Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Lettre du secrétariat international au bureau politique du PCI

Letter dated 7 décembre 1951 · Dossier sur la crise et la scission du PCI (1951-1952) · 2 410 mots

In English: Title: Letter from the International Secretariat to the Political Bureau of the PCI, enclosing the "Resolution of the IS for the reorientation of our trade-union work in France" — traduction assistée par machine.

Chers camarades,

Nous vous transmettons le texte qui définit la ligne que le SI considère nécessaire d'appliquer actuellement en France dans le domaine du travail syndical. La résolution précédente du SI sur la question plus particulière de l'Unité s'inscrit dans le cadre du texte présent. Nous vous demandons que les deux textes soient portés à la connaissance de tous les membres du CC et de la commission syndicale, qu'ils soient inscrits d'autre part à l'ordre du jour du prochain CC du parti, afin que ce dernier prenne responsablement position sur la ligne définie par le SI concernant notre travail syndical en France.

Nous saisissons cette occasion pour vous exprimer clairement notre point de vue sur la marche suivie par le parti jusqu'ici depuis le IIIe Congrès mondial, et répondre en même temps à certains points soulevés par la résolution que vous avez votée à votre séance du 3 décembre.

Le but précis du SI, en exécution du mandat qu'il a reçu à ce sujet de la part du congrès mondial, est d'œuvrer pour que la direction de notre section en France applique effectivement et efficacement la ligne du IIIe Congrès mondial. Jusqu'à maintenant, nous avons fait pleinement confiance à votre direction pour accomplir cette tâche et nous lui avons laissé toute possibilité de démontrer en pratique sa volonté et sa capacité d'appliquer cette ligne. Des progrès ont été enregistrés dans cette voie. Mais, en même temps, nous discernons une tentative de ne pas partir délibérément et une fois pour toutes de l'idée qu'un tournant du parti est nécessaire dans tous les domaines pour appliquer la ligne de l'internationale, ligne qui n'est naturellement pas celle qui fut définie par le VIIe Congrès du parti.

D'autre part, donner constamment l'impression au parti, comme vous le faites encore dans votre résolution du 3 décembre, que toute l'exécution de la ligne de l'internationale n'est faite par vous essentiellement que par discipline, mais qu'en réalité cette ligne comporte, à votre avis, la liquidation du parti, est une manière qui ne pourra que maintenir et aggraver la méfiance d'une partie de l'organisation à l'égard de cette ligne. Ainsi, quand vous dites dans votre résolution que le bureau politique « s'efforcera d'appliquer avec discipline [la résolution du SI sur l'Unité] dans l'idée qu'elle n'implique pas une liquidation de l'Unité », etc., vous créez d'emblée une atmosphère de méfiance et de confusion autour de la résolution du SI, résolution qui ne permet ni dans son esprit ni dans sa lettre d'entretenir les doutes que vous exprimez sur sa signification. Le SI, d'autre part, ne veut aucunement au stade actuel remplacer ou se substituer à votre direction. Son but est de vous aider à comprendre et à appliquer aussi efficacement que possible la ligne du Congrès. Ce n'est que dans le cas où il constatera que vous passez systématiquement outre à cette ligne, et que vous maintenez à son égard une opposition larvée rendant impossible son application efficace, et paralysant l'activité du parti dans la méfiance et la confusion, que le SI reconsidérerait sa position et saisirait le CEI en vue d'une décision définitive sur le cas de la direction du parti français.

Une telle éventualité peut se présenter à l'occasion du prochain CEI qui se tiendra vers la fin de février 1952. Il y aura à ce moment plus de six mois d'activité de votre direction depuis le IIIe Congrès mondial et il sera alors possible d'arriver à une conclusion quant à votre volonté et votre capacité d'appliquer sa ligne.

Nous souhaitons très sincèrement que le CEI n'éprouve pas le besoin de discuter cette question.

Avec nos salutations fraternelles.

7 décembre 1951

Résolution du SI pour la réorientation de notre travail syndical en France

1. Comme tous les autres secteurs de travail de notre organisation en France, le secteur

syndical aussi doit être intégré dans le cadre de l'orientation et des perspectives affirmées

par le IIIe Congrès mondial. Il ne peut y avoir un réel tournant de l'activité de notre

organisation française dans le sens indiqué par le congrès de l'internationale, et il ne peut

y avoir une réelle volonté de la part de sa direction d'engager dans cette voie

l'organisation tout entière, aussi longtemps que le principal domaine de travail du parti

ne sera pas intégré dans cette orientation et ne la réalisera pas.

2. Le sens de cette orientation, telle qu'elle a été définie dans les documents du IIIe Congrès

mondial pour des pays comme la France, où la grande majorité militante de la classe

ouvrière est influencée par les staliniens, consiste en ceci : qu'un réel travail de masse

en France n'est concevable qu'en direction des ouvriers staliniens, que ce travail est

particulièrement nécessaire dans la période présente qui est celle de la préparation

active de la guerre contre-révolutionnaire de l'impérialisme, préparation entraînant des

conséquences précises quant à la politique stalinienne, et à l'évolution et l'orientation

des ouvriers staliniens.

Le congrès mondial a expliqué que dans une telle conjoncture la politique stalinienne sera

obligée, forcée de s'axer pratiquement sur la mobilisation militante des masses ouvrières

contre les préparatifs de guerre et que, par conséquent, tous les autres thèmes de sa

politique (indépendance nationale, union nationale, lutte de signatures pour la paix, etc.)

seront réservés pour une mobilisation parallèle, complémentaire et pratiquement non

essentielle des couches avant tout petites-bourgeoises, ainsi qu'à l'adresse d'une partie de

la bourgeoisie européenne « neutraliste ». Sous l'impulsion de cette politique pratique de

la direction stalinienne et, surtout forcée par la logique de l'évolution de la situation vers

la guerre contre-révolutionnaire de l'impérialisme, la masse des militants staliniens

s'orientera de plus en plus vers une mobilisation et une action de classe qui atteindra, au

cas où éclate la guerre, nécessairement, inexorablement, le niveau de la lutte armée, de la

lutte pour le pouvoir. Ces considérations éclairent le sens que l'internationale attribue au

travail en direction des ouvriers staliniens à l'étape actuelle, et les perspectives

révolutionnaires de ce travail.

3. Les événements qui se sont déroulés en France immédiatement après le IIIe Congrès

mondial ont donné, plus vite qu'on ne l'avait pensé, raison à l'appréciation de

l'internationale concernant la politique stalinienne et le cours de la masse des ouvriers

staliniens. Le tournant réalisé par les dirigeants staliniens sur la question syndicale et

l'unité d'action de la classe ouvrière, a créé d'emblée une nouvelle situation dans le

mouvement ouvrier français.

La politique stalinienne devient de fait, pratiquement, une politique de mobilisation

militante des masses ouvrières contre les préparatifs de guerre de l'impérialisme. Elle

n'est critiquable que sur un échelon supérieur à l'activité syndicale proprement dite, à

l'échelon des buts et des perspectives politiques de cette mobilisation de la classe. Elle

constitue d'autre part un tournant non pas épisodique et éphémère mais plutôt

l'expression de la marche forcée que l'évolution de l'impérialisme vers la guerre contre-

révolutionnaire impose aux dirigeants staliniens. Cette appréciation de la politique

stalinienne à l'étape actuelle n'exclut pas des oscillations à droite ou à gauche de cette

ligne ; mais qui ne l'altéreront pas fondamentalement.

Si la perspective politique est juste, c'est-à-dire si la situation internationale évolue vers la

guerre, guerre qui aura le caractère défini par l'internationale, il ne peut y avoir d'autre

politique que celle, grosso modo, suivie actuellement par les dirigeants staliniens se voyant

obligés de s'appuyer, à leur façon, sur la classe ouvrière et de la mobiliser. D'autre part, dans

le cadre de cette même perspective, il est inévitable que les dirigeants réformistes et

centristes, agents de la bourgeoisie dans la classe ouvrière, malgré toutes les manœuvres

qu'ils emploieront — subissant la pression des masses — pour camoufler leur politique

contre la mobilisation effective et l'unité d'action de la classe ouvrière, saboteront en

définitive l'une et l'autre. Des courants progressifs possibles au sein des organisations

réformistes inclueront des militants de base et des cadres subalternes, qui auront à lutter

contre leurs directions. Il ne pourra y avoir à la veille de la préparation de la guerre

contre-révolutionnaire de l'impérialisme contre l'URSS une autre mobilisation et

unification de la classe ouvrière que celle réalisée dans l'action, contre les dirigeants

réformistes et centristes, et amenant à l'isolement pratique de ceux-ci.

4. Tout travail pratique dans la classe, mais particulièrement tout travail de masse, implique

le danger de tomber dans le sectarisme et l'opportunisme s'il n'est pas conduit par des

dirigeants bolcheviks, parfaitement conscients et clairvoyants de l'appréciation et de la

perspective politiques. Particulièrement à l'étape actuelle, dans aucun domaine, le travail

en France ne pourra être correctement conduit et acquérir son sens véritable s'il n'est pas

conduit dans le cadre de l'orientation définie au congrès de l'internationale et éclairé par

les perspectives de cette orientation.

Il est nécessaire que la direction du parti et tous les militants syndicaux fassent un effort

pour repenser politiquement le travail syndical dans le cadre de ces considérations. 5. Les conditions qui ont caractérisé la situation du mouvement syndical en France depuis

la fin du conflit mondial, et particulièrement depuis le commencement de la Guerre froide

jusqu'à la guerre de Corée, nous ont pratiquement rejetés dans une activité syndicale en

dehors des organisations influencées par les staliniens, et essentiellement centrée sur un

travail de base dans les milieux extra-cégétistes. D'autre part, durant toute la période où

la politique stalinienne fut axée sur le thème de la collaboration et du compromis, et où

l'échéance d'une nouvelle guerre n'était pas précisée, il était juste et possible de lutter,

comme nous l'avons fait, sur la base d'une troisième tendance syndicale en dehors des

staliniens et des réformistes, œuvrant à la mobilisation de classe et à l'unité d'action du

prolétariat. C'est dans cette période que notre effort de servir avant tout d'exemple aux

ouvriers staliniens, en entreprenant des actions autonomes de classe limitées, sabotées à

l'époque aussi bien par les dirigeants staliniens que réformistes, avait un sens précis dans

le cadre de notre orientation politique générale d'alors : attirer et détacher dans

l'immédiat les ouvriers staliniens de leur direction, en construisant à l'extérieur des

organisations staliniennes, à l'aide d'autres courants et éléments ouvriers, un pôle

d'attraction suffisamment puissant et actif pour obtenir un tel résultat. Que par la force

d'un tel travail nous nous soyons dans une certaine mesure pratiquement éloignés de

notre but de toucher en définitive les ouvriers staliniens, que nous ayons négligé de tenir

avec ténacité et de renforcer nos positions au sein des organisations staliniennes, ceci

ne constitue en aucune façon une critique en bloc de la politique suivie à l'époque,

politique juste dans son ensemble.

6. Les changements sont devenus nécessaires à partir de la nouvelle conjoncture

internationale et de ses implications en France, dont le tournant stalinien dans le

domaine syndical en est une manifestation. Actuellement, le but de notre activité

syndicale ne peut plus être, dans ces nouvelles conditions, d'agir comme une tendance

distincte, attirant par l'exemple indépendant et regroupant dans l'immédiat autour

d'un autre pôle les ouvriers staliniens, mais de profiter du courant unitaire propulsé

par la direction stalinienne elle-même, afin de s'intégrer dans la masse des ouvriers

staliniens organisés. Une telle intégration sera à la fois une intégration de nos militants

dans les syndicats et dans la masse des ouvriers staliniens, c'est-à-dire qu'elle

réalisera à la fois notre but politique général ici en France, qu'elle nous permettra de

nous intégrer dans le réel mouvement syndical en France — et ceci de la base au

sommet.

7. Si la direction et les militants de notre organisation française comprennent la

conjoncture unique actuellement ouverte dans le mouvement syndical français, et

saisissent habilement et promptement cette occasion, ils réaliseront un pas décisif dans

la voie de leur intégration réelle dans le mouvement des masses. Le courant unitaire,

propulsé actuellement par les dirigeants staliniens et qui grossit sous les conséquences

de la politique de réarmement et de guerre de la bourgeoisie, permet à nos militants de

jouer un rôle important dans la reconstruction des organismes syndicaux unitaires de

caractère permanent, (sections syndicales uniques, syndicats uniques) de liquider les

effets de l'exclusion de certains de nos militants des syndicats cégétistes et de se trouver

avec les militants staliniens, non seulement à la base, mais même, par endroits à certains

échelons de la direction syndicale.

8. Pour réaliser ces objectifs actuellement possibles, il est nécessaire de ne pas chercher à

s'opposer en tant que tendance distincte qui ne se justifie pas objectivement à l'étape

actuelle, mais de s'y intégrer en devenant promptement les meilleurs artisans de la

reconstruction unitaire du mouvement syndical, en prenant partout une position claire,

non équivoque, pour les propositions unitaires de la CGT, et en manœuvrant habilement

par rapport aux dirigeants staliniens afin d'apaiser leurs suspicions à notre égard et de

les laisser nous considérer comme des instruments valables de la politique unitaire. Ceci

facilitera notre intégration ou réintégration dans la CGT et peut même ouvrir par

endroits l'accès à certains paliers aux postes syndicaux.

9. Il n'est pas question, dans le cadre de cette réorientation du travail syndical,

d'abandonner toute position acquise au sein des organisations syndicales autres que les

cégétistes, ni de déserter ces organisations, ni de ne pas tenir compte de leurs conditions

spécifiques pour présenter tactiquement notre politique. Mais notre activité dans ces

organisations doit tendre, à l'étape actuelle, d'une façon plus directe que jamais dans le

passé, à faciliter notre liaison et notre fusion avec la masse des ouvriers staliniens. Ceci

signifie que, sous aucun prétexte, nos militants dans ces organisations ne doivent éviter

de se prononcer pour l'appui aux propositions unitaires de la CGT, de prendre la tête d'un

tel courant au sein de ces organisations, et d'utiliser leurs contacts à la base pour réaliser

des organismes communs d'unité d'action avec les militants staliniens et pousser ces

organismes si possibles jusqu'à des formes plus stables d'unité syndicale (sections

syndicales uniques, syndicats uniques).

10. Le parti révolutionnaire, pour imposer sa suprématie sur les autres organismes politiques

de la classe ouvrière et acquérir la confiance de celle-ci, doit dans sa lutte toujours avoir

l'avantage de l'initiative dans la compréhension de la situation et de ses tournants, et dans

l'action adéquate. Il y a actuellement une situation internationale et nationale nouvelle, et si

notre parti, par manque de compréhension politique, hésite, traîne derrière les événements

et perd du temps, il perdra en réalité une grande chance politique. C'est en ce sens que la

réorientation rapide du travail syndical du parti, résultat de sa réorientation politique, est une

question vitale pour l'avenir du trotskysme en France et ne saurait trop tarder.

Le secrétariat international

6 décembre 1951

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 4, p. 291–295 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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