1. Devant le caractère, en partie spontané, du mouvement des partisans,
expression de la révolte ouverte et inévitable des larges couches travailleuses
contre l'impérialisme allemand et contre l'ordre et l'État de la bourgeoisie
indigène qui personnifient à leurs yeux les responsables de leur misère et de
leurs souffrances actuelles, les bolchéviques-léninistes sont obligés de
prendre en considération cette volonté de lutte des masses et de tâcher,
malgré les multiples dangers consécutifs aux formes nationalistes que revêt
cette lutte, de l'orienter vers des buts de classe.
2. Quand il s'agit de groupes de coups de main montés par des organisations
nationalistes ou stalino-patriotiques, l'attitude des B-L est fonction des
objectifs et résultats de leur action : action militaire, nationaliste,
essentiellement réactionnaire au service du capitalisme national et des
impérialismes anglo-saxons. Cette attitude est valable même si cette action
de partisans prétend avoir pour objectif la défense de l'URSS par
l'organisation exclusive du sabotage, la guérilla, la désorganisation des
transports vers l'Est, etc. Les B-L ne sont pas naturellement contre l'aide
militaire à l'URSS, y compris par le sabotage. Mais l'aide militaire fournie par
ces groupes à l'armée soviétique reste insignifiante. Par contre, en détruisant
l'esprit de classe des ouvriers, en développant et en excitant le chauvinisme,
en détournant les ouvriers de leur lutte propre sur le terrain de l'usine, en les
divisant, en les jetant pieds et poings liés dans l'union sacrée, en les dressant
contre les soldats allemands, ils désarment la classe ouvrière, soudent le
prolétariat allemand à sa bourgeoisie et à Hitler, préparant l'assassinat de la
révolution allemande et l'étranglement de la révolution mondiale. C'est-à-
dire que pour leur aide militaire insignifiante, ils entravent le seul soutien
réel de l'URSS et renforcent sa dépendance à l'égard des impérialismes.
Tel a été le caractère exclusif des mouvements de francs-tireurs, notamment
dans les pays occupés de l'Ouest (Belgique, France, etc.) jusqu'en 1942. Les
BL ne pouvaient que combattre ces mouvements, tout en saluant l'héroïsme
individuel des combattants de ces groupes qui croyaient lutter pour la
défense de l'URSS et de la liberté.
3. Mais une telle attitude s'est révélée absolument insuffisante chaque fois que le
mouvement des partisans a pris un vaste caractère de masse. Tel a été le cas :
a) dans les pays balkaniques où, par suite des conditions géographiques,
économiques, et historiques, de larges couches de paysans pauvres et en
partie d'ouvriers ont gagné la montagne et engagé la lutte contre l'occupant ;
b) en Occident, à partir de la déportation massive de la main-d’œuvre en
Allemagne, les groupes de partisans se renforçant alors d'importantes
couches ouvrières et petites-bourgeoises, notamment de la jeunesse,
décidées à lutter contre l'esclavage du travail forcé, pour leurs libertés,
contre l'oppression impérialiste, pour la défense de l'URSS.
La participation des masses ne change pas le rôle objectif des organisations militaires à la remorque de l'impérialisme anglo-saxon dans lesquelles se canalisent pour la plupart les mouvements des partisans. Mais elle modifie plusieurs caractères de la lutte :
a) elle peut rendre effective l'aide militaire à l'URSS (Yougoslavie) ;
b) elle détermine l'entrée dans la vie politique de masses armées qui tendent
à agir selon leurs propres intérêts objectifs de classe ;
c) mobilisant une partie importante des forces vives de la jeunesse ouvrière
et petite-bourgeoise, elle pose de manière brûlante le problème suivant
cette jeunesse ira-t-elle nourrir la révolution ou les forces les plus
réactionnaires de l'impérialisme ?
d) dans les événements révolutionnaires qui viennent, dans le chaos qui se
prépare, ces petites armées orientées vers les points stratégiques joueront
un rôle important pour ou contre la classe ouvrière et la révolution.
4. Ainsi les B-L ne peuvent pas se contenter aujourd'hui de dénoncer ces
organisations comme travaillant au service de l'impérialisme. Ils ne se
contenteront pas de rappeler aux prolétaires la primauté du travail d'usine
et à faire tous les efforts possibles pour les retenir dans le cycle de la
production. Ils s'efforceront, en même temps, de faire pénétrer leur politique
dans les rangs des partisans, en vue de regrouper les forces révolutionnaires
latentes qui s'y trouvent sur une base politique et organisationnelle de classe.
Dans ce but, ils développent le programme suivant :
a) comprendre qu'ils doivent jouer le rôle des détachements armés au
service de la révolution prolétarienne, d'avant-garde des milices ouvrières
et non de succédané de l'armée impérialiste ;
b) s'organiser toutes les fois que cela est possible d'une façon autonome sur une
base démocratique à l'exclusion de tout élément bourgeois ou réactionnaire ;
c) se constituer dans les rangs des organisations militaires contrôlées par
l'union sacrée de la bourgeoisie anti-allemande et les staliniens, en fraction
camouflée ayant sa propre discipline et orientée résolument vers la rupture
avec ces organisations à chaque moment que cela devient avantageux ou
nécessaire ;
d) repousser toute politique d'assassinat des soldats allemands, toute action
de sabotage, même militaire, qui creuserait le fossé entre travailleurs
indigènes et soldats allemands ;
e) se mettre sous le contrôle et la direction politique du mouvement
prolétarien. Soutenir les luttes ouvrières par les moyens appropriés à la
situation générale et locale. Lier l'action des partisans aux luttes des usines.
Favoriser la formation des cadres militaires ouvriers et l'armement général
des ouvriers et des paysans ;
f) participer à la lutte de classes dans les campagnes en prenant part aux
travaux agricoles, en soutenant les paysans travailleurs contre
l'exploitation étatique et contre les paysans riches, les hobereaux, les
minotiers, etc., toute politique de brigandage contre la paysannerie
travailleuse devant être impitoyablement châtiée ;
g) organiser la propagande de fraternisation avec les troupes d'occupation, et
ouvrir leurs rangs aux déserteurs allemands ;
h) former des militants prolétariens par l'étude du marxisme et par les
discussions politiques, contrairement à la théorie bourgeoise : « Pas de
politique à l'armée. »
5, Les sections de la IVe Internationale doivent poursuivre cette politique aussi
bien en dehors des organisations de partisans qu'au sein de ces dernières, dans
le but de regrouper en définitive toutes les forces révolutionnaires du
mouvement des partisans sur une base idéologique et organisationnelle
autonome de classe, forces qui, en l'absence d'une politique juste, seront
inévitablement captées par des courants réactionnaires.
Le Secrétariat provisoire européen
In Quatrième Internationale, n° 2, décembre 1943