depuis la scission de Tours jusqu'a sa mise hors la loi en 1939-40 dans la première phase de la deuxième Sette mondiale, l'auteur qui est un historien de metier, pretend faire Abstraction de toute tendance politique et avoir voulu étudier « la formation et l'activité d'un parti révolutionnaire » contemporain avec la même méthode qui lui a servi à étudier les groupements révolutionnaires des siècles passés, vérifiant et rapporlant les faits et cherchant à établir leur concordance et lenr liaison.

Mais le résultat auquel il a abouti est fort loin d'être une histoire du parti communiste français. Pour traiter de celle-ci, même sommairement, il aurait fallu avant tout la placer dans le cadre des développements internationaux et nationaux. La montée révolutionnaire qui suivit la première guerre impérialiste, son échec, la période de stabilisation relative, la crise économique mondiale, tout cela n'est pas mentionné ou se trouve cito plus ou moins en passant. Aussi les faits de la vie du PCF rapportés par G. Walter se suivent sans rapports bien concrets avec le monde dans lequel ils se produisent. Ce n'est pas tout. G. Walter n'a pas insisté sur un point essentiel. Le PCF prétend être un « parti national » et dénonce avec indignation tous ceux qui l'accusent d'être une organisation au service du Kremlin. Ce n'est pas une caractéristique accessoire du PCF : tous les partis bourgeois ou au service de la bourgeoisie (comme le PS) dénoncent la « trahison de la patrie » par la direction du PCF ; tous les révolutionnaires, à commencer par les militants de la IVe Internationale partent de colte caractéristique pour expliquer sa trahison des intérêts prolétariens. G. Walter, dans le livre qu'il a écrit sur l'histoire du POF, se montre très peu soucieux de cette ques- de Gérard WALTER (*) tion. Aussi en ce qui concerne les rapports entre l'Internationale Communiste et sa section française, dans toute la première partie qui va jusqu'au IV° Congrès Mondial de l'Internationale Communiste, il nous montre une Internationale donnant des ordres, nommant la direction, tandis que par la suite, il n'y a qu'une Internationale qui ne fait que consulter: Or, chacun sait que toute la première partie de la vie du PCF est marquée par des interventions politiques ouvertes de l'Internationale Communiste (ce n'est qu'exceptionnellement que le Iv® Congrès désigna une direction au vu et au sus du monde entier), tandis qu'à partir de 1924, les interventions se font dans l'ombre et les directions sont nommées et changées par Moscou qui intervient dans les moindres détails de la vie des Partis Communistes. G. Walter peut peut-être pretendre que ce sont là des on-dit d'ennemis du PCF qu'aucun document de ce parti ne vient corroborer. Mais il y a divers moyens de juger les rapports entre le Kremlin, l'Internationale Communiste et le PCF. C'est un fait que tous les P. C. changent tous simultanément d'orientation, et tous les changement coïncident avec des variations dans la politique du Kremlin. Un autre fait que G. Walter a omis vient aDporter une preuve irréfutable. De parti antimilitariste, menant inte propagande et une agitation clandestines dans l'armée, le POr est devenu un parti prêchant la défense nationale et votant les crédits de guerre. Quand et comment cela estil survenu ? G. Walter ne rapporte pas, dans son livre, la fameuse déclaration de Staline à Laval en 1935. D'autre part toutes les sections de l'Internationale Communiste, y compris le PCF, ont été réorganisées à diverses reprises en fonction de la lutte contre de trotskysme. G. (1) Un volume aux Editions « Somogy ».

Walter ne mentionne pas ce sujet, pas même d'un mot ; et pourtant le PCF a connu plusieurs crises et a procédé à de nombreuses exciusions (dont au moins deux anciens secrétaires Treint et Bernard) pour trotskysme.

Une autre lacune formidable pour une histoire du PCF de 1920 à 1939, c'est l'absence d'une étude de l'activité syndicale du PCF. On ne trouve dans son livre ni son rôle dans la direction de la C. G. T. U. dans la scission de 1921-22, ni la lutte contre l'anarchosyndicalisme, ni les aventures ultragauchistes de la G. C. T. U. pendant la « Troisième Période », ni l'unification syn-

NTERNATIONALE G. Walter qu'on est amené à se demander à quoi vise ce livre, car il n'a aucun rapport avec l'histoire. Il a essentiellement pour trame le livre de Thorez « Fils du Peuple », sans vouloir toutefois trop se commettre de ce côté. Des gens politiquement avertis pourront y trouver un certain nombre de textes qu'il serait difficile de retrouver aisément sans faire de longues recherches bibliographiques. Mais le livre de G. Walter ne sera pas utilisé par quiconque veut vraiment connaitre l'histoire du parti né de la scission de Tours pour devenir un parti révolutionnaire et qui a fini par devenir le parti de la bureaudicale de 1935.

Il y a vraiment tant d'omissions de cette importance dans ce livre de cratie de

Moscou en France.

P. F.

Le Glacis Sovié de Nicolas CLARION (1)

tique

Ce livre réunit une documentation abondante sur l'évolution économique et sociale des pays de l'Europe et de l'Asie qui, après la deuxième guerre mondiale, sont tombés sous le contrôle plus ou moins direct du Kremlin. On regrettera toutefois que l'auteur n'ait pas cru nécessaire d'indiquer toujours la source précise de sa documentation.

L'intérêt du livre ne se limite pas d'ailleurs à son aspect documentaire.

L'auteur partant d'une solide compréhension marxiste de la bureaucratie soviétique et du stalinisme s'efforce de répondre à une série de questions importantes soulevées par l'expansion soviétique dans le « glacis » : * Sur quelle base le gouvernement soviétique envisage-t-il " l'association » économique et politique de l'U. R. S. S. avec les pays vaincus entrés désormais dans sa zone de détense ? ». " Le Kremlin peut-il réaliser « par en haut » le renversement des rapports sociaux ? » Quelles sont les lois internes de « l'expansionnisme soviétique ? ». " Quelles sont les incidences de cet expansionnisme sur l'évolution interne de 1U. R. S. S. ? »

Les réponses de l'auteur, malgré certaines ambiguités secondaires, sont toujours intéressantes et s'axent en général autour de la ligne suivante: La politique du Kremlin dans le « glacis» n'est pas déterminée par un plan quelconque de « socialisation » de ces pays, mais par les intérêts stricts de la bureaucratie soviétique, défendant ses privilèges dans le « bastion fermé » de l'U. R. S. S. Dans la mesure où ces privilèges intérêts de entrent en conflit avec les la bourgeoisie de ces pays.

la bureaucratie exproprie celle-ci éco-• nomiquement et politiquement, mais ce processus n'a nulle part, jusqu'à maintenant, abouti à une transformation complète de la structure capitaliste fonclamentale des pays du « glacis ».

Ces conclusions sont généralement justes et peuvent servir en tant qu'élément-clef pour la compréhension de la politique russe dans les pays sous son contrôle.

La principal remarque qu'on peut faire sur ce livre, intéressant à plus d'un point de vue, c'est d'avoir presque complètement negligé les réactions possibles et même inévitables que provoquerait cette politique de la bureaucratie soviétique dans le « glacis ». L'auteur souligne le caractère de « proconsuls de Staline » des différents dirigeants des Partis Communistes et le fait que ceux-ci agissent « comme de simples annexes » du Kremlin.

Mais voici que les « proconsuls » tombent en disgrace, en commencant par Tito et Gomulka et entrent en conflit avec le Kremlin. Ge phénomène est d'une importance extrême pour l'avenir du « glacis » et du stalinisme. Les Taits démontrent qu'une " russification » de l'Europe et du monde, loin de s'étendre pacifiquement et de renforcer la position du Kremlin, aiguiserait, au contraire, toutes les contradictions du régime el précipiterait sa crise et sa chute.

Une erreur sur cette page ?