Le IIe Congrès mondial de la IVe Internationale avait inauguré une nouvelle étape dans l'histoire du trotskysme international. La période d'élaboration du programme et de sa défense contre les tendances révisionnistes avait abouti à la sélection d'une direction internationale, expression directe de l'expérience des principales sections, investie de la confiance de la grande majorité de notre mouvement. Cette direction issue du IIe Congrès mondial avait pour tâche de réaliser l'orientation que les documents adoptés à ce congrès avaient prescrite : transformer les organisations trotskystes de cercles de propagande en véritables organisations révolutionnaires, enracinées dans le mouvement de masse de leurs pays respectifs. Afin que le mouvement puisse réaliser cette réorientation, la direction internationale devait elle-même concentrer son activité dans les domaines suivants : commencer à agir comme direction d'un parti mondial, c'est-à-dire déclencher et diriger des campagnes internationales de propagande et d'agitation ; aider les sections nationales à saisir les particularités du mouvement ouvrier de leur pays afin de déterminer la voie concrète par laquelle passe la construction du parti révolutionnaire dans ces conditions particulières aider les sections à sélectionner à leur tour une direction adéquate, capable de stimuler et d'orienter le cours nouveau du trotskysme, son intégration dans le mouvement des masses, dans les conditions concrètes de leur pays.
Le présent rapport d'activité cherchera à déterminer dans quelle mesure la direction élue au IIe Congrès mondial a réussi à entamer la solution de ces tâches, quels ont été les principaux succès et les principaux échecs sur cette voie et quels obstacles doivent être éliminés afin de généraliser pour l'ensemble de l'internationale, dans les années à venir, la transformation du trotskysme en véritable direction révolutionnaire du mouvement ouvrier international.
Le cours nouveau du trotskysme tel qu'il a commencé à être réalisé dans les trois années passées, ne signifie pas seulement la liquidation de toute une série de tares, produits inévitables du passé d'isolement de notre mouvement : sectarisme, incompréhension du réel mouvement de masse, impatience et instabilité des directions, activité essentiellement tournée vers l'intérieur, opposition mécanique entre la formation des cadres et le travail de masse, académisme, détermination de tâches d'activité sans rapport avec les possibilités pratiques de réalisation, etc. Il signifie pour la première fois l'établissement d'un rapport entièrement nouveau dans l'histoire du mouvement ouvrier mondial entre la direction internationale et les principales sections nationales.
À l'internationalisme abstrait de la IIe Internationale — où l'internationale apparaît comme la seule somme des sections nationales — et à l'internationalisme mécanique de la IIIe Internationale à l'époque stalinienne — où l'internationale fonctionne en réalité comme le bras prolongé d'une seule section, celle de l'URSS — la IVe Internationale a substitué une conception vraiment dialectique de l'internationalisme, expression de la réalité mondiale contemporaine de la lutte de classe : c'est précisément la direction internationale qui s'efforce de résumer en elle l'ensemble des expériences du mouvement ouvrier mondial et de déterminer sur cette base une stratégie mondiale partant de la dynamique mondiale dans son ensemble, qui réussit le mieux à saisir les particularités et les tâches spécifiquement nationales du mouvement ouvrier des principaux pays. Les directions nationales réellement intégrées dans le mouvement ouvrier de leur pays permettent à leur tour de soumettre l'orientation de l'internationale à la seule critique décisive qui est celle de l'action. Ainsi, direction internationale et directions nationales se modèlent et s'influencent l'une l'autre d'une façon de plus en plus harmonieuse, gage réel du progrès futur de notre mouvement
Le fonctionnement du centre dirigeant de l'internationale
La direction internationale, telle qu'elle était issue du IIe Congrès mondial dans le comité exécutif international, n'a connu qu'une légère modification dans les deux années qui se sont écoulées depuis lors : l'exclusion de Haston, membre effectif, et de Grant, membre suppléant, représentant tous les deux l'ancienne majorité du RCP et incarnant la tendance du trotskysme britannique qui a refusé avec obstination de s'intégrer dans l'internationale, d'assimiler le cours nouveau du trotskysme. L'histoire de cette tendance que nos camarades anglais viennent de rédiger mérite d'être connue de toute l'internationale. Elle indique également combien l'éclectisme théorique ainsi que l'incompréhension des conditions réelles du mouvement de masse mènent rapidement à une telle dégénérescence politique. Aujourd'hui Haston, qui prétendit encore au IIe Congrès mondial représenter le « vrai » trotskysme orthodoxe, est devenu l'ennemi acharné de notre mouvement ; après avoir combattu pendant des années l'entrée dans le Labour Party, il est devenu un agent direct de la bureaucratie réformiste ; après avoir défendu longtemps une orientation pro-stalinienne, il joue le second violon dans le grand orchestre anticommuniste. Son exclusion du CEI, survenue au VIIIe Plénum après qu'il eut quitté l'organisation et effectué des actes de trahison ouverte, a conclu une longue lutte politique dans laquelle la direction internationale a fait preuve d'une patience et d'une souplesse incontestables, a fait tous les efforts possibles pour intégrer réellement la tendance hastoniste dans l'internationale.
Le CEI élu au IIe Congrès mondial s'est réuni quatre fois au cours des trente-huit mois écoulés. La participation à ces sessions n'a été régulière que de la part de la plupart des membres européens. Des délégués de la section néo-zélandaise (américaine) ont malheureusement fait défaut au VIe et au VIIIe Plénum. De l'Extrême-Orient, nous n'avons eu des représentants directs qu'au VIIIe Plénum et de l'Amérique latine qu'au VIIe Plénum. Si cette participation instable des délégués extra-européens aux séances du CEI n'a pas tellement nui à l'élaboration politique, et si des contacts étroits avec la section néo-zélandaise qui contient une fraction importante de cadres mondiaux, ont permis leur participation indirecte à cette élaboration politique, l'application concrète des décisions du CEI surtout en Extrême-Orient et en partie également en Amérique latine a souffert fortement de l'absence des délégués des sections de cette partie du monde aux réunions du CEI. Néanmoins, si nous examinons l'ensemble des travaux politiques et organisationnels du CEI, comme nous le ferons dans un instant, nous pouvons conclure que cet organisme a en gros résolu les tâches qu'il avait à résoudre et que son fonctionnement a correspondu à ce qu'on pouvait attendre de lui au lendemain du IIe Congrès mondial.
En ce qui concerne le SI, il n'a pas encore connu entre le IIe et le IIIe Congrès mondial la stabilité de composition déjà atteinte par le congrès mondial. En fait, seul un noyau de quatre camarades, les camarades J. (Jérôme-Pablo), H. (Henry-Frank), B. (Bernard-Banerji) et W. (Walter-Mandel) a représenté pendant cette période la continuité des travaux de la direction internationale quotidienne. À trois époques différentes, en avril-mai 1948, d'avril à juillet 1949 et d'octobre 1950 jusqu'à maintenant, les camarades néo-zélandais (américains) M. (Morris Leavitt) et L. (Livingstone-Clarke) s'étaient joints à ce noyau quotidien, tandis que d'avril 1948 à avril 1949 le camarade G. (Goff) participait également au SI. À partir de l'été 1949, quand le SI quotidien n'était composé que de quatre membres, un SI élargi avait été constitué en ajoutant les camarades C. (Maitan), B. (Burns-Healy) et B. (Bos-Santen) au bureau quotidien. Cette décision avait été prise au VIIIe Plénum et prévoyait la réunion mensuelle de ce SI élargi. Malheureusement, il s'est avéré impossible de maintenir une telle fréquence, et le SI élargi n'a connu en tout que quatre réunions, dont la dernière en janvier de cette année.
Les difficultés considérables que nous avons rencontrées sur la voie de la construction d'un centre renforcé ont deux catégories de causes : la faiblesse encore très grande de notre mouvement en cadres dirigeants et la très grande pauvreté du centre international. La plupart de nos sections ne disposent que d'un nombre très restreint de dirigeants de premier plan et hésitent à les envoyer pendant une période assez longue au centre ; comme, sauf quelques exceptions, elles sont en outre pauvres pour pouvoir subvenir aux besoins de leurs représentants au centre, la charge en incombe en entier au budget du SI qui a dû couvrir les salaires de cinq permanents à partir d'octobre 1949. Les ressources financières restreintes du SI ont eu pour effet que ces salaires se sont trouvés établis au-dessous du minimum vital, rendant toute nouvelle compression impossible. Il suffisait donc qu'une section couvrant le salaire .de son représentant au SI décide de retirer ce représentant pendant un certain temps pour qu'automatiquement le nombre de membres du centre soit diminué. Cependant, toute l'expérience des dernières années confirme combien l'existence d'un centre fort est une condition indispensable pour le bon fonctionnement et le progrès des principales sections, et combien l'élargissement de l'horizon et de l'expérience qu'obtiennent les cadres nationaux en participant pendant une certaine période au travail du centre permet de compenser l'affaiblissement relatif que peut produire leur départ temporaire de leur section. Il est à espérer que, dans la période à venir, un nombre plus élevé de sections se décidera à envoyer au centre un cadre dirigeant pendant un certain temps et à subvenir en grande partie à son existence au siège du SI.
Si l'on tient compte de toutes ces difficultés, on peut dire que le SI a vraiment réussi à effectuer un travail considérable dans de nombreux domaines. Malgré le nombre restreint de ses participants, dont certains ont dû effectuer de nombreux voyages, il a tenu des réunions avec une fréquence presque hebdomadaire au cours desquelles furent débattues aussi bien les questions administratives du centre lui-même que de très nombreuses questions organisationnelles et politiques intéressant l'internationale dans son ensemble et des sections ou groupes de sections particulières. Il a assuré l'édition des résolutions et manifeste du IIe Congrès mondial ainsi que d'un procès-verbal résumé (les résolutions politiques ont en outre été publiées par le soin de différentes sections, en tout ou en partie, en langue anglaise, allemande, espagnole, vietnamienne, hollandaise, grecque, chinoise, italienne, etc.). Il a assuré l'édition de trente-trois numéros du, « Bulletin intérieur » de discussion du SI dont neuf préparatoires au IIIe Congrès mondial. Il a édité chaque fois au cours de quelques semaines les résolutions et procès-verbaux des plénums du CEI. Il a assuré l'édition de quinze numéros de la revue Quatrième Internationale ainsi que d'une vingtaine d'éditions du Service de presse international. Si la fréquence de publication mensuelle du SPI, et bimensuelle de la revue, n'a pu être maintenue, cela est dû essentiellement à des raisons financières. En outre, le SI a publié plusieurs déclarations publiques (sur le faux testament de Léon Trotsky, sur l'affaire Tito, sur la guerre de Corée, sur la rupture de Natalia Trotsky avec la IVe Internationale) ; il a préparé par ses résolutions et projets de résolutions les réunions du CEI ; il a publié quatre lettres ouvertes au PCY, une lettre ouverte au PC chinois et deux manifestes pour le 1er mai (1949 et 1951). À toute cette activité politique s'ajoute une participation plus ou moins étroite à la direction de plusieurs sections, sur laquelle nous aurons à revenir.
Toute la logique du cours dans lequel est engagé actuellement notre mouvement exige le maintien et l'élargissement de toutes ces activités. Répondre à la fois théoriquement et par des actions d'agitation et de propagande aux principaux tournants de la situation internationale ; participer plus directement même que par le passé à la direction de toute une série de sections ou groupes de sections, préparer et assurer des réunions plénières de la direction internationale ; alimenter les différentes revues théoriques dont dispose actuellement notre mouvement international, toutes ces tâches se poseront avec une acuité accrue dans la période de préparation et de déclenchement de la guerre impérialiste qui se trouve devant nous_ Leur solution exige le renforcement à la fois en cadres et en finances du centre pour lequel nous aurons à proposer des mesures concrètes.
L'élaboration de la ligne politique de l'internationale
La tâche principale de la direction internationale reste d'élaborer, sur la base programmatique reconfirmée et définitivement assimilée depuis le IIe Congrès mondial, la ligne politique de l'internationale dans une époque de tournants brusques et de développements tumultueux qui mettent à lourde épreuve la stabilité et la ligne de classe de toute organisation révolutionnaire, surtout si elle est faible et relativement peu intégrée dans le prolétariat. Dans une époque éminemment révolutionnaire, la tâche d'une véritable direction prolétarienne est avant tout de garder une orientation capable de faire utiliser pleinement par le mouvement les possibilités révolutionnaires offertes par la situation et pour cela, d'adapter la ligne et le langage du mouvement aux besoins nouveaux que provoque chaque nouveau tournant de la situation internationale. En même temps, cette direction doit maintenir l'organisation sur la base de son programme propre et réagir avec doigté et énergie contre les pressions petites-bourgeoises d'une part, staliniennes d'autre part, qui s'efforcent à l'occasion de chaque tournant de faire dévier l'internationale de sa base programmatique.
Les grands événements internationaux qui se sont succédés depuis le IIe Congrès mondial ont nécessité à plusieurs reprises un réexamen de la part de la direction de la situation internationale dans son ensemble. Le fait que ce réexamen a pu aboutir à l'interprétation exacte de bouleversements de dimensions souvent colossales dans le cadre de notre programme trotskyste confirme une fois de plus, s'il en était encore besoin, la validité de ce programme comme amie principale pour interpréter et changer le monde du capitalisme décadent.
Devant l'éclatement de la rupture du PCY avec le Kominform ; devant le développement de la troisième révolution chinoise ; devant le commencement de la dépression économique mondiale ; devant l'éclatement de la guerre de Corée, le changement des rapports de forces internationaux et la marche accélérée de l'impérialisme américain vers la préparation et le déclenchement de la troisième guerre mondiale ; devant tous ces événements qui ont ébranlé de fond en comble les constructions théoriques lézardées de toutes les autres formations du mouvement ouvrier international, notre organisation internationale a su réagir en temps utile et se baser sur une compréhension plus juste de la situation objective pour rajuster ou accentuer son activité révolutionnaire dans ses principaux domaines. Le temps des discussions stériles est définitivement clos dans la IVe Internationale. Et les discussions importantes qui ont lieu dans notre mouvement depuis le IIe Congrès mondial ont été fortement marquées par cette compréhension dorénavant assimilée par la grande majorité de nos cadres : que pour de vrais révolutionnaires la meilleure théorie n'a de sens que si elle sert de base à une activité réelle et efficace dans la lutte de classe.
Le premier grand problème politique auquel la IVe Internationale a dû faire face au lendemain du IIe Congrès mondial et sur lequel elle a pu de façon nette démontrer pratiquement le sens de son cours nouveau d'intégration dans le mouvement réel des masses était l'affaire yougoslave. Dès le lendemain de la rupture de Tito avec le Kremlin, le SI a précisé son opinion sur cette affaire et appelé l'ensemble de l'internationale et de l'avant-garde révolutionnaire mondiale à l'aide de la Yougoslavie. II a en même temps précisé, dans la résolution soumise au VIe Plénum et adoptée par celui-ci, les origines générales et les tendances de développements possibles de la révolution yougoslave, analyse qui a entièrement résisté à l'épreuve des événements. Ces problèmes avaient été précisés, après une longue discussion internationale allant du VIIe au IXe Plénum, dans la résolution adoptée par le IXe Plénum et soumise actuellement, avec quelques amendements, à l'adoption du congrès mondial.
Il n'est pas nécessaire de revenir ici sur le fond politique de cette discussion, qui a été largement épuisée lors du débat sur la résolution yougoslave présentée à ce congrès mondial. Il suffira dans le cadre du rapport actuel d'indiquer que si la direction internationale a voulu combiner constamment le progrès d'une analyse théorique et les nécessités d'une action pratique de nos sections dans l'affaire yougoslave, elle ne s'est laissée entraîner à aucun instant dans une dégradation pragmatique de sa conception d'ensemble de l'affaire yougoslave et le temps qu'elle a consacré à la discussion des problèmes théoriques soulevés par cette question, loin d'être un temps perdu, s'est avéré à plusieurs reprises être la condition indispensable pour rajuster l'activité pratique des sections devant les tournants successifs qu'a connus l'évolution de l'affaire yougoslave. Nous pouvons affirmer aujourd'hui que seul le trotskysme a su démontrer successivement l'importance, les promesses et les limites de cette affaire, et que seule notre théorie de la révolution permanente permet de comprendre à la fois la grandeur et la misère du PCY.
Très tôt, la discussion sur la signification de l'affaire yougoslave souleva une discussion sur le problème de l'évolution et de la nature des pays du « glacis ». Cette discussion ne correspondait pas tant à un besoin de réexaminer ce que le IIe Congrès mondial avait affirmé au sujet de ces pays qu'à la nécessité de tenir compte des développements nouveaux qui s'étaient produits depuis le IIe Congrès mondial et surtout depuis l'éclatement de l'affaire yougoslave. La résolution adoptée à ce sujet par le VIIe Plénum du CEI marqua une première étape importante du rajustement de notre position. La discussion ouverte par ce plénum, ainsi que les événements qui se sont succédés depuis lors dans les pays du « glacis », ont permis au SI de présenter unanimement devant le IIIe Congrès mondial le projet de résolution sur la nature des pays du « glacis » que vous avez discuté hier. Les thèses du IXe Plénum ainsi que des documents de discussion rédigés par des membres du SI — l'article du camarade Pablo « Où allons-nous ? » et les « Dix thèses » du camarade Germain — se sont efforcés de placer cette réévaluation de la nature des pays du « glacis » dans le cadre d'ensemble de notre conception du stalinisme et du monde contemporain, et ont démontré qu'elle ne détruit en rien la cohésion et l'unité de structure de notre programme.
La discussion sur l'affaire yougoslave et les pays du « glacis » était encore en cours quand se produisit en Extrême-Orient un événement dont l'importance historique est à peine entrevue même par nous aujourd'hui : la victoire des armées révolutionnaires de Mao-Tsé-Toung sur le pouvoir des bourgeois et propriétaires fonciers. Cette victoire n'avait pas été prévue, du moins dans cette limite de temps par notre mouvement ; le IIe Congrès mondial avait escompté plutôt une prolongation de la guerre civile pendant une longue période. Une réévaluation rapide s'imposait ici aussi, liée à un réexamen de la nature et des tendances de développement du PC chinois, œuvre entamée par les résolutions à ce sujet des VIIe et VIIIe Plénum, par les thèses du IXe Plénum, par divers articles de membres de la direction internationale. Cette analyse de la révolution chinoise permit à la direction internationale d'approfondir sa compréhension, déjà exprimée dans les documents du IIe Congrès mondial, de l'importance exceptionnelle, décisive pour l'époque actuelle, de tous les mouvements révolutionnaires d'Extrême-Orient. C'est pourquoi l'éclatement de la guerre de Corée ne prit pas au dépourvu notre mouvement mais permit très rapidement un alignement unanime de l'internationale sur la position prise par le SI dans sa résolution (déclaration) du 1er juillet 1950, élaborée davantage dans l'article du camarade Pablo sur la guerre de Corée et précisée finalement dans les thèses du IXe Plénum. Toutes les précisions que nous avions apportées depuis le Ier Congrès mondial à notre compréhension de la situation internationale, de l'importance de la révolution asiatique, de la crise économique menaçant le capitalisme international et de la crise du stalinisme, représentaient la base sur laquelle, à nouveau comme seule formation dans tout le mouvement ouvrier international, notre organisation mondiale définit une position correcte envers la guerre de Corée. Rassembler toutes ces précisions afin de donner une analyse d'ensemble de la situation mondiale profondément modifiée depuis le IIe Congrès mondial, déterminer sur la base de cette analyse les perspectives de développement pour les années à venir — perspectives révolutionnaires entre toutes ! — et fixer ainsi les grandes lignes de l'orientation politique de l'internationale, cette tâche ressentie comme nécessaire par la grande majorité des cadres de notre mouvement fut réalisée avec succès par les thèses du IXe Plénum. Son résultat est aujourd'hui sensible. Nous pouvons dire sans exagération que, pour la première fois dans son histoire, notre mouvement se présente aujourd'hui comme uni non seulement dans ses conceptions programmatiques mais encore dans son évaluation de la situation politique concrète, dans son évaluation des perspectives politiques et de l'orientation qu'il aura à suivre dans les années à venir. Ce progrès remarquable de l'homogénéité politique marquera, dans l'histoire de la IVe Internationale, une étape importante de sa croissance. •
L'organisation de campagnes et d'actions internationales
Nous avons déjà indiqué qu'une des caractéristiques principales du cours nouveau du trotskysme réside dans le fait que la direction internationale s'est efforcée d'organiser de véritables campagnes internationales pour réaliser une série d'objectifs découlant de l'analyse de l'ensemble de la situation mondiale. Dès le lendemain du IIe Congrès mondial, la nécessité d'organiser une telle campagne s'imposait par l'éclatement de l'affaire yougoslave. Plusieurs circulaires envoyées à ce sujet aux sections fixaient les buts de cette campagne ainsi :
a) Par la voie de la presse, de tracts, de résolutions votées dans les organisations de masses
ouvrières, par réunions publiques et meetings, attirer l'attention de l'avant-garde ouvrière sur
l'importance de l'affaire yougoslave et mobiliser l'opinion publique prolétarienne et libérale à
l'aide de la RFPY menacée par le Kremlin et par Wall Street. C'est surtout en France et en
Grande-Bretagne que cette campagne a pu prendre une grande ampleur. Pas moins de cinq
réunions et meetings publics furent organisés à Paris autour de l'affaire yougoslave. Pour la
première fois, notre mouvement réussissait à devenir le centre d'une action de front unique
avec des couches larges de jeunes, d'intellectuels communistes oppositionnels, d'éléments
centristes, etc., en France, grâce à une défense résolue de la Yougoslavie. En Grande-Bretagne,
les trotskystes ont réussi à mobiliser des couches d'avant-garde du mouvement ouvrier, des
syndicats et des jeunesses pour la défense de la Yougoslavie. Toute cette campagne atteignit
son point culminant par l'envoi de brigades de jeunes en Yougoslavie pendant l'été 1950, où
nos camarades fiançais mobilisèrent plus de mille jeunes. L'envoi de ces brigades fut
coordonné et dirigé sur place même par la direction internationale. Une importante brigade
anglaise a été présente. Y participèrent en outre les sections belge, italienne, vietnamienne et
hollandaise, dont l'action pour la Yougoslavie, tout en prenant un caractère plus
propagandiste, n'a point manqué de vigueur. Les organisations trotskystes des États-Unis, du
Canada, de l'Uruguay, de l'Argentine et de Ceylan, tout en entrant avec un retard inévitable
dans cette campagne, y ont participé énergiquement tout au cours de l'année 1950. Dans
plusieurs de ces pays, ainsi qu’aux Indes et en Australie, c'est grâce aux efforts des trotskystes
que l'affaire yougoslave a été posée devant l'opinion publique ouvrière_ Aux USA, une large
action d'aide avait été déclenchée qui devait aboutir à l'envoi d'une grande brigade de jeunes,
action qui a été sabotée et brisée par la faute des dirigeants yougoslaves comme ce fut
d'ailleurs aussi partiellement le cas pour des possibilités et des initiatives analogues
en Italie et en Allemagne.
b) Par la voie de contacts avec les représentants du PCY à l'étranger, par l'envoi de nos
camarades en Yougoslavie, par ta pénétration de notre littérature en Yougoslavie,
apprendre aux masses communistes yougoslaves l'action entreprise pour leur défense afin
de faciliter ainsi leur compréhension de notre critique de la politique de leurs dirigeants et
faire pénétrer dans leur pays les idées du trotskysme, inconnu et calomnié dans le passé.
Dans un grand nombre de pays (France, Allemagne, Italie, Grande-Bretagne, Autriche, Belgique, Hollande, Grèce, USA, Canada, Argentine, etc.), ces contacts ont été établis et ont évolué d'abord favorablement jusqu'en septembre 1950, pour aboutir ensuite à une rupture assez brusque à la suite du tournant à droite de la politique extérieure du PCY. Trois voyages de membres de la direction internationale ont été entrepris en Yougoslavie. Une délégation internationale a été envoyée pour le la mai 1950 à Belgrade, composée de militants dirigeants français, vietnamiens et cinghalais. En Autriche, une partie de nos camarades a collaboré sur la ligne de notre mouvement à un journal édité par les Yougoslaves. En Italie, la même collaboration a eu lieu pour Politica Nuova inspirée par les Yougoslaves. En France, nos camarades ont dirigé politiquement l'organe des brigades de jeunes. Finalement, c'est en Allemagne que cette action a produit l'effet le plus important par l'entrée de notre section dans l'UAP.
Après le brusque tournant à droite de la politique du PCY à la suite de l'action de l'ONU en Corée, une délimitation nette de notre mouvement par rapport au PCY s'imposait, surtout parce que certaines sections avaient quelque peu relâché la critique de la politique du PCY. Le retard avec lequel l'internationale effectua ce tournant lui donnait un caractère assez brusque, qui a provoqué des hésitations, notamment au sein de la section française. Depuis lors, malgré l'envoi de la « Lettre ouverte du SI aux membres du PCY » de janvier 1951, l'action de défense de la Yougoslavie, surtout en face du chantage et de la pression impérialiste, a été trop limitée de la part de nombreuses sections. Tout en tenant compte de ces aspects négatifs, on peut cependant dire que dans son ensemble la campagne yougoslave représente la première entreprise réussie de ce genre depuis 1945 par notre mouvement.
L'éclatement de la guerre de Corée a amené la direction de l'internationale à déclencher une deuxième campagne internationale de soutien de la Corée du Nord et de la Chine révolutionnaire aux prises avec l'impérialisme. Cette campagne avait pour but de dénoncer devant l'avant-garde ouvrière internationale les mensonges des impérialistes et de leurs agents dans le mouvement ouvrier, ainsi que de tous ceux qui voulaient être « neutres » devant la juste guerre menée par les masses coréennes et chinoises. Elle devait mettre à nu toute la barbarie de l'intervention impérialiste, exalter l'héroïsme de la lutte des masses coloniales et dénoncer le jeu criminel joué par le Kremlin qui utilisait la lutte des masses coloniales pour « neutraliser » la puissance impérialiste, tout en se gardant d'aider suffisamment la Corée du Nord et surtout la Chine pour permettre leur victoire rapide.
D'une façon générale, toutes nos sections ont mené une vigoureuse campagne de presse à ce sujet, et dans plusieurs pays comme l'Allemagne, la Suisse, le Hollande, l'Australie, nos voix ont été les seules à révéler la véritable dimension des crimes impérialistes commis en Corée. Mais ce sont surtout les organisations trotskystes de la Grande-Bretagne et des USA qui ont su mener à cette occasion une large campagne d'agitation et de mobilisation de masses contre l'impérialisme. Nos amis des USA ont, par une campagne de presse remarquable, par les trois lettres ouvertes du camarade Cannon au président Truman, par leurs campagnes électorales centrées autour du retrait des troupes américaines de la Corée, largement défendu la ligne révolutionnaire au milieu de l'hystérie de guerre anticommuniste atteignant son point culminant. En Grande-Bretagne, les trotskystes ont donné des exemples de possibilités d'agitation d'une organisation d'avant-garde dans la période actuelle. Par son journal, par des tracts, par l'édition d'une brochure, par de nombreuses interventions dans des réunions du LP et des syndicats, et surtout par l'organisation de conférences contre la guerre à Londres, Birmingham, Manchester, etc. auxquelles participèrent des centaines de délégués représentant officiellement des sections du mouvement de masse, les trotskystes britanniques se sont placés à la tête du mouvement anti-impérialiste et ont dépassé en possibilités d'action les staliniens.
Outre ces deux campagnes de défense de la Yougoslavie et de la Corée, la direction internationale s'est efforcée de coordonner, avec un succès partiel, deux actions de moindre envergure : celle du Congrès des peuples contre l'impérialisme et celle pour la défense du prolétariat espagnol. Le SI avait attiré dès l'été de 1948 l'attention de nos sections sur l'importance du Congrès des peuples contre l'impérialisme qui se réunit à cette époque sur l'initiative de deux dirigeants centristes, Jean Rous et Fenner Brockway, et de quelques-unes des organisations nationalistes importantes de plusieurs pays coloniaux. Au Ier Congrès assistèrent trois membres du SI ainsi que des représentants de nos sections cinghalaise, française, vietnamienne, anglaise et palestinienne. Aux travaux du comité exécutif issu de ce congrès, un représentant du SI ainsi que des camarades français, anglais et vietnamien participèrent régulièrement, avec une participation intermittente d'un représentant de la section cinghalaise. Les possibilités de pénétration dans les organisations nationalistes, surtout de l'Afrique, semblaient larges pour notre mouvement, surtout après le tournant pro-impérialiste des dirigeants de ce congrès, au moment de l'éclatement de la guerre de Corée. Mais le fait que nous nous trouvions seulement en face des dirigeants en partie opportunistes de ces mouvements dans le congrès, et que nos sections surtout française et anglaise ne réussirent pas à organiser un véritable travail à la base dans les organisations nationalistes coloniales, a limité le résultat positif de cette action.
Dès l'éclatement de la grève générale de Barcelone, le SI a appelé toutes nos sections à entreprendre une large campagne en faveur du prolétariat espagnol et contre les tractations des gouvernements occidentaux avec le bourreau Franco. Malheureusement, dans la plupart des cas, cette campagne n'a point dépassé les limites d'une action littéraire. Aux USA, les trotskystes ont participé à quelques démonstrations de protestation devant les consulats espagnols. En Grande-Bretagne, ils ont fait voter des résolutions dans quelques syndicats. Seulement en France et en Suisse, ils ont pris l'initiative d'une manifestation publique contre Franco, manifestations de front unique dont celle réalisée par nos camarades suisses peut être considérée comme un succès (cinq cents participants environ).
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Vers la formation de directions trotskystes adéquates dans les principaux pays
Au moment où se réunissait le IIe Congrès mondial, la situation de notre mouvement dans une série de pays importants d'Europe était peu brillante : en France, notre section traversait une grande crise à la suite de la désertion de son aile droite petite-bourgeoise qui avait rejoint le RDR avant de disparaître complètement ; en Grande-Bretagne, le mouvement était divisé en deux tronçons, dont l'un venait d'entrer dans le LP et dont l'autre commençait à se décomposer ; en Allemagne, l'organisation composée de militants complètement isolés était à la fois désunie elle-même, sans structure organisationnelle ni physionomie politique propre, et en désaccord avec l'internationale sur des points importants de notre programme, notamment sur la question de l'URSS ; en Italie, où venait de se conclure l'expérience malheureuse du POC, il n'existait pas plus d'une demi-douzaine de trotskystes ayant assimilé notre programme ; en Espagne, le petit groupe trotskyste venait d'être désorganisé par l'action de Munis et était sur le point de se désagréger.
Pour toutes ces sections, un travail de réorganisation fut entamé sous la responsabilité directe du SI, en partie déjà avant et en partie depuis le W Congrès mondial, travail qui signifiait tout d'abord former un noyau central de cadres trotskystes fermement attachés à notre programme, capables de saisir les conditions particulières de chaque pays pour intégrer nos organisations clans le mouvement de masses. Après trois années d'efforts, le bilan se présente aujourd'hui d'une façon entièrement différente, et c'est seulement pour l'Espagne que nous pouvons dire que les bases pour la construction d'un véritable parti trotskyste n'ont pas encore été jetées.
En Grande-Bretagne, le travail de nos camarades a abouti à l'unification de toutes les forces trotskystes, ceux qui n'avaient pas assimilé le cours nouveau du trotskysme ayant quitté, puis trahi notre mouvement. Par les liens réels de la plupart de leurs militants avec le mouvement de masse, ils préparent un rôle véritablement dirigeant du trotskysme dans les luttes à venir de l'avant-garde ouvrière britannique. Cette expérience doit être considérée comme la plus réussie entre toutes celles entreprises depuis le IIe Congrès mondial.
En Italie, la majorité de la direction des JS du PSLI avait déjà été gagnée à nos idées avant le IIe Congrès mondial. Il s'agissait maintenant de gagner tout ce courant à nos idées et de sélectionner en son sein de véritables cadres trotskystes, capables de construire une organisation révolutionnaire abandonnant toute méthode social-démocrate. Par l'édition de la revue IVe Internazionale, par l'organisation d'une école de cadres, par la constitution des GCR, par leur réorientation vers l'édition d'un journal, Bandiera Rossa, par le déplacement du centre de gravité de l'organisation vers le nord, par le recrutement de militants venus du PC et par la tenue de trois conférences nationales depuis le Ier Congrès mondial, cette tâche est aujourd'hui en voie de solution. La conférence des trotskystes italiens qui vient de se tenir à la fin de juillet 1951 à Rome a démontré les progrès sérieux faits non seulement sur la voie de la maturité politique niais encore sur celle du sérieux organisationnel et de la compréhension des voies spécifiques pour construire le parti de la part de nos cadres.
En Allemagne, le SI s'est tout d'abord efforcé de favoriser la clarification politique au sein de la section par l'édition de la revue théorique Die Internationale, dont la parution n'a pu être maintenue par suite de difficultés financières et techniques. C'est surtout depuis l'entrée de notre section dans l'UAP, réalisée en été 1950 avec la pleine approbation et sous le contrôle du SI, que le cours nouveau du trotskysme a commencé en Allemagne. Cette entrée a permis à nos camarades de surmonter leur isolement et de se débarrasser de leur passé de vie en petit cercle. Elle nous a également permis de gagner une série de cadres de grande valeur qui créent pour la première fois en Allemagne les éléments pour la constitution d'une véritable direction trotskyste. Mais le résultat le plus important a été l'acquis, à travers l'organisation de notre tendance dans l'UAP, d'un haut degré d'homogénéité politique et d'assimilation de la ligne politique de l'internationale, qui permettra de résoudre les tâches pour la construction future du parti, sur lesquelles une commission spéciale de congrès vous fera un rapport.
En France, la reprise de notre mouvement qu'avaient quitté successivement les tendances droitières et ultra-gauches, a été placé sous le signe de la construction d'un parti ouvrier trotskyste. Sur ce plan, un progrès sérieux a été réalisé. Pour la première fois, notre mouvement dispose aujourd'hui d'une série de cadres prolétariens enracinés dans leur classe, même si, il s'agit de cadres fort jeunes. Les succès remportés au cours de la campagne de défense de la Yougoslavie et dans le travail syndical du courant l'Unité témoignent du fait qu'en France notre mouvement a commencé lui aussi à réaliser son cours nouveau. Cependant, les divergences qui ont surgi depuis le début de cette année entre la majorité du CC du PCI et la direction internationale démontrent que cette organisation ne possède pas encore une direction mûre et homogène, capable d'opérer avec autorité les tournants nécessaires afin de réaliser la construction du parti dans les cadres spécifiques du mouvement ouvrier français. Il est à espérer qu'à travers l'actuelle discussion engagée dans le PCI et entre le PCI et l'internationale, cette direction sera définitivement forgée.
Par suite de l'arrêt de fonctionnement de notre petit groupe espagnol GCI, notre travail espagnol a été longtemps limité à un effort d'action aux sommets envers le POUM. Le prestige gagné par l'internationale grâce à son action yougoslave a créé pour la première fois un climat plus propice à la pénétration de nos idées dans cette organisation. La différenciation politique qui a commencé à s'opérer dans le POUM, par suite de la reprise du mouvement de résistance des masses espagnoles et de la position fausse de la direction de cette organisation face au mouvement révolutionnaire des masses coloniales, favorise la construction d'un noyau d'une tendance bolchevique.
Du côté positif du bilan de l'action de la direction internationale dans nos sections européennes, il faut mentionner la constitution d'un contact qui a évolué positivement avec l'aile révolutionnaire du mouvement clandestin ukrainien, la constitution d'une organisation révolutionnaire en Suède et le gain d'un ancien dirigeant fondateur du mouvement communiste albanais à notre mouvement.
En ce qui concerne nos autres organisations européennes, notre mouvement hollandais qui dispose de cadres solides, a évolué en contact étroit avec l'internationale, cherchant surtout à développer ses racines déjà nombreuses dans le mouvement ouvrier et s'efforçant, d'abord sur le plan des adultes et ensuite sur le plan des jeunes, de profiter des remous que connaissent les milieux sociaux-démocrates de gauche, centristes et communistes oppositionnels.
En Grèce, notre organisation travaillant dans des conditions très difficiles a cherché à regrouper ses forces après la fin de la guerre civile, et le SI s'efforce de l'orienter vers l'entrée dans les organisations de masse qui offrent des possibilités de travail légal.
Notre organisation suisse a fait un tournant important vers le travail de masse et vers la construction du parti révolutionnaire dans son pays, au cours duquel elle est arrivée à améliorer fortement ses relations avec le SI et à travailler en harmonie plus grande avec lui. Au Danemark, notre petit groupe s'est consolidé et a acquis un degré d'homogénéité politique plus grand, travaillant davantage en contact avec la direction internationale.
Notre organisation en Autriche, qui dispose de cadres dont une partie est parmi les plus anciens de notre mouvement européen, a traversé pendant la même période une crise de croissance qui est déterminée largement par la recherche, de par les dirigeants de cette section, de la voie spécifique pour la construction de parti révolutionnaire en Autriche. La séparation de la section en deux tronçons, réalisée au VIIIe Plénum, les expériences acquises par le travail dans le PS aussi bien par le tronçon entriste que par la majorité de la section, permettront, nous l'espérons, à une échéance pas trop lointaine, un regroupement de nos forces pour un travail sérieux de construction de la gauche révolutionnaire du PS autrichien.
Sur le bilan négatif, il faut par contre inscrire la disparition du petit groupe irlandais, dont les représentants shachtmanistes au IIe Congrès mondial ont sombré dans le nationalisme bourgeois, tandis que l'unique survivant est passé du côté des partisans du « capitalisme d'État ».
Il faut mentionner en outre la crise qu'a traversée la section tchèque après les journées d'avril 1948, crise due en premier lieu à la répression stalinienne qui s'est abattue sur elle mais également à ses propres erreurs d'orientation.
Il faut mentionner enfin l'évolution de la section belge, marquée par une crise chronique de direction qui a eu pour conséquence que l'entrée dans le PSB, souhaitée et approuvée par le SI, n'a pas, malgré les possibilités sérieuses ouvertes par ce travail, abouti à un véritable redressement organisationnel.
Il faut mentionner enfin la scission de notre section chypriote, poussée dans la clandestinité par la répression.
En ce qui concerne les sections extra-européennes, l'intervention que la direction internationale a pu y réaliser a été beaucoup plus limitée et n'a pas toujours pu accélérer dans la mesure nécessaire une série de processus de clarification politique et de regroupements organisationnels nécessaires pour un progrès nouveau de notre mouvement dans ces parties du monde.
Les effets négatifs de cette intervention insuffisante de la direction internationale ont été les plus limités dans les pays anglo-saxons, dans lesquels nos organisations trotskystes disposent en général d'une direction qui a déjà dans les années passées trouvé la voie spécifique pour la construction du parti.
L'organisation trotskyste américaine, armée de la solidité et de l'expérience de son large cadre et de ses thèses sur la révolution américaine, qui assignent au prolétariat américain la place dirigeante qui lui revient dans la montée mondiale de la révolution socialiste, a résisté dans les années passées à la pression anticommuniste et anti-ouvrière féroce à laquelle ont succombé et succombent toutes les organisations intermédiaires. Malgré des difficultés passagères (difficultés financières, expulsion dans certaines corporations de militants hors des syndicats), ils ont en général maintenu leurs racines multiples dans le mouvement ouvrier de masse et se préparent à exploiter les nombreuses chances que leur offrira la résistance croissante des masses contre la préparation et de déclenchement de la guerre. Il faut mentionner le fait que la tendance Johnson-Forest a quitté l'organisation à la veille de ce congrès.
L'intégration de nos organisations australienne, canadienne et sud-africaine dans le mouvement travailliste et nationaliste-nègre de leurs pays respectifs, représente pour ces pays la voie correcte pour la construction de la direction révolutionnaire.
En Amérique latine, le SI s'est efforcé dès le lendemain du IIe Congrès mondial d'impulser la constitution d'un sous-bureau latino-américain et la préparation d'une conférence latino-américaine. Ces initiatives ont d'abord échoué pour des raisons qui vous seront précisées lors de la discussion de la question latino-américaine devant ce congrès. Cependant, avec l'aide du SI l'évolution de nos sections latino-américaines a permis un regroupement important des sections depuis l'année passée. Il faut saluer particulièrement l'effort fait par les camarades argentins du GCI pour assurer une édition en espagnol de la revue Quatrième Internationale ainsi que par les camarades de la plupart des sections pour constituer un bureau d'aide aux camarades boliviens persécutés.
Le dernier congrès de la section bolivienne a également marqué un progrès politique important. Le manque de liens réels avec l'internationale s'est avéré un des facteurs principaux pour provoquer la crise actuelle que traversent nos sections du Chili et du Brésil.
Il faut mentionner les efforts multiples entrepris entre le IIe et le IVe Congrès mondial, aussi bien par initiative du SI que par celui du SWP, pour améliorer nos relations avec la camarade Natalia. Ces efforts n'ont malheureusement pas été couronnés de succès, et malgré quatre visites successives, ainsi que de longues discussions avec des cadres dirigeants de notre organisation, la camarade Natalia a été entraînée par la logique de ses positions révisionnistes sur la question de l'URSS à une regrettable rupture politique avec l'internationale.
C'est en Extrême-Orient que l'absence d'intervention directe du SI dans la vie de nos sections a eu les effets les plus regrettables. Il faut dire qu'à aucun moment l'internationale n'a eu plus qu'un contact éphémère avec la direction de nos sections chinoise, hindoue, cinghalaise et vietnamienne, sans parler du petit groupe trotskyste au Japon, avec lequel depuis deux ans seules trois ou quatre lettres ont pu être échangées. Ce n'est que depuis le dernier congrès du LSSP, qui a lui-même constaté le relâchement des relations avec le centre international, que les contacts avec une de nos sections les plus importantes se sont quelque peu régularisés. Seule l'organisation d'un sous-bureau d'Extrême-Orient pourrait permettre une intervention plus active dans la vie de ces sections. Malheureusement, de nombreuses difficultés financières, techniques et humaines ont jusqu'à maintenant entravé la constitution de ce sous-bureau.
Cela ne signifie pas que l'évolution de notre mouvement en Extrême-Orient ait été négative depuis le IIe Congrès mondial. À l'actif du bilan, il faut inscrire la constitution du premier groupe trotskyste au Japon, l'établissement d'un premier contact aussi bien épistolaire que par les visites du camarade X et Colvin avec le mouvement révolutionnaire à Ceylan, qui prépare un grand essor pour notre mouvement dans ce pays. Il n'en reste pas moins vrai que le côté négatif du bilan est lourd. Il consiste dans la désorganisation chronique dans laquelle se trouve notre mouvement au Viêt-Nam, désorganisation temporairement surmontée par l'arrivée de nos dirigeants chinois dans ce pays, mais aggravée encore depuis lors par l'arrestation des principaux dirigeants trotskystes, désorganisation qui ne saurait être éliminée que par l'envoi des principaux cadres du groupe vietnamien de France, qui dispose d'une importante expérience de lutte à la tête des masses.
Une crise sérieuse aussi bien politique qu'organisationnelle a été créée par notre section chinoise depuis la victoire de Mao-Tsé-Toung. Cette crise, qui a laissé subsister des noyaux trotskystes dans plusieurs parties du pays ainsi qu'une organisation sérieuse à Hong-Kong, pourra être surmontée rapidement par une assimilation des leçons principales des événements récents.
L'entrée de notre section hindoue dans le PS, entrée approuvée politiquement par le SI mais sur les modalités organisationnelles de laquelle le SI a eu dès le début de fortes appréhensions, a sans doute abouti à une désorganisation de notre mouvement, malgré les résultats positifs qui ont été atteints sur plusieurs domaines par ce travail entriste. On peut dire sans exagérer que la responsabilité principale de la direction internationale consiste dans la période pour le IIIe Congrès mondial à redresser vigoureusement la situation aux Indes, où notre mouvement possède encore une chance de devenir la direction révolutionnaire des masses, mais où cette chance peut être perdue dans les années à venir au profit des staliniens.
Mentionnons finalement la mauvaise situation de nos sections d'Égypte et d'Israël, victimes de la répression et de l'isolement.
Au Pakistan, notre jeune organisation a arraché aux staliniens la direction d'une organisation légale de jeunesse et pénètre dans les syndicats.
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Les tâches principales de la direction issue du IIIe Congrès mondial
Si la partie rétrospective de ce rapport a été placée sous le signe des réalisations positives de notre internationale, il est logique que pour établir les tâches de la direction issue du Congrès mondial, nous partions en premier lieu des lacunes encore sérieuses dans notre travail, et que nous fixions nos tâches essentielles en fonction de ces lacunes. Il est clair que si nous voulons nous-mêmes réaliser sérieusement ce que nous avons affirmé tout au long des discussions politiques de ce congrès, ce sera une question de vie ou de mort pour notre mouvement que de savoir s'intégrer dans le mouvement réel des masses des principaux pays du monde qui seront progressivement entraînés dans la montée révolutionnaire. Stimuler cette intégration à l'échelle internationale, aider nos sections nationales à la réaliser dans les conditions spécifiques du mouvement ouvrier de leur pays, accélérer la transformation de nos organisations au moins dans quelques pays en véritable direction révolutionnaire des masses, voilà les tâches qui découlent de notre conception de la situation actuelle du monde et de ses tendances de développement. Cette tâche se laisse résumer en un seul mot d'ordre : approfondir, accentuer, généraliser dans le monde entier le cours nouveau du trotskysme
En ce qui concerne le CEI, nulle modification importante dans sa composition ni dans son fonctionnement ne peut être envisagée de façon réaliste pour la période à venir. Il est possible que des événements internationaux rendront même plus difficile sinon impossible pendant un certain temps la réunion deux fois par an du plénum rassemblant des représentants de notre mouvement de plusieurs continents. D'autant plus nécessaire sera-t-il de renforcer le centre international quotidien. Un SI composé de quatre membres et concentré dans un seul pays européen ou extra-européen sera incapable de réaliser dans les mois et années à venir les lourdes tâches mentionnées dans la résolution politique votée par ce congrès. Une double modification s'impose ici : d'une part, il faut élargir le nombre de membres du SI afin de permettre une participation permanente de représentants des États-Unis et des sections d'Extrême-Orient aux frais de ces sections, sans lesquels le SI ne représente pas vraiment l'expérience accumulée de l'ensemble de notre mouvement mondial et ne peut élaborer adéquatement une ligne stratégique pour toutes nos sections. D'autre part, ce renforcement numérique est nécessaire pour que le SI puisse déléguer pendant des périodes plus prolongées ses représentants en Amérique latine et en Extrême-Orient, sans quoi une intervention réelle auprès de ces sections n'est point possible. Une plus forte centralisation de nos cadres dirigeants et une plus grande décentralisation de notre action se déterminent donc l'une et l'autre et représentent la seule base partant de laquelle le SI pourra élargir son action. Comme il a déjà été dit, elle exige le sacrifice par certaines sections de dirigeants envoyés au centre ainsi qu'un effort financier accru. Il faut augmenter le budget mensuel régulier du SI de façon à réaliser ces tâches.
Les pays dans lesquels notre mouvement se trouve actuellement devant des tâches analogues à celles qu'il a résolues avec succès en Grande-Bretagne depuis le IIe Congrès mondial, sont en premier lieu les Indes, l'Argentine et l'Allemagne. Pour un ensemble de raisons objectives découlant de la physionomie particulière du mouvement ouvrier de ces pays, notre mouvement possède dans ces pays une chance réelle de devenir, dans les années à venir, la direction révolutionnaire effective de l'avant-garde prolétarienne. Étant donné la position-clé qu'occupent ces pays en Asie, en Amérique latine et en Europe occidentale, ces possibilités imposent à la direction internationale une responsabilité particulière dans l'aide aux sections pour construire une direction nationale adéquate et trouver la voie propre à la construction du parti révolutionnaire. Il faut pour cette raison envisager l'envoi de représentants du SI dans ces pays pendant une longue période. Il faut particulièrement attirer l'attention de la section cinghalaise sur la responsabilité très grande qui est sienne dans le développement du travail hindou. Malheureusement, certaines possibilités qui existaient en Indonésie ont déjà été perdues par suite du retard de notre intervention. À aucun prix, pareille situation ne devrait se répéter aux Indes.
Devant l'approche du mouvement révolutionnaire des masses en Espagne, le SI aura également pour tâche d'aider et de stimuler plus que dans le passé la formation d'un noyau trotskyste espagnol solide. Pour l'Italie, la France et la Grande-Bretagne, le SI suivra de près, comme par le passé, l'effort de ces sections pour s'intégrer dans le mouvement de masse de leur pays. Le SI devra s'efforcer également d'impulser la pénétration de nos idées en Afrique du Nord, en Afrique noire et reconstruire nos organisations au Moyen-Orient.
La période de bouleversements révolutionnaires qui se trouve devant nous exige plus encore que par le passé la formation théorique de nos cadres sur un niveau très élevé. L'édition régulière de notre revue Quatrième Internationale, arme d'orientation politique essentielle de tout le mouvement mondial, est une nécessité indispensable à cette fin. Son édition en espagnol doit être maintenue, amplifiée par l'édition d'une revue théorique latino-américaine. Le développement de la revue théorique allemande, l'édition d'une revue théorique en Grande-Bretagne et en Extrême-Orient, ainsi que la reprise d'une revue théorique italienne, ne fut-elle que ronéotée, seront indispensables pour continuer la formation de nos cadres dirigeants.
Dans la période qui s'est écoulée entre le IIe et le IIIe Congrès mondial, le SI avait envisagé la possibilité d'éditer une série de brochures d'éducation et de large vulgarisation des positions essentielles de notre programme. Le manque de temps et d'argent nous a empêchés de réaliser ce projet. Il conviendra cependant, pendant la période à venir, de réaliser une série d'objectifs minimum pour la formation de nos militants :
a) Rédiger un cours de base pour les écoles de militants de nos sections allemande,
italienne, latino-américaine, etc., tâche déjà en partie résolue à ce congrès.
b) Publier au moins quelques ouvrages-clés de notre mouvement inconnus jusqu'à
maintenant du large public allemand, en langue allemande.
c) Entamer un travail de publication d’ouvrages trotskystes en espagnol en
Amérique latine, ouvrages qui pourront aussi servir à la formation de nos
militants espagnols.
d) Systématiser l'édition de brochures trotskystes en langue anglaise à Ceylan,
surtout pour l'usage de nos sections d'Extrême-Orient.
Ainsi se précise une tâche de la direction internationale qui prend de plus en plus figure de direction politique et organisationnelle d'un seul parti mondial. Le progrès réalisé sur la voie de la compréhension et de la réalisation pratique de cette conception du parti mondial par nos sections les plus importantes marquera en même temps la voie de leur propre transformation en direction effective de l'avant-garde ouvrière de leur pays. Nous ne pouvons promettre des victoires rapides ou faciles à personne, et révolu depuis longtemps est le temps où l'on adhérait à notre mouvement avec l'espoir d'une telle victoire rapide. C'est précisément en combinant notre optimisme révolutionnaire, basé sur nos perspectives politiques, avec une évaluation plus réaliste des rythmes qu'exige la construction d'un parti révolutionnaire, que nous formerons des directions trotskystes patientes, tenaces, stables et capables en même temps de saisir toutes les occasions offertes pour leur propre croissance. Ce congrès a montré que notre mouvement possède déjà des cadres homogènes dans les principaux pays du monde. C'est en cela que réside le gage de notre victoire future.
Réponse du rapporteur
La discussion a fidèlement reflété jusqu'à quel point toutes nos sections, y compris la plus jeune, celle de Suède, s'efforcent de saisir les particularités du mouvement ouvrier et du mouvement des masses dans leur pays. Je me limiterai pour cette raison à traiter quelques problèmes particuliers soulevés au cours de la discussion.
L'expansion de notre mouvement dans les pays coloniaux où nous n'avons pas encore de sections, mais où existe déjà une situation favorable pour la constitution de noyaux trotskystes (Indonésie, Birmanie, Malaisie, Iran, Afrique noire, etc.) doit se faire en coordonnant les activités suivantes :
a) Les contacts avec les étudiants et émigrés dans les pays métropolitains et l'organi-
sation d'un travail politique et de cercles d'études dans ces milieux par les sections
métropolitaines.
b) L'organisation par le SI ou les sous-bureaux d'un travail d'information, suivant la vie
politique de ces pays, profitant des remous dans le mouvement ouvrier (scission
récente dans le PS birman ; développement de tendance d'opposition dans le parti
Tudeh en Iran, etc.) et envoyant si possible des représentants sur place. Faute de quoi,
d'excellentes chances peuvent être ratées.
Dans notre conception du travail d'éducation, nous devrions nous inspirer également dans une mesure majeure, plus que par le passé, de la nécessité de nous enraciner dans le mouvement de niasse. Cela ne signifie nullement abandonner le travail d'éducation traditionnel mais, d'une part, il faut lui donner un caractère moins formaliste et d'autre part, il faut s'efforcer d'ajouter dans chaque pays aux cours de cadres un chapitre spécial sur l'histoire du mouvement ouvrier de ce pays et l'histoire de notre propre mouvement. Des efforts précis faits dans ce sens par les organisations trotskystes américaine, anglaise, française méritent d'être repris partout.
La demande du groupe trotskyste danois d'être reconnu comme section de l'internationale sera examinée au prochain plénum du CEI, quand nous aurons étudié plus précisément la situation du mouvement dans ce pays. Il est nécessaire, en outre, de suivre l'avis du délégué suédois et de nous efforcer de coordonner notre travail scandinave, surtout pour pénétrer en Finlande, où le mouvement communiste et le parti stalinien sont beaucoup plus forts que dans les autres pays scandinaves.
La situation en Allemagne doit être appréciée d'une façon réaliste, en partant de l'état de nos propres forces et des possibilités objectives existant réellement dans ce pays. Nous nous sommes engagés dans l'UAP sans nous faire d'illusions sur le caractère politique des éléments titistes, mais en comprenant que, par ce travail, nous pourrions jeter la base pour la construction de notre mouvement. Cela est entièrement vérifié. Une attitude ultimatiste sur telle ou telle personne de notre part aurait abouti à faire éclater l'UAP avant qu'il ne se soit constitué, et nous aurait nui, à nous, davantage qu'aux titistes. Nous avions intérêt à laisser se développer une discussion politique, à politiser les débats et à ne pas concentrer notre feu sur le passé de tel ou tel élément.
Pour finir, il faut insister encore une fois sur la nécessité de renforcer le centre international du mouvement. Notre mouvement est un mouvement d'un type tout à fait particulier dans l'histoire des organisations ouvrières. La Ier Internationale était basée sur les trade-unions britanniques ; la IIe sur l'appareil des organisations de masse social-démocrates ; la IIIe sur l'appareil de l'État ouvrier russe. Notre internationale, pendant de longues années, n'était basée que sur la communauté d'idées de ses militants, sans appareil ou base matérielle aucune. Nous sommes fiers de l'homogénéité politique que nous avons acquise. Mais en même temps, en tant que bolcheviks, nous comprenons qu'à partir d'un certain stade de développement, les idées ne peuvent se développer efficacement que si elles sont incarnées dans une organisation sérieuse, que si elles possèdent une base matérielle propre. C'est en construisant un centre international plus fort, qui permette de mieux répandre les idées issues de ce congrès mondial, que nous pouvons contribuer le mieux au triomphe de ces idées.
Rapport adopté à l'unanimité
Bulletin intérieur du SI, n° 3, septembre 1951.