Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Sur la voie de Staline (l'exécution d'Imre Nagy)

17 juin 1958 · Secrétariat international · Le Ve Congrès mondial et après (1957-1960) · 879 mots

In English: Documents: Declaration of the International Secretariat III: On Stalin's Path — texte anglais publié à l’époque.

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II

SUR LA VOIE DE STALINE

(L'exécution d’Imre Nagy)

Le Kremlin vient d'exécuter Imre Nagy et ses compagnons, membres du Parti Communiste hongrois. À l'improviste, dans un procès, disent-ils à huis clos, sans audience publique, et même sans «aveux», le Kremlin vient de commettre ce crime. z

Il s'agit d'un assassinat qui a pu se passer de tout « procès », perpétré froidement, à un moment donné, pour des buts donnés.

Le Kremlin cherche ainsi à terroriser, en U.R.S.S. même, dans les « démocraties popu= laires » et dans les Partis communistes, les opposants à sa politique ef au règne de sa direction actuelle. ;

L'assassinat d'Imre Nagy est un avertissement sanglant pour les « révisionnistes » qui ne s'alignent pas complètement sur les positions de la direction politique de la bureaucratie soviétique.

QUATRIEME INTERNATIONALE ï 75

Au moment où la campagne contre la Yougoslavie redouble de violence, le Kremlin n'hésite pas à montrer qu'il est décidé à pousser la lutte jusqu'à l‘extermination physique, comme au temps de Staline.

Mais, loin de démontrer la force, la cohésion et la stabilité de la direction actuelle du Kremlin, cet acte abominable prouve au contraire que nous assistons à nouveau à une lutte furieuse, exaspérée, entre tendances opposées au sein du sfalinisme international. Il est difficile de dire si, dans cette lutte, Khrouchtchev lui-même est l'inspirateur ou le prisonnier d’une tendance néo-stalinienne plus « dure » qui cherche à consolider sa position contre les courants adverses. Par contre, ce qui est clair, c'est que la lutte au sein de la bureaucratie connaît actuellement un nouveau paroxysme.

Les difficultés propres en U.R.S.S. même, provenant des réformes « révolutionnaires » de Khrouchtchev en matière d'industrie et d'agriculture, qui ont bouleversé les structures sociales bureaucratiques, jointes à celles qui existent dans les « démocraties populaires », où règne de nouveau une rigueur toute stalinienne, ainsi qu'à celles provenant de la situation internationale, à nouveau aggravée, sont à la base d'une nouvelle lutte de tendance au sein de la direction politique de la bureaucratie soviétique et du stalinisme international.

La politique hésitante, contradictoire, spasmodique de Khrouchtchev au cours des derniers temps est caractéristique de cette crise. Son retournement, plus particulièrement dans l'affaire yougoslave, malgré le tort que cela porte à la politique du Kremlin à l'égard des pays non engagés et de l'opinion publique internationale, est le signe de l'ascendant que prennent dans sa tendance les éléments staliniens en U.R.S.S. même et ailleurs, décidés à mener [a lutte contre les opposants, y compris par les moyens de l'extermination physique.

Par le fait que la déstalinisation s'est trouvée vite bloquée en U.RS. dans les « démocraties populaires » et en Chine, les contradictions non résolues à l'intérieur de ces pays ont acquis au contraire une acuité redoublée.

En même temps, loin d'évoluer vers la détente, la situation internationale a au contraire connu une aggravation explosive, particulièrement dans le Moyen-Orient,

La politique de Khrouchtchev aussi bien en U.R.S.S. que dans les « démocraties populaires >» et internationalement est loin d'avoir à montrer un bilan de victoires.

Dans ces conditions, des forces néo-staliniennes plus « dures » essaient actuellement de reprendre complètement le dessus afin de faire face, par l'extrême rigueur bureaucratique et même par la terreur, aux difficultés de toute sorte qui sont amoncelées.

Khrouchtchev manœuvrerait pour ne pas se trouver à contre-courant.

On connaîtra, peut-être avant longtemps, le dénouement de cette nouvelle crise qui gronde dans les sommets de la bureaucratie stalinienne internationale. Entre temps, c'est le mouvement ouvrier international qui subit les confre-coups néfastes de cette politique et de cette pratique néo-stalinienne.

Tandis que celles-ci dressent d'immenses masses mécontentes contre le régime politique et même contre le régime social de l'UR.S.S., des « démocraties populaires » et de la Chine, et préparent de nouvelles explosions comme en Pologne et en Hongrie, elles démoraliseni le prolétariat des pays capitalistes, l'amenant à se soumettre sans combat devant des coups de force réactionnaires, à l'exemple de celui de de Gaulle en France.

La politique actuelle du Kremlin, mélange de l'opportunisme le plus vulgaire et de procédés bureaucratiques et policiers tout staliniens, est pratiquement une politique de liquidation des Partis communistes en tant qu'organisaïions liées aux masses et capables de les mobiliser. L'exemple de la France est immensément significatif. Cette politique sert directement la réaction et favorise les plans de guerre de l'impérialisme.

La IV* INTERNATIONALE appelle les membres des Partis communistes à opposer une résistance résolue à la reprise par le Kremlin d'un cours terroriste à la Staline. N'oubliez pas le passé, les infâmes procès de Moscou, de Raijk, de Kostov et leur désaveu par Khrouchtchev lui-même! Ne cautionnez pas à nouveau sans esprit critique les mêmes ignominies et les mêmes crimes !

Elle les appelle à protester contre l'exécution sans procès public et sans la libre assistance ouvrière internationale de Nagy et de ses compagnons.

Elle les appelle à ‘se débarrasser des directions staliniennes actuelles qui, inféodées comme elles le sont au Kremlin, complices de ses crimes passés et présents, bloquent absolument la voie à un renouveau du mouvement communiste, reñdent impossible la collaboration pratique avec les autres forces politiques de la classe ouvrière, discréditent le communisme, liquident pratiquement leurs propres organisations, et ouvrent la voie à la réaction et à la guerre.

Milan, le 17 juin 1958.

Source : Quatrième Internationale, 16e année n°3, juillet 1958 · scan (Radar, 16-014-00083).

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