Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Une nouvelle étape

11 avril 1930 · La première réunion internationale de l’Opposition de gauche (6 avril 1930) · 837 mots

In English: A New Stage — traduction assistée par machine.

Lorsque nous avons lancé la Vérité, nous nous sommes fixés un délai de six mois pour le travail préparatoire indispensable. Il fallait montrer d'une manière tout à fait précise ce que nous sommes, ce que nous voulons et nous savions très bien qu'une déclaration préalable, si explicite fût-elle, n'y suffirait pas. Qu'elle devrait recevoir un complément indispensable par nos commentaires des faits de la semaine, par nos réponses aux problèmes posés.

Nous devions montrer en quoi notre action se différenciait de celle qui avait été menée par d'autres groupes d'opposition, dégager les points sur lesquels des divergences politiques profondes existaient. Cette différenciation fut d'autant plus nécessaire qu'au moment même où nous partions des courants nouveaux se manifestaient au sein de la CGTU, qui devaient engendrer une lutte intérieure aiguë dans les syndicats unitaires.

Ce délai de six mois s'est révélé à peine suffisant pour nous permettre d'atteindre ce premier but. La tâche d'une opposition qui entend rester communiste est rude. Elle se trouve prise entre ceux qui, en quittant le parti, abandonnent du même coup le communisme et la petite armée des fonctionnaires aguerris dans la bataille contre ceux qui se refusent à appliquer servilement les mots d'ordre de la direction. Les coups pleuvent des deux côtés.

Nous en avons reçu. Nous en avons donné aussi et avons finalement réussi à nous imposer pour ce que nous sommes et non tels qu'on aurait voulu nous représenter. Nous sommes des communistes. Nous avons donné au communisme une adhésion réfléchie ; nous lui restons attachés comme nous restons attachés à la Révolution russe ; nous le défendons contre les dangereuses déformations staliniennes et nous défendons l'Union soviétique contre les forces thermidoriennes qui la menacent du dedans. C'est pourquoi, même lorsque nous sommes hors du parti, nous gardons le contact avec tous les éléments sains du parti.

Les résultats de ce travail d'éclaircissement et de délimitation se sont manifestés dans deux domaines. Nous avions dû d'abord aller au plus pressé, consacrer la plus grande partie de nos efforts au journal, à son amélioration, à son rayonnement, à sa diffusion. Mais les camarades que nous avons rassemblés ont insisté toujours plus vivement sur la nécessité d'une organisation méthodique de notre groupe. Et ce sont les détails de cette organisation que nous venons de régler. Nous avons cherché la meilleure appellation et finalement nous nous sommes bornés à reprendre le nom de Ligue communiste (Opposition) adopté par nos camarades américains.

Notre Opposition de gauche a un caractère international sur lequel nous avons insisté souvent. Nous l'avons fait parce que cela nous a paru plus nécessaire que jamais dans une période qui se caractérise par la dispersion, le repliement sur soi qui aboutit à des mouvements ouvriers nationaux au moment où l'internationalisme de la bourgeoisie ne cesse de s'étendre. Nous avons déjà parlé de la nécessité d'un Secrétariat international servant de premier lien entre les groupes de l'Opposition de gauche des divers pays. Nous comptions le mettre debout par un simple échange de lettres, étant donné la difficulté matérielle qu'il y avait dès maintenant à tenir une conférence internationale.

Des circonstances nouvelles nous ayant fait entrevoir la possibilité d'une telle réunion, nous nous sommes empressés de l'organiser et c'est ainsi que, dimanche dernier, nous avons pu nous rencontrer avec des camarades appartenant aux groupes les plus importants, régler les détails-matériels de la constitution du secrétariat, échanger des expériences et des idées, ce qui permit d'aborder déjà les problèmes qu'aura à résoudre notre conférence internationale. L'atmosphère de cette première rencontre fut des plus réconfortantes et des plus encourageantes pour tous ceux qui y participèrent. Au soir de cette bonne journée, nous nous sentions tous plus forts pour entreprendre la nouvelle étape.

Mais il est une chose que nous avons déjà dite et que nous devons répéter : l'Opposition de gauche ne peut se développer, elle ne peut accomplir sa tâche que si chacun de ses membres lui consacre tout son effort, toute son activité. Il faut accroître le rayonnement du journal ; il faut créer autour de soi des groupes qui seront autant de foyers de ralliement pour tous les communistes que les funestes zigzags staliniens alarment et ne savent plus comment ni où lutter ; il faut, dans la crise grave que traverse la CGTU, lutter sans répit pour enrayer le courant vers l'autonomie que la direction confédérale a fait naître par sa politique absurde et qui risque d'entraîner un nombre toujours croissant de minoritaires ; il faut surtout sauver les jeunes littéralement abandonnés par leur organisation officielle : l'Opposition de gauche doit leur apparaître comme leur maison.

La question centrale que pose la situation présente, c'est de savoir qui profitera de la crise qui ravage les organisations communistes. La bourgeoisie et ses laquais réformistes sont à l'affût. Ils ont eu déjà trop d'occasions de se réjouir. Il est grand temps de ramener le communisme dans la voie où il entraîne et guide la classe ouvrière, celle qui conduit à la victoire.

Alfred Rosmer,

La Vérité, n° 31, 11 avril 1930.

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 1, p. 46–48 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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