Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 6, n° 6-7

Les savants et la bombe atomique

H. Vallin · Quatrième Internationale, vol. 6, n° 6-7 · juin-juillet 1948 · p. 39-40 · 1 701 mots

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La division du travail capitaliste dans sa « rationalisation » pousse à l'absurde la séparation du travail manuel et du travail intellectuel et sigaille ainsi une mulilation permanente de l'homme. En même temps elle exaque de le voir rédiger avec d'autres hommes de sciences éminents ce « projet de Constitution mondiale » consacrer le a gouvernement mondial » qui devra empêcher l'humanité de périr dans une nouvelle guerre (2). Manel modeste comporte une a déclaration des droits et des devoirs » de projet modeste comporte a a qui proclame à la fois. a l'émancipation du travail de toute expra mai de Toute exploitation " et le droit a la propriété privée, corporative ou (1) collective », « subordonnée au bien commun (1) » Il prévoit une

République fédérale du Monde » avee son propre président, son gouvernement, son Conseil, son Tribunal Suprême et sa Chambre de tutelle. Ge dernier organisme, compose de six membres du Conseil, élu par le Conseil el par le Tribunal (à Vexception de la première élection à laquelle le • le contrôle et l'emploi des forces ar- Tribunal ne doil pas paruciper), aura mées de la République Fédérale du Monde ». On voit que les savants, auteurs de celle Constitution, ont tout calculé de la laçon la plus minutieuse : les séparations des pouvoirs, les modalités d'élection, tions, même pour invraisemblables. inanque, dans ce posé succinet de pour sa réalisati les cas de contestales variantes les plus La seule chose qui projet, c'est un exexS moyens utiliser on. Nous attendrons bourgeoisie américaine рош avec par impatience qu'on nous expiique, exemple, comment à abandonner - amener la ses investissements en Amérique latilatine « à l'intérêt commun ». Il sera égaJement aisé de prouver que Staline se sentira demain mieux protégé par le Tribunal Mondial Suprême que par le Guépéou. Et les capitalistes du monde entier préféreront sans doute bientôt les bons conseils des professeurs américains à leurs profits insignifiants... Il suffit de suivre les rapports enire le Département d'Etat et l'Etat réactionnaire gree pour se rendre compte de l'incurable utopie qu'on nous propose ici. Car, même dans ce cas extrême ou une bourgeoisie « nationale » est de. venue absolument impuissante et littéralement condamnée à vivre uniquement des miettes que lui jette son protecteur yankee, elle n'en garde pas

(2) Bulletin of Atomic Scientists, May 1948 : c A preliminary Draft of a World Constitution =.

à l'extrême cerbe l'homme devant ses

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Bridge resde leur traplus savants la ressentent mènes naturels. La menes nacurers.a De atomique provie sentimenis humains leur réalité et à férielle et opposés destin sous forme menace de la bomsont ainsi arrachés leur causalité maà l'homme et son de mystérieuses et incontrôlables forces d'épouvante.

La réalité sociale qui n'a pas été comprise par la raison égarée ne se laisse certes pas transformer par elle. Voulant enchainer la guerre atomique au moyen de la « bonne volonté », Einstein verra demain sa propre volonté pacitiste balayée par la guerre. Aussi est-ce un spectacle plutôt lamentable

(1) Bulletin of Atomic Scientists, January 1948. A. Einstein : * A plea for internatonal Understanding al Understanding ».

de la physique devant ce produit monstrueux de la société contemporaine : la guerre mondiale. Tandis que la réalité sociale qu'ils vivent quotidiennement oblige les ouvriers à s'inspirer dans leurs rapports avec les patrons des principes de la sociologie scientifique, les savants en question, dans leurs rapports avee la société, normes abstraites dent la validité a aucontinuent à s'inspirer de tant de rapports aveo la réalité sociale que la cosmographie antique avec les lois d' Einstein.

Einstein lui-même est une victime tragique de la mutilation capitaliste. Ce maitre inconteslé de la physique contemporaine devanl les phénomènes sociaux ne se comporte pas différemment qu'un enfant devant les phénoles hommes sor pissions » (1). D'après lui, ce sont • l'effroi et l'anxiété généralisés qui

* provoquent la haine et l'agression ».

« La mentalité de l'homme a été corrompue en s'adaptant aux buts et aux activites de buerre activités de guerre ». Les idées et les

Timpuissance propres créalions. que les ouvriers sentent devant les produits vail, les spécialistes les nucléaire devant ce produit monstrueux de la société contemporaine : la guerre mondiale. Tandis que la réalité sociale qu'ils vivent quotidiennement oblige les ouvriers à s'inspirer dans leurs rapports avec les patrons des principes de la sociologie scientifique, les savants en question, dans leurs rapports avee continuent à s'inspirer de normes abstraites dent la validité a autant de rapports aveo la réalité sociale que la cosmographie antique avec les tragique de la mutilation capitaliste. Ce maitre inconteslé de la physique contemporaine devanl les phénomènes sociaux ne se comporte pas différem-

Ont done de ce que it aveuglés par les pissions » (1). D'après lui, ce sont • l'effroi et l'anxiété généralisés * provoquent la haine et l'agression ». « La mentalité de l'homme a été corrompue en s'adaptant aux buts et aux activités de guerre ». Les idées et les moins, jusqu'à la minute ultime de son agonie, les traits de sa propre classe, avec ses propres appétits et ses intérêts « nationaux » qui s'opposent à chaque pas à ceux de son protecteur puissant, démontrant ainsi que non seulement un « gouvernement mondial » est une utopie sous le capitalisme, mais que même une simple fédération d'Etats bourgeois liés par des besoins communs immédiats est irréalisable parce qu'aucune classe sociale n'abdique volontairement la moindre parcelle de son pouvoir fondamental.

Ajoutons à cela les contradictions encore mille fois plus insurmontables entre la bourgeoisie et le prolétariat de chaque pays ; entre les bourgeoisies métropolitaines et les peuples colomaux ; entre l'impérialisme mondial et la bureaucratie stalinienne ... et on se rend compte combien le a projet • de Messieurs les savants atomistes frise l'inconscience totale.

Or, voici que quatre savants de l'U. R. S. S., Vavilof, Frumkin, Ioffe et Semyonof, ont décidé de répondre à Einstein, mais loin de placer le problème dans son cadre scientifique, ils se contentent dans leur « Lettre Ouverte » (3) de dénoncer quelques machinations de l'impérialisme yankee et en arrivent aux conclusions suivantes aussi fortement empreintes d'inconscience que les déclarations d'Einstein : « la collaboration politique et (!) économique entre des Etats de structure sociale... différente n'est pas impossible à condition de prendre en considération sobrement (!) ces différences » : la seule voie de solution des conflits internationaux, c'est de rester fidèle au « principe de l'unanimité des grandes puissances au sein du Conseil de Sécurité »... Ce qui est grave, ce n'est pas tellement le fait que ces pauvres savants soviétiques sont obligés, par ceux qui tiennent leur plume, de s'en tirer avec une misérable pirouette propagandiste que personne ne prend plus au sérieux, mais que la lettre des savants russes fait preuve d'une effective incompréhension totale du problème d'une Fédération Mondiale des Peuples, c'est qu'ils s'acharnent non contre la forme utopique que les savants américains donnent à l'idée d'un Gouvernement Mondial, mais contre cette idée en soi. Einstein a par conséquent parfaitement raison quand il rappelle dans sa réponse aux savants soviétiques (4) que, dès sa fondation — c'est-à-dire il y a près de 30 ans ! — l'Internationale Communiste avait proclamé que le développement mondial des forces productives exigeait de façon urgente leur organisation à l'échelle mondiale. Il a également raison d'y ajouter que l'Etat national sous sa forme actuelle est aujourd'hui un élément de décomposition et de chaos social à l'échelle mondiale, aussi nocif que l'anarchie de la production. Il oublie seulement d'ajouter que l'anarchie de la production mondiale, tout comme l'Etat national, en tant que moteur du chaos mondial sont des formes inextricables de la société capitaliste et que, sans la destruction de cette société, il est aussi impossible de les surmonter que de libérer l'énergie de l'atome sans toucher à son noyau. De même, Vavilof et ses infortunés amis s'abstiennent soigneusement de poser la destruction du capitalisme mondial comme condition nécessaire et suffisante à l'élimination du danger d'une guerre atomique.

C'est ainsi qu'Einstein et Vavilof se rencontrent en réalité sur le même terrain. La désintégration de l'atome, cette formidable révolution technique, constitue la démonstration la plus évidente de l'insurmontable contradiction qui existe aujourd'hui entre le capitalisme qui se survit et les intérêts les plus élémentaires de l'humanité. Elle a proclamé dans un langage menaçant, que si l'homme ne se libère pas de ses chaînes sociales, le monde sera « libéré » de l'homme par la bombe atomique. Face à ce danger, la pensée révolutionnaire doit se hisser audacieusement à la hauteur des besoins pressants du présent comme à celle des possibilités grandioses de l'avenir. Mais la pensée des petits-bourgeois, même les mieux intentionnés, n'est capable que de se perdre dans les banalités, quand elle ne sombre pas dans un pessimisme absurde. Là où elle ne saisit que la forme creuse des idées sociales, elle devient elle-même un jouet de la réalité sociale dominante. Les spéculations juridiques des savants américains seront utilisées demain par Wall Street pour accentuer leur campagne d'hystérie guerrière, toul comme l'évangile de la • souveraineté nationale • des savants russes, après avoir couvert l'oppression nationale introduite par la bureaucralie salinienne en Europe orientale, s'inscrira sur les bannières de la croisade anti-soviétique. Aucune idée construetive ne peut plus se formuler en partant de la préoccupation du conservatisme social. Seul le programme de la révolution socialiste est aujourd'hui une opposition réaliste à la menace atonique, Il conduira à un véritable gouVernement mondial des travailleurs où la guerre sera bannie du globe. Pour le préparer, ce n'est ni a aux hommes de bonne volonté • ni • au Conseil de Sécurité de l'O. N. U. » qu'il faut s'adresser. Il faut se tourner vers les prolétaires et les exploités de tous les pays et, en participant activement toutes leurs luttes, élever leur conscience à la compréhension claire du but communiste de leur mouvement.

H. VALLIN.

(3) Bulletin of Atomic Scientists, February 1948. S. Vavilof, A. N. Frumkin, A. F. Joffe, N. N. Semyonof : « Open Letter to Dr. Einstein ».

(4) Bulletin of Atomic Scientists, February 1948 : « A Reply to the Soviet Scientists ».

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