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Motion sur la question coloniale présentée par la minorité
de la commission coloniale du congrès (Bergson)
Tout en réaffirmant la théorie de la révolution permanente, le congrès mondial reconnaît qu'à l'étape actuelle de conflit impérialiste et de la révolution coloniale, la mobilisation de la IVe Internationale et particulièrement de ses sections dans les pays coloniaux ne peut s'accomplir sans :
1. Une analyse économique de la nature des révolutions agraires et particulièrement des
mouvements paysans tels que ceux qui ont montré une vitalité inattendue, par
exemple, en Chine et que l'on peut escompter dans la période prochaine dans d'autres
pays coloniaux. Cette analyse économique doit appliquer la méthode que Lénine a
utilisée dans son analyse du mouvement paysan en Russie et qui lui a permis de faire
politiquement face aux changements de forme du mouvement agraire aux étapes
décisives dans le développement de la révolution prolétarienne.
Selon la tradition léniniste, le congrès mondial repousse la théorie menchevique selon
laquelle les buts de la révolution agraire peuvent être accomplis par un nouveau partage
du sol aux paysans. Contrairement à cela, il reconnaît comme « base matérielle » pour
le mouvement paysan la nécessité économique de reconstruire tous les rapports de
propriété terrienne et dans l'agriculture sur une base nouvelle, conformément aux
conditions nouvelles de l'économie nationale et mondiale. Le congrès mondial
reconnaît que, à l'étape actuelle de l'économie nationale et mondiale, la tâche de la IVe
Internationale consiste à poser constamment devant les masses le caractère
essentiellement socialiste des rapports économiques que le prolétariat, dirigeant la
révolution contre l'impérialisme, doit établir dans les pays coloniaux.
D'une telle analyse économique doit découler également la distinction politique entre
les paysans pauvres et les koulaks, qui est décisive pour le développement de la
révolution prolétarienne et pour sa défense contre la contre-révolution. De cette
analyse économique doit découler enfin l'analyse des racines nationales
économiques et sociales des staliniens dans la petite bourgeoisie rurale et urbaine, et
les raisons de l'adhésion de ces éléments petits-bourgeois au Kremlin.
Le congrès mondial' repousse catégoriquement la théorie essentiellement bourgeoise,
selon laquelle le mouvement paysan et la guerre civile, par exemple, en Chine, sont
seulement le résultat de la politique du Kremlin et de la politique de l'impérialisme.
2. Une analyse de la nouvelle étape de l'impérialisme mondial, résultat de la composition
organique actuelle du capital à l'échelle mondiale, et du manque de capital disponible
dans les pays avancés. Dans les pays coloniaux, cela s'exprime par :
a) la crise insoluble des bourgeoisies indigènes, même et particulièrement dans les
pays semi-coloniaux, et leur incapacité absolue de réaliser la reconstruction
économique des pays coloniaux ;
b) la nécessité pour l’État dans les régions coloniales et semi-coloniales de
nationaliser les industries-clés et d'étatiser les syndicats. Quelle que soit
l'opposition de telle ou telle section de la bourgeoisie indigène ou étrangère ou des
propriétaires fonciers, cette nationalisation et cette étatisation constituent une
réaction à la pression du capital mondial et ne représentent nullement une étape
de la révolution prolétarienne ;
c) la nécessité pour les impérialismes dominants de centraliser de grandes
quantités de capital au moyen d'expansion et de conflits stratégiques et
militaires. Dans son analyse de ce phénomène dans les pays coloniaux, la IVe
Internationale est guidée par une analyse serrée des moyens employés par les
impérialismes japonais et américain pendant la Seconde Guerre mondiale en
Asie orientale.
Le congrès mondial reconnaît qu'une catastrophe militaire, financière ou politique de grande envergure dans une région comme la Chine pourrait transformer la situation prérévolutionnaire en une situation révolutionnaire. Le congrès reconnaît aussi qu'une mobilisation de masse du prolétariat sur les revendications les plus immédiates peut poser la question de la révolution armée. La IVe Internationale se prépare et prépare le prolétariat à de tels développements par une propagande révolutionnaire incessante, pour la mobilisation des ouvriers dans leurs propres comités, pour des comités paysans, pour des comités de soldats, et pour l'armement de ces comités, pour former la base d'un gouvernement ouvrier et paysan.
Le congrès mondial repousse sans réserve toute théorie selon laquelle la reconstruction économique d'un pays colonial est une condition préalable pour la révolution prolétarienne. Le congrès mondial reconnaît que dans la période actuelle, le capitalisme international peut employer et emploiera le mouvement paysan contre la révolution prolétarienne dans les pays coloniaux. Sans repousser le soutien du mouvement paysan, la IVe Internationale s'oppose néanmoins au danger d'une telle utilisation internationale et contre-révolutionnaire du mouvement paysan, l'action internationale du prolétariat dans les pays coloniaux et dans des régions comme l'Asie orientale, et souligne toujours l'importance stratégique et décisive du prolétariat révolutionnaire japonais.
Le congrès mondial repousse la théorie selon laquelle, dans la période actuelle, l'indépendance politique offre une perspective historique quelconque aux économies nationales ou aux bourgeoisies indigènes des pays coloniaux. Il reconnaît au contraire que, dans l'époque actuelle de conflit impérialiste et de guerre totale, les pays coloniaux, à part certaines importantes exceptions, sont sans cesse devant la menace d'une occupation armée par les forces des puissances dominantes, directement ou par des armées paysannes. Se basant sur cette analyse, la IVe Internationale dans les pays coloniaux et l'avant-garde du prolétariat mondial s'adressent sans cesse par une propagande révolutionnaire socialiste aux soldats des armées d'occupation et aux paysans pauvres des armées paysannes. Pour la même raison, la IVe Internationale dans les pays coloniaux se distingue de la IIIe Internationale en plaçant constamment devant les masses coloniales les perspectives révolutionnaires concrètes dans les pays oppresseurs.
Se basant sur les nécessités économiques du mouvement paysan, sur le développement du mouvement prolétarien, et sur la banqueroute actuelle des économies nationales et mondiales, la IVe Internationale, tout en réaffirmant que le prolétariat seul peut diriger la lutte pour l'indépendance nationale, et sans pour cela rejeter les mots d'ordre de la lutte de la révolution démocratique, pose constamment la reconstruction socialiste économique des pays coloniaux à l'échelle continentale et internationale, comme seul moyen de :
a) réaliser les aspirations matérielles du mouvement paysan ;
b) réaliser les revendications immédiates du prolétariat ;
c) réaliser ou maintenir l'indépendance nationale des pays coloniaux ou servi-
coloniaux.
Le congrès mondial élit une commission internationale chargée de préparer une résolution sur la question coloniale, basée sur l'analyse et les perspectives ci-dessus, tenant compte des différentes conditions géographiques et historiques des différents pays coloniaux.
Note :