Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Sur le conflit entre la Grèce et la Turquie à propos de Chypre

15 décembre 1967 · Secrétariat unifié · Le VIIIe Congrès mondial et après (1965-1969) · 762 mots

In English: World Outlook Vol. 6, No. 1, 12 January 1968 (texte anglais publié, pas encore en ligne ici).

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Le conflit gréco-turc sur le statut de Chypre a rebondi et atteint une acute ‘ extrême. Aujourd’hui, un affrontement armé entre la Grèce et la Turquie semble écarté. Mais le conflit montre combien le régime capitaliste est foncièrement incapable d'assurer l’autodétermination du peuple chypriote!

La tension entre la Turquie et la Grèce a surgi des nécessités contradictoires devant lesquelles se trouvait le gouvernement putchiste d'Athènes : d’une part, il devait s'assurer un crédit en trouvant une « solution » à la question chypriote ; . d'autre part, il tentait d'instaurer une dictature militaire à Nicosie, avec son représentant sur place, Grivas, pour y briser un puissant mouvement ouvrier radical.

Concilier ces deux objectifs était impossible, à moins d'adopter la partition de l'île, ce que l'immense majorité du peuple de Chypre ne peut et ne pourra jamais accepter. Aussi, les deux impératifs contradictoires du gouvernement des colonels d'Athènes ne pouvaient être conciliés. La tentative de trouver une « solution » définitive (entrevue des colonels grecs avec les dirigeants turcs en juin dernier) aboutit à un échec. Car il était impossible de faire accepter par 4 Turquie une « Enosis » de l'île avec la Grèce, où Grivas jouerait un rôle-clé. A partir de ce moment, toute la propagande ultra-chauvine de Grivas se retourna contre les dirigeants grecs et contre Grivas lui-même.

Makarios, chef de l'Etat de Chypre qui règne grâce au fait qu’il se maintient en équilibre précaire entre Grivas et la gauche (A.K.E.L., substitut du PC. chypriote), avait imprudemment déclaré, avec l'appui des dirigeants droitiers de l'A.K.E.L., que Chypre aurait, après l’Enosis, les mêmes rapports avec l'OTAN que la Grèce. Il devait ainsi ouvrir les yeux à ceux à qui son « progressisme » avait fait illusion dans le passé.

De cette contradiction résulta la crise qui vient d’avoir lieu.

A partir d’un certain point, la tactique de l'OTAN et de l'impérialisme, qui a toujours été de diviser pour régner (la population chypriote grecque et la population chypriote turque installée depuis 1571 se sont généralement toujours entendues pacifiquement jusqu’à l'intervention de la Turquie, sur la demande du premier- ‘ministre britannique de l’époque, Eden, pour bloquer le mouvement d'indépendance en 1956), cette politique s’est retournée contre ses auteurs. Deux Etats membres de l'OTAN étaient sur le point de s'affronter,

Un affrontement militaire entre la Grèce et la Turquie aurait eu des conséquences incalculables pour les populations de ces deux pays. Mais elle aurait aussi été une catastrophe pour le potentiel militaire de l'OTAN qui se serait autodétruit, et plus encore pour le régime des colonels de Grèce qui n'y aurait pas survécu. D'où le chassé-croisé des trois compères, les Vance, Rolz Benett et Brosio, au nom des Etats-Unis, de l'ONU et de l'OTAN. D'où le retrait précipité de la Grèce, en position de faiblesse sur une série de points, dont le départ de Grivas et des troupes non prévus par les traités (Traité de Zurich 1959). Face à la Turquie, les colonels de Grèce, dépourvus de base sociale, n'avaient pas de force.

Une « solution » à été trouvée dans le cadre de l'OTAN. Chypre représente en effet une pièce stratégique maîtresse pour le dispositif militaire impérialiste de l'OTAN. On a donc accepté un départ progressif des troupes grecques et turques, non prévues par les traités de Zurich et de Londres. On garantit momentanément l'indépendance au travers du Conseil de Sécurité. Les troupes de l'ONU, dont le mandat venait à expiration, seront maintenues.

Grivas part, et l'OTAN reste. Il n'est pas à exclure que l’on se dirige ensuite, à froid, vers une partition garantissant l'appartenance des deux « morceaux » de Chypre à l'OTAN.

Déjà, à Chypre, toute une tendance de l’A.K.E.L. qui s’est organisée et qui n'a jamais rendu ses armes, s'oppose de façon croissante à toute forme d’Enosis. Pour imposer une solution OTAN à Chypre, il faudra que l'impérialisme affronte un secteur croissant de la population. 60 QUATRIEME . INTERNATIONALE

La seule solution qui permette réellement au peuple chypriote de s’auto-déterminer, c’est le retrait de Chypre de toutes les bases, y compris celles prévues par les traités (bases grecques, anglaises et turques). Il faut mettre fin au mandat de J'O.N.U. et de ses troupes. Il faut abolir les traités qui tronquent l'indépendance de

Chypre.

Il faut que l’auto-détermination locale des chypriotes turcs soit garantie, dans les localités turques homogènes, et que l'égalité Ges langues et l'autonomie culturelle extra-territoire soient garanties dans les villes et dans les. villages mixtes.

C'est ce drapeau de l'indépendance et de l’autodétermination véritables que brandit la section chypriote de la IV* Internationale !

15 décembre 1967. ‘

Source : Quatrième Internationale, n°33, avril 1968 (2e trimestre) · scan (Radar, 16-014-00113).

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