• Lettre du BP à tous les membres du parti
Camarades,
Chaque jour, les signes s'accumulent pour prouver que les dirigeants de l'ex-majorité préparent la scission du parti à brève échéance. Depuis deux semaines, ils ne participent plus aux réunions du bureau politique, convoquées cependant en accord avec eux.
Ils violent de façon cynique la discipline du parti : témoin Garrive qui, à la commission jeune, fait rejeter des décisions prises au bureau politique en sa présence et dont il avait été chargé d'assurer l'exécution.
Ils viennent de convoquer illégalement, en dehors de toute séance régulière du BP, et sur décision d'une assemblée de fraction, le comité central du parti pour le dimanche 29 juin.
La majorité du bureau politique et la direction de l'internationale observent attentivement ces manœuvres scissionnistes, mais s'abstiennent de prendre toute mesure disciplinaire. Ils se conforment strictement aux décisions du XIe Plénum du CEI qui empêchent toute modification des organismes de direction du parti avant son VIIIe Congrès.
Mais la majorité du bureau politique a le devoir d'informer tout le parti de la signification de ces actes scissionnistes. Ils ont tous un dénominateur commun : empêcher par toutes les provocations la tenue du VIIIe Congrès du parti !
Car en vérité, le sens de ce congrès se trouve singulièrement précisé par les derniers événements dans le parti. Les dirigeants scissionnistes de l'ex-majorité ont déclaré ouvertement qu'ils n'appliqueront pas les décisions du XIe Plénum du CEI, qu'ils violeront la discipline internationale et se mettront de ce fait automatiquement en dehors de l'internationale. Or, ces scissionnistes savent fort bien qu'heureusement il n'existe pas une majorité dans le parti pour la scission avec l'internationale ! Voilà la raison pour laquelle ils veulent empêcher la tenue du VIII* Congrès du parti.
Ils ont prouvé cette intention non seulement par des déclarations faites dans ce sens dans des assemblées du parti. Ils l'ont prouvée en fixant le congrès de l'organisation jeune aux mêmes jours du congrès du parti, malgré une décision dans le sens contraire prise au bureau politique du 15 juin, dernier BP auquel assistèrent les dirigeants ex-majoritaires, et en plein accord avec eux. En tout état de cause, il ne s'agit là d'actions nullement étonnantes. Les dirigeants ex-majoritaires suivent la logique de leurs positions. La scission avec l'internationale, il n'y a que Shachtman et Chaulieu qui y applaudissent frénétiquement. Il n'y a que l'impérialisme et les bureaucrates staliniens qui en tireront profit. Quiconque se prépare à déserter vers l'ennemi en foulant aux pieds la discipline de l'internationale ne peut que logiquement fouler aux pieds également la légalité du parti et sa démocratie intérieure.
Mais ces manœuvres seront déjouées ! Déjà nous avons les signatures d'un tiers des membres du parti à soumettre au comité central, membres qui exigent comme c'est leur droit statutaire que le congrès du parti se tienne régulièrement à la date fixée.
Nous appelons tous les membres du parti qui n'ont pas encore donné leur signature à l'envoyer immédiatement à la direction et à arrêter ainsi les bras criminels des scissionnistes.
Quand le feu est à la maison, ce ne sont plus des divergences politiques qui peuvent être un obstacle pour ensemble combattre le désastre. Nous appelons tous les membres du parti désireux de rester dans l'internationale, de n'élire au congrès que des délégués qui quel que soit leur appartenance de tendance, s'engagent à défendre, en sus de leurs convictions politiques, la reconnaissance et le respect des décisions du Xe et XIe Plénum du CEI.
En dehors de l'internationale, il n'y a de la place que pour des cadavres politiques ou pour des traîtres. Dans l'internationale, il y a de la place pour tous les trotskystes, quelles que soient leurs divergences, à condition qu'ils se soumettent à la discipline internationale.
Nous répétons encore une fois, en plein accord avec la direction internationale : en dépit de toutes les provocations et de toutes les indisciplines, qui auraient mille fois justifié l'exclusion de ceux qui les ont commises, afin d'assainir la situation dans le parti et de lui permettre de s'engager dans sa nouvelle période d'activité avec le minimum possible de dégâts, aucun dirigeant ou militant du parti ne sera exclu de l'organisation s'il déclare au VIIIe Congrès respecter la discipline internationale et appliquer les décisions du Xe et du XIe Plénum du CEI !
Ainsi, la situation est claire et nette. À chacun de choisir : ou bien rester dans l'internationale, en jouissant de tous ses droits démocratiques, mais en observant en même temps strictement la discipline internationale ; ou bien refuser de reconnaître ces devoirs de discipline et déserter de ce fait automatiquement le parti mondial de la révolution socialiste. Trotskystes, debout ! Contre les manœuvres de scission et de désertion ! Faisons du VIIIe Congrès une manifestation éclatante de fidélité au trotskysme et à l'internationale ! Vive la IVe Internationale, et sa section française disciplinée !
Le 26 juin 1952
La majorité du bureau politique
Albert (Mandel), Frank, Mestre, Privas