Le bureau politique, en rejetant le document soumis comme projet de résolution politique par les camarades Bleibtreu, Lambert, Renard et Garrive, est obligé de déclarer devant tout le parti ce qui suit :
Ce document est dans sa forme comme dans son fond une violation flagrante de l'accord conclu au Xe Plénum par les représentants de la majorité du parti, et du texte-cadre adopté par eux au bureau politique lors de l'ouverture de la discussion préparatoire au VIIIe Congrès du parti.
La ligne du Xe Plénum, c'est celle de l'entrisme sui generis, le parti indépendant adaptant son évolution et ses tâches aux besoins primordiaux du secteur entriste, qui doit progressivement s'étendre. Le projet de résolution politique, rejeté, définit comme ligne le refus de l'entrisme, et y substitue un « travail de fraction » étriqué pour les seuls camarades du parti non enracinés dans la classe ouvrière.
Loin de s'efforcer d'appliquer en France la ligne du Xe Plénum, que les camarades de la majorité du parti se sont pourtant à plusieurs reprises et de façon solennelle engagés à appliquer, leur document combat au fond cette ligne. Il le fait de plus de façon voilée et sournoise, sans oser y opposer clairement une orientation différente, feignant d'ignorer les décisions prises au Xe Plénum et semant ainsi la pire confusion dans le parti. Le caractère manœuvrier des propositions de la majorité du parti apparaît le plus nettement dans leur offre d'adopter — avec amendements — le texte sur l'entrisme présenté par le camarade Privas, alors que leur projet de résolution politique rejette implicitement et explicitement l'orientation mise en avant par le camarade Privas. C'est pourquoi la majorité du bureau politique décide d'incorporer ce document dans sa résolution politique adoptée au bureau politique du 20 mars, et de présenter ces deux textes qui ne forment qu'un tous ensemble devant le congrès du parti.
Le parti est placé devant la nécessité d'un tournant important et difficile dans tous les domaines de son activité. Ce tournant, rendu nécessaire par les changements dans la situation objective, a été de toute façon décidé par les organismes responsables de l'internationale. Le projet de résolution politique présenté par la majorité du VIIe Congrès du parti constitue à la fois un refus d'opérer un tournant, une tentative de mettre tout en œuvre pour empêcher que ce tournant ne soit effectué rapidement, librement et avec enthousiasme par le parti et une incapacité d'opposer une voie alternative à la voie de construction du parti décidée par la direction internationale. Le nouveau bureau politique ne peut caractériser un tel document autrement que comme une entreprise de division et de désagrégation du parti.
Le document présenté par les camarades Bleibtreu, Lambert, Renard et Garrive a été élaboré en dehors du bureau politique, en bloquant pendant quatre semaines toute activité du bureau politique, en dehors de toute discussion avec le camarade Albert, responsable pour la section française devant le CEI et dont les camarades précités ont déclaré ne pas mettre en doute la capacité d'interpréter correctement la ligne du Xe Plénum. Ce document est le fruit de leur refus d'une telle discussion préalable, refus répété face aux efforts incessants du camarade Albert de l'obtenir. Dans ces conditions, la façon môme dont ce texte a été rédigé ne peut pas être caractérisée autrement par le bureau politique que comme un acte prémédité d'hostilité envers la ligne de l'internationale, incompatible avec les engagements pris au Xe Plénum. Ce document n'a d'autre but que de perpétuer la crise et la paralysie du parti.
Il confirme en même temps l'intention des dirigeants de la tendance majoritaire de continuer une lutte de tendance ininterrompue et violente pendant toute la période d'application de la ligne décidée par l'internationale, période pendant laquelle selon les statuts de l'internationale une telle lutte devrait complètement passer à l'arrière-plan. Ceci représente de la part des dirigeants responsables de la tendance majoritaire dans le parti une véritable rupture avec les principes élémentaires d'organisation du bolchevisme. Le bureau politique sera par conséquent obligé de s'adresser au prochain CEI et de lui demander que pour une longue période, les camarades responsables de tels actes, préjudiciables au parti, soient considérés en tant que tendance, comme disqualifiés pour l'exercice de tout poste de direction dans le parti.
La majorité du bureau politique, désignée par le Xe Plénum, s'est soigneusement abstenue de se manifester comme telle par quelque mesure que ce soit, avant que des actes ouverts et répétés d'hostilité envers l'internationale n'aient été posés par les représentants du BP de la majorité du parti (campagne contre la publication du rapport du Xe Plénum dans Quatrième Internationale ; projet de résolution politique présenté actuellement, maintien d'une déclaration sur l'accord du Xe Plénum qui défigure le sens de cet accord, etc.). Dès lors que ces actes se sont accumulés, elle est maintenant fermement décidée d'agir collectivement pour exécuter le mandat qu'elle a reçu du Xe Plénum : défendre dans la section française l'internationale et son orientation politique.
Le projet de résolution politique rejeté par le bureau politique risque de faire dévier la discussion avant le VIIIe Congrès et à ce congrès môme, dans les méandres d'une polémique académique, vaine et sans intérêt pratique aucun pour le parti. Dès le lendemain du congrès, c'est l'ensemble du parti qui devra appliquer, et appliquer immédiatement la ligne du Xe Plénum, pour rester discipliné à l'internationale, utiliser les possibilités plus que jamais offertes actuellement en France. Le bureau politique appelle tout le parti à ignorer la polémique stérile entamée par les représentants de la majorité et à se poser un seul but dans la discussion avant le congrès : comment armer au maximum le parti pour l'application la plus efficace, la plus fructueuse possible de la ligne d'ores et déjà décidée. Seule cette ligne permet l'intégration du trotskysme dans les luttes révolutionnaires qui se préparent. Seule cette ligne permet la construction d'une véritable direction révolutionnaire : pour toutes les régions et toutes les cellules du parti, il n'y a qu'un seul mot d'ordre d'ici le congrès : à l'étude et au travail pour appliquer la ligne du Xe Plénum !
Le bureau politique décide que la présente déclaration, ensemble avec la lettre du camarade Albert à la tendance majoritaire du 22 avril dernier, sera immédiatement portée à la connaissance de tout le parti. Il demande au SI de les porter également à la connaissance de tous les membres du CEI.
3 mai 1952
Adoptée par 4 pour (Frank, Privas, Albert, M. Mestre), 3 contre (Bleibtreu, Garnier (Renard), Lambert).