Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Résolution d'orientation générale de la section française

30 septembre 1951 · Dossier sur la crise et la scission du PCI (1951-1952) · 2 309 mots

In English: Resolution on the General Orientation of the French Section — traduction assistée par machine.

Aux membres titulaires et suppléants du comité central

Au cours du IIIe Congrès mondial, une commission française a été désignée. Sur proposition de cette commission, le congrès mondial a adopté, en ligne générale, un projet de texte d'application à la section française des thèses politiques qu'il avait adoptées. Ce document d'application devait être et a été mis au point par k bureau politique français et k secrétariat international. Il est soumis à l'adoption du comité central. Il doit constituer, après adoption par le comité central, le document politique général d'orientation de la section française. Ultérieurement, des résolutions précisant cette orientation d'une façon plus détaillée pour les différents domaines d'activités du parti seront élaborées par les organismes dirigeants de notre section.

• Le PCI doit s'orienter avant tout vers les ouvriers communistes

Le IIIe Congrès mondial a donné, pour des pays comme la France où le stalinisme est la force dominante dans la classe ouvrière, comme tâche principale, une orientation vers les ouvriers communistes, dans le cadre des perspectives générales fixées par le congrès.

Cette orientation exige que le PCI dans tous les domaines de son activité parte des préoccupations et des buts de ces ouvriers communistes (par exemple, pour les derniers mois : lutte contre le Pacte atlantique, contre les préparatifs de guerre de l'impérialisme américain, pour la victoire de Hô-Chi-Minh, de la Corée du Nord, etc.). Pour la France, la préparation accentuée de la guerre tout en tendant à soulever les problèmes politiques les plus élevés dans la conscience des militants communistes, ne peut dans les délais relativement courts susciter de larges ruptures sur la gauche dans un parti fortement structuré. La tâche du PCI pour construire la nouvelle direction révolutionnaire consiste à libérer l'avant-garde rassemblée essentiellement par le PCF, de la mainmise du stalinisme. Dans la situation actuelle, et dans le cadre de son développement prévu par les documents du IIIe Congrès mondial, le PCI doit partir du fait que les réactions des ouvriers communistes seront de plus en plus déterminées par des mobiles communistes de classe.

Le parti français ne doit pas négliger ceux qui, par leur expérience, ont rompu avec leurs vieilles directions. Il doit chercher tous les moyens pour en associer le plus grand nombre dans des activités révolutionnaires. Mais ceux qui ont rompu avec les vieilles organisations ne constituent qu'une petite partie de la classe ouvrière française. Pour le parti français, la tâche numéro un, c'est d'influencer, de gagner les cadres ouvriers dont la partie la plus décisive est dans le PCF ou sous son influence. Dans les nouvelles conditions internationales, rien ne serait plus dangereux que de se tourner vers un milieu de travail plus facile, car celui-ci réagirait à son tour sur la politique du parti et finirait par l'éloigner de son objectif.

Le congrès mondial a défini comme la perspective la plus probable sur laquelle le parti doit orienter son activité, que les mouvements révolutionnaires inévitables qui seront amenés par la préparation de la guerre impérialiste se feront sous l'égide de la direction actuelle de la classe ouvrière en France, car le temps et l'expérience ne permettront pas de la remplacer par une autre ; ces mouvements se feront, au moins à la première étape, sous la direction du PCF, Ceci ne signifie pas que la propagande pour une nouvelle direction de la classe ouvrière cesse d'être une tâche importante du Parti. La construction du PCI dans cette étape n'est possible que si sa direction combat tout doute qui pourrait exister à ce sujet.

• Le front unique de fait avec les ouvriers communistes

Le développement de la situation donnera une importance grandissante aux problèmes politiques qui présentent un intérêt particulier pour les ouvriers communistes qui, comme le IIIe Congrès mondial l'a souligné, ont des préoccupations et des buts révolutionnaires qu'ils ont jusqu'à présent cherché à réaliser sous la direction stalinienne. Le PCI doit, sans abandonner en quoi que ce soit son action pour le front unique de défense des revendications économiques et politiques de l'ensemble des travailleurs, attacher une attention croissante aux problèmes politiques qui ne manqueront pas de mouvoir plus particulièrement les militants communistes. Le congrès mondial indique que c'est en partant de là que le PCI pourra œuvrer à la réalisation d'un front unique de fait (c'est-à-dire indépendamment de l'accord préalable entre les directions), avec ses militants, ce qui, dans les conditions actuelles de préparation à la guerre, est une condition indispensable pour pouvoir sur la base de l'expérience commune combattre l'influence du stalinisme.

La propagande pour le mot d'ordre du gouvernement ouvrier et paysan, mot d'ordre central du PCI à l'étape actuelle, permet particulièrement la réalisation d'un front unique de fait avec les ouvriers communistes. Ce gouvernement ne peut être conçu vu l'état de la classe ouvrière française que comme un gouvernement de front unique des deux grands partis ouvriers sans ministres capitalistes. Les trotskystes opposent ainsi, notamment aux travailleurs communistes, une lutte commune pour que leurs dirigeants prennent le pouvoir en un tel gouvernement ouvrier et paysan. La campagne pour les comités d'unité d'action est indispensable. Mais nous ne subordonnons pas la constitution du gouvernement ouvrier et paysan ni la propagande pour ce mot d'ordre à l'existence préalable de ces comités. Notre tâche fondamentale est d'amener la classe ouvrière à porter au pouvoir par son action révolutionnaire les grands partis ouvriers qui la dirigent à présent.

La défense de l'URSS, des démocraties populaires, de la Chine, n'est pas seulement une tâche générale se concrétisant dans la lutte des masses contre leur bourgeoisie. C'est aussi une tâche spécifique du même ordre que la lutte contre la guerre du Viêt-Nam ou contre toute intervention impérialiste. Cette défense acquiert une importance grandissante avec le renforcement des préparatifs de guerre, elle a une importance toute particulière en ce qui concerne la réalisation du front unique de fait avec les ouvriers communistes qui sont éminemment attachés à elle. C'est notamment en partant d'une lutte commune et des propositions de lutte commune avec les ouvriers communistes pour la défense des États ouvriers que nous pourrons intervenir auprès d'eux contre la politique de la bureaucratie de Moscou et de ses agents du parti stalinien. Bien entendu le PCI n'abandonne ni sa propagande ni son agitation sur tous les points de son programme qui ne rencontrent pas encore, dans l'immédiat, l'adhésion des ouvriers communistes (États-Unis socialistes d'Europe, lutte contre la bureaucratie soviétique pour la défense de la Yougoslavie prolétarienne, etc.) mais il s'efforcera de clarifier ces questions en partant des préoccupations de ces ouvriers.

• L'activité syndicale

Les mots d'ordre d'unité et de démocratie trouvent un écho dans la classe ouvrière française. L'unité et la démocratie sont les mots d'ordre essentiels de notre tactique syndicale. Comme par le passé, le parti combat contre la création de nouvelles centrales syndicales ou syndicats "maisons" et réaffirme son attachement à l'unité syndicale dans une centrale unique et démocratique. L'existence parmi la classe ouvrière de plusieurs syndicats et d'un très grand nombre d'inorganisés impose comme tâche permanente à notre organisation, ceci tant que subsiste cette situation, la propagande et l'agitation pour le front unique des organisations syndicales. Le front unique réalisé entre les organisations syndicales même d'une manière bureaucratique constitue, à quelque échelon que ce soit, un événement progressif car il est un élément favorisant de toutes façons le développement de luttes ouvrières.

Le PCI soutient et ses militants dans les syndicats et les entreprises proposent que les centrales concluent, à tous les échelons, des cartels d'unité d'action et qu'ils impulsent la formation de comités d'unité d'action, incluant l'ensemble des travailleurs organisés et inorganisés pour étayer véritablement cette unité d'action, afin d'assurer le contrôle par toute la classe de la préparation, du déroulement et du triomphe des luttes.

À l'intérieur des syndicats et des entreprises, les militants du PCI font une propagande inlassable pour les comités d'action tels qu'ils viennent d'être précisés. Si les syndicats, avant tout la CGT, impulsent la constitution de ces comités, même en dehors des périodes de préparation et de conduite des luttes, les militants du PCI combattront au premier rang pour la réussite et la durée de ces expériences. Mais à l'étape actuelle, nos militants n'ont en général pas la possibilité de réaliser eux-mêmes et les noyaux qu'ils peuvent regrouper, de tels CUA en dehors de l'accord des syndicats les plus représentatifs. Une tentative dans ce sens risquerait d'aboutir à la création d'organismes fantômes qui n'ont rien de commun avec d'authentiques CUA. Une telle initiative n'est possible que dans les cas, encore exceptionnels pour la situation actuelle du parti, où nos militants peuvent entraîner la grande majorité des travailleurs en dehors de l'accord des syndicats. Ceci ne peut donc pas constituer la perspective essentielle de travail du parti ! Cette activité de propagande pour les CUA ne saurait en aucun cas se substituer ou s'opposer à l'activité quotidienne dans les organisations syndicales et avant tout dans la CGT.

La classe ouvrière, même si elle n'est plus organisée en majorité dans les syndicats, n'en suit pas moins ceux-ci dans la plupart de leurs activités quotidiennes. Nous devons nous efforcer de gagner et de nous maintenir à des postes syndicaux (collecteurs, délégués, CE, etc.) car les syndicats ne sont ni dépassés, ni impuissants. L'accroissement de la combativité de la classe ouvrière consécutive à la préparation de la guerre se fera sentir en particulier par la volonté des travailleurs à imposer la réalisation de l'unité d'action à leurs organisations traditionnelles. Le régime des syndicats dirigés par les staliniens ne permet pas d'y travailler aisément. Il soulève des problèmes particuliers de tactique à l'intérieur des syndicats mais en aucun cas il ne peut être question de faire le jeu des bureaucrates en sous-estimant l'action à mener dans les syndicats.

Le PCI doit orienter au premier chef ses militants sur le travail dans les syndicats, particulièrement dans la CGT. Même exclus, ils appellent les travailleurs à rejoindre le syndicat. Le parti devra prendre toutes les mesures propres à déjouer les manœuvres bureaucratiques visant à exclure nos militants des organisations syndicales. Une des tâches syndicales importantes est la lutte des exclus et de tous les militants révolutionnaires pour la réintégration des exclus. Cette lutte qui doit être menée avec continuité peut trouver un écho particulier dans la masse des syndiqués et avoir des chances de succès au cours des périodes de lutte où les militants du PCI ont la possibilité de paraître comme les meilleurs combattants.

Les accords qui ont servi de base à l'Unité (élément essentiel du travail syndical de la section française) se placent sous le signe de la libre expression des divers courants rassemblés autour de ce journal. L'action générale du parti dans l'Unité se maintient sans modifications. Les accords pour la constitution de l'Unité ont été faits au moment où la tension à l'échelle internationale était beaucoup moins grande. À l'époque, le cours progressif du PCY contribuait à conduire des courants ou individus regroupés dans l'Unité à évoluer favorablement. Le tournant de la situation mondiale, le cours droitier des Yougoslaves ont, dans une large mesure, stoppé ce processus. Non seulement certains des éléments ainsi regroupés ne progressent plus vers le programme révolutionnaire mais ils défendent des positions hostiles à celui-ci. Cet état de fait a donné naissance à un danger anticommuniste au sein de l'Unité. Il faut que tout le parti pare à ce danger, que le congrès a d'ailleurs signalé.

Dans l'Unité, nos militants devront combattre les tendances à une soi-disant indépendance à l'égard des problèmes politiques tels que les préparatifs de guerre, l'activité des bandes gaullistes, le Plan Marshall, la guerre au Viêt-Nam, la guerre de Corée. La tendance à vouloir réaliser l'unité d'action des ouvriers uniquement sur des revendications économiques nous couperait immanquablement de la partie la plus consciente de la classe ouvrière, plus particulièrement des militants communistes. Sur ces questions posées par les préparatifs de guerre, le PCI doit élaborer une réponse propre aux cadres du mouvement syndical.

• L'activité dans la jeunesse doit être centrée sur la lutte contre la guerre

Le caractère particulièrement combatif des jeunes fera que la volonté de lutte révolutionnaire contre la guerre croîtra dans la jeunesse travailleuse. Le PCI doit miser à fond sur cette résistance ; le travail jeune doit être axé essentiellement sur la lutte contre les préparatifs de guerre et la guerre elle-même. Les jeunes n'ont pas un attachement aussi constant que les adultes envers les vieilles organisations. Leur mûrissement révolutionnaire s'opère également plus rapidement. D'autre part, le stalinisme exerce une influence très grande dans la jeunesse ouvrière et surtout parmi les éléments les plus combattifs. C'est ce qui impose au parti la tâche de trouver la voie d'un travail systématique dans cette couche.

• Comment réaliser le tournant dans l'activité du parti

Le tournant nécessaire de l'activité du parti français, en conséquence du tournant de la situation mondiale, ne signifie en aucun cas l'abandon des activités engagées et des résultats acquis dans celles-ci. Au contraire, il s'agit essentiellement dans la période qui vient après l'assimilation par le parti des tâches qu'il aura à effectuer d'utiliser tous les résultats obtenus dans le passé, toutes les positions acquises au profit de l'orientation nouvelle. Le parti devrait notamment prendre toutes les dispositions nécessaires pour que ce tournant ne soit pas opéré brutalement, mais avec la souplesse et le doigté nécessaire, à la fois pour associer tous les militants du parti et ceux avec qui il collabore, et pour ne pas donner prise aux ennemis du parti dans le mouvement ouvrier.

Étant donné le rejet par la section française des thèses adoptées par le IIIe Congrès mondial, l'application des décisions de celui-ci exige de la part de l'ensemble de la direction une campagne intense et rapide pour faire assimiler à tout le parti les perspectives ainsi que l'orientation fixées par le CM et lui faciliter leur application.

Adoptée à l'unanimité par le CC du PCI, le 30 septembre 1951)

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 4, p. 284–288 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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