L'armée ouest-pakistanaise continue sa tentative d’écrasement du mouvement our l’indépendance du Bengale oriental. Il est clair à présent que la clique militaire d Yahia n’a pas réussi à s’assurer la victoire rapide qu’elle recherchait. Les brutalités et les massacres massifs ont été incapables de terroriser le peuple bengali de le soumettre.
Malgré le massacre massif de gens désarmés, les masses bengalies continuent leur lutte contre le régime c olonial qui domine leur pays.
Mais le besoin d’une direction révolutionnaire et d’une stratégie révolutionnaire se fait sentir avec une grande acuité.
Le peuple bengali est uni comme il ne l’a jamais été dans le passé. Cependant la direction actuelle est absolument inadaptée. Loin de préparer les ouvriers et paysans à une lutte prolongée déterminée pour l'indépendance, Sheikh Mujibur Rahman a EE tout ce qui était en son pouvoir pour parvenir à un compromis avec Yahia an. )
La Ligue Awami s’est opposée à l'indépendance, ne luttant que pour l’autonomie. Mujibur engagea des négociations avec Yahia alors que le dictateur mettait ses forces militaires en position.
Le direction Mujibur fonde maintenant tous ses espoirs sur une aide des NacRUnes et de la bourgeoisie internationale, à commencer par les capitalistes indiens.
Cela a été clairement exprimé dans une déclaration de Sheikh Mujibur à l’Agence France Presse : « Si le gouvernement ouest-pakistanais n’est pas conscient que È suis le seul'à pouvoir sauver le Pakistan oriental du communisme , s’il prend la décision de combattre, je serai chassé du pouvoir, et les naxalites interviendront alors en mon nom. Si E fais trop de concessions, je pe mon autorité. Je suis dans une situation très difficile » (Le Monde 31 mars 1971).
La IVème Internationale, tout en exprimant son entière solidarité avec la lutte des masses bengalies contre l'oppression nationale, réaffirme que le développement d’une direction révolutionnaire est indispensable à la victoire de cette lutte. Cette victoire ne pourra être remportée que par les ouvriers, pan et étudiants bengalis, organisés et guidés par une direction prolétarienne révolutionnaire. ;
Ce parti aura pour tâche de poursuivre le combat révolutionnaire par tous les moyens possibles et commencer ainsi à détruire les vieilles structures de la campagne et des villes bengalies et à jeter les bases d’un gouvérnement ouvrier-paysan qui commencera la construction d’une société socialiste. Cette tâche : ne peut qu'être contrée par une intervention de la bourgeoisie indienne dont le seul but est de préserver le statu-quo et d'empêcher la lutte au Bangla-Desh de déborder au Bengale occidental. ? L EU ss
La IVème Internationale s’oppose à toute intervention de la bourgeoisie qui, loin d’aider le développement de la lutte au Bengale,ne ferait que le bloquer. £
Une fois de A la nature contre-révolutionnaire de la politique d’Indira Gandhi s’est confirmée dans l’aide apportée, aux côtés de la clique de Yahia, à l’armée ceylanaise dans sa répression des forces révolutionnaires de ce pays.
La IVème Internationale condamne la trahison du gouvernement maoiste qui a pp soutenu la dictature de Yahia et a aidé par conséquent à maintenir
‘exploitation et la répression use que subit le peuple bengali. Sous prétexte de combattre l’ingérence d’Indira Gandhi, le régime de Mao s’est fait le complice direct du massacre.
Le message de Chou En Lai à Yahia Khan le 12 avril tente de couvrir l’approbation par Pékin du massacre des Bengalis « Nous sommes certains que grâce aux contacts que vo us et vos collaborateurs multiplient et grâce à tous vos efforts, la situation au Pakistan redeviendra normale. A notre avis l’unité du Pakistan et des Feb des provinces occidentale et orientale du pays est une garantie essentielle pour que celui-ci survive et trouve la prospérité et la puissance ». Le message ultérieur de Mao à Khan reprend les mêmes idées, en termes encore plus forts.
L’ «unité» du Pakistan est l’ « unité » d’un monstre créé parl’impérialisme britannique contre les ouvriers et paysans du sous-continent indien. Cette « unité » a permis à un groupe minuscule de propriétaires terriens semi-féodaux, de capitalistes compradores et de militaires de dominer des millions de paysans, de prolétaires agricoles et industriels surexploités et affamés. Cette « unité » a montré une indifférence complète aux besoins élémentaires du peuple bengali en ne prenant pas de mesures préventives au grand cyclone et en ne faisant rien pour les victimes après. (C’est une révision fondamentale des principes élémentaires du marxisme-léninisme que de parler de l’ «Etat» pakistanais et de l’Armée akistanaise sans préciser clairement sa nature de classe : un Etat.qui défend les intérêts d’une coalition de propriétaires terriens semi-féodaux, de compradores et de capitalistes srmi-monopolistes (22 familles de barons pillards contrôlent les deux-tiers des richesses industrielles du pays). L'armée est une armée bourgeoise réactionnaire, formée et entraïnée par D ceralieme et prête à se joindre aux armées sœurs d'Iran et d'Afghanistan dans un cordon sanitaire anti-communiste en Asie centrale au service direct de l'impérialisme mondial. Ces forces armées que Mao a félicitées de préserver l’ « unité » !
Le soutien donné à Yahia par la bureaucratie chinoise constitue une trahison ouverte des intérêts de classe des ouvriers et paysans pauvres bengalis qui se sont battus pour l’auto-détermination nationale, de ceux qui se battent aujourd’hui contre l’armée pakistanaise et de ceux qui continuent le combat pour un Bengale Socialiste. Il est évident que la direction maoiste, loin d’avoir tiré les leçons de la défaite indonésienne, continue dans la ligne du soutien sans principes au prédecesseur de Yahia, Ayoub Khan, et dans la voie du même opportunisme. Cette attitude affaiblit les forces socialistes au Bangla-Desh et renforce les forces réactionnaires qui utilisent le soutien de Pékin à'Yahia pour discréditer le « communisme ». Le soutien de Mao à Yahia Khan ne peut que nuire et affaiblir la défense de la révolution chinoise.
La seule garantie réelle contre les menaces d'agression impérialiste de la part de l'Inde contre la République Populaire de Chine est un mouvement de masse révolutionnaire puissant dans la péninsule, qui tende au renversement des Etats réactionnaires d’Inde et du Pakistan, à la victoire de la révolution ouvrière et paysanne dans tout le sous-continent. Si le soulèvement de masse du Bengale oriental est écrasé, cela renforcera la réaction dans toute la péninsule et la même armée réactionnaire que Chou et Mao flattent aujourd’hui, sera prête demain à soutenir l’agression contre la révolution chinoise.
Tous les communistes qui ont choisi de soutenir la direction chinoise dans le conflit sino-soviétique parce qu’elle avait une attitude plus révolutionnaire et plus militante contre l'impérialisme, doivent dire aujourd’hui de quel bord ils sont sur cette question. Le silence équivaudrait à la complicité. à
Les diverses puissances occidentales ont. tout en déplorant l'effusion de sang, soutenu d’une manière ou d’une autre, le statu-quo. Les Etats-Unis en particulier ont distribué leurs stocks de nourriture de façon à favoriser Yahia, sachant que la faim est une arme mortelle dans sa panoplie. De plus la plus grosse partie des armes utilisées par Yahia ont été fournies par le Pentagone et seront remplacées de la même façon à mesure qu’elles seront usées dans le massacre de la population.
La IVème Internationale fait appel au mouvement ouvrier international pour qu’il accorde toute l’aide possible aux combattants pour la liberté du Bangla-Desh, qu'il entreprenne des actions de solidarité avec les masses bengalies et qu’il exprime son soutien inconditionnel à leur lutte pour l’auto-détermination.
La IVème Internationale demande à tous les socialistes de s'opposer à toute intervention des forces capitalistes et impérialistes visant à maintenir la domination néo-coloniale sur tou le sous-continent indien. En particulier toute aide militaire, et en particulier l’aide aux forces de Yahia Khan en transit doit être contrée par tous les moyens possibles. Les révolutionnaires doivent exercer le maximum de ressions sur la direction maoiste pour qu’elle mette fin à son soutien honteux à la Re de Yahia Khan. Il est également important de dénoncer l’aide militaire de l’Union soviétique qui a contribué à construire l’armée contre-révolutionnaire du Pakistan occidental. La gauche doit être sur ses gardes par rapport à la possibilité d’une intervention massive à l'initiative de l'impérialisme US, visant à bloquer le processus révolutionnaire en Asie.
La IVème Internationale a confiance dans la capacité des ouvriers, paysans, étudiants et intellectuels révolutionnaires du Pakistan occidental à briser le chauvinisme anti-bengali, à comprendre que les militaires sanglants qui tentent aujourd’hui d'écraser le soulèvement du peuple bengali dans un bain de sang, sont leurs propres oppresseurs ; que lutter contre la guerre colonialiste lancée par Yahia Khan au Bengale oriental n’est pas seulement leur devoir internationaliste, mais aussi leur PIRE intérêt de classe. La défaite de l’armée ouest-pakistanaise au Bengale aidera à la libération des masses ouest-pakistanaises du joug de leurs exploiteurs.
a IVème Internationale est certaine qu’en dépit de revers temporaires, les masses bengalies finiront par triompher de la force armée du Pakistan oriental et ouvrir la voie à un Bengale Socialiste Uni, qui à son tour donnera une puissante impulsion à la libération de tout le sous-continent du joug du capitalisme et des propriétaires fonciers.
Victoire pour le Bangla-Desh ! — Pour un Bangla-Desh socialiste ! — Pour un Bengale Socialiste Unifié ! — Vers la Révolution Socialiste dans tout le sous-continent indien ! 19 avril 1971