Quelque part en Europe, il y a un mois environ, se réunissait une Conférence des sections européennes de la IVe Internationale, la première depuis la fondation de l'Internationale (septembre 1938) et depuis la déclaration de la deuxième guerre impérialiste.
Ce numéro spécial de notre revue, devenue désormais par décision de la Conférence l'organe du Comité exécutif de l'organisation de la IVe Internationale en Europe, contient les principaux textes votés par la Conférence.
Dans un prochain numéro de la « Quatrième Internationale », nous publierons les thèses relatives à la « situation dans le mouvement ouvrier et les perspectives du développement de la IVe Internationale ».
La Conférence européenne s'est réunie en pleine guerre impérialiste et sous des conditions de répression du mouvement révolutionnaire qui dépassent indiscutablement de très loin tout ce qu'on a vu dans le passé.
Que dans une Europe ensanglantée par plus de quatre ans de guerre totale, écrasée sous le joug du plus hideux des impérialismes, dont les prisons et les camps de concentration regorgent des victimes de la plus sauvage et de la plus systématique répression, notre organisation ait pu tenir son assemblée européenne, élaborer et définir sa ligne politique de lutte, cela seul constitue la manifestation la plus éloquente de sa vitalité, de son esprit internationaliste, et de l'ardeur révolutionnaire qui l'anime.
En 1938, les sceptiques émettaient des doutes sur l'opportunité de la proclamation de la IVe Internationale et sur sa viabilité.
Aujourd'hui, environ six ans après sa fondation, et environ cinq ans après la déclaration de la deuxième guerre impérialiste, la IVe Internationale affirme par des actes qu'elle est la seule organisation internationale du prolétariat révolutionnaire qui, malgré les conditions de réaction et de répression sans précédent dans l'histoire, malgré même les défaillances et les désertions signalées dans ses propres rangs, reflétant le recul général du mouvement au début de la guerre, a subi en définitive avec succès l'épreuve des événements, luttant courageusement à elle seule contre le courant et préparant de son mieux l'avenir.
Autour d'elle, les anciennes organisations social-démocrates et staliniennes croupissent dans les eaux stagnantes du chauvinisme et de l'union sacrée, tandis que l'amalgame opportuniste des organisations centristes du Bureau de Londres s'est décomposé au premier contact avec la réalité brûlante de la guerre.
Pendant six jours consécutifs, les représentants des différentes sections européennes qui ont pu être présents à la conférence ont passé en revue la situation internationale et particulièrement celle de l'Europe, approfondissant tous ses aspects, éclaircissant les divergences existantes, redressant les erreurs commises, élaborant dans un esprit de communauté révolutionnaire les grandes lignes de la politique qui servira comme base à toutes les sections de notre Internationale en Europe.
Le temps consacré à la discussion des problèmes politiques, la participation active de tous les représentants, ainsi que les résultats obtenus font de la Conférence européenne une des meilleures assemblées internationales de notre mouvement depuis l'apparition de l'Opposition internationale de gauche.
Le texte principal sorti de la Conférence européenne est les thèses sur la « liquidation de la deuxième guerre impérialiste et la montée révolutionnaire ». Les militants de nos organisations européennes, qui doivent étudier avec soin ce texte, y trouveront la b- se politique générale de leur propagande et agitation dans les mois critiques qui viennent.
Il faut, en outre, signaler l'importante résolution sur la tactique du front ouvrier, ainsi que la résolution relative à l'adoption par toutes les sections européennes de l'Internationale du même nom de communistes-internationalistes.
La création plus que probable d'un second front en Europe occidentale et la confusion qui règne dans l'avant-garde quant aux rapports de ces opérations militaires avec le déclenchement de la crise révolutionnaire ont donné lieu à la résolution relative à « la montée révolutionnaire et le deuxième front ».
Tous ces documents se trouvent réunis dans le présent numéro de la « Quatrième Internationale », ainsi que les compléments aux statuts de l'Internationale.
La Conférence se termina par l'approbation des grandes lignes d'un manifeste adressé aux ouvriers et paysans de l'Europe, et par l'élection d'un Comité exécutif européen qui constituera l'organisme suprême de direction de l'organisation européenne jusqu'à sa prochaine conférence. Le travail administratif et politique quotidien a été confié à un Secrétariat européen restreint qui assumera en même temps les liaisons régulières avec les sections.
Parmi les résultats les plus heureux des travaux de la Conférence européenne, il faut compter indiscutablement la réalisation de l'unification immédiate des trois organisations françaises du POI, du CCI et du groupe Octobre dans le Parti communiste internationaliste, désormais section unique de la IVe Internationale en France.
C'est un grand pas en avant dans la voie du regroupement des forces révolutionnaires en France et dans le monde, et qui sera salué sans aucun doute par tous les militants et amis de notre Internationale comme un succès très important.
La Conférence européenne de la IVe Internationale acheva ses travaux à la veille du tournant décisif de la deuxième guerre impérialiste, qui met à l'ordre du jour les problèmes de sa liquidation, aussi bien pour la bourgeoisie que pour le prolétariat. Tandis que les états-majors des impérialistes mettent au point leurs plans pour les ultimes batailles et que les diplomates complotent en grand secret pour imposer aux masses, après leur guerre, une nouvelle paix capitaliste infiniment plus accablante que celle de 1918, le prolétariat doit concentrer ses forces, éclairer son horizon idéologique et se diriger résolument vers l'issue révolutionnaire. Il trouvera en la IVe Internationale la seule direction pour accomplir cette tâche.
La Conférence européenne, en posant avec précision et clarté les problèmes du mouvement politique actuel, et en les résolvant dans le sens du marxisme révolutionnaire, en resserrant les rangs des bolcheviques-léninistes, en raffermissant la cohésion idéologique qui les unit par-delà les divergences passagères, marque incontestablement une étape dans notre mouvement.
Avec beaucoup plus de raisons qu'hier, nous pouvons répéter maintenant les paroles écrites dès 1938 (Programme de transition) :
« Les ouvriers avancés, réunis autour de la IVe Internationale, montrent à leur classe la voie pour sortir de la crise.
« Ils lui proposent un programme fondé sur l'expérience internationale de la lutte émancipatrice du prolétariat et de tous les opprimés en général. Ils lui proposent un drapeau sans tache aucune.
« Ouvriers et ouvrières de tous les pays, rangez-vous sous le drapeau de la IVe Internationale. C'est le drapeau de votre victoire prochaine ! »
Éditorial de Quatrième Internationale
n° 4-5, février-mars 1944