Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Résolution sur la montée révolutionnaire et le deuxième front

février 1944, European Conference of the Fourth International · La conférence européenne clandestine de la IVe Internationale (février 1944) · 1 090 mots

In English: Title: Resolution on the Revolutionary Upsurge and the Second Front — traduction assistée par machine.

1. La montée révolutionnaire en Europe, jointe à l'avance de l'Armée rouge, met à

l'ordre du jour un débarquement des impérialismes américain et anglais en

Europe. Il s'agit à la fois de gagner de vitesse la révolution prolétarienne et

d'empêcher une nouvelle avance de l'Armée rouge dans les pays capitalistes.

2. Les explosions révolutionnaires ne seront ni la conséquence directe du

deuxième front ni déterminées dans leur ampleur et leur intensité par

l'ampleur du débarquement. Elles seront déterminées par la dynamique des

rapports de forces entre les classes. S'il est plus que probable qu'un

débarquement favorisera les explosions révolutionnaires et précipitera la

montée, on ne peut pas exclure d'avance ni la possibilité d'un mouvement

révolutionnaire avant le débarquement ni la possibilité d'une réaction non

immédiate des masses sur le deuxième front. En tout cas, une chose est

certaine : la plaque tournante de la situation en Europe reste la situation en

Allemagne. C'est seulement en déclenchant directement ou indirectement la

révolution allemande que les explosions révolutionnaires dans les pays

occupés, provoquées ou non par les opérations militaires, peuvent ouvrir la

période révolutionnaire en Europe.

3. Le caractère de tout mouvement de masse déclenché par une cause

quelconque sera, dans les conditions actuelles, spécifiquement prolétarien,

tant par son contenu que par ses méthodes de lutte. Des formes de lutte ou de

revendications nationalistes, démocratiques et autres, que peut prendre au

commencement le mouvement, seront de nature superficielle et n'enlèvent

rien à son caractère profondément révolutionnaire qui pose dès l'abord le

problème du pouvoir dans toute son ampleur.

4. Dans le cas d'un mouvement de masse déclenché par le deuxième front, la

tâche politique et organisationnelle des sections de la IVe Internationale

consistera à avoir avant tout une appréciation claire de l'ampleur et de l'enjeu

de la lutte, de lier les mouvements épars, de donner par des mots d'ordre

appropriés, une expression conséquente aux aspirations révolutionnaires du

mouvement autonome des masses et de l'orienter résolument vers la

transformation de la guerre impérialiste en guerre civile.

La grève générale doit être organisée et dirigée. Les organes du pouvoir

prolétarien doivent être créés partout où ils n'apparaissent pas

spontanément et coordonnés dans leur action.

Il faut organiser l'armement général du prolétariat. La milice ouvrière

protègera, contre les organisations nationalistes et la terreur impérialiste,

l'occupation des usines, gares, imprimeries, postes d'émission, positions

clefs, etc. La milice ouvrière appuiera les comités ouvriers et paysans pour la

réquisition, le transport, la distribution des denrées aux masses laborieuses.

La propagande la plus tenace pour la fraternisation avec les ouvriers

allemands en uniforme, avec les soldats prolétariens anglais et américains

contre toute forme de chauvinisme, se combinera, dès le commencement de

la révolution allemande, d'un vaste mouvement de coordination entre les

conseils de soldats allemands et les comités ouvriers.

Dans la période ouverte par le déclenchement de la crise révolutionnaire, la

mobilisation des masses se fera autour des organes du pouvoir prolétarien

pour leur défense acharnée contre toute forme de contre-offensive capitaliste,

contre toute tentative d'empiéter sur les prérogatives des organes

prolétariens, de les endiguer dans des organes parlementaires, même

composés plus ou moins exclusivement de « représentants ouvriers ». En

aucun cas et sous aucun prétexte, les sections de la IVe Internationale ne

peuvent participer à des « fronts populaires », des commissions locales, des

conseils économiques, des commissions de socialisation à côté des

représentants de la bourgeoisie ou des représentants même exclusivement

ouvriers d'un gouvernement de coalition.

5. L'impérialisme américain essaiera en tout cas d'utiliser pour ses buts

militaires contre-révolutionnaires le mouvement de masse, en essayant de

l'embrigader dans les organisations nationalistes, en reconstituant les

armées capitalistes nationales, en utilisant l'activité stalinienne. Il essaiera

également d'empêcher la jonction entre les explosions révolutionnaires dans

les pays occupés et la révolution allemande en s'efforçant de donner un

caractère nationaliste au mouvement. Il s'efforcera particulièrement

d'écraser le mouvement entre la répression impérialiste allemande et anglo-

américaine. Cette tactique aura surtout des chances de succès en cas de

débarquement limité et de mouvement artificiellement provoqué par les

staliniens et les organisations nationalistes. Néanmoins, toutes ces

éventualités deviennent de plus en plus improbables devant l'ampleur de la

montée révolutionnaire et l'affaiblissement de l'impérialisme allemand.

Cependant, au cas où un mouvement ouvrier limité se déclencherait tout de

même, les sections de la IVe Internationale adapteront leurs mots d'ordre à

l'ampleur de l'action révolutionnaire. Elles s'efforceront d'éviter une

catastrophe sanglante en donnant au mouvement une cohésion et une

direction aussi sérieuse que possible, en développant par tous les moyens le

travail de fraternisation avec les soldats allemands, anglais et américains, en

développant le mouvement en un mouvement ouvertement révolutionnaire,

seul moyen de gagner l'adhésion des ouvriers allemands en uniforme.

Deux points doivent pourtant être fixés dès maintenant :

a) En aucun cas et sous aucun prétexte (défaitisme, sabotage) les sections de la

IVe Internationale ne peuvent appeler les masses, leurs sympathisants ou

leurs membres à participer sous quelque forme que ce soit à l'action

militaire des organisations nationalistes ;

b) Le mot d'ordre de grève générale ou d'armement général du prolétariat ne

peut être lancé qu'au cas où des mouvements importants se dessinent au

moins dans plusieurs centres industriels.

6. Les sections de la IVe Internationale doivent extirper dès maintenant toutes

les illusions que la bourgeoisie et ses agents dans la classe ouvrière sèment

dans les masses afin de les soumettre aux visées de l'impérialisme

américain. Elles doivent dévoiler la véritable nature et le véritable objectif

contre-révolutionnaire du débarquement, en dénonçant le mot d'ordre

trompeur d'insurrection nationale. Elles doivent montrer que le deuxième

front n'amène pas, que les impérialistes sont incapables d'amener la paix.

En mettant en avant le mot d'ordre de paix immédiate et de fraternisation,

elles doivent clairement expliquer que seule la transformation de la guerre

impérialiste en guerre civile, c'est-à-dire la révolution prolétarienne, peut

amener la paix. Elles doivent appeler les masses à tirer profit de la situation

créée par le deuxième front, non pas pour faciliter le jeu de l'impérialisme

américain mais pour se libérer de l'exploitation capitaliste.

7. Les sections de la IVe Internationale doivent prendre dès maintenant toutes

les mesures concrètes afin de sauvegarder leur propre cohésion, leur liaison

avec l'avant-garde dans les usines, la continuation ininterrompue de leur

travail, même en cas de difficultés matérielles exceptionnelles (défense de

sortie, de circuler, etc.). Le BT du SE doit préparer techniquement la conti-

nuité des liaisons internationales, même au cas où les communications

internationales seraient interrompues. En outre, les sections de la IVe

Internationale doivent utiliser autant que possible cette période pour le

renforcement technique général de leurs organisations.

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 2, p. 228–231 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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