Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Lettre du secrétariat international à tous les membres du PCI

21 janvier 1952 · Dossier sur la crise et la scission du PCI (1951-1952) · 2 700 mots

In English: Title: Letter from the International Secretariat to All Members of the PCI — traduction assistée par machine.

Camarades,

Seize membres titulaires et suppléants du CC (Bleibtreu, Dumont, Lambert, Renard, Maurin, Garrive, Cheramy, Lefevre, Baratier, Bloch, Mertens, S. Just, Annie Renard, Raynal, Cartier, Hemcé) ont été suspendus de leurs fonctions dirigeantes dans la section française de la IVe Internationale par décision du SI en date du 20 janvier. La sanction du SI est limitée à cette mesure. Les sanctionnés restent membres du parti et de l'internationale. De ce jour, le SI a pris en charge la direction de la section française jusqu'au prochain plénum du comité exécutif international où sera mise à l'ordre du jour la question de la section française. Le comité exécutif international aura notamment à prendre position sur la décision prise par le SI.

La décision du SI entre dans les attributions que lui donnent les statuts de l'internationale (Section III, articles 11, 12, 13 et section IV, article 18 du Ier Congrès mondial, Quatrième internationale, numéro spécial, pages 90, 91) d'une façon générale et plus spécifiquement dans le mandat que lui avait confié le IIIe Congrès mondial en ce qui concerne le parti français, à savoir : « S'il s'avère que la direction française ne répond pas à cet espoir (note : appliquer loyalement la ligne de l'internationale), le CEI et le SI seront chargés de prendre toutes mesures organisationnelles pour redresser la situation dans le parti. »

Les termes de ce mandat avaient été rappelés aux membres du CC dans la lettre que le SI avait adressée au CC en date du 14 janvier. Au cours des deux journées de discussion au CC qui précédèrent les votes, les membres du SI présents à cette session soulignèrent à plusieurs reprises que le SI avait longuement étudié la situation de la section française et qu'un refus des demandes du SI entraînerait des sanctions.

Dans sa lettre (dont copie sera remise à tous les membres du parti), le secrétariat international formulait les demandes suivantes : « Nous demandons au CC de nommer un BP qui assure que l'orientation de l'internationale sera appliquée fermement et d'une manière qui permette de ne plus perdre de temps. Nous demandons au CC de refuser toute discussion dans le parti sur des documents opposés à l'analyse, aux perspectives et à l'orientation du IIIe Congrès mondial. »

Ces demandes furent concrétisées sous la forme la plus modérée possible dans la résolution suivante présentée au cours même du CC par les représentants du SI :

« 1. Il y aura d'ici le 15 avril 1952 une discussion ouverte dans l'organisation française

sur la base de la lettre du SI. »

« Elle se déroulera dans le sens de la ligne générale de ce texte et aura pour but de faire

comprendre à tout le parti cette orientation et de le préparer à l'appliquer

efficacement. »

« La direction du parti veillera à ce que cette discussion se déroule effectivement dans

ce sens général et fera particulièrement attention aux points suivants :

a) à ce que ce cadre de la discussion soit respecté, avant tout par les membres

dirigeants du parti ;

b) à ce qu'en aucune façon cette discussion ne dévie sur des sujets tranchés par le IIIe

Congrès mondial, l'appréciation de la situation et le stalinisme en particulier. »

« 2. Cette discussion se clôturera par une conférence extraordinaire qui mettra

définitivement au point et adoptera une telle orientation. »

« 3. Dans l'internationale, il y aura une discussion sur le plan de la direction

internationale en vue du prochain CEI. Le SI communiquera aux membres du CEI tous

les documents de la discussion française. Il les communiquera en outre à toute autre

direction qui s'engagera dans une semblable direction. En outre, le SI communiquera

aux membres du CEI tous les documents préparés pour la présente session du CC du

PCI. »

« 4. En vue de mener une telle discussion dans le parti et de commencer à le préparer

dès maintenant à appliquer cette orientation, le SI considère nécessaire qu'un

nouveau BP provisoire soit nommé, composé soit d'une majorité de camarades qui

ont déjà.la compréhension de cette orientation, soit — dernière concession —de

quatre, quatre plus un membre du SI autre que le camarade Pierre Frank. »

Pour quelles raisons le SI a-t-il présenté ces demandes ? Le CC avait voté en octobre

1951 une résolution dans laquelle il s'engageait à appliquer les décisions du IIIe

Congrès mondial avec « compréhension et discipline ». Mais le SI a été obligé très

rapidement de constater que la majorité de la direction non seulement ne montrait

guère de compréhension, mais au contraire manifestait une volonté de plus en plus

délibérée d'ignorer les décisions du congrès mondial et de continuer pratiquement à

vouloir appliquer la ligne du VIIe Congrès du PCI, qui était en opposition avec celle

que le IIIe Congrès mondial a adoptée à une majorité écrasante, la majorité de la

section française y étant à peu près seule opposée. Par exemple, la majorité du BP

sollicita l'arbitrage du SI dans le conflit qu'elle avait avec la minorité sur la question

syndicale, quand le SI répondit de façon défavorable à la majorité, celle-ci déclara que

le SI était en opposition au Congrès mondial en ce qui concerne son application à la

France et refuse d'appliquer la ligne syndicale exposée par le SI.

Dans les semaines qui précédèrent le CC de janvier, la situation se détériora avec

rapidité. Plusieurs textes furent préparés par la majorité du BP sur la situation

politique, sur le travail dans les organisations de masse staliniennes, texte qui, comme

dans la question syndicale, était en opposition avec la ligne du IIIe Congrès mondial.

Mais la majorité du BP, non seulement prétendait dénier au SI le droit — pour ne pas

dire la capacité — de décider l'interprétation des décisions du congrès mondial, quitte

à en répondre devant le CEI, mais elle entendait soulever devant l'ensemble du parti

français des discussions sur des questions qui remettaient en cause les décisions du

congrès mondial, notamment l'analyse et les perspectives de la situation

internationale, ainsi que la question du stalinisme.

- La majorité du BP, sous prétexte de discuter l'application des décisions du IIIe

Congrès mondial à la France, voulait non seulement remettre en cause les décisions

de ce congrès, mais elle entendait même — pour reprendre un propos du camarade

Renard à une des dernières réunions du BP — dresser le parti français contre

l'internationale. Toutes les accusations infâmes qui avaient déjà eu cours avant le VIIe

Congrès du parti — et notamment celle de capituler devant le stalinisme —,

accusations qui n'avaient pas été portées à la tribune du congrès mondial, étaient

reprises avec une violence redoublée, auxquelles s'ajoutaient de nouvelles accu-

sations ignobles contre le SI en général ou certains de ses membres en particulier. (Le

SI fera connaître au CEI les accusations qui ont d'ailleurs été formulées dans certaines

interventions au CC sans qu'aucun membre de la majorité se soit élevé contre les

infamies qui étaient lancées aux militants les plus responsables de notre mouvement

international.)

Nous savons fort bien que, pour les jeunes membres qui constituent une part

importante de la section française de la IVe Internationale, ce qui se produit est un coup

pénible, un choc profond. Le SI est profondément convaincu d'avoir fait le maximum

pour mettre un terme à une situation grave pour l'organisation française, de la manière

la plus souple, après des mois et des mois d'efforts patients, de conviction politique et,

nous en sommes persuadés, le CEI, c'est-à-dire l'organisme politiquement le plus

qualifié du trotskysme, l'approuvera. Rappelez-vous comment la parution des thèses

du IXe Plénum a été accueillie, comment ont été menées la préparation du VIIe Congrès

du parti et celle du IIIe Congrès mondial dans la section française. Des accusations les

plus extravagantes, les propos les moins responsables, les variations incessantes de

positions, les méthodes les plus superficielles ont remplacé une discussion sérieuse.

Nous devons vous dire, camarades du parti français, que le comportement des délégués

de la majorité française avait soulevé bien des inquiétudes et même de l'indignation

parmi un très grand nombre de délégués du congrès mondial, parmi les militants les

plus anciens et les plus avertis du trotskysme. Ce sont les membres du SI qui avaient

insisté auprès de ceux-ci pour que soit tentée une expérience permettant à la majorité

de la direction du parti français de montrer sa volonté d'appliquer les décisions du

congrès mondial. Six mois bientôt ont montré qu'elle n'en avait pas la force, plus même,

qu'elle était tiraillée par d'autres forces très puissantes qui s'exercent dans la période

actuelle. Car ce qui vient de se passer n'est pas un accident du hasard, une fausse

manœuvre, un effet de l'obstination des uns et des autres. Nous ne savons s'il sera

encore possible de réparer partiellement la situation car ce qui vient de se produire est

avant tout le résultat sur notre mouvement en France, encore si peu enraciné dans la

classe ouvrière dans un pays socialement déchiré, de deux faits importants : d'abord la

dégénérescence de la révolution yougoslave pour laquelle les membres du parti

français ont fait des efforts si grands, qui avait soulevé en eux de grands espoirs et qui

laisse actuellement une désillusion amère et profonde. Ensuite, la préparation de la

guerre qui fait peser des pressions extraordinaires sur chacun. Mais le fait de chercher

une solution ailleurs que dans l'internationale est à lui seul l'expression de l'incapacité

à résister à ces forces.

Membres de la section française de la IVe Internationale, le choc subi aujourd'hui par

beaucoup d'entre vous est encore peu de choses en face de ce qu'un proche avenir vous

fera connaître. Pour résister à ces tempêtes qui s'exerceront sur vous, vous ne

trouverez pas d'autres forces que la IVe Internationale. Aucun des groupes nationaux

d'avant-guerre, si forts qu'ils soient apparus, n'a survécu à la Seconde Guerre

mondiale. Repoussez aujourd'hui tout pas qui voudrait vous mener à la scission avec

la IVe Internationale. Ne laissez pas se répéter la dislocation qui a frappé les rangs des

trotskystes français à la veille de 1939. Quelles que soient vos positions par rapport

aux positions qui ont prévalu au IIIe Congrès mondial, si dure que vous apparaisse

aujourd'hui la décision du SI, n'oubliez jamais votre fidélité à la IVe Internationale.

Celle-ci n'est pas seulement un programme, c'est aussi une organisation. Ne vous

laissez pas aller à des gestes impulsifs. Tous les documents nécessaires vous seront

remis. Prenez le temps de les étudier. Mais n'oubliez jamais que combattre dans les

rangs de la IVe Internationale, c'est le seul moyen de remplir pleinement son devoir

de révolutionnaire, de faire triompher le trotskysme dans les grands combats des

prochaines années. Ce n'est pas seulement le SI qui vous le demande. Par lui, ce sont

les trotskystes de plus de trente-cinq pays du monde qui font appel à votre sens des

responsabilités et à votre dévouement à la cause du trotskysme, à la IVe

Internationale. Autour du drapeau de la IVe Internationale, serrez les rangs.

Le 21 janvier 1952

Le secrétariat international

Post-scriptum : Par suite des décisions du SI, la direction de la section française est prise en

charge par le SI jusqu'au prochain plénum du CEI. Le SI constitue donc votre seule direction statutairement qualifiée. Le SI a plus spécialement chargé Pierre Frank d'assumer pratiquement cette direction, en s'entourant de l'appui des camarades qui placent la discipline à l'internationale au-dessus de toute position de tendance ou de toute considération personnelle. Résolution adoptée par le Xe Plénum du CEI, de février 1952, au sujet de la section française

I. Sur les relations passées entre le SI et la section française, le CEI a adopté la résolution suivante par 11 voix contre 1 (majorité française), 1 abstention (majorité autrichienne) et un vote non-enregistré (Suisse).

Le Xe Plénum du CEI, ayant pris connaissance des conditions dans lesquelles le SI, usant de ses droits statutaires, a été amené à prendre des sanctions contre seize membres du CC du PCI, et de l'attitude que le parti a montrée en cette occasion à l'égard de la direction internationale et de la discipline à l'internationale, constate :

a) Le CEI comprend les raisons qui ont amené le SI à prendre ces mesures. Leur caractère

exceptionnel implique naturellement qu'elles ne soient prises que dans des

circonstances exceptionnelles où la politique et la discipline de l'internationale sont

sérieusement menacées par l'attitude de membres dirigeants d'une section.

b) Le CEI regrette que les membres sanctionnés du CC ainsi que les membres du parti —

indépendamment de l'opinion qu'ils ont le droit d'avoir sur les mesures prises par le

SI — ont passé outre à la discipline internationale et n'ont pas attendu le plénum du

CEI pour décider de leur attitude ultérieure. Ils se sont mis de ce fait dans une situation

grave qui a menacé l'unité de l'organisation au sein de l'internationale.

c) Le CEI se félicite de la solution trouvée au Xe Plénum pour assurer l'unité du parti dans

l'application loyale et efficace de la ligne du IIIe Congrès mondial.

Il fait confiance au parti pour surmonter sa crise qui a paralysé son activité en un moment si important de la situation mondiale et de la situation en France en particulier. Il souhaite et espère revoir bientôt le parti tout entier soudé plus fermement que jamais autour de la ligne et de la discipline de l'internationale.

II. En ce qui concerne la marche ultérieure de la section française, le CEI a adopté la résolution suivante.

Le Xe Plénum du CEI prend acte de la déclaration des représentants de la majorité de la direction française selon laquelle ils sont prêts à appliquer les décisions de ce plénum en ce qui concerne l'application tactique de la ligne du IIIe Congrès mondial pour la France.

Afin de résoudre la crise organisationnelle de la section française, le CEI décide ce qui suit :

1. Le bureau politique sera composé jusqu'au congrès du PCI des camarades :

Bleibtreu, Lambert, Renard, Garrive pour la majorité ; Frank, Privas, Michèle Mestre

pour la minorité, Albert (E. Mandel) représentant du SI désigné par le CEI. Le

représentant du SI aura voix prépondérante en cas d'égalité des voix et restera

responsable du travail en France devant le SI et le CEI pendant les trois mois qui

suivront le congrès du PCI.

2. Le congrès de parti se tiendra vers la fin mai 1952.

3. La discussion préparatoire à ce congrès est basée sur les décisions du Xe Plénum du

CEI en ce qui concerne l'application de la ligne du IIIe Congrès mondial à la France. Le

cadre de la discussion, sera fixé par un document émanant du BP dès le lendemain de

la session du CEI. Le BP versera dans la discussion, outre les documents du CM et du

CEI, un ou plusieurs textes d'application concrète de cette ligne dans les domaines

essentiels d'activité du parti.

4. Dans le cadre de la préparation du congrès, tout membre du parti — y compris tout

membre du BP — aura le droit de s'exprimer sur toutes les questions mises en discussion

pour ce congrès et d'écrire ce qu'il jugera nécessaire pour défendre sa position, sans que

ce soit mise en question la capacité du représentant du SI désigné par le CEI d'exprimer la

ligne du CEI. La discussion se mènera sous une forme organisée et contrôlée par le BP.

5. Le secrétariat du parti sera composé de quatre membres : les camarades Bleibtreu et

Lambert pour la majorité, Frank pour la minorité, Albert, représentant du SI, avec voix

prépondérante. Le camarade Frank sera secrétaire politique ; le camarade Lambert

secrétaire d'organisation, un camarade de la minorité sera responsable du travail dans

les organisations para staliniennes ; les autres fonctions de direction (le journal, le

travail syndical, les jeunes) continueront à être exercées par les camarades qui en sont

actuellement chargés.

6. Les membres du CC qui ont été suspendus siégeront à nouveau comme membres de

pleins droits. Le CC pourra être convoqué avant le congrès si le BP le juge nécessaire.

7. Les deux tendances du CC feront des déclarations relatives à leur acceptation du

présent accord. Elles seront portées à la connaissance de l'internationale en même

temps que cet accord. Adoptée à l'unanimité.

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 4, p. 307–312 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

Une erreur sur cette page ?