Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Vive la République des conseils hongroise, indépendante et démocratique ! Appel de la IVe Internationale aux ouvriers, aux paysans pauvres et aux intellectuels hongrois

30 octobre 1956 · Secrétariat international · Le IVe Congrès mondial et après (1954-1957) · 1 542 mots

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Camarades,

La Quatrième Internationale qui groupe dans ses rangs des communistes Oppositionnels de 30 pays du monde, y compris de l’Union Soviétique, et qui mène depuis près de 20 ans une lutte sans merci contre le capitalisme et le stalinisme, envoie aux masses populaires victorieuses de Hongrie son salut fraternel,

Salut aux ouvriers et aux étudiants héroïques de Budapest! Vous avez montré que la volonté inflexible et unitaire du peuple travailleur est plus forte que toutes les . armes modernes de l'oppression !

Salut aux vaillants ouvriers et paysans pauvres de province, aux conseils insurrectionnels des ouvriers, soldats et étudiants des innombrables villes et villages de Hongrie où le pouvoir est passé dans les mains du peuple travailleur !

Gloire éternelle aux victimes de votre grande insurréction qui a écrit une page glorieuse dans l'histoire du mouvement ouvrier international !

Haine et mépris à la clique pourrie des bureaucrates qui tenta de sauver son pouvoir par le feu des tanks russes en passant sur les cadavres de centaines de prolétaires hongrois massacrés. Cette clique n'a plus rien de commun avec le communisme, avec le socialisme.

Votre révolution victorieuse n’est pas terminée ; elle ne fait que commencer.

Mais les victimes de la démence bureaucratique ne doivent pas être tombées en vain.

% ae pouvoir qui, aujourd’hui appartient au peuple hongrois, ne doit plus être T4 L,

Les ouvriers et les étudiants de Budapest, de Miskolcz, de Debreczen et de Zalae-gerczegs, ne se sont pas soulevés pour voir réapparaître à la place de la clique bureaucratique dominante, les anciens seigneurs de la Hongrie de Horthy, les capitalistes et les grands propriétaires fonciers.

Aujourd'hui, dans le vertige de la victoire qui vient d'être remportée, ce danger ne vous semble pas essentiel. Mais demain, par les frontières autrichiennes ouvertes, tout un flot d’émigrants va revenir dans le pays; non seulement nos camarades sociaux-démocrates — qui, en tant que représentants d’un parti ouvrier, doivent profiter, selon nous, de tous les droits de la démocratie des conseils, même si nous, communistes oppositionnels, ne partageons par leurs idées politiques — mais viendront aussi les représentants de la plus noire réaction.

Les discussions sur une nouvelle Constitution, sur une nouvelle armée, sur un nouveau gouvernement, ne doivent pas être menées dans votre dos et sans votre participation active.

Ce que vous voulez, c’est une révolution politique, l'écroulement de la dictature bureaucratique, l'exercice du pouvoir par l’ensemble du peuple travailleur, non une contre-révolution sociale, non le retour au capitalisme privé et à la grande propriété foncière, non la fin de l’économie planifiée et de l’industrialisation.

C'est pourquoi nous vous appelons à faire preuve de la plus grande vigilance, et à vous engager sur la seule voie, la voie sûre, qui vous garantira pour toujours les fruits de votre victoire :

Dans chaque entreprise, dans chaque quartier et dans chaque ville, constituez un conseil des travailleurs, des soldats et des étudiants.

Dans chaque village, constituez un conseil des paysans pauvres.

Tout le pouvoir législatif et exécutif ne doit reposer que sur ces conseils élus à des élections libres, siégeant ouvertement et sous le contrôle de l’ensemble du peuple travailleur. .

Tout le pouvoir armé doit être arraché non seulement à la police secrète stalinienne, mais aussi aux vieux officiers ; c’est pourquoi il faut exiger la dissolution de la police et de l’armée permanente : toutes les armes doivent être données aux travailleurs, organisés dans des milices d'ouvriers, d’étudiants et de paysans pauvres.

N'ayez aucune confiance en un quelconque parlement qui ferait appel à d'anciens et à de nouveaux politiciens. L'ensemble du pouvoir exécutif et législatif dans l'Etat n'appartient qu'à vous, les vainqueurs du 23 octobre. Exigez : la convocation immédiate à Budapest d’un congrès des conseils pour toute la Hongrie, qui prenne le pouvoir dans l’ensemble du pays!

Seul un tel congrès des conseils, dont les délégués travailleraient sous votre contrôle permanent, et que vous pourrez révoquer à toute heure si vous n'êtes pas d'accord avec leurs décisions, sera une expression réellement démocratique de la volonté du peuple travailleur de Hongrie !

Seul un tel congrès des conseils peut élaborer une nouvelle Constitution hongroise qui devra incorporer les principes suivants :

— Tout pouvoir repose sur les conseils élus démocratiquement par les ouvriers et les paysans pauvres.

— Toute acquisition privée de la terre et du sol, des grands moyens de production et des moyens de transport reste interdite selon la loi.

— Le plan économique d'ensemble est établi, exécuté et contrôlé avec la participation démocratique de l’ensemble des producteurs.

_— Aucun fonctionnaire d'Etat ne reçoit un traitement supérieur à celui d’un ouvrier qualifié.

— La République démocratique hongroise des conseils est un Etat indépendant qui appartient au peuple travailleur et qui doit décider souverainement sans la présence de troupes étrangères et sans immixtion d’une puissance étrangère, de ses traités internationaux de commerce et de ses traités avec les autres Etats.

Ces résolutions doivent être prises par le Congrès des conseils de toute la Hongrie. Nous, communistes oppositionnels, qui sommes depuis 30 ans poursuivis sauvagement par Staline et la bureaucratie soviétique et dont le dirigeant Léon Trotsky, fut assassiné par les sbires de Staline, nous vous disons encore, au nom des centaines

QUATRIEME IN TER N A T1 0: N° ACL 'E de milliers de communistes soviétiques qui ont lutté et qui luttent contre la bureaucratie : ne vous laissez pas séduire par les promesses du capital international! Les capitalistes britanniques, français et américains commirent et commettent en Malaisie, au Kenya, en Afrique du Nord, en Corée, au Guatemala et en Egypte les infamies que les bureaucrates commirent chez vous.

La tâche de la défense et de l’élargissement international des conquêtes du socialisme exige que vous restiez étroitement liés à tous les Etats ouvriers, mais comme les peuples polonais et yougoslaves, sur la base de l'indépendance absolue et de l'égalité des droits.

Communistes hongrois,

Les dernières semaines et les derniers jours furent pour vous comme un horrible réveil. Ce qu'auparavant on n'aurait jamais pu croire s'est maintenant vérifié : vos dirigeants criminels, Erno Geræ en tête, ont cherché à maintenir leur pouvoir non contre la contre-révolution mais contre la classe des travailleurs en employant les moyens les plus sordides de la terreur la plus sanglante. Avec une brusque violence, s'est vérifiée pour vous la justesse de toutes les critiques et de tous les avertissements de Trotsky et de l’Opposition communiste de gauche qui, dès 1934, ont prévu l'inévitabilité d'une révolution politique contre le pouvoir d'exploitation et d'oppression de la bureaucratie.

Pensez aux crimes odieux de vos dirigeants d'hier. Souvenez-vous de l’avertissement de Lénine : la seule tactique, les seules manœuvres admissibles sont celles qui renforcent la confiance en soi et la conscience de classe des travailleurs et non celles qui l’affaiblissent ! Pensez aux principes décrits par Lénine dans « l'Etat et la Révolution » et qui concernent l'État ouvrier : un pouvoir des conseils où la masse des travailleurs doit disposer dans la plus grande mesure des droits démocratiques et non de droits moindres que dans la démocratie capitaliste !

Souvenez-vous de l'avertissement de Lénine selon lequel dans un Etat ouvrier déformé d'une manière bureaucratique, les syndicats doivent absolument défendre les droits des ouvriers contre l'Etat, et où les droits de grève et de manifestation doivent être absolument garantis.

Il n'y a pas de raison de désespérer ou de se résigner. Ce n’est pas la cause du communisme qui à subi une défaite en Hongrie, mais c’est la cause d'un système bureaucratique inhumain que les meilleurs communistes ont combattu d’une manière conséquente depuis des dizaines d’années.

Le moment est venu de tirer les enseignements de ces expériences sanglantes.

Resserrez les rangs! Introduisez dans votre parti une démocratie sans limites ainsi que la liberté d'une lutte d'opinion et de tendance. Etudiez et diffusez les écrits de Léon Trotsky et de l'Opposition communiste internationale qui doivent être imprimés et vendus librement en Hongrie.

Sous la direction de Staline et de Rakosi, la cause du communisme fut salie et déshonorée ! Sous le drapeau de Lénine et de Trotsky le communisme sera victorieux chez vous comme dans le monde entier !

Si aujourd’hui, à l'avant-garde du peuple travailleur et sur la base de la démocratie prolétarienne la plus large, vous acceptez de mener le combat pour la République des conseils de Hongrie, indépendante et démocratique, l'avenir est à vous.

Les exigences du véritable internationalisme prolétarien impliquent aujourd'hui plus que jamais la coordination internationale de la lutte contre le capitalisme, l'impérialisme et la bureaucratie. Vive la nouvelle Internationale Communiste! Vive la Section hongroise de la Quatrième Internationale !

Ouvriers, étudiants, soldats, communistes de Hongrie !

Toute l'humanité travailleuse a les yeux fixés sur vous. De la manière dont vous serez prêts à progresser sur la voie de la démocratie socialiste et à ne tolérer aucun recul soit vers la dictature stalinienne, soit vers le capitalisme exploiteur, peuvent dépendre les destins de centaines de millions d'hommes.

Dans la plus pleine confiance en la conscience que vous avez de vous-mêmes, de vos responsabilités et de votre conviction socialiste, nous vous crions :

Vive la République des conseils de Hongrie, indépendante et démocratique ! Vive la révolution socialiste mondiale !

Le Secrétariat International de la IV° Internationale, (Parti Mondial de la Révolution Socialiste).

30 octobre 1956

Source : Quatrième Internationale, Vol.14 N°10-12, décembre 1956 · scan (Radar, 16-014-00076).

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