Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Réponse de la IVe Internationale aux nouvelles propositions de la S.L.L.

19 septembre 1970 · Secrétariat unifié · Le IXe Congrès mondial et après (1969-1974) · 1 895 mots

In English: Intercontinental Press, vol. 8 no. 32, 5 Oct 1970, p. 830 (inventory #105; IP0832.pdf, no text layer, read via OCR) (texte anglais publié, pas encore en ligne ici).

Texte lu par machine (OCR) sur le scan de la revue : il contient des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan.

La Socialist Labour League de Londres a fait récemment plusieurs propositions qui, à première vue, impliqueraient un désir de chercher l'unification avec la IV° Internationale. La déclaration suivante concernant ces démarches a été publiée le 19 septembre par le Secrétariat Unifié de la IV° Internationale.

Dans une déclaration du 5 juillet 1970, nous avions mentionné que Gerry Healy, secrétaire national de la Socialist Labour League, parlant au nom du Comité Internationa! avait demandé à rencontrer Pierre Frank, membre du Secrétariat Unifié de la IV° inter nationale. Lors des deux entretiens qui eurent lieu, le camarade Healy « souleva lu question d'organiser une discussion commune qui pourrait ouvrir la voie d'une unification de la Socialist Labour League et de son organisation sœur en France, l'Organisaticu Trotskyste, avec la IV* Internationale ».

Dans sa déclaration, le Secrétariat Unifié ne rejetait pas le principe de la possibilité d’une unification à venir dans le futur. Mais nous signalions les points suivants :

1. - Que « cette démarche du camarade Healy contraste fortement avec ies attaques calomnieuses qui ont constamment paru dans la presse de la S.L.L. et de l'O.T. contre des membres représentatifs de la IV° Internationale, avec le refus systémani-que d'engager des actions communes en Grande-Bretagne et en France, même pour ia défense des victimes de la répression impérialiste et stalinienne, et avec leur prétention de « reconstruire » la IV° Internationale. »

- Que « sur toute une série de questions politiques, la S.L.L. et l'O.T. n'ont pas modifié les divergences très vives qu'ils ont exprimées pendant des années envers la IV® Internationale ».

« Dans ces conditions », avions-nous conclu, « l'unification n'est pas une perspective réaliste ».

Depuis lors, deux faits nouveaux ont retenu notre attention.

Aux Etats-Unis, la Workers League, groupe partageant les vues du Comité International, a adressé une lettre signée par Tim Wohlforth en date du 18 août 1970 à nos camarades du Socialist Workers Party, proposant un « meeting commun » pour commémorer la mort de Léon Trotsky.

En Grande-Bretagne, Workers Press du 8 septembre a publié une déclaration signée par Gerry Healy. Dans cette déclaration, le camarade Healy précisait que, lors de ses deux rencontres avec Pierre Frank, auxquelles assistaient d'autres membres du Secrétariat Unifié du Comité International, « à aucun moment moi-même ni personne d'autre du Comité International n‘avons fait de telles propositions d'unification avec le Secrétariat Unifié ».

Ce qu'il fit vraiment fut de faire une « avance » (approach). Ceci, souligna-t-il, fut éclairci dans Workers Press du 7 juillet, comme suit : « Comme élément de cette préparation, le Comité a mandaté G. Healy, secrétaire national de la Socialist Labour League, pour contacter les représentants du Secrétariat Unifié en vue d'entretiens non formels quant à la possibilité de discussions communes centrées sur les divergences politiques esssentielles et dans le but de tenir une conférence internationale commune ».

Le camarade Healy fit deux autres remarques importantes :

1.:- « Des manœuvres fractionnelles sur l'unité en tant que telle ne convaincraient personne, et nous n'avons pas l'intention de nous engager dans cette voie ».

2. - Pour faciliter une « approche fraternelle » du débat souhaité par le Comité international, « nous sommes prêts à un accord commun pour que celui-ci ne soit pas mené plus longtemps dans notre presse publique, mais de manière interne au sein de nos organisations respectives ».

A la fois l'initiative prise par la Workers League en direction du S.W.P. et les dernières propositions du camarade Healy au Secrétariat Unifié nous semblent ne pas tenir compte de la question clé, c'est-à-dire de la profondeur des divergences théoriques et politiques qui nous séparent, et si celles-ci ont diminué ou se sont développées.

Les divergences concernent deux domaines interdépendants :

1. - La caractérisation des deux parties au point de vue de classe.

2. - Les questions spécifiquement théoriques et politiques. À notre avis, les divergences dans les deux domaines ont grandi depuis 1963, lorsque la S.I.L. et l'O.T. les tenaient pour si profondes qu’elles les empêchèrent de participer au Congrès de Réunification de la IV* Internationale.

Nous remettrons l'examen des divergences politiques et théoriques à une autre fois et nous nous confinerons ici à quelques points de domaine public qui serviront à illustrer la manière dont la Socialist Labour League et ses partisans ont caractérisé le Secrétariat Unifié de la [V° Internationale et les camarades du Socialist Workers Party des Etats-Unis qui partage ses vues.

Dans la Newsletter du 20 août 1966, (aujourd'hui Workers Press), le Comité Politique de la S.L.L. accusa le S.W.P. « d'avoir capitulé devant l'impérialisme » et « d'avoir liquidé le mouvement anti-guerre ». La brochure publiée par nous, Healy « reconstruit » la IV° Internationale, qui contenait des preuves documentaires y compris des lettres de Healy montrant le caractère sectaire et anti-démocratique de la Socialist Labour League, fut traitée de « provocation » qui « constitue un abandon total et irréversible même du révisionnisme... »

Le Comité Politique de la S.L.L. déclara plus loin : « Nous n'hésiterons pas à traiter de manière appropriée la poignée d'agents du Secrétariat Unifié qui font du colportage autour de la pseudo-gauche cynique en Grande-Bretagne ».

Dans un article publié dans le numéro du 3 septembre 1966 de Newsletter, Gerry Healy fit l'allégation suivante à l’égard de James F. Cannon, l’un des fondateurs du mouvement trotskyste international : « Il [Cannon] avait décidé de se vendre à la bureaucratie stalinienne et aux impérialistes ».

Dans le même article, Healy clarifie son attitude sans équivoque : « La Socialist Labour League a pour but de détruire le pablisme et ses complices du S.W.P. II ne peut y avoir [sic] et, nous le répétons, il n’y aura jamais de compromis sur ces questions — le combat continuera jusqu'à ce que nous détruisions les pablistes et le S.W.P. révisionniste ».

Une déclaration adoptée par une conférence spéciale de la S.L.L. et publiée dans le numéro du 3 décembre 1966 de Newsletter annonçait : « N'étant pas plus longtemps une tendance prolétarienne, il [le S.W.P.] constitue l'aile gauche de la classe moyenne

Dans le même style, la déclaration poursuivait : « Le S.W.P. s'oriente réellement dans la direction suivante : une intégration plus ferme de la classe ouvrière américaine au système bipartite et à |‘ « establishment » capitaliste en dépit des protestations propagandistes du contraire ».

La déclaration de la S.L.L. fit l'affirmation suivante sur le S.W.P. : « Vos actions politiques vous ont placés hors du camp du trotskysme et de la classe ouvrière ».

En liaison avec ces calomnies, les auteurs de la déclaration concluèrent ainsi : « A l'avenir, nous n'aurons aucune relation avec le S.W.P. : c'est un combat entre la classe ouvrière et les valets de l’ennemi de classe ».

Cette déclaration fut répercutée par Tim Wochlforth, qui est considéré par le Comité International comme son partisan et interprète principal aux Etats-Unis. Dans le numéro du 13 février 67 du Bulletin, dans une attaque contre James Robertson, président national de la Spartacist League, Wohlforth conclut ainsi :

« Nous avertissons lés spartacistes : une guerre est en cours entre les révolution-noires trotskystes représentés par le Comité International et les agents révisionnistes du Capital représentés par la formation pabliste Frank-Germain-S.W.P. Dans cette guerre.

vous vous trouvez dans l'autre camp. À l'avenir nous n'aurons plus aucun rapport avec vous ».

À notre avis, de telles affirmations ne sont pas de pures épithètes. Elles expriment les conclusions que le camarade Healy et ses partisans ont tirées quant à la nature de classe de nos vues politiques, de notre ligne politique, et de la composition sociale de nos organisations et des groupes sympathisants. C'est l'explication fondamentale des actions dirigées contre nous qui resteraient inexplicables sinon irrationnelles. 1! suffit de citer deux cas pour illustrer ce point. :

Le premier est l'agression contre Ernest Tate, le 17 novembre 1966, exécutée par six membres de service d'ordre de la S.L.L. en présence de Gerry Healy. Le camarade Tate, militant du Secrétariat Unifié de la IV° Internationale, fut attaqué alors qu'il vendait la brochure Healy « reconstruit » la 1V° Internationale face au Caxton Hall de Londres où se tenait un meeting public de la S.LL.

Le deuxième cas est la calomnie contre Hugo Gonzales Moscoso, dirigeant de la section bolivienne de la IV° Internationale. Pendant qu'était exercée une sauvage chasse aux sorcières au cours de laquelle plusieurs membres de la section bolivienne furent arrêtés et torturés et que tout un dispositif policier était à la recherche du camarade Moscoso, le numéro du 19 novembre 1969 d'informations Ouvrières, publication des partisans français de la Socialist Labour League à Paris affirmait : « Il existe aujourd'hui de sérieux soupçons sur le fait que le sieur [sic] Gonzales Moscoso en personne travaille-rait pour le compte du gouvernement bolivien ».

En suivant de telles pratiques, le Comité International agit en accord avec sa théorie sur la prétendue « dégénérescence » de la IV*® Internationale et du Socialist Workers Party. Comme Wohlforth l‘exprima en défendant Gerry Healy dans l'affaire Tate : « Ernest Tate et ses alliés politiques représentent des canailles politiques de la pire espèce ». En accord avec la position de « classe » qu'il prenait. Wohlforth déclara que les rapports entre le S.W.P. et ceux qui partageaient ses vues d’une part, et la S.L:L. et ses partisans d'autre part « sont symbolisés par cette confrontation avec Tate ».

En somme, le Comité International a caractérisé le Secrétariat Unifié de la IV° Internationale et le Socialist Workers Party en tant que « valets de l'ennemi de classe », qui ont décidé de se vendre à la bureaucratie stalinienne et aux impérialistes, « dont les actions les ont placés hors du camp du trotskysme et de la classe ouvrière », et qui doivent être traités comme « des canailles politiques de la pire espèce ».

Aucune autre conclusion n'est possible : en nous faisant des avances, les dirigeants du Comité International ont soit décidé de se vendre à la bureaucratie stalinienne et aux impérialistes, et suivent un cours qui les placera hors du camp du trotskysme et de lo classe ouvrière ; soit commencé à reconnaître erronée leur caractérisation du Secrétariat Unifié de la IV° Internationale et de ses partisans dans d'autres pays, mais ne veulent pas reconnaître leurs douloureuses erreurs, et encore moins s'engager dans une autocritique publique.

Si les dirigeants du Comité International ont changé d'avis, il est de leur devoir de rendre publiques les raisons politiques de leur changement. Sur quelles questions politiques précises ont-ils modifié leurs vues? Nous attendons leurs explications avec intérêt. À

Bien sûr une autre possibilité existe — que l'avance du camarade Healy au Secrétariat Unifié de la IV® Internationale, en même temps que celle du camarade Wohlforth au Socialist Workers Party, fassent seulement partie d’une manœuvre « unitaire » dans la « guerre » menée par les dirigeants de la Socialist Labour League contre la IV® Internationale et ses organisations sympathisantes.

Ceci semblerait être la possibilité la plus vraisemblab!e s'il n'y avait le fait que le camarade Healy a expressément et publiquement donné l'assurance qu'il n'avait « nulle intention » de s'engager dans des « manœuvres fractionnelles » sur l'unité « en tant que telle ».

La reconnaissance publique du camarade Healy qu'aucune manœuvre unitaire n'est engagée rend d'autant plus impératif que le Comité International clarifie publiquement sa position sur l'alternative indiquée ci-dessus.

Source : Quatrième Internationale, 46, novembre 1970 · scan (Radar, 16-014-00128).

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